samedi 4 mai 2013

Billet - Une année normale pour le président

Je me souviens de l'emballement médiatique après la tirade - l'anaphore exactement - de François Hollande en plein débat sur son « Moi, président... » C'était il y a un an. Sur internet restent des traces. Et des sites ont éclos récemment pour établir un comparatif entre promesses et décisions. Le gouvernement, discret sur ce premier anniversaire, a cependant publié sur son site internet un document dans lequel il fait le point sur les 60 propositions du candidat. 
Le bilan sans concession est à lire sur d'autres sites beaucoup moins indulgents. Comme bilanduchangement.fr concocté par  « une équipe de jeunes citoyens ayant pris part pour la première fois au vote lors d’une élection présidentielle en 2012. » Toutes les informations sont vérifiées et expliquées. Au total, le site a relevé plus de 291 promesses diverses et variées. Au bout d'un an, 40 sont accomplies et 27 en cours. Au rayon échec, 17 pastilles rouges comme l'impossibilité à faire passer la pilule du non cumul des mandats auprès des caciques socialistes ou le gel du prix des carburants. On constate également une bonne part de mauvaise foi quand le site estime que François Hollande n'a pas tenu sa promesse après avoir affirmé « Moi, président, je constituerai un gouvernement paritaire, autant de femmes que d'hommes. » Depuis la démission de Jérôme Cahuzac ce n'est effectivement plus le cas. Les femmes ministres sont majoritaires. Mais est-ce véritablement un échec ?  

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce samedi en dernière page de l'Indépendant.

vendredi 3 mai 2013

Billet - Cuivre ou fibre optique ?

Les voleurs de cuivre se frottent les mains. Désespérés par le déploiement de la fibre optique sur l'ensemble du territoire, ils ont repris espoir vendredi dernier en apprenant qu'« un comité d'experts a rendu au régulateur des télécoms, l'Arcep, un avis favorable à l'exploitation commerciale du VDSL2. » A l'automne, cette nouvelle norme de débit internet permettra à des millions d'abonnés de voir leur vitesse de transmission multipliée par deux. Et sans toucher aux câbles téléphoniques en cuivre qui gagnent quelques années d'espérance de vie.
Le très haut débit promis par Fleur Pellerin en 2022 doit passer par la mise en place d'un ambitieux réseau en fibre optique. Mais face à la lenteur des travaux, les experts ont finalement remis au goût du jour une technique testée depuis plus de 5 ans. Son avantage : elle passe par le réseau classique. D'où la joie des nouveaux Rapetou préférant délester les poteaux téléphoniques de leurs précieux ornements que les bourgeoises de leurs oripeaux aurifères. Paradoxe, si la France, contrairement aux autres pays européens, avait fait l'impasse sur le VDSL2, c'était pour favoriser la fibre. Avec 5 ans de décalage, on va essayer de combler un peu le retard, tous en sachant parfaitement que le nouveau réseau en sera d'autant plombé.
On a beau tourner la décision des « experts » dans tous les sens, l'amélioration annoncée ressemble plus à un rétropédalage qu'à une véritable innovation. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - La Beauce brûlante du "Canicule" de Vautrin et Baru


Classique du roman noir, « Canicule » de Jean Vautrin est un texte lumineux sur le côté sombre de l'âme humaine. Rendu célèbre grâce à son adaptation au cinéma, le polar va gagner de nouveaux fans avec cette transcription ne BD par Baru

Dessinateur de la banlieue et des milieux ouvriers, Baru quitte son monde de prédilection pour la blondeur d'un été sur la Beauce. Au milieu des blés, dans un corps de ferme, l'arrivée d'un malfrat et de son butin va révolutionner la petite communauté. Le père sadique et autoritaire, l'oncle débile, la fille nymphomane, la mère aigrie : personne n'est normal. Chim, le gamin, battu, voit lui aussi l'arrivée du gangster américain comme une chance à ne pas rater. 
C'est noir, sans concession, vrai. Baru est fidèle à l'œuvre, éclaircissant ses couleurs directes pour mieux éblouir le lecteur.
« Canicule », Casterman, 18 €


jeudi 2 mai 2013

Billet - L'amour au bureau avec "Beautiful Bastard"


Les timides adorent les nouvelles technologies. Avant, impossible de déclarer sa flamme à la plus belle fille de la classe, la prof captivante ou sa collègue si professionnelle. Aujourd'hui les voies numériques permettent de toucher le cœur désiré sans risquer l'évanouissement. Le phénomène Spotted sur Facebook, si l'on oublie les rares dérapages, est une solution vraiment géniale pour les coincés. Un petit message énigmatique et romantique constitue un immense pas pour les grands timides. Mais pourquoi réserver ce service aux plus jeunes ? En entreprise aussi certains se morfondent d'amour pour un ou une collègue. Comment le lui dire ? Les éditions Hugo, à l'occasion de la sortie du roman « Beautiful Bastard » de Christine Lauren (17 euros) proposent un petit jeu qui risque de rendre très chaudes les relations humaines au sein des entreprises. Dans ce roman, le patron noue une relation torride avec une de ses employées. Comme dans le livre, vous pouvez envoyer par mail une déclaration fougueuse à un ou une collègue. Il suffit de se rendre sur une page de e.card et de cocher la case (en l'occurrence un cœur...) la mieux adaptée. Cela va du plus édulcoré « En réunion j'ai tellement envie de te prendre dans mes bras » au plus direct « Je voudrais que tu me rejoignes au parking à 19 h... Capot ou banquette arrière ? » Attention, à utiliser avec parcimonie. Si dans les romans on appelle ça « coup de foudre », dans la vraie vie on le traduit vite par « harcèlement ».


Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mercredi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - L'Afrique de Joseph Conrad par Perrissin et Tirabosco

Joseph Conrad, avant se se mettre devant son bureau et de signer quelques chefs-d'œuvre du XXe siècle, a vécu d'innombrables aventures aux quatre coins de la planète. « Au cœur des ténèbres », nouvelle publiée en 1899, est inspirée de son propre voyage au Congo quelques années auparavant. Après six années passées en Asie, Joseph Konrad Korzeniowski, d'origine polonaise, se rend à Bruxelles. Grâce à une tante, il obtient un poste de capitaine de navire. Mais il va devoir délaisser les océans et autres mers immenses pour un fleuve mystérieux et autrement plus périlleux : le Congo. Perrissin, le scénariste de ce roman graphique, a raconté sans l'enjoliver le choc de cet aristocrate distingué confronté à la cupidité et la bêtise de colons blancs. Sous prétexte d'évangélisation et d'éducation des peuples, ils pillent sans vergogne. Avant les forêts et les sous-sols, c'est l'ivoire qui provoque cette ruée vers un pays, une région. Dessinée par Tirabosco dans son style noir et charbonneux caractéristique, cette BD, malgré son absence de couleurs, est parfois lumineuse comme une savane écrasée de soleil ou sombre comme la forêt vierge humide et hostile. Les hommes Blancs, dans cet enfer, survivent difficilement. C'est d'ailleurs la maladie qui a écourté le séjour de Joseph Conrad. Après cette escale au Congo il n'a quasiment plus voyagé, se contentant d'entraîner ses lecteurs dans ces contrées éloignées.
« Kongo », Futuropolis, 24 €

mercredi 1 mai 2013

Roman - "Road tripes" ou la cavale bordelaise de Sébastien Gendron

Totalement allumé, ce roman de Sébastien Gendron trimbale le lecteur de Gironde à Montélimar à travers une folle cavale à l'accent bordelais.

Au-delà du jeu de mot charcutier, « Road tripes » de Sébastien Gendron ne ment pas sur la marchandise. Construit en deux parties, la première comprend beaucoup de route. La seconde autant de tripes. Humaines... Le point commun c'est l'amitié improbable entre les deux protagonistes principaux.
Le narrateur, Vincent, un quadra un peu paumé, raconte comment il s'est mis dans cette situation inextricable. Fils de dentiste bordelais, il a appris le piano dès ses 6 ans. A l'adolescence il délaisse le classique pour le jazz. En même temps qu'il suit des études de chirurgien dentiste (payées par papa), il forme un groupe et décroche quelques dates. Une fois son diplôme en poche et papa quasiment à la retraite, il plaque Bordeaux et tente sa chance à Paris fort d'un commentaire élogieux d'Herbie Hancock. Il rencontre alors Marie, une bordelaise pur jus. Retour à la case départ, toujours musicien, mais en province, lesté d'une femme enceinte. Il déprime grave et se retrouve flanqué à la porte de chez lui quand la gentille bourgeoise découvre que le fils de dentiste est couvert de dettes.
Ravalant sa fierté, Vincent accepte de distribuer des prospectus publicitaires pour un salaire de misère dans des banlieues puant la misère. C'est en confectionnant ses « poignées » de pubs dans un hangar qu'il rencontre Carell. Et que sa vie bascule.

Pur bordeluche
Carell, affublé d'un « accent bordelais des années 60 », souriait à Vincent « avec son visage d'ange raté et son physique impossible, trop petit pour la hauteur des tables de tri et trop gros pour se caler correctement. » La quarantaine lui aussi, il n'a peur de rien. Surtout pas de jurer en bordeluche, l'argot girondin si particulier. Rien que pour ces passages il ne faut pas rater ce roman. « Tu me dailles » « Oh enfi... » « Enquigueille ! », autant d'expressions désuètes mais si chantantes à l'oreille. C'est peut-être ça qui a séduit Vincent. Ou l'envie de confier sa vie mal barrée à quelqu'un qui ose. Tout et n'importe quoi. Le début de la cavale est causé par un incendie. En plein été, Carell a la mauvaise idée de brûler les prospectus plutôt que de se fatiguer à les distribuer. Un peu d'essence, un briquet... une forêt de moins !
Carell, paniqué, trace la route, Vincent dans le rôle du passager. Ils foncent sur les départementales. Jusqu'à Marcillac-Vallon pour une étape nocturne mouvementée. La suite est un enchaînement d'erreurs. Carell dans ses œuvres. Il tabasse une vieille prostituée pour lui dérober son sac banane, vole une voiture... de la gendarmerie, séduit une grosse motarde adepte d'une secte, se retrouve avec toute une armée de cinglés à sa poursuite. Et Vincent voit son existence se compliquer d'heure en heure, kilomètre après kilomètre. Une fuite qui trouvera son apogée à Montélimar par un braquage d'anthologie. La suite, ce sont les tripes. Preuve que les ennuis sont toujours exponentiels.
Certes Sébastien Gendron a forcé le trait. Ce Carell est un sacré olibrius et Vincent est bien faible. Mais tout aussi invraisemblable que cela puisse paraître, l'amitié entre ces deux paumés, handicapés de la société, est si forte qu'elle balaye tout sur son passage.
Michel LITOUT
« Road tripes », Sébastien Gendron, Albin Michel, 17 euros

mardi 30 avril 2013

Billet - Quand Twitter renforce l'amitié franco allemande, ou pas...

Quand le PS dérape sur les relations franco-allemandes, tout le monde appelle Twitter à la rescousse pour calmer la crise diplomatique larvée. D'abord Jean-Marc Ayrault twitte, en allemand, l'importance du « dialogue intense et sincère entre la France et l'Allemagne. »



Et puis apparaît ce week-end le mouvement « Sauvons l'amitié franco-allemande ». Là, force est de constater que le travail est d'envergure. Pour quelques Européens convaincus, on a affaire à une cohorte de moqueurs, de rancuniers voire de « jemenfoutistes ». Dans le premier camp, nombreux sont les nostalgiques de Mitterrand et Kohl, main dans la main. La photo reste le symbole parfait de la réconciliation.
Mais depuis, Angela Merkel est arrivée au pouvoir. Fustigée par la gauche du PS, elle s'attire les foudres sur Twitter. Rarement avec élégance. Est-ce vraiment de l'humour que d'écrire « Avouons qu'Angela Merkel n'est pas si moche comme mec ? »



On n'évite pas les gros clichés comme « Relançons la mode des sandales School avec des chaussettes » ou « Mangeons des bretzels » suivi de « offrons-leur Mireille Mathieu ». Plus subtile cette proposition de linguiste : « Tous les verbes à la fin des phrases mettons ».
Mais l'Allemagne, heureusement, fait encore rêver. Ses mannequins, bien sûr, ses footballeurs aussi. Prenez Mario Gotze : depuis la diffusion de sa photo en maillot de bain, il a beaucoup d'admiratrices. Et peut faire son entrée dans les cours de géométrie (droites perpendiculaires) ou d'anatomie (gonflement temporaire de corps caverneux par afflux de sang)...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - Les filles intrépides de "Danger Girl Revolver"



Elles sont belles, sportives et intrépides. Abbey, Sydney et Valerie sont les filles de Danger Girl, une officine spécialisée dans les missions secrètes de confiance. Elles ont déjà vécu de nombreuses aventures sous les plumes de Campbell et Hartnell. Le premier, dessinateur d'exception, se contente désormais des couvertures et bosse sur une aventure de... Spider-Man. Il a confié l'animation graphique de la série à Madden, un virtuose très inspiré par le dessin animé... et les pin-up. 
Dans cet album d'une centaine de pages (dont les sublimes couvertures des revues parues aux USA), le trio est sur les talons de trafiquants d'œuvres d'art, notamment un disque d'or lié à une momie péruvienne. Un peu comme « Le temple du soleil », avec humour et glamour en prime. Et comme il faut toujours étonner le lecteur, une quatrième Danger Girl est engagée, Sonya, experte en maniement d'un arc. Cela promet encore plus d'action débridée.
« Danger Girl », Glénat, 14,95 €

lundi 29 avril 2013

Billet - Radio filmée, l'exemple de RTL

Dès ce matin, l'intégralité de la matinale de RTL sera diffusée en direct vidéo sur internet. La radio, média puissant le matin, ne se cache plus. Le phénomène n'est pas nouveau. Europe 1 et RMC sont depuis des années très présents sur ce créneau. Cependant la radio filmée s'avère surtout intéressante dans son côté « je montre les coulisses ». Sur RTL justement, l'émission « Laissez-vous tenter », panorama culturel diffusé chaque matin entre 9 heures et 9 h 30 est exemplaire. Vendredi dernier, autour de Laurent Bazin, une petite bande de journalistes partage ses coups de cœur du moment. Filmée en plan large, la session permet de mettre des visages sur des voix. Et de constater que certains sont dissipés durant les interventions de leurs camarades. 
Monique Younes, calme et très sage en début d'émission, se métamorphose quand vient son tour de s'exprimer. Elle décrit deux tableaux (du Titien et de Manet) avec emphase, les effets de voix renforcés par de grands moulinets des bras. On sent que ce n'est pas pour la galerie, qu'elle a besoin, pour trouver le ton juste, de s'exprimer aussi en gestes. Un peu plus tard, on assiste à ce que la télévision ne montre jamais. Il fait chaud et Monique Younes... enlève son pull. 
Durant la diffusion d'un extrait d'opéra, Laurent Bazin reprend à tue-tête les paroles. Pour faire une bonne radio, il faut être naturel. L'arrivée de la vidéo sur internet ne doit rien changer. Au risque de perdre cette spontanéité qui a toujours fait le succès de ce média. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - Le "Cercle" des pouvoirs psy


Si vous aviez un pouvoir psy, que feriez-vous ? Entre le révéler au grand public ou continuer votre vie comme si de rien n'était, il y a toute une palette de réactions. Dans « Le Cercle », comics français d'Andoryss et Nesskain, ces hommes et femmes préfèrent se réunir et s'aider mutuellement. Adam est médium. Était exactement. Alertés par les voisins ne supportant plus les miaulements des chats affamées, la police le retrouve mort chez lui. Une balle dans la tête. Tout laisse penser au suicide. 
Adam n'a pas de famille. Mais quelques amis. Notamment Pia, étudiante. La jolie blonde a le pouvoir de faire des rêves prémonitoires. La nuit de la mort d'Adam, son ami lui est apparu et lui a donné quelques clés pour découvrir qui l'a tué. Car ce n'est pas un suicide, les deux autres membres du Cercle en sont persuadés. Il y a Nicolas et Erik. Le premier peut lire les « couleurs » des gens et des objets, le second est en conversation permanente avec des « voix » au courant de bien de secrets. Ambiance fantastique pour une série en trois volumes. Et les impatients seront comblés, le tome 2 est annoncé en juin et la conclusion en octobre.
« Le Cercle » (tome 1), Delcourt, 14,95 €