mercredi 13 octobre 2010

BD - Avec Sarkozy, sexe et politique font bon ménage


On ne sait pas encore si le président Sarkozy parviendra à sortir la France de la crise, mais il est certain que son influence pour le monde de l'édition sera déterminant. Et involontaire. Car c'est un peu en phénomène de foire qu'il va permettre à certains titres d'atteindre des tirages colossaux. 

Dernier exemple en date, côté BD, « Sarkozy et ses femmes » de Renaud Dély (scénario) et Aurel (dessin). Dély, journaliste depuis une vingtaine d'années, a raconté l'ascension de Sarkozy en la mettant en parallèle avec ses amours. En fait tout a débuté avec Cécilia. Coup de foudre en salle de mariages, cour effrénée et découverte d'une femme à poigne qui va lui permettre d'imposer ses idées. 

Cécilia est la véritable héroïne de cet album, ne laissant les seconds rôles qu'à Carla ou Rachida (certainement celle qui est la plus maltraitée). Sarkozy, lui, apparaît comme un simple amoureux manipulé par ces maîtresses-femmes.

« Sarkozy et ses femmes », Drugstore, 15 € 

mardi 12 octobre 2010

BD - Complicité entre l'enfant et le rapace


Qui de l'homme ou de l'animal est le plus sauvage ? Cette interrogation est en filigrane de cette nouvelle série de Sokal. Le créateur de Canardo abandonne son dessin caricatural pour un académisme parfaitement maîtrisé. L'histoire croisée entre Kraa, l'aigle et Yuma le jeune indien. Kraa vient d'apprendre à voler. Ses parents l'ont abandonné et il doit chasser seul. Yuma l'observe et l'admire. Yuma qui parvient à lire les pensées de cet animal fier et orgueilleux. 

Dans cette vallée perdue, les jours s'écoulent calmement. Mais l'arrivée d'hommes blancs va tout changer. Ils veulent construire un barrage, inonder la vallée. La famille de Yuma résiste. Elle est exterminée. Le jeune indien prend la fuite et jure de se venger. Il sera aidé par Kraa qui lui aussi a du affronter les hommes blancs. 

Âpre et violente, cette bande dessinée, si l'on oublie son côté parfois un peu trop manichéen, est passionnante. On s'imagine dans ces contrées vierges, admirant la complicité entre l'enfant et le rapace.

« Kraa », Casterman, 18 € 

lundi 11 octobre 2010

BD - Amitié d'été entre Léopold et Garance


Les vacances viennent à peine de débuter. Léopold arrive enfin. Il saute de la voiture de ses parents et se précipite vers la plage. Il sait que c'est là qu'il retrouvera Garance, sa copine d'été. 

Deux enfants, le soleil, la mer, des journées d'insouciance : « Garance » est un album jeunesse simple et fort écrit par Séverine Gauthier, dessiné par Thomas Labourot et mis en couleur par Christian Lerolle. Les premières planches montrent la joie des retrouvailles entre les deux amis. Une belle complicité qui va les conduire très loin. Car Garance a un secret. 

Elle affirme pouvoir marcher sur l'eau. Elle tient ce pouvoir de son père, un géant vivant sur une île, loin dans l'océan. C'est lui, en battant des pieds dans l'eau qui fabrique les vagues. Léopold est émerveillé par cette histoire, même s'il sait parfaitement que le papa de Garance est mort... Un matin, ils décideront de rejoindre le géant. A bord d'une petite barque. 

Histoire de vacances émouvante, dessins simples, couleurs lumineuses : une belle réussite.

« Garance », Delcourt, 9,40 € 

dimanche 10 octobre 2010

Roman - Robert Goolrick raconte sa famille féroce

Roman extrême, « Féroces » de Richard Goolrick plonge le lecteur dans une famille américaine des années 50. Famille aux secrets sordides.

Il est des romans qui vous laissent des souvenirs profonds, comme des blessures qui mettront des semaines à cicatriser. Et des années plus tard, vous aurez toujours cette marque superficielle, réminiscence de l'histoire vous ayant touché. « Féroces » de Richard Goolrick est ce ces œuvres. On ne sort pas intact de ce récit, apparemment décousu, de son enfance et sa vie d'adulte, avant que l'écriture ne le libère de tous ses démons.

Pour se raconter, Robert Goolrick commence par présenter ses parents. Ce qu'ils sont devenus. Notamment les obsèques de son père. Un vieux monsieur, alcoolique, sale, dont la maison était infestée de rats. Sa femme était morte six années auparavant. Elle aussi « parce qu'elle buvait trop. »

Beaux et intelligents

L'auteur se souvient ce son enfance. Quand ses parents étaient littéralement adulés dans cette petite ville du sud profond des USA, dans les années 50. « Non seulement mon père et ma mère étaient doués pour l'organisation des fêtes, avec leur générosité et leur intelligence, mais ils étaient aussi doués pour aller aux fêtes. On les adorait pour leur sens de l'humour et leur charme, pour leur beauté et leur minceur. » Richard aurait donc tout eu pour vivre une enfance heureuse en compagnie de son frère et de sa sœur. Mais les membres de sa famille étaient « féroces ».

C'est un jeune adulte traumatisé, profondément dépressif, qui tente de s'émanciper. Sans détour, il explique comment la vie lui est devenue impossible. « Je vivais seul. Je m'étais toujours senti seul, isolé des gens réels, même lorsque j'étais impliqué dans l'une de mes histoires d'amour chaotiques, des histoires qui échouaient du fait de ma propre lassitude, des cruautés ineptes des hommes et femmes que j'avais choisi d'aimer. »

La lame du salut

Il passe son temps à faire semblant, cherchant un échappatoire. Il croit le trouver en faisant l'acquisition d'une lame de rasoir. Et de se faire mal pour faire baisser la pression : « La peau céda facilement, et le sang s'écoula le long de mon bras jusque dans ma main repliée, puis sur les draps. La douleur était atroce. » Il recommencera, jour après jour, jusqu'à l'obsession. « Mon bras gauche était saturé. Il n'était plus que de la viande hachée. J'attaquais le bras droit, avec le vertige de la chair neuve. Mes bras n'étaient qu'un entrelacs de blessures. Une toile d'araignée sanguinolente. »

Des passages difficiles qui ont pourtant le pouvoir de nous envoûter. Robert Goolrick, a froid, se met à nu et amène le lecteur vers ce qui a tout déclenché dans sa petite enfance. Un traumatisme donnant une dimension supplémentaire à ce roman déjà exceptionnel. Et d'y consacrer tout un chapitre intitulé « Comment j'ai pu continuer ? ». Finalement il a survécu. Et un écrivain majeur est né.

« Féroces », Richard Goolrick, Anne Carrière, 20,50 €

samedi 9 octobre 2010

BD - Etat tueur dans le tome 2 de Sisco


Avec Sisco, flic des services secrets de l'Elysée, ça ne plaisante pas. Après avoir éliminé un conseiller mettant en danger la réputation du président, il se lance à la poursuite d'une journaliste en possession d'une preuve de ce crime d'Etat. Le premier tome allait à 100 à l'heure, le second est encore plus frénétique. Sisco localise la journaliste, mais au moment où il va l'abattre, il est lui même la cible d'un collègue. 

Blessé, il parvient à s'enfuir et se transforme de chasseur en gibier. Benec, le scénariste, plonge le lecteur au cœur d'un service occulte où tous les coups sont permis. Lutte de pouvoir et secret d'Etat semblent donner tous les droits à ces officines totalement en marge de la légalité. 

Thomas Legrain, le dessinateur, au trait encore un peu trop photographique, est entièrement au service du récit. On devine pourtant un talent qui ne demande qu'à éclater, avec notamment quelques cases très réussies dignes d'un Gigi ou d'un Gillon de la meilleure époque.

« Sisco » (tome 2), Le Lombard, 10,95 € 

vendredi 8 octobre 2010

BD - Andrew Barrymore, shérif mentaliste


Andrew Barrymore a des petits airs de « Mentalist », la série policière qui cartonne actuellement sur les petits écrans. Avec une bonne dose d'humour en plus. Andrew est un jeune citadin (il sort d'une école de détective de San Francisco) débarquant à Old Creek Town, petite bourgade perdue au fin fond du far-west. Il sera l'adjoint de Jim Patherson qui n'a pas inventé la poudre mais sait se faire respecter. 

Andrew va rapidement pouvoir faire ses preuves car le lendemain de son arrivée l'épicier du village est retrouvé assassiné dans son magasin. Le crâne fracassé, le coffre-fort ouvert et vide. A force d'observations et de déductions Andrew va démasquer le coupable avant de se raviser et démontrer que la solution est plus complexe. 

Une nouvelle série écrite par Délestret très à l'aise dans cette histoire bourrée d'énigmes. Valambois, au dessin, apporte une touche très personnelle à une BD très classique sur le fond mais particulièrement originale sur la forme.

« Les enquêtes d'Andrew Barrymore » (tome 1), Dargaud, 11,50 € 

jeudi 7 octobre 2010

BD - Pastiche hilarant de la Guerre des étoiles


« La guerre des étoiles » est devenue en quelques décennies une référence absolue en matière de conte et de quête. Parfois imitée, souvent pastichée, la saga de Georges Lucas a bâti l'imaginaire de nombre de créateurs actuels. 

Bourhis et Spiessert y sont allé de leur parodie dans cet album intitulé « Naguère les étoiles ». En reprenant presque scène par scène, les auteurs transposent l'histoire dans un moyen âge de pacotille. Luke Skywalker devient Jean-Luc Haut-le-Cœur et il croise sur sa route le seigneur Salvador, la princesse Leica, Maître Yoga et Yann Kersolo. Les deux robots sont des druides et le vaisseau de Yann un véritable faucon, millénaire... 

Tout en étant une histoire à suivre, chaque séquence est formée d'un gag d'une demi-planche. A la fin de l'album, vous aurez rit ou sourit 92 fois, notamment grâce à des dialogues aux petits oignons. Le tome deux est annoncé pour novembre et comme l'original, il y aura trois épisodes.

« Naguère les étoiles » (tome 1), Delcourt, 10,50 € 

mercredi 6 octobre 2010

Roman - Rêver à bord du Léviathan


Avec « Leviathan », première partie de sa nouvelle trilogie, Scott Westerfeld fait encore plus fort que ses précédentes séries, « Uglies » et « Midnighters ». Il retrouve un genre qu'il apprécie particulièrement, la science-fiction tendance uchronie. L'action se déroule en 1914 en Europe. Le continent est toujours partagé en deux grands empires, Anglais Français et Russes d'un côté, Allemands, Autrichiens et Turcs de l'autre. La grande différence ce sont les technologies. Le premier bloc est darwiniste, le second clanker. Les savants darwinistes ont fait des croisements d'animaux pour les mettre au service des humains. Les clankers ont construit des machines. Deux conceptions totalement différentes de la vie, comme deux évolutions parallèles de notre société. 

Ce roman pour la jeunesse (plutôt les adolescents) a pour héros deux fortes personnalités. Alek, héritier de l'empire austro-hongrois, en fuite après l'assassinat de ses parents par des rebelles serbes et Deryn, jeune fille se faisant passer pour un garçon pour réaliser son rêve, devenir pilote dans l'air service britannique. La fuite d'Alek se fera à bord d'un mécanopode, « l'appareil dépassait le toit des écuries, ses deux pieds métalliques plantés dans la terre meuble du paddock. Il ne s'agissait pas d'une machine d'entraînement mais d'un véritable engin de guerre. Avec un canon ventral, et les museaux épais de deux mitrailleuses Spandau de part et d'autre de son énorme tête. »

Deryn, de son côté, sera affectée sur le Leviathan, « le premier des grands souffleurs d'hydrogène » conçu à partir d'une baleine dont les gaz remplissent des poches lui permettant de voler. « La créature était colossale. De forme cylindrique, elle ressemblait à un zeppelin, mais ses flancs hérissés de cils palpitaient doucement, et une nuée de chauve-souris et d'oiseaux symbiotiques l'environnait. » Une histoire palpitante, des personnages attachants, des inventions qui font rêver : ces 440 pages se dévorent comme un roman de Jules Verne.

« Léviathan », Scott Westerfeld, Pocket Jeunesse, 19 € 

mardi 5 octobre 2010

Roman - Soldats, bouffons !

Amélie Nothomb parvient encore à nous surprendre avec son sujet de prédilection : les problèmes de compulsions alimentaires.


A chaque rentrée littéraire, Amélie Nothomb sort une nouveauté et se retrouve en tête des ventes. Même si cette année elle doit partager les premières places avec Michel Houellebecq et Virginie Despentes, l'excentrique romancière a toujours son lot de fidèles. Et les habitués ne seront pas dépaysés puisqu'elle centre une nouvelle fois son histoire sur les rapports de l'homme avec la nourriture. Elle s'essaye également à l'autofiction puisqu'elle se met directement en scène.

Amélie Nothomb met un point d'honneur à répondre à toutes les lettres qu'elle reçoit. Et ce matin-là, dans son courrier, elle est interpellée par un pli en provenance d'Irak. C'est un soldat américain, Melvin Mapple, basé à Bagdad, qui « souffre comme un chien » et a « besoin d'un peu de compréhension. » Intriguée, Amélie lui répond et une véritable correspondance va se mettre en place entre la romancière et le militaire.

La graisse contre les armes

Ce dernier lui explique qu'il s'est mis à grossir pour ne plus aller au combat. Pesant 180 kilos, il est quasi immobile, devenu inutile dans cette armée d'occupation. Dans des lettres de plus en plus longues, il explique ses motivations à la romancière qui se passionne de plus en plus pour ce cas extraordinaire. Melvin prétend que « de toutes les drogues, la bouffe est la plus nocive et la plus addictive. Il faut manger pour vivre paraît-il. Nous, nous mangeons pour mourir. C'est le seul suicide à notre disposition. Nous semblons à peine humains tant nous sommes énormes, pourtant ce sont les plus humains d'entre nous qui ont sombré dans la boulimie. » Melvin va tout raconter à Amélie. Allant jusqu'à lui envoyer une photo de lui, nu.

Les lettres mettant du temps pour franchir la distance entre Bagdad et Paris, Amélie Nothomb « meuble » en détaillant sa vie d'auteur de best-sellers. Relatant sa rencontre avec « une jeune romancière de talent », elle constate qu'elle « était tellement chargée en Xanax que la communication fut brouillée ». Et de revenir sur sa passion épistolaire : « Malgré la sympathie qu'elle m'inspirait, je me rendais compte que j'aurais préféré une lettre d'elle à sa présence. Est-ce une pathologie due à l'hégémonie du courrier dans ma vie ? Rares sont les êtres dont la compagnie m'est plus agréable que ne le serait une missive d'eux – à supposer, bien sûr, qu'ils possèdent un minimum de talent épistolaire. »

Ce roman, aérien malgré la lourdeur du personnage principal, va cependant changer totalement de direction dans le dernier tiers. Une pirouette comme seule Amélie Nothomb sait les fabriquer, rendant crédibles l'ultime rebondissement et la chute finale.

« Une forme de vie », Amélie Nothomb, Albin Michel, 15,90 €

lundi 4 octobre 2010

BD - Jeunes du passé entre insouciance et grandes causes


1936. Le Front Populaire bouleverse la France. Fernand, jeune paysan provençal, monte à Paris pour y suivre des études de médecine. Il sera hébergé par la famille d'un riche industriel. Il s'est lié d'amitié avec André, le fils passant ses vacances dans le Sud. Dans la capitale, Fernand va découvrir les luttes politiques, les femmes et les bonnes manières. Ce sont surtout les femmes qui vont le changer, de la chanteuse de cabaret à la voisine, bourgeoise mariée, mais si belle. 

Côté politique, il va s'engager à gauche, avec André, militant pour l'intervention en Espagne où les Républicains sont en danger. Cette première œuvre de Jean-Sébastien Bordas, décrit une jeunesse française entre insouciance et grandes causes.

« Le recul du fusil » (tome 1), Soleil Quadrants, 11,50 €