mardi 28 octobre 2008

BD - Boulet, un blogueur sachant bloguer


Depuis quelques années, les jeunes auteurs ont investi internet pour animer des Bdblogs fréquentés par des dizaines de milliers de visiteurs. Boulet, dessinateur de Raghnarok chez Glénat, repreneur de Donjon, a été un des pionniers en la matière. Il pouvait ainsi laisser libre cours à son formidable talent, brimé dans des séries formatées. De petits crobards en histoires aux superbes aquarelles, ils explore, tente, innove. Des notes de 2004 et 2005 reprises dans cet indispensable recueil de 190 pages

« Notes » (tome 1), Delcourt, 12,90 € 

lundi 27 octobre 2008

BD - Naja, définitivement notre tueuse préférée

Naja n'aime personne. Cela tombe bien, Naja est une tueuse. Le n° 3 de son organisation. Mais Naja a un problème, son patron à demandé au n° 1 de l'éliminer. La confrontation entre ces deux assassins méticuleux occupe la première partie du second tome de cette série scénarisée par Morvan et dessinée par Bengal aux influences très japonaises. 

La suite de l'album se déroule en Colombie, en Haïti et au Japon, un pays que connaît parfaitement le scénariste qui signe la plus originale de ses dernières créations.

« Naja » (tome 2), Dargaud, 13 € 

dimanche 26 octobre 2008

BD - Suivez les mouches et les morts entre Barcelone et Paris

Les mouches accompagnent les différents protagonistes de ce récit plein de paraboles de Sampayo illustré par Zarate. C'est l'été. Elles prolifèrent. Un musicien de jazz américain prend le bus à Barcelone. Il va à Paris enregistrer un album. En route, il se fait mortellement poignarder par des jeunes voyous qui filment leurs crimes pour les vendre à des voyeurs sanguinaires. Une femme assiste au meurtre. Elle est poursuivie par les jeunes. La cavale se terminera à Paris, sur fond de jazz et de règlements de compte.

« Fly Blues », Futuropolis, 18 € 

samedi 25 octobre 2008

Roman _ Polar brûlant et enflammé

Dans une ville de Londres impersonnelle, les vies de plusieurs personnages vont se croiser avec le feu destructeur en toile de fond


Un incendiaire monnayant son vice, une ancienne avocate vivant de la vente de ses charmes, une voisine acariâtre, un vieux garçon maniaque, une veuve au grand cœur, un bâtard floué... La galerie de personnages de ce roman policier de Frances Fyfield montre toute l'étendue de son talent quand elle décrit l'étrange humanité qui survit dans Londres, capitale moderne truffée de vieux quartiers qui ont encore gardé toutes leurs spécificités du siècle dernier.

L'action se déroule en grande partie à Golden Street. C'est dans cette rue qu'habitent Henry Brett et Celia Hornby. Lui au rez-de-chaussée, elle à l'étage. Une vieille maison. Où tout s'entend. Surtout quand on fait exprès de faire beaucoup de bruit. Celia harcèle Henry qui n'a plus une minute de calme. Il est sur le point de craquer. Heureusement pour lui, une connaissance commune le met en relation avec Sarah Fortune. Ancienne avocate, cette élégante femme de 40 ans vit de ses charmes. Elle vend de l'affection. Ses prix sont très fluctuants.

Echange d'appartements

Pour Henry, ce sera en échange de son appartement. Sarah a envie de s'éloigner de son domicile quelques temps. Henry va se refaire une santé chez elle et Sarah va tenter d'amadouer la voisine. Mais ce sera compliqué. Elle le constate dès qu'elle la croise dans l'escalier. : « Une petite bonne femme en robe de chambre, tenant la rampe d'une main et se griffant le cou de l'autre. Dans la clarté du lustre, la peau grumeleuse de son visage évoquait un aliment mal cuit et elle toussa avec un vilain bruit de glaires, ce qui parut la calmer. » Quand Sarah explique qu'elle va habiter quelques jours chez son ami Henry, Celia Hornby réplique avec acrimonie « Vous ne pouvez pas être son amie. Il n'en a pas. »

Sarah fait payer tous ses amants. Même Alan qui pourtant lui plaît énormément. Alan aussi est en train de tomber amoureux de la belle et distinguée Sarah. Amants passionnés mais très cachottiers l'un envers l'autre. Sarah en dit le moins possible sur ses autres clients, Alan sur son véritable boulot. Pour la galerie, il s'occupe de la sécurité dans un hôtel de luxe. Cela permet de se loger à l’œil, sans avoir de chambre attitrée ni d'adresse. En réalité, Alan est le meilleur incendiaire de Londres. Il est régulièrement sollicité par des propriétaires cherchant à escroquer leur assurance.

Le feu pour intimider

Il a poussé très loin son exigence dans cette pratique. « Allumer un incendie était un art – un processus délicat. Du temps où il n'était qu'un garnement, Alan adorait déjà contempler les flammes. Et depuis qu'il avait compris que mettre le feu était non seulement un art, mais aussi une pratique monnayable, il faisait ce qu'il fallait pour être loin avant la première langue de flamme, voire même avant la fumée. » Alan est contacté par un homme désireux de faire une grosse peur à une femme qu'il a en abomination. Cette femme c'est Sarah. Alan ne le sait pas.

Vengeance, passion, feu : Frances Fyfield agence parfaitement ces trois ingrédients pour donner un tempo crescendo à son roman où les différents protagonistes ont finalement beaucoup plus qu'il n'y paraît à cacher aux uns et aux autres.

« Petits jeux avec le feu », Frances Fyfield, Presses de la Cité, 18,50 € 

vendredi 24 octobre 2008

BD - Héros au rabais


Superman n'a qu'à bien se tenir, voilà Gigaman ! Un super héros en costume vert et jaune, à la mâchoire carrée, aux muscles saillants. Il a tout pour aligner les exploits. Tout sauf l'intelligence et le courage. Gigaman est souvent tenté d'utiliser sa supervision qui lui permet de voir à travers les murs. 

Pas pour démasquer les méchants mais plutôt pour mater les jeunes femmes se déshabillant dans leur chambre... Gigaman est un des héros de cette série de gags signée Lapuss (scénario) et Baba (dessin). Il est en compagnie de Modula, Luxxor ou Verglas. Tous plus calamiteux les uns que les autres, ils alignent bévue sur bévue.

 Et au rayon des méchants, ce n'est pas mieux. Le poulpe pourpre n'ose pas sortir de chez lui et le Commander (au look très réussi, avec un petit air de M. Choc en plus moderne) préfère tyranniser son second, Flanaghan, plutôt que de mettre la terre à feu et à sang.

« Super blagues » (tome 1), Delcourt, 9,95 € 

jeudi 23 octobre 2008

BD - Dieux en concurrence


Avant l'arrivée des religions monothéistes, les peuplades barbares adoraient des dieux multiples mais venant tous d'une seule et même famille. Plusieurs dieux mais quand même un certain monopole. 

C'était le cas dans les terres du Nord. Odin règne en maître dans le royaume d'Aasgard. Il constate quand même une petite chute dans la part de marché. Il envoie donc son fils Thor pour comprendre. Et le dieu au marteau (qu'il utilise à tord et à travers) constate que des concurrents tentent de prendre pied sur le marché : Olympie.gr. Un certain Hermès casse les prix. Et pour convaincre les mécréants il leur offre un foulard du plus bel effet. La guerre des Dieux peut commencer. 

Cette parabole entre religion, commerce, concurrence et publicité est une idée du scénariste Laurent Panetier qui va au bout de sa logique, truffant les planches (dessinées par Madaule) de gags et jeux de mots irrésistibles.

« Les dieux en folie » (tome 1), Soleil, 9,45 € 

mercredi 22 octobre 2008

BD - Portables, je vous hais !


Il fût un temps, pas si éloigné que cela, où être contre les téléphones portables n'était pas complètement incongru. Aujourd'hui, alors qu'il y a plus de portables que de lignes fixes, c'est la posture inverse qui est complètement iconoclaste. Comment, vous n'avez pas de portable ? Comme si c'était une tare. Il n'y a pas de ce genre de question dans le tome 2 de « La tribu des insu portables » écrite et dessinée par Aré. 

Au contraire, dans cette famille classique, tout le monde a son mobile, le père, pas très à l'aise avec les technologies modernes, la mère, qui apprécie le côté bijou, le grand fils, fondu de technologie, la cadette, qui le recycle en carnet intime. L'attitude du petit dernier est plus réservée. Il est persuadé que ces engins sont une invention des extraterrestres pour contrôler et envahir la Terre. Des gags souvent très réalistes tant cet objet du siècle offre de possibilités.

« La tribu des insu portables » (tome 2), Vents d'Ouest, 9,40 € 

dimanche 19 octobre 2008

Roman - Traître à son pays


Jean Deleau, Français, 20 ans, traître à son pays. Jean Deleau, condamné à mort à la Libération. Cet homme, au parcours énigmatique, Dominique Jamet l'a transformé en personnage de roman. Car un vrai Jean Deleau a existé. L'auteur s'est librement inspiré de faits réels. Il raconte donc la vie de ce jeune home, comment à un moment donné tout à basculé. Jean qui est indissociable de sa mère. Une femme possessive, qui fait tout pour le conserver près de lui. Elève brillant, il intègre HEC en 1939. Atout supplémentaire, il parle couramment l'allemand car une de ses grands-mères est originaire d'outre-Rhin. La parfaite maîtrise de la langue, son admiration pour ce pays qui fait régner ordre et obéissance, sont pour beaucoup dans ses choix politiques. Etudiant à Paris, il a participé à une réunion de la Francisque, l'équivalent français du parti national socialiste allemand. Mais sans chercher à s'engager plus.

Défaite éclair

De retour à Neuville, la ville de province où il a passé toute son enfance, Jean assiste à la débâcle de l'armée française. Dominique Jamet, dans ce roman riche et documenté, explique qu'ils étaient peu nombreux ceux qui voulaient en découdre avec les Allemands. Un jeune officier français, prend position sur un pont stratégique. Il a pour mission de le faire sauter pour ralentir les troupes nazies. Mais c'est sans compter sur l'intervention des notables craignant pour leur belle et très tranquille ville. « On se mit en quête du préfet. Il était introuvable, mais le sénateur-maire, un ancien de Verdun, et l'archevêque de Neuville s'associèrent volontiers à une démarche dictée par la seule humanité ». Leur demande : que Neuville soit déclarée ville ouverte. Refus du jeune officier. Mais il devra se rendre à l'évidence : son pays est devenu pleutre. Il ne sauvera pas la France, mais lavera son honneur dans le sang. Neuville se donne donc le lendemain aux troupes allemandes. Jean et sa mère assisteront à la parade des vainqueurs, « jeunes hommes au visage bronzé sous le casque d'acier. »

Voulant croire en la parole du maréchal Pétain, Jean Deleau est recruté pour traduire les demandes de Français auprès des forces occupantes. Il fera son travail de traducteur avec zèle. Remarqué par les responsables de la police allemande, ils l'engageront. Il faut faire face aux « terroristes » qui gangrènent le pays. Jean Deleau, à la tête d'une bande d'hommes radicalement anticommunistes, va, au fil des mois et des années, durcir ses actions. Tortures, viols, vols et souvent, au final, les camps d'extermination ou le peloton d'exécution. Pourquoi ce presque gamin a sombré dans la violence la plus abjecte ? Pourquoi sa foi chrétienne ne l'a pas empêchée de participer aux pires atrocités ? Dominique Jamet, sans jamais vouloir excuser, donne cependant des pistes de réflexion, de compréhension. Jusqu'au dernier jour Jean Deleau sera fidèle aux nazis. Il prendra la fuite avec les derniers convois. Il se cachera quelques mois en Allemagne. Mais sans nouvelles de sa mère, il décide de revenir au pays, son pays qu'il ne considère pas avoir trahit, malgré sa condamnation à mort quelques mois plus tôt. Il parviendra à rejoindre le petite appartement de sa mère et y vivra caché durant 20 ans. Un roman fort, sans concession, au langage parfois cru, sur le passé trouble d'une certaine France.

« Un traître », Dominique Jamet, Flammarion, 20 € (également disponible au Livre de Poche) 

samedi 18 octobre 2008

BD - Pierre Tombal est-il immortel ?


Le 1er novembre, dans quelques jours, une grande majorité de Français va prendre la direction des cimetières pour rendre hommage à leurs morts. Peut-être croiserez-vous alors Pierre Tombal, fossoyeur de son état, héros de BD par ailleurs. 

Imaginé par Raoul Cauvin qui semblait broyer du noir à l'époque, il est dessiné par Marc Hardy au style à l'opposé absolu du trait rond et délié des Schtroumpfs de Peyo. Un humour noir qui a rapidement trouvé son public. Pour preuve, cette « Mise en orbite » est le 25e recueil des gags de l'homme à la pelle. Il croise souvent le squelette à la faux, cette satanée Mort qui, même quand elle se met en grève, assure un service minimum. Le filon semble inépuisable pour un Cauvin que l'on souhaiterait immortel.

« Pierre Tombal » (tome 25), Dupuis, 9,20 € 

vendredi 17 octobre 2008

BD - Ric Hochet entre spiritisme et escapologie


75e titre pour la série Ric Hochet de Tibet et Duchâteau. Il y est question cette fois de spiritisme et d'escapologie, une discipline popularisée par Robert Houdini. Un artiste, roi de l'évasion, va être au centre d'une malédiction ressemblant beaucoup à un complot. Rien de bien transcendant me direz-vous. 

Alors pourquoi parler de cet album alors que plein de jeunes, talentueux et novateurs, se lancent dans la BD ? Tout simplement car Ric Hochet est ma came, ma Madeleine. J'y retrouve (comme beaucoup de lecteurs, je pense), mes années de jeunesse quand je découvrais ces intrigues alambiquées chaque semaine dans les pages de Tintin. La série n'a pas bougé d'un iota. 

Avec Ric Hochet, j'ai toujours entre 12 et 15 ans...

« Ric Hochet » (tome 75), Le Lombard, 9,25 €