lundi 5 août 2024

BD - L’énigme du docteur Godard au centre de "Disparus"

 

La collection Docu BD des éditions Petit à Petit, après quelques titres très didactiques et généralistes, a proposé un premier titre sur un fait divers retentissant, l’affaire Dupont de Ligonnès.

Un premier succès qui devrait se confirmer avec cet album consacré à la disparition de la famille du docteur Godard fin 1999.

Disparus est basé sur un scénario de Pascal Bresson avec des dessins de Samuel Figuière et des rappels documentaires de Béatrice Merdrignan. Un trio pour un travail sans faille, plongeant le lecteur dans un suspense qui a tenu en haleine durant de longues années la France.

Découpé en chapitres compacts, avec reconstitution de certaines scènes qui n’ont jamais été prouvées mais semblent très plausibles, la BD s’appuie surtout sur l’enquête des gendarmes. Comment la disparition du docteur Godard, sa femme et ses deux enfants a été signalée, où le voilier ayant servi à la fuite a été contrôlé par la douane, comment des ossements de Camille, la fille, ont été pris dans les filets d’un pêcheur dans la Manche.

Un récapitulatif exhaustif mais toujours pas de réponse incontestable sur l’auteur des crimes. Cette affaire reste toujours, un quart de siècle plus tard, un mystère complet.

« Disparus », Petit à Petit, 176 pages, 19,90 €

dimanche 4 août 2024

Cinéma - “Pourquoi tu souris ?” la comédie des contraires

Tout les oppose. Wisi (Jean-Pascal Zadi) est noir, peu sûr de lui, gentil et timide. Jérôme est blanc, vindicatif, un peu arrogant, très fainéant. Leur seul point commun : ils sont tous les deux SDF dans les rues de Bordeaux.

Le premier espérait faire de la figuration dans un opéra. Refusé car il a trop de présence, quel paradoxe. Le second vient d’enterrer sa mère et perd ainsi le toit qui l’abritait depuis son enfance. Ils vont croiser la route de Marina (Emmanuelle Devos), permanente d’une association d’aide aux migrants, clochards et autres exclus de la société.

Wisi, bien que né à Sarcelles et détenteur de papiers français, se fait passer pour un migrant ivoirien pour que Marina accepte de l’héberger chez elle pour une nuit. Trop sympa, il se laisse embobiner par Jérôme (Raphaël Quenard) et ils se retrouvent à trois dans le petit appartement.

Ce film écrit et réalisé par Christine Paillard et Chad Chenouga, tout en abordant un thème grave et dramatique, offre une bonne dose de comédie. On est rapidement conquis par ces deux paumés au grand cœur, opposés de caractères, mais prêts à presque tout pour s’en sortir. Notamment Jérôme, qui se prétend handicapé, souffrant d’une maladie orpheline qui le rend allergique au travail. Pourtant il est intelligent et pas si méchant.

Et comme souvent dans la vie, face à l’adversité, l’union permet de surmonter bien des difficultés. C’est l’enseignement que l’on retient de cette comédie estivale qui devrait redonner du tonus aux dépressifs grâce à un duo comique d’une belle efficacité.

Comédie sociale de Christine Paillard et Chad Chenouga avec Jean-Pascal Zadi, Emmanuelle Devos, Raphaël Quenard.

Littérature étrangère - La résurrection des mille femmes blanches

Jim Fergus donne une suite à sa trilogie des « Mille femmes blanches ». Un court conte fantastique, optimiste et positif, qui enchante le lecteur, heureux de retrouver Molly et ses amies. 

Notre monde, violent et injuste, n’est qu’une facette de l’univers. Jim Fergus se plaît à imaginer dans ce court roman, entre fable et conte fantastique, l’existence d’un « monde véritable derrière le nôtre. » Ce sont les rescapées des mille femmes blanches, héroïnes d’une trilogie sur la fin de la civilisation indienne. C’est Molly McGill Hawk qui raconte cet événement incroyable.

En pleine tempête, elle, les autres femmes, leurs maris indiens et des enfants, ont quitté un monde de violence pour se retrouver dans une autre version de l’Amérique, véritable paradis, où les armes n’existent pas et où toutes les races cohabitent pacifiquement.

Même avec les animaux la fusion est parfaite. Le mari de Molly, Hawk, Indien un peu taciturne, peut se transformer en faucon et voler, avec son épouse sur le dos. Tous se sont installés un « village situé sur une butte qui domine la rivière, assez haute pour nous protéger des crues qu’occasionnera la fonte des neiges. Notre camp se trouve assez près d’un ruisseau pour que, par les nuits de pleine lune, nous entendions les truites monter à la surface et se gaver d’insectes. A l’aube, les oiseaux entonnent leurs chants dans les buissons de saules. » Un bonheur remis en cause par l’arrivée d’une autre Molly venue du futur, descendante de la narratrice.

Elle prévient la tribu de l’arrivée imminente d’une bande de méchants déterminée à piller le monde véritable. Mais comment se défendre quand on est non-violent et sans arme ?

Le texte de Jim Fergus, entre utopie écologique et traité pacifique, apporte un formidable espoir aux lecteurs. Qu’il serait agréable de transformer notre triste quotidien en « monde véritable » !


« Le monde véritable » de Jim Fergus, Le Cherche Midi, 160 pages, 16,50 €

samedi 3 août 2024

Une étude historique - La Catalogne médiévale entre Orient et Occident

Pierre-Vincent Claverie propose dans ce nouvel ouvrage la compilation de plusieurs articles parus ces dernières années. Il se focalise sur cette période du Moyen Age au cours de laquelle la Catalogne joue un rôle essentiel de liaison entre l’Orient et l’Occident.
Des considérations générales mais également des exemples précis comme cette fameuse affaire dite du monastère d’Alexandrie. 

Des Juifs, en Egypte, auraient profané un monastère copte. Trois marchands juifs, à leur arrivée en Catalogne, furent dénoncés, emprisonnés et torturés. Sans la moindre preuve. Finalement, justice leur fut rendue grâce à une contre-enquête initiée par la municipalité de Barcelone.

« La Catalogne médiévale entre Orient et Occident », Trabucaire, 276 pages, 22 €

vendredi 2 août 2024

Un guide nature - Fleurs des prairies

Envie de nature ? Partez à la découverte des fleurs de prairies, très présentes en ce début d’été. Et pour ne rien rater des floraisons des hélianthèmes, pimprenelles et autres scabieuses, n’oubliez pas d’emporter dans votre randonnée ce petit livre richement illustré des aquarelles de Philippe Marie.

Vous pourrez ainsi « reconnaître les fleurs et les herbes des prairies par la couleur ». La classification se fait d’ailleurs par couleur, des blanches, si discrètes aux roses si originales en passant par les bleues, les jaunes et les vertes, expertes en camouflage.

« Fleurs des prairies », Salamandre, 72 pages, 6,90 €

jeudi 1 août 2024

Jeunesse - Eusèbe, le chat devenu célèbre

La petite collection d’album jeunesse inventée par Séverine de la Croix et Pauline Roland ne cesse de grossir. Si Pauline Roland dessine les aventures d’une sirène qui n’aimait pas chanter, Séverine de la Croix imagine les aventures de la mascotte de la collection, Eusèbe, un chat qui rêve de devenir Viking.

Eusèbe découvre que sa cachette secrète à sandwich est gardée par un taureau. Comment faire fuir l’importun ? Il découvre grâce à un exposé de Théo que les Vikings étaient terrifiants. Il va donc se déguiser en terrible guerrier nordique pour récupérer son bien.

Dernier personnage en date qui n’aime pas, une sirène. Elle voudrait pouvoir chanter en toute tranquillité sans faire naufrager les humains ou attirer toutes les créatures marines. Un album écrit par Jean Tartine où l’on retrouve Eusèbe caché dans une des illustrations de ce délicieux petit album.

« Eusèbe, le chat qui rêvait de devenir Viking » et « La sirène qui n’aimait pas chanter », Jungle Splash !, 40 pages, 8,95 €
 

mercredi 31 juillet 2024

Cinéma - “Le moine et le fusil”, fable du Bhoutan sur la démocratie

Il paraît qu’on vote en France ce dimanche. Une habitude très récente au Bhoutan. Ce petit pays enclavé entre Inde et Chine a demandé pour la première fois à son peuple de se prononcer sur son avenir en… 2008. Le film Le moine et le fusil de Pawo Choyning Dorji raconte cette transition démocratique peu évidente. Car dans les campagnes, au fond des vallées coincées entre les sommets de l’Himalaya, le mot même d’élection est inconnu de la grande majorité de la population.

Alors pour lui expliquer, l’administration organise des élections blanches avec faux candidats. Une fonctionnaire est envoyée dans un petit village pour superviser cette répétition. Une localité qui recèle un véritable trésor, un fusil datant de la guerre de Sécession. Pendant que les villageois s’amusent à faire semblant de détester le camp adverse (en France, pas la peine d’entraînement, on atteint des sommets depuis quelques semaines) comme dans toute démocratie qui se respecte, un moine bouddhiste veut absolument ce fusil pour son supérieur, un lama, décidé à remettre le pays sur le bon chemin.

Arme également désirée par un riche Américain, collectionneur, fanatique des armes, riche à millions, déboussolé dans un pays qui ne mesure pas sa bonne santé démocratique aux indices économiques du produit intérieur brut mais à celui, plus poétique, de bonheur national brut. Un film malicieux, qui a le grand avantage d’ouvrir les yeux des Occidentaux que nous sommes.

Non, notre modèle de société n’est pas forcément le meilleur du monde. Oui, James Bond fait parfois rêver, mais cela reste un banal tueur. Oui, vous verrez un phallus de plus d’un mètre de long dans Le moine et le fusil et vous éclaterez de rire. Oui, au Bhoutan aussi, les gendres ont des problèmes avec leurs belles-mères. Non, contrairement à tout film américain, les armes à feu ne sont pas glorifiées, bien au contraire.

Et franchement, ça fait du bien un film apaisé, pacifiste et positif alors que partout ailleurs, même en France, on explique doctement que la solution est le réarmement…

Film de Pawo Choyning Dorji avec Tandin Wangchuk, Kelsang Choejay

mardi 30 juillet 2024

Cinéma - “Les pistolets en plastique”, rire caustique

Pire que Mocky dans le genre anarcho-sarcastique, Jean-Christophe Meurisse sort la sulfateuse dans « Les pistolets en plastique » pour massacrer la mode médiatique autour des faits divers.

L’affaire Dupont de Ligonnès, après avoir fait vendre beaucoup de journaux ou de magazines et assuré des audiences records aux émissions de faits divers, a beaucoup inspiré les romanciers. Voilà que le cinéma s’y met. Mais pas dans le genre à faire froid dans le dos. Normal, c’est Jean-Christophe Meurisse qui s’y risque, cinéaste iconoclaste qui a déjà offusqué quelques censeurs après son Oranges sanguines, brûlot à l’opposé du politiquement correct.

Le fil rouge du film est la traque d’un tueur en série, Paul Bernardin (Laurent Stocker), disparu après avoir assassiné sa femme, ses quatre enfants et le chien. Zavatta, le « ninja de la police française » croit le reconnaître à Roissy à l’embarquement d’un vol pour le Danemark. Le début du cauchemar pour Michel Uzès (Gaëtan Peau), danseur amateur de country, transformé en quelques heures en ennemi public numéro 1.

Léa (Delphine Baril) et Christine (Charlotte Laemmel), enquêtrices Facebook, sont elles aussi sur les traces de Bernardin. Deux ménagères de moins de 50 ans, fascinées par le personnage, capables de casser la porte de la villa de Bernardin pour aller inspecter la cave et critiquer la décoration intérieure. Le film, forcément un peu foutraque par manque de budget, a ce côté amateur avec effets spéciaux gore à la petite semaine qui le transforme en farce à la Grand Guignol. On a parfois l’impression d’une succession de sketches, quelques humoristes invités s’en donnant à cœur joie dans l’improvisation.

La scène d’ouverture avec Jonathan Cohen en médecin légiste donne le ton. Il se surpasse dans la surenchère quand il fait le panégyrique de Zavatta. Nora Hamzawi, femme enceinte obnubilée par ses accouchements (et sa dernière épisiotomie dont elle donne tous les détails) est irrésistible. Le meilleur restant les dialogues, totalement surréalistes, entre les deux enquêtrices, sorte de concentré de toutes les inepties lues sur Facebook. Quant au tueur, on ne dira pas où il se cache. Mais ce n’est pas demain la veille que Léa et Christine risquent de lui mettre la main dessus…

Film de Jean-Christophe Meurisse avec Laurent Stocker, Delphine Baril, Charlotte Laemmel, Gaëtan Peau, Jonathan Cohen, Nora Hamzawi

lundi 29 juillet 2024

En vidéo - “Les chèvres”, Boon et Commandeur, duo comique du XXIe siècle

 

La comédie est certainement le genre cinématographique le plus compliqué. Difficile de trouver la bonne formule, celle qui va faire rire des millions de spectateurs.

Sur le papier, Les chèvres de Fred Cavayé avait tout pour faire un carton. Un sujet iconoclaste (le procès au Moyen Âge d’un animal), deux comédiens talentueux (Dany Boon et Jérôme Commandeur), des décors somptueux et un budget conséquent.

Pourtant le public a boudé cette histoire en partie tirée de faits réels. Sa sortie en DVD chez Pathé devrait permettre de mieux apprécier cette farce en costumes. Les seconds rôles sont savoureux et Claire Chust en bergère progressiste et féministe fait forte impression.

Quant au duel oratoire entre les deux stars, les deux avocats, il fait des étincelles et même s’il y a un peu trop de cabotinage, reste un must dans le genre.

dimanche 28 juillet 2024

BD - Terriers de lapins au centre de la Terre

Les animaux à toutes les sauces. Ils sont même utilisés pour cette adaptation en BD du roman de Jules Verne, Voyage au centre de la Terre. Sur une adaptation de Rodolphe, Patrice Le Sourd a décidé que les héros seraient des... lapins. Rien de plus logique tant ce roman est en réalité une longue divagation dans d'interminables terriers.

Dans le second tome, on retrouve le trio perdu sous les volcans d'Islande. Le professeur Lidenbrock, théoricien de cette exploration, sa nièce Axelle (déguisée en garçon et répondant au prénom d'Axel) et Hans, l'homme fort de l'expédition, l'aventurier. Axelle est séparée de ses deux compagnons et se retrouve dans le noir. Grosse angoisse et finalement chute dans un trou. Elle se réveille sur une plage...

Elle vient de découvrir la mer intérieure qui transforme ces gigantesques grottes en nouveau continent. Dès lors le trio va progresser, découvrant des animaux monstrueux, d'autres qui semblaient disparus (mammouths).

Le récit de Jules Verne a un peu perdu de sa magie, mais l'ensemble reste très spectaculaire et devrait faire rêver les nouvelles générations autant que les précédentes, saisies par ces textes novateurs, premières incursions de la littérature vers une science-fiction encore embryonnaire.
« Voyage au centre de la Terre » (tome 2), Delcourt, 48 pages, 11,50 €