samedi 17 février 2024

BD - Jungle Book : Une femme dans la meute



Il y a du Livre de la jungle dans ce Jungle book, premier album d’une jeune autrice, Anne Quenton. Après avoir travaillé dans l’animation, elle est revenue à sa première passion, la BD, et propose une version moderne et très modifiée du chef-d’œuvre de Kipling.

Dans un futur proche, une mutation a touché les animaux. Ils se sont humanisés. Désormais ils marchent debout, ont des mains, ont des sentiments et pensent. Une évolution sans doute due aux expériences ratées de quelques savants fous. Conséquence, loups, tigres, ours et autres animaux prédateurs ont compris combien les hommes étaient néfastes pour le monde. Une féroce chasse est enclenchée. Résultat, il n’en reste plus beaucoup sur la planète. Une nuit, une famille de loups sauve des griffes de la bande de Shere Khan, le tigre, un bébé humain de sexe féminin. Ils vont l’élever comme si elle faisait partie de leur portée.

La jeune Mowgli va vivre en sécurité, protégée par ses parents mais aussi ses deux frères. Certes ils la taquinent sur son absence de poils, mais feraient tout pour elle. Quand Shere Khan est de retour une quinzaine d’années plus tard, la vie de Mowgli bascule, la quiétude de son foyer explose. Un album remarquable, tant sur le fond que sur la forme. En inversant les rôles (les animaux sont devenus les dominants), Anne Quenton nous fait comprendre combien notre violence envers les bêtes, toutes les bêtes, est insupportable. Quant aux dessins, en couleurs directes, très doux à l’œil, ils donnent une force supplémentaire à cette histoire universelle entre chasseurs et potentielles proies.

« Jungle Book » (tome1), Dupuis, 64 pages, 14,50 €


vendredi 16 février 2024

BD - Loups affamés dans le 4e tome de World War Wolves



La fin du monde, du moins celui dans lequel on vit actuellement, pourrait prendre la forme décrite par le scénariste Jean-Luc Istin dans sa série World war wolves.

Dans un futur proche (encore une fois), aux USA, des humains se transforment en lycanthropes, plus connus sous le nom de loups-garous. Un phénomène qui se propage comme une épidémie car il suffit qu’être mordu une fois pour rejoindre la meute. Rapidement, l’anarchie et le chaos règnent dans les différents états. La police est contaminée, de même que le FBI. Il existe pourtant quelques poches de résistances comme la ville de Las Cruces. C’est là, derrière de solides remparts, que John Marshall, écrivain, a trouvé refuge en compagnie de sa famille.


Dans le 4e tome, désormais dessiné par Radivojevic, des milliers de loups affamés prennent la ville d’assaut. Les combats font rage. On suit aussi, en parallèle, le périple de Malcom Spoding, un bricoleur de génie qui survit avec une relative facilité dans ce monde en décomposition. Sauf quand il tombe sur une bande de cannibales…

Très violente, cette série, à la mode comics US, propose aussi son lot de fantastique optimiste avec un rêve récurrent aux différents protagonistes humains. Ils y voient un vieil Indien leur demandant de rejoindre un lieu mystique dans l’Arizona. Le bout du chemin et du combat ?

 « World war wolves » (tome 4), Soleil, 104 pages, 15,50 € 

jeudi 15 février 2024

Cinéma - “One love” : Bob Marley, l’amour et le reggae

Sa musique a fait vibrer la terre entière. Le film retraçant une partie de la vie de Bob Marley est une ode à l’amour et la paix. 


Un monument. Bob Marley fait partie de ces rares artistes connus par l’immense majorité des habitants de cette planète, quels que soient leur âge et leur origine. Le musicien jamaïcain, plus de 40 ans après sa mort, est le héros du biopic signé Reinaldo Marcus Green (La méthode Williams). Pour interpréter le roi du reggae, le choix s’est porté sur Kingsley Ben-Adir déjà remarqué pour son rôle de Malcom X dans le film multiprimé One Night in Miami de Regina King. Avec Bob Marley : One Love, le registre est tout autre. Même si la violence n’est pas exempte de sa courte existence.


Le réalisateur a voulu centrer son récit sur l’attentat du 3 décembre 1976. Alors qu’il répète avec son groupe les Wailers, des hommes armés font irruption dans le studio. Bob Marley est blessé au bras. Sa femme Rita à la tête. Un de ses musiciens est gravement touché. À l’époque, la Jamaïque était au bord de la guerre civile. Bob, en pacifiste convaincu, voulait organiser un concert pour la concorde. Une idée qui dérangeait. Face au danger, il met sa famille à l’abri aux USA et rejoint Londres pour se remettre au travail en studio. Quelques mois plus tard sort Exodus, disque phénomène qui bat des records de vente. La légende de Bob Marley débute véritablement.

Kingsley Ben-Adir dans les habits de la star

Loin du biopic linéaire et plat, le film de Reinaldo Marcus Green permet au spectateur de comprendre l’homme derrière la star. D’où il vient, son problème provoqué par l’absence de son père, sa jalousie presque maladive, sa foi immense, sa naïveté aussi parfois.

Toute une palette d’émotions confiée à Kingsley Ben-Adir, véritable révélation du film. Il a endossé le costume du rasta avec un naturel étonnant. Même démarche et surtout présence sur scène déconcertante. Car en reconstituant quelques sets d’anthologie, le réalisateur a donné l’occasion au jeune comédien anglo-marocain de littéralement faire revivre cette légende de la musique cool. Le voir en transe sur scène donne une folle envie de se replonger dans cet univers.

Le reggae est très présent à l’écran, des premiers morceaux, moins connus, aux titres les plus emblématiques dont le fameux One love qui donne son titre au film. Alors si vous aimez danser sur du Bob Marley, si vous voulez découvrir ce phénomène du XXe siècle ou si vous vous intéressez à cet apôtre de la paix qui manque tant en ces temps si violents, courrez voir Bob Marley : One Love.

Film de Reinaldo Marcus Green avec Kingsley Ben-Adir, Lashana Lynch

 

Quand les montagnes accordaient l'asile aux étrangers

 


André Houot aime sa Drôme natale. Un pays d'histoire, de montages et de monstres légendaires. Sa dernière BD publiée, Asile ! aux éditions Glénat, propose un grand saut dans le passé. 

En 1483, alors que la guerre entre Chrétiens et musulmans fait rage en terre sainte, Djem, le fils d'un prince ottoman est accueilli avec les honneurs au château de Rochechinard. En réalité, si le maître des lieux explique qu'il lui offre l'asile, dans les faits il est prisonnier, valeur marchande essentielle pour une guerre diplomatique parallèle aux batailles et tentatives de conquêtes. 

Dans cette forteresse perchée au sommet d'un pic rocheux, Djem déprime. Jusqu'au jour où il croise le regard de Philippine, la fille d'un seigneur voisin. Une impossible histoire d'amour dans cette France peu tolérante. 

Les dessins, hyper-réalistes, sont un exemple pour les illustrateurs désireux d'aborder la BD historique. Le fond de l'histoire est véridique et pour bonifier le tout, André Houot reprend la légende de géants monstrueux vivant au coeur des montagnes. L'ensemble est distrayant et dépaysant.

"Asile !" d'André Houot, Glénat, 48 pages, 14,50 €

mercredi 14 février 2024

Cinéma - Une seconde “Maison de retraite” tout aussi désopilante

 


Il n’est jamais facile d’imaginer une bonne suite à un film qui est plébiscité par le public. Sorti il y a deux ans, Maison de retraite avec Kev Adams a attiré plus de 2 millions de spectateurs. Une suite a donc rapidement été lancée. Avec toujours l’humoriste au scénario, mais un nouveau réalisateur, Claude Zidi Jr.

Côté casting, la palette s’agrandit. Arrivent dans la bande des « vieux » Jean Reno, Amanda Lear, Chantal Ladesou, Enrico Macias et Michel Jonasz. Les fans du premier volet retrouvent, en pleine forme, Daniel Prévost, Firmine Richard et Liliane Rovère. Manquent à l’appel Mylène Demongeot (décédée avant le tournage) et Marthe Villalonga (même si la doyenne des pieds-noirs fait une petite surprise en fin de film).

Il y a deux ans, tout se terminait bien pour les anciens et les orphelins réunis par Milann (Kev Adams). Dans la suite, le rêve vire au cauchemar quand l’administration inspecte les locaux. Rien n’est aux normes. Travaux obligatoires. Au lieu de fermer, Milann transfère tout le monde dans une autre maison de retraite, au bord de la Méditerranée, très classe. Problème, les premiers pensionnaires ne veulent pas de ces nouvelles têtes.

Loin de se contenter de cette petite guerre entre anciens, abondamment vendue dans la bande-annonce, le film, tout en restant très comique, joue sur plusieurs cordes. Un peu de romance, du social (avec dénonciation des grosses sociétés qui font du fric sur le dos de nos aînés) et quasiment du polar d’action pour un final explosif. Encore une excellente comédie pour le cinéma français qui reprend des couleurs en ce début d’année. 


"One love" au cinéma : l'interprète de Bob Marley vous livre son secret pour danser comme le roi du reggae

Remarquable interprète de Bob Marley dans le biopic qui sort le 14 février au cinéma, Kingsley Ben-Adir dévoile sa technique pour danser comme le chanteur de reggae sur scène. 



Sortie événement de ce début d'année au cinéma, le biopic de Bob Marley retrace une partie de sa carrière phénoménale. Le film de Reinaldo Marcus Green, Bob Marley : One love, raconte l'ascension du chanteur de reggae et reconstitue de nombreux concerts du grand de la musique jamaïcaine.

En visionnant le film, on est frappé par le mimétisme entre le jeune comédien et le chanteur mort en 1981. Il a avoué lors d'une rencontre avec la presse le lendemain de l'avant-première parisienne du film au Grand Rex qu'il a beaucoup travaillé pour danser comme Bob Marley.



"J'ai beaucoup regardé les enregistrements des concerts. Mais avant de comprendre comment Bob dansait, il fallait que je comprenne comment moi je bougeais." Avec un humour étonnant, il mime alors sa façon, très désordonnée de bouger en fonction du rythme. Et dans la foulée, ferme les yeux et danse quelques secondes comme Bob Marley, avec grâce et décontraction.


"J'ai compris qu’en fait Bob Marley commençait toujours par bouger comme s'il était dans une petite boite. Et puis d'un coup la boîte disparaît, il tend les bras vers le public. Et tout en faisant du surplace, il réintègre la boîte." Durant quelques secondes, les personnes présentes dans la salle ont pris conscience de toute la technique mise en œuvre par Kingsley Ben-Adir pour habiter le personnage. 

Et pour retrouver la danse, presque la transe, de Bob Marley, ainsi que son histoire mouvementée entre Jamaïque et Angleterre, c'est au cinéma à partir de ce mercredi 14 février.

 

mardi 13 février 2024

Une biographie en BD - Missak Manouchian

 


Le 21 février prochain, Missak Manouchian entrera au Panthéon en compagnie de son épouse, Mélinée. Ce grand résistant, oublié car étranger, était au centre de l’Affiche rouge. Arménien, engagé pour la France, sa vie est racontée dans une BD écrite par Didier Daeninckx et mise en images par Mako.

De l’assassinat de ses parents en 1915 par les Turcs à son exécution (fusillé par l’armée allemande au Mont-Valérien) le 21 février 1944, c’est la vie chaotique de tous ces immigrés, main-d’œuvre bienvenue dans un premier temps, puis ennemis de la France quand l’extrême-droite est arrivée au pouvoir.

Un dossier pédagogique permet de mieux appréhender le rôle prépondérant du gouvernement de Vichy dans la déportation des Juifs et la traque des résistants.

« Missak Manouchian, une vie héroïque », Les Arènes BD, 120 pages, 22 €

lundi 12 février 2024

Une biographie - Audrey Hepburn dessinée

 


Sous-titrée «Un ange aux yeux de faon», cette biographie dessinée d’Audrey Hepburn retrace toute la vie d’une actrice qui a marqué le XXe siècle.

Jean-Luc Cornette (scénario) et Agnese Innocente (dessin) retracent son parcours, de sa naissance en Belgique à ses actions humanitaires pour l’Unicef.

« Audrey Hepburn », Glénat, 168 pages, Glénat, 22 €

dimanche 11 février 2024

Un album jeunesse - L’ours qui n’aimait pas hiberner

 


Pauline Roland, la dessinatrice de Port-la Nouvelle, est de retour dans la collection qu’elle a lancé avec Séverine de la Croix. Elle nous présente Edgar, L’ours qui n’aimait pas hiberner. Un nouveau personnage adorable, bien grognon et à qui il arrive une quantité incroyable d’aventures.

Car Edgar n’aime pas hiberner. Alors pour rendre ce long sommeil plus agréable, il cherche la bonne tanière. Une grotte, un trou, au sommet d’un arbre ou dans un hôtel, il aura toutes les peines du monde pour trouver l’endroit qui lui convient.

Un album jeunesse à lire aux plus petits avant qu’ils n’hibernent eux aussi, mais juste pour la nuit.

« L’ours qui n’aimait pas hiberner », Jungle Splash, 40 pages, 8,95 €

samedi 10 février 2024

BD - Jean Van Hamme : dernières précisions sur XIII et nouvelles illustrées

Jean Van Hamme est un grand scénariste. Presque à la retraite, 85 ans, il signe pourtant un XIII Mystery très attendu par les fans et un recueil de nouvelles cruelles. Et ses personnages continuent d’exister comme Jones sous la plume de Yann et TaDuc. 


Traquenards et sentiments pour XIII


Jean Van Hamme a porté beaucoup de soin à tricoter avec cohérence la saga de XIII. Des albums aux multiples rebondissements qui ont permis à William Vance d’obtenir cette reconnaissance méritée. Les fans, par millions, se sont passionnés pour cette quête d’identité sur fond de complot mondial et d’espionnage. Et certains regrettaient les rares lacunes dans le récit. Des petits trous noirs qui sont désormais en partie comblés.


Jean Van Hamme a accepté de reprendre sa copie et d’imaginer des récits courts pour éclairer les zones d’ombre ou résoudre de petits mystères. Ce 14e album de la série XIII Mystery est l’œuvre de plusieurs dessinateurs. Un collectif au générique prestigieux. La séquence d’ouverture est de Jigounov, le repreneur de la série principale. On retrouve ensuite Joël Callède, Philippe Xavier (pour un retour au Costa Verde avec Maria et El Cascador), Henriet lève le voile sur la jeunesse de Lullaby et sa première rencontre avec Jones, Jones essentielle dans la survie de XIII, histoire dessinée par Gontran Toussaint.

Enfin Mikaël revient sur l’histoire d’amour entre Betty et le duc Armand de Préseau. L’ensemble ne vaut pas un véritable album de XIII mais donne furieusement envie de lire ou relire la saga.

En bonus, quelques auteurs donnent leur version de l’univers, de Boucq à Bertail en passant par Colin Wilson, Ayumu Minegishi, Guérineau ou le Catalan Jordi Lafebre.

Jean Van Hamme dans le texte


Avant d’être le scénariste connu, Jean Van Hamme a écrit des romans. C’est là qu’est né Largo Winch. Un écrivain prolifique qui aimait les nouvelles. Noires et cruelles. Ce sont quelques-uns de ces textes oubliés qu’il a proposé à quelques dessinateurs d’adapter en BD.

Un recueil donnant une autre image de Van Hamme. Moins épique et héroïque, plus malicieuse et intimiste. Comme cette première histoire dessinée par Aimée de Jongh. Un romancier, vit de sa plume depuis des années. Il fait dans le polar gore. Il écrit, donne le manuscrit à sa femme qui le tape à la machine. Il ne se relit jamais. Encore moins une fois imprimé. Une seule chose importe, la nouvelle histoire. Cela dure des années et puis un jour il découvre une vérité qui l’ébranle. Il faut toujours se méfier de son entourage.

Ce condensé du talent de Van Hamme est magnifié par Bazin, Bertail, Efa, Durieux, Munuera, et Djief. Des histoires à picorer au gré de ses humeurs.

Jones vole de ses propres ailes


De la saga de Jones, plusieurs personnages secondaires ont émergé au fil du temps. Cela a donné l’occasion à des auteurs d’imaginer la vie d’avant de ces figures imaginées par Van Hamme et Vance. On a eu droit à la Mangouste, au colonel Amos ou Betty Barnowsky dans la collection XIII Mystery.

Jones, la belle amoureuse de l’intrépide XIII a droit à une trilogie. Écrite par Yann (décidément roi de la reprise après Spirou et Thorgal) et dessinée par TaDuc, l’enfance de Jones la montre SDF dans le ghetto de Chicago, recrue de l’US Navy et surtout sœur de Marcus, militant pour les droits des minorités. Ce dernier, dénoncé par sa petite sœur alors qu’il fomentait un attentat, est prisonnier depuis une dizaine d’années. Il parvient à s’échapper avec deux militants de la cause indienne.

Avec eux, il va défier le gouvernement américain. Un sacré dilemme pour la jeune Jones, fougueuse, impétueuse, experte en maniement des armes à feu mais encore trop fleur bleue.

Le premier tome de cette trilogie, en plus de mettre en avant une des figures les plus appréciées de la série, permet à Yann d’aborder plusieurs sujets très politiques, de la lutte armée des minorités aux USA en passant par les dégâts psychiques chez les vétérans du Vietnam.

« XIII Mystery » (tome 14), Dargaud, 64 pages, 13,95 €

« Miséricorde », Dupuis, 96 pages, 16,95 €

« XIII trilogy, Jones » (tome 1), Dargaud, 48 pages, 13 €