mercredi 1 décembre 2021

De choses et d’autres - La double peine des réveillons en prison

Claude Guéant « vit très mal » son incarcération à la prison de la Santé. Cette déclaration de son avocat est tout sauf étonnante. Vous pensez qu’ils sont nombreux les détenus qui se réjouissent de passer Noël et le Premier de l’an enfermés entre quatre murs ?

Pour l’ancien ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy, il y aura également dans le lot son anniversaire, 77 ans. Pourtant il avait tout fait pour ressortir rapidement. Sa mise en cellule découlait du non-paiement de fortes amendes. Du coup, le sursis a été transformé par les juges en prison ferme. Il pensait avoir fait le plus dur en versant 115 000 euros, soit, selon son avocat, l’intégralité de la somme due.

Mais la Justice, comme beaucoup d’administrations et d’entreprises durant les fêtes, n’assure qu’un service minimum puisque sa demande de remise en liberté ne sera examinée que le… 19 janvier.

En attendant, il devra se contenter du menu de Noël des prisonniers, qui, j’imagine, doit être un peu moins sélect et goûteux qu’au Fouquets. Mais qui sait, en sortant de cette expérience, il va peut-être se transformer en défenseur des libertés. Car lors de la primaire de son parti, les Républicains, ils ont été plusieurs à regretter ce laxisme qui ferait que désormais les séjours en prison sont comparables à des vacances à l’hôtel.

Certes, la télé est accrochée au mur, mais le confort de la salle de bains et des toilettes correspond plutôt à du « moins 4 étoiles ». Le seul spa proposé c’est quand les canalisations fuient. Du moins quand c’est l’eau chaude. Tiède exactement.

Claude Guéant est donc très éloigné d’un séjour dans un Palace. Mais c’est normal, une prison reste une prison.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le jeudi 23 décembre 2021

BD - Paris en vert


Dans un futur proche, les plantes se sont rebellées. Une poussée forte d’un coup qui a submergé les villes. Quelques années plus tard, dans une ville de Paris recouverte d’une jungle sauvage, la société s’est écroulée. Les gens vivent dans des camps, sous la coupe d’une armée de plus en plus agressive. 


Dans ce monde compliqué, deux jeunes filles que tout oppose, vont devoir s’unir pour conserver un peu d’Humanité. Scénario très réussi de Sébastien Voizat illustré par Kmixe, dessinatrice de Montpellier au trait particulièrement lisible. 

« Jungle urbaine », Jungle, 12,95 €

De choses et d’autres - Suis-je un umarell ?

Depuis quelques semaines, je marche beaucoup. Je me promène, exactement, tôt le matin pour améliorer ma condition physique. Et parfois, je me surprends à progresser, pensif, les deux mains jointes dans le dos.

Exactement comme mon père qui, lui aussi, marchait beaucoup. Cette position, caractéristique des personnes âgées, m’est revenue à l’esprit, quand j’ai découvert le mot « umarell ». Dérivé d’un dialecte typique de Bologne, en Italie, il désigne « les hommes à l’âge de la retraite, qui passent le temps à regarder les chantiers de construction, en particulier les travaux routiers, leurs mains jointes dans le dos. » Même si je ne suis pas un fan de travaux, suis-je un umarell ?

Car il ne fait pas le moindre doute que j’aime avoir les mains jointes dans le dos. Cela me permet de repenser à mon père et je n’ai pas à me demander quoi faire de mes bras (mains dans les poches, simplement ballants…).

En prolongeant un peu les recherches sur les umarells de Bologne, je découvre qu’ils forment, presque, un clan et qu’il existe un titre de seigneur. Certains sont devenus tellement célèbres qu’ils ont fait de la pub et ont même eu droit à des BD racontant leurs exploits. Moins réjouissant, la véritable raison de leur présence quotidienne devant les chantiers : généralement, ils sont chassés de la maison par leurs femmes qui ne désirent pas les avoir, en permanence, dans leurs pieds.

Et, dans la région aussi, on a nos umarells. Ce ne sont pas les chantiers qu’ils squattent, mais les bancs des villages, les mains appuyées sur leur canne. De l’umarell au sénateur, il n’y a qu’un pas. 

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mercredi 1er décembre 2021

mardi 30 novembre 2021

En vidéo - Kaamelott, 1er volet

Plus gros succès français au cinéma depuis la réouverture des salles, Kaamelott, 1er volet, d’Alexandre Astier, sort aujourd’hui en DVD et coffret blu-ray. Ce film, en chantier depuis des années, a contenté des millions de fans cet été. Ils seront sans doute aussi nombreux à profiter des presque 2 heures du premier volet de ce qui s’annonce comme une trilogie, ainsi que des nombreux bonus contenus essentiellement dans le blu-ray. L’action se déroule dix années après qu’Arthur (Alexandre Astier) a quitté le trône au bénéfice du maléfique Lancelot (Thomas Cousseau). Ce dernier cherche à le retrouver. Il envoie des mercenaires partout dans le monde, dont de redoutables Saxons menés par Horsa (Sting). Le scénario, un peu trop linéaire, permet à quelques seconds rôles lumineux de la série de briller. En premier lieu, Perceval (Franck Pitiot) et Karadoc (Jean-Christophe Hembert), chefs du clan des semi-croustillants et leaders de la résistance. Dans les bonus, ne manquez pas le commentaire audio du réalisateur (DVD et BR) et le making-of de 45 minutes (BR). 


Jeunesse - Cent petits chats et un fil


Adorable album que ce « Cent petits chats » de la Japonaise Tomoko Ohmura. Ces petits chats vont faire frémir et rêver les plus petits. Tout commence par la découverte de ce fil rouge accroché à une branche. Mais d’où peut-il bien venir ? 

Pour le savoir, le petit chat qui l’a trouvé se met à le suivre. Bientôt, un autre chat lui emboîte le pas, puis un autre, et ainsi de suite. Ils traversent la ville, le lac, la forêt, le pont suspendu… et quand ils arrivent au but, au cœur de la montagne, dans la neige, ils sont cent petits chats épuisés et frigorifiés en train de pousser une énorme pelote de laine. Heureusement, une bonne surprise les attend !

« Cent petits chats », l’École des Loisirs, 12,50 €


lundi 29 novembre 2021

Cinéma - “L’événement”, politique et féministe

Le roman d’Annie Ernaux, sur son avortement clandestin, en 1963, garde toute son âpreté dans un film glaçant. 

Trois étudiantes françaises au début des années 60. L’une d’elles, Anne, à droite (Anamaria Vartolomei), redoute de devoir tout arrêter en raison d’une grossesse non désirée. Wild Bunch

Si L’événement réalisé par Audrey Diwan est revenu de la Mostra de Venise avec le Lion d’or, ce n’est pas un hasard. Adapté du roman d’Annie Ernaux, le film prend aux tripes. Le spectateur, quel que soit son sexe, ressent, physiquement, la souffrance d’Anne (Anamaria Vartolomei) au cours de ses différentes tentatives d’avortement. Avant, il touche du doigt le désespoir de cette jeune fille obligée de tirer un trait sur ses projets, son avenir, si elle devient fille-mère à moins de 20 ans. 

Comment, dès lors, ne pas comprendre que la loi Veil, adoptée, pourtant, plus de dix ans après les faits, était la plus grande avancée pour la cause des femmes, depuis des siècles. 

Dans cette province un peu surannée, au début des années 60, quelques jeunes filles osent se voir un avenir plus épanoui que celui de leurs mères. Cela passe par des études. Brillantes. Obligatoirement, pour rivaliser avec les hommes. Anne, fille d’un couple qui tient un petit restaurant, a d’excellents résultats. Mais, ses notes chutent du jour au lendemain. Elle a découvert qu’elle est enceinte. Les conséquences d’une aventure, de quelques jours, avec un étudiant bordelais.

Ce qui frappe, au début, c’est la chape de plomb qui s’abat sur ses épaules. Elle n’ose pas en parler à ses meilleures amies. Encore moins à ses parents. Chez son médecin, qui confirme le fait qu’elle attend un enfant, elle implore pour avorter. Mais, c’est totalement illégal. Un autre médecin ira même jusqu’à lui faire croire que le médicament qu’il lui prescrit provoquera une fausse couche. En fait, ce produit sert à fortifier l’embryon. Dans la France des années 60, les progressistes sont peu nombreux et la cause des femmes encore marginale. Alors que les semaines passent et que le ventre s’arrondit, Anne va tout tenter pour sortir de l’impasse. Elle va remuer ciel et terre pour obtenir une de ces adresses qui permettent, en toute discrétion, mais à ses risques et périls, de faire disparaître le problème. 

Sur une musique obsédante et virtuose de Sacha et Evgeni Galperine, le spectateur est cloué au siège, tétanisé, durant ces ultimes jours, quand Anne essaie, par ses propres moyens, puis passe entre les mains d’une “faiseuse d’anges”. Du grand cinéma politique, très justement récompensé par le jury de la Mostra.

Film français d’Audrey Diwan avec Anamaria Vartolomei, Kacey Mottet Klein, Luàna Bajrami, Pio Marmaï, Sandrine Bonnaire, Anna Mouglalis.




Beau livre - Le sud d’antan des époux Gaurenne


Fenêtres ouvertes sur le Maghreb et l’Égypte d’antan, les minutieuses peintures à l’huile d’Annie Gaurenne - près de 80 - aux scènes de vies pittoresques, accompagnées de commentaires et de réflexions, invitent au voyage dans les ruelles de la casbah d’Alger ou celles d’un village, au bord d’un oued, au Sahara, dans les gorges d’El Kantara ou encore dans la fascinante vallée du Nil… 

Avec Robert Gaurenne et ses dessins, on partage les expériences inoubliables de voyageurs : mirages dans le désert, tempête de sable, chasse au faucon, vie nomade, pain du désert des Touaregs… La galerie de tableaux composant cet ouvrage intitulé « Un été dans le Grand Sud », sert avec bonheur de trame à ce livre d’art richement illustré dans lequel, à chaque page, le soleil darde ses rayons d’or.

« Un été dans le Grand Sud », Annie et Robert Gaurenne, Edilivre, 29 € (edilivre.com)


dimanche 28 novembre 2021

Cinéma - "Red Notice", un trio délirant sur Netflix


C’est le gros coup de Netflix en cette fin d’année. Red Notice a tout du blockbuster qui aurait attiré au minimum 2 millions de spectateurs dans les salles françaises. Le film sort directement sur la plateforme de streaming et en totalise sans doute beaucoup plus. Certes le scénario n’est pas original, mais le bagou des acteurs fait tout l’attrait de cette parodie qui n’ose pas dire son nom. Deux voleurs et un flic se tirent la bourre à travers le monde pour des œuvres d’art datant de Cléopatre. La palme à Ryan Reynolds, totalement en roue libre, arnaqueur qui sera victime de son besoin d’amour.  Dwayne Johnson, dans le rôle de l’agent du FBI, sait rire de ses muscles. Quant à Gal Gadot, sa beauté parfaite lui ôte toute humanité jusqu’au coup de théâtre qui propulse Red Notice au sommet des films d’humour.


Cinéma - “Si on s’aimait”, comédie sociale en chansons


Marre de la grisaille et des mauvaises nouvelles ? Prenez un grand bol d’air d’optimisme en allant voir Si on chantait, sorte de comédie musicale nordiste doublée d’un fonds social sur la difficile reconversion dans ces bassins d’emplois sinistrés. A Quiévrechain, une usine est sur le point de fermer. Les ouvriers en grève cherchent un moyen de s’y opposer. Franck (Jérémy Lopez), adore chanter et tente d’organiser un concert avec les employés volontaires. En vain. Deux ans plus tard, Franck est livreur. Il va avoir l’idée de proposer aux clients, au lieu d’une pizza, une chanson dédicacée. 

Il va recruter les meilleurs éléments de la chorale : Sophie (Alice Pol), sa meilleure amie depuis l’enfance qu’il aime secrètement, Jean-Claude (Clovis Cornillac), un cadre technique qui ne retrouve plus de travail et José (Artus), qui chante comme une casserole mais se révèle un roi de l’organisation. 

Leur petite entreprise va lentement mais sûrement décoller, donnant à chaque livraison un peu de frissons à un public réduit mais conquis. Le film raconte la création de cette belle équipe, la solidarité, l’envie de faire quelque chose d’utile et de bon pour la société. 

Un message qui aurait pu être trop gentillet s’il n’y avait pas cette bande-son extraordinaire avec les sublimes chansons que tout le monde aura envie de reprendre en chœur dans la salle. Dont le titre qui donne son titre au film, chantée par Julien Clerc et écrite par le regretté parolier catalan, Étienne Roda-Gil. 

Film de Fabrice Maruca avec Jeremy Lopez, Alice Pol, Artus

samedi 27 novembre 2021

Série télé - Invasion spatiale dans la saison 2 de « Another life »


Si les films de science-fiction cartonnent au cinéma, en série c’est souvent du quitte ou double. Si une plateforme ou une chaîne accepte de financer une saison 1, la 2 n’est jamais confirmée d’entrée. Pour Another Life, produite par Netflix, il s’en est fallu de peu que les abonnés ne découvrent jamais ce qui est advenu du vaisseau spatial piloté par Nico (Katee Sackhoff) lancé pour tenter d’en savoir un peu plus sur une civilisation alien qui a envoyé d’immenses artefacts sur Terre. 

La saison 2, en dix épisodes, apporte beaucoup de réponses et  un point final à l’histoire. On sent cependant en cours de récit que les scénaristes ont rajouté des épisodes et des péripéties, comme pour tenter de la rendre plus comparable aux autres productions existantes. Notamment quand l’équipage découvre une planète habitable qui se révélera finalement très hostile… La très bonne idée de la série consiste à donner une apparence humaine à l’intelligence artificielle du vaisseau. Cet arc narratif est passionnant quand on découvre que l’IA (interprétée par Samuel Anderson) se crée un double féminin. 

Mais on échappe heureusement au « Et ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… » Sur l’intrigue principale, on est longtemps incertain sur les véritables motivations des aliens. Mais en bonne série américaine très manichéenne, tout sera clair à un moment pour que les principaux personnages endossent leur armure de sauveur. 

Au niveau du casting, si  Katee Sackhoff s’en tire avec les honneurs (elle a déjà beaucoup sillonné l’espace dans le reboot de Galactica), son mari dans la série, Justin Chatwin, semble toujours dans l’excès, le trop. Une fausse note qui rend pénible toute l’intrigue sur terre.