mardi 2 novembre 2021

De choses et d’autres - Cinq emplois… pour la frime

Si l’on en croit certains leaders politiques, les Français sont des fainéants qui ne travaillent pas assez. Non seulement il faut mettre fin à ces honteuses 35 heures, mais on doit aussi repousser l’âge de la retraite au-delà de 65 ans.

Un discours de droite qui doit dans doute plaire à ce jeune de 20 ans seulement qui s’est fait une sacrée réputation en diffusant un petit film résumant sa journée : « Boulangerie de 4 h à 8 h, agent laborantin de 9 h à 12 h, pizzeria de 12 h à 15 h, matelot sur un catamaran de luxe de 16 h à 21 h, agent d’entretien de 21 h à minuit. »

Cela représente selon lui 120 heures de travail par semaine. En voilà un de Français qui aime bosser. Sans doute qu’il est animé par un besoin impérieux de nourrir sa famille nombreuse ou de rembourser les dettes de ses parents. Mais en réalité, ce jeune se tue à la tâche (il n’y a pas d’autre mot) juste pour faire le beau à la fin de son clip et de se vanter de s’être acheté une Audi RS3 à 20 ans. Tout ça pour une voiture de sport. Pour la frime…

Avec en plus les risques de mélange de boulot : il analyse un croissant au labo puis garni sa pizza avec des souches de virus…

Finalement, en voyant ce montage, je me dis qu’à choisir entre travailler 120 heures par semaine ou me retrouver bénéficiaire du RSA, je choisis sans hésiter la seconde solution. Certes je ne pourrais jamais m’acheter de voiture de sport, mais au moins j’aurais du temps pour mes proches et profiter de la vie, la vraie. 

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mardi 2 novembre 2021
 

lundi 1 novembre 2021

Cinéma - “De son vivant”, filmer la maladie jusqu’au bout

Benoit Magimel. Laurent Champoussin/Les films du Kiosque

L’hôpital a pris une place prépondérante dans notre vie, depuis quelques années. Encore plus avec la crise sanitaire. Le cinéma, aussi, s’intéresse à ce lieu clos si particulier. Après La fracture, vision très réaliste (et peu optimiste) du système de santé hospitalier français, De son vivant, d’Emmanuelle Bercot, offre une vision moins clivante de ce monde. Pas de brancard dans les couloirs, d’infirmières à bout, de médecins épuisés et de proches énervés pour cause d’attente et de manque évident d’information. Là, tout est beau, simple, carré, évident. La réalisatrice assume ce parti pris, pour raconter une histoire de sentiment autour de la mort. Un mélo qui va faire pleurer le public. 

Quand Benjamin (Benoît Magimel), apprend qu’il est atteint d’un cancer, il espère s’en sortir. Il est encore jeune. Mais, la maladie, souvent, se moque des âges et frappe sans chercher la moindre logique. Alors que Benjamin se voit dépérir, sa mère, Crystal (Catherine Deneuve), doit faire face à cette douleur immense de voir son enfant mourir à petit feu. Entre les deux, le cancérologue doit composer. Un médecin interprété par un véritable chirurgien qui a soufflé l’idée du film à la réalisatrice. On est, donc, face à une forme très hybride du mélo à base de faits scientifiques avérés. Étonnant et parfois un peu dérangeant.

Film d’Emmanuelle Bercot avec Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Gabriel Sara



Poches - Folio enquête


La collection Folio Policier reprend essentiellement des thrillers ou romans noirs issus de la célèbre Série Noire. Mais avec ces trois titres parus mi-octobre le sombre laisse la place à un style plus lumineux, celui du « cosy mystery ». 

L’occasion de reprendre Meurtre à l’anglaise (7,50 €), exercice de style de Didier Decoin. Une morte, plusieurs suspects, un lieu clos (une île en Écosse) et un enquêteur, l’inspecteur John William Sheen. Plein de finesse et de chausse-trappes. 

Les deux autres titres sont de Georges Flipo et ont pour héroïne la commissaire Viviane Lancier. Une première enquête dans le milieu de la littérature (La commissaire n’aime point les vers, 8,10 €), la seconde (La commissaire n’a point l’esprit club, 8,10 €) se déroule sur l’île de Rhodes dans le cadre d’un village de vacances.


Roman - L’étoile filante du Bourdigou

De l’infime à l’infiniment grand. Du petit village du Bourdigou en bord de mer à l’immensité du cosmos. Le nouveau roman d’Hélène Legrais, Le cabanon à l’étoile, nous fait voyager dans tous les sens du terme. Au bord de la Méditerranée sur ces plages de sable encore vierges de tout béton, mais aussi dans les étoiles, tout là-haut entre galaxies et constellations. Un parcours émouvant en compagnie de deux héroïnes comme seule la romancière catalane sait les imaginer. La rencontre a lieu au bord d’une route. Une jeune fille fait du stop. 

La conductrice d’une vieille deux-chevaux s’arrête et l’embarque. Elles ne se quitteront plus jusqu’à la dernière page. La première prétend s’appeler Cassiopée. À peine 20 ans, belle et libre, elle ne parle pas beaucoup, déteste se livrer, mais quand la seconde, Estelle, lui propose de l’héberger quelques jours dans son petit paradis, Cassiopée accepte. Le paradis c’est un cabanon au milieu du village du Bourdigou à Sainte-Marie-la-Mer dans les Pyrénées-Orientales

Dans ces années 70, des milliers de familles ont construit ces cabanes de bric et de broc, sans le moindre confort, souvent avec des roseaux. Elles y passent l’été au frais, les enfants profitent du soleil, du bon air et des joies de la baignade. Une sorte de bidonville selon les promoteurs avides d’y couler du béton, une utopie libertaire pour les Bordigueros

Deux étoiles jumelles

Hélène Legrais ressuscite cette communauté d’entraide et de gentillesse dans ce lieu unique. Mais l’histoire se concentre surtout sur ces deux femmes qui, contre toute attente vont développer une amitié forte. On devine que Cassiopée, après de rudes épreuves, est en fugue. Estelle, fille de la grande bourgeoisie catalane l’admire et voudrait l’aider, la protéger. Estelle, la propriétaire du cabanon à l’étoile, qui refuse d’avoir des enfants et se contente d’une liaison sans avenir avec un amant par ailleurs marié et père de famille.

 Reste l’énigme Cassiopée. Rapidement, elle attire les regards de tous les hommes. Elle se promène dans un minuscule bikini bleu et ne rechigne pas à leur procurer quelques moments de plaisir. La jeune fille, à l’abri des dunes, profite de cette époque de libération sexuelle exacerbée. Pour son plaisir et aussi une forme d’évasion : « son corps était un bout de cosmos où ses membres planètes gravitaient autour de ses deux cœurs, celui qui bondissait dans sa poitrine et l’autre qui pulsait au creux de son ventre, deux étoiles jumelles… » Sublime Cassiopée, belle et mystérieuse étoile filante d’un été mémorable du Bourdigou. Pourtant, Estelle devine que son attitude n’est pas naturelle, que derrière cette fureur de vivre, de se donner corps et âme, le désespoir rôde. Hélène Legrais nous confie : « Je suis allée puiser très loin au fond de moi, l’écriture était parfois douloureuse ». Une réussite pour un roman passionné et passionnant.

M. Li et F. H.

« Le cabanon à l’étoile » d’Hélène Legrais, Calmann-Lévy, 19,50 €

De choses et d’autres - Revenu d’entre les morts

 

Le titre de la chronique du jour est certainement excessif. Mais pour un retour, après un mois d’absence quand même, je me dois de frapper les esprits. D’autant qu’on est le 1er novembre, jour des morts. Par ailleurs date anniversaire des débuts de mes scribouillages en dernière page de l’Indépendant. Dix ans que je squatte cet emplacement pour le pire et le meilleur, doublé d’un podcast depuis trois ans.

Et pourtant je ne pensais pas revenir frais et dispo. A la base, l’intervention chirurgicale programmée n’est pas spécialement dangereuse, même si j’ai dû signer un document précisant que j’avais bien compris tous les risques, dont l’ultime : la mort. 

Le matin de l’opération, dans la salle d’anesthésie, harnaché par une myriade d’infirmières, un homme masqué apparaît dans mon champ de vision et me demande : « Bonjour je suis l’anesthésiste. Je vais vous endormir. Vous êtes le Litout qui écrit des billets dans l’Indépendant ? » Obligé de répondre oui.

Et immédiatement de gamberger. Mince, et si cet anesthésiste est un des lecteurs qui ne m’apprécient pas et me le fait savoir avec des lettres anonymes pleines de sous-entendus sur mon inutilité et ma nullité ? Et s’il n’avait pas apprécié que je me moque de Jean Castex, Mélenchon ou Zemmour ? Et s’il en profitait pour mettre juste ce qu’il faut de produit en plus pour que je ne me réveille pas.

Voilà comment j’ai cru, durant quelques secondes, ma dernière heure venue. Quelques secondes seulement car avant de sombrer dans le grand sommeil j’ai eu le temps de l’entendre dire « J’aime bien ce que vous faites, je vous écoute aussi parfois en pod… » Bonne nuit tout le monde

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le lundi 1er novembre
 

dimanche 31 octobre 2021

BD - Bois-Maury, la tragédie


À plus de 80 ans, Hermann aime toujours raconter des histoires. Il revient pour un album dans l’univers moyenâgeux de Bois - Maury. Le héros, incognito, surveille son ancien domaine dont il a été spolié. 


Il va trouver sur sa route une bande de mercenaires sanguinaires menée par Ulric, l’homme à la hache. Défiguré et vicieux, ce dernier est la personnification du mal. Dans la boue et le sang, l’affrontement est sans pitié. Même si la précision de son trait a perdu de sa finesse, les couleurs directes restent ce qu’il se fait de mieux dans le genre. 

« Les Tours de Bois-Maury, l’homme à la hache », Glénat, 11,50 €

samedi 30 octobre 2021

BD - Beauté du Vercors de Jean Giono


En adaptant Jean Giono, Dufaux et Terpant veulent refaire vivre un classique de la littérature française. Un roi sans divertissement, roman dur sur les méandres de l’esprit humain, est surtout l’occasion pour le dessinateur de croquer ces paysages du Vercors, notamment en plein hiver. 


L’histoire est celle de Langlois, un capitaine de gendarmerie. Il va se rendre dans un village pour débusquer un assassin. Puis il revient pour tuer un loup. Mais entre l’homme et la bête, qu’elle est la différence ?   

« Un roi sans divertissement », Futuropolis, 17 €

BD - Heureuse séparation


Mandarine est une petite fille comme les autres. À une exception près : ses parents vivent toujours ensemble. La majorité de ses copines ont deux maisons. Une normalité qui ne dure pas. 

Sergio Salma (scénario) et Amelia Navarro (dessin) racontent dans ce premier album comment la fillette va devoir changer ses habitudes. Une semaine avec maman, à la ville, une semaine avec papa, à la campagne. Cela donne deux univers à explorer. Pas si malheureuse finalement Mandarine.

« Mandarine, une semaine sur deux » (tome 1), Bamboo, 10,95 €

vendredi 29 octobre 2021

Roman - Le Gers authentique et ses « Carabistouilles tranchantes »

Bienvenue dans le Gers, au cœur de l’Occitanie, patrie de l’armagnac, de la douceur de vivre… et des couteaux bien affûtés. Le nouveau roman de G-M. Baur se déroule en grande partie dans cette région rurale préservée du sud de la France. Préservée mais pas à l’abri des faits divers, comme vont le découvrir à leurs dépens les cinq retraités qui envisageaient de couler leurs derniers jours, heureux dans une belle maison entourée de bois et de prairies. Les cinq papis n’étaient pourtant pas malheureux dans leur HLM du nord de Paris au nom trompeur de Mimosas bleus

Bar PMU en bas de la rue, un peu de verdure aux alentours, des loyers très abordables. Mais quand l’un des anciens reçoit une convocation chez un notaire, il ne se doute pas qu’il vient d’hériter du domaine dit de la Guérinière, un ancien gîte rural. La bande descend prendre possession de la bâtisse mais découvre qu’elle est squattée par des gangsters. C’est le début des ennuis pour les vieux amis. L’auteur, avec un humour féroce pour l’époque, raconte comment des justiciers amateurs vont dépouiller les braqueurs et les livrer, en slip et saucissonnés à la gendarmerie. 

Prenant plaisir à vivre au grand air après le long confinement, nos héros décident de s’installer à la campagne. Mais lors d’un barbecue chez un voisin, (producteur d’armagnac, boisson qui coule à flots tout au long des pages, gare à l’excès), une femme est assassinée, un couteau de cuisine planté dans le dos. La suite verra un mari infidèle accusé à tort, des Chinois trucidés et enterrés dans un bois et le retour des braqueurs qui auront moins de chance cette fois : à la place des gendarmes ils vont rencontrer ces couteaux gersois décidément très efficaces pour éliminer les ennuis. Un roman enlevé, qui se déguste comme un alcool fort, à petites doses. 

« Carabistouilles tranchantes » de G.-M. Baur, Les éditions du Bord du Lot, 18 €

BD - SuperGroom, un héros en compétition


Spirou est en pleine mutation. Le vénérable groom se transforme en superhéros la nuit. Vehlmann et Yoann ont donc abandonné les aventures classiques pour proposer des aventures sous format comics à la pagination étendue. 


Dans ce second tome, SuperGroom est enlevé et doit participer à une compétition entre supers pour sauver Spip. Il va affronter nombre de méchants. C’est plus léger et ironique que la série d’origine. On regrette cependant cette manie qu’ont les auteurs de maltraiter leur personnage. Il prend des coups, se fait insulter et devient la risée de la planète. Mais au final, il parvient à passer son message pour sauver l'humanité.

« SuperGroom » (tome 2), Dupuis, 13,95 €