jeudi 26 août 2021

BD - La revanche du shérif de Nottingham


Difficile de faire toute une carrière avec l’étiquette du méchant de l’histoire. Le shérif de Nottingham a le triste privilège d’être l’ennemi du fameux Robin des Bois. Mais tout a une fin. Brugeac et Herzet, deux scénaristes, ont décidé d’imaginer un récit alternatif où il aurait le beau rôle.

Exactement, par un renversement de situation incroyable, c’est tout simplement lui qui endosse l’habit du célèbre justicier. D’un côté il est complice des manigances de Jean sans terre, mais de l’autre il œuvre pour le maintien de Richard Cœur de Lion à la tête de l’Angleterre.


Un seul homme qui a compris que le pouvoir est souvent issu de compromis. Une série dessinée par Dellac, excellent dans ce travail de reconstitution historique et maître dans l’art des combats. Et pour pimenter le tout, le shérif a une histoire d’amour avec une Saxonne rousse et déterminée.

Une bonne surprise du début d’année dans ce genre de la BD historique toujours en renouvellement.

« Nottingham » (tome 1), Le Lombard, 14,75 €

mercredi 25 août 2021

BD - La Bretagne, terre de fées divers


Après avoir enquêté dans un open space, la commissaire Linguine et son adjoint Pichard, policiers parisiens, vont devoir résoudre une histoire de meurtre en Bretagne.

Les amateurs de thrillers seront déçus. Ceux qui rient à l’évocation des chapeaux ronds des Bretons apprécieront cette série de gags signés James et David de Thuin. Le cadavre, trouvé au milieu d’un pré, semble pourtant décédé après avoir respiré du gaz toxique issu de la décomposition des algues vertes.

Le sujet semble sérieux. Pourtant quand Linguine et Pichard creusent, ils vont rapidement tout faire pour mettre hors de cause les industriels de l’agroalimentaire et les élus. Car en Bretagne, on peut se moquer des traditions (Ankou, tenues, chapeaux), mais interdit de toucher à l’agriculture.

On rit jaune et la morale n’est pas sauve.

« La mort est dans le pré », Delcourt, 9,95 € 

mardi 24 août 2021

Poche - Mally, l’autre Miss de Patricia Wentworth


Délicieusement rétro, ce roman inédit en français de Patricia Wentworth est en réalité presque une œuvre de jeunesse. Publié en 1927 en Grande-Bretagne, Miss Mally se méfie est donc un roman antérieur aux aventures de Miss Silver (1938 à 1961), l’héroïne qui a consacré cette autrice qui a longtemps fait de l’ombre à Agatha Christie.

Mally Lee est une jeune fille qui avant de convoler en justes noces avec son fiancé, accepte de devenir la gouvernante de la fille d’un millionnaire. Active, indépendante, ouverte, Miss Mally s’épanouit dans son rôle. Jusqu’au vol d’un diamant inestimable et de documents confidentiels. Sur la scène du forfait, tout accuse Miss Mally. Mais la jeune héroïne va trouver quelques âmes charitables qui vont croire à son innocence et découvrir qui a manigancé toute cette sombre affaire.

Un polar parfait si vous voulez vous replonger dans une ambiance britannique bourgeoise du début du XXe siècle.

« Miss Mally se méfie », 10/18, 7,80 €

lundi 23 août 2021

Cinéma - “France” lacrymale

Journaliste vedette à la télévision, France De Meurs craque. Des pleurs en direct, c’est bon pour l’audience ça Coco !

France (Léa Seydoux), star du petit écran, aime se mettre en scène lors de ses reportages. Roger Arpajou / 3B

De façon quasi sibylline, Bruno Dumont présente ainsi France, son dernier film, en compétition au dernier festival de Cannes : « C’est à la fois le portrait d’une femme, journaliste à la télévision, d’un pays, le nôtre, et d’un système, celui des médias. » On peut aussi, de façon plus prosaïque, expliquer que « c’est une femme puissante qui découvre qu’elle peut pleurer ». Ceux qui s’attendent à un brûlot contre les médias-spectacles en seront pour leur argent. Le début du film va quand même un peu les contenter, avec un habile trucage qui met France de Meurs (Léa Seydoux), la journaliste télé star, au même niveau que l’interviewé : Emmanuel Macron. En début de conférence de presse, elle papote avec un collègue. Le président la reprend. Elle pose ensuite une question rentre-dedans et jubile dans la foulée au lieu d’écouter la réponse. Ce qui compte dans ce petit monde du buzz et des « pouces en l’air », ce sont les réactions du public à la question, en aucun cas à la réponse.  

La carrière de France est orchestrée par Lou (Blanche Gardin), la femme de l’ombre, celle qui agit pour la vedette, sa star, son produit. Et quand elles voient les courbes d’audience augmenter, elles se lancent des « mains en forme de cœur » comme des collégiennes. Mais en réalité dans ces formes géométriques mimées, on ne voit plus que les orifices des confrères à qui France la met bien profond. 

Le ton du film change quand la journaliste vedette, qui alterne présentation en plateau et reportages en zone de guerre, renverse un deux-roues dans les rues de Paris. Du pain béni pour les journaux people qui aiment salir ce que le public vénère.  Obligée de faire son mea culpa en direct, France craque et pleure à chaudes larmes. Et dès lors à la moindre contrariété, la belle et rayonnante star ne cesse de pleurer, comme horrifiée par son personnage, ses agissements et la misère du monde qui lui permet d’être célèbre. 

Femme multiple

En reportage sous les obus : elle pleure. En plein gala de charité : elle pleure. En cure de remise en forme : elle pleure. Quand elle apprend que son amant de passage l’a trahie : elle pleure. Léa Seydoux a dû produire quelques litres de liquide lacrymal tout au long de ces plus de deux heures parfois déconcertantes tant ses réactions sont en opposition avec l’image de la femme brossée durant la première demi-heure. 

Sans doute moins incisif que les premières réalisations de Bruno Dumont (L’Humanité est un chef-d’œuvre), ce France laisse comme un goût d’inachevé. Car au final, on ne sait pas exactement qui est France. Une femme dévorée par l’ambition, une dépressive qui s’ignore, une bipolaire incontrôlable ? À moins que toutes ces interrogations ne soient le véritable sujet du film et le message du réalisateur porté par une Léa Seydoux inspirée : La femme est naturellement multiple et plus complexe que les hommes si faciles à déchiffrer.

Film de Bruno Dumont avec Léa Seydoux, Blanche Gardin, Benjamin Biolay




BD - Humanité verticale


À la base, La Tour devait se décliner sous forme de série télé. Jan Kounen et Omar Ladgham ont commencé à écrire le script et pour présenter le projet aux maisons de production et diffuseurs, ils ont demandé à Mr Fab de dessiner cet univers post apocalyptique.


Des dessins très poussés qui ont finalement donné l’envie aux deux scénaristes de passer du petit écran au papier. Le premier tome de La Tour vient de sortir et force est de constater que le rendu est excellent. 
Il y a 30 ans, une bactérie a décimé la population. Seuls quelques survivants ont pu trouver refuge dans une tour ultramoderne de Bruxelles, géré par une intelligence artificielle.

30 ans plus tard, la communauté se divise entre ceux qui ont connu le monde d’avant et les autres, qui ont vécu en permanence enfermés dans cette prison verticale de verre et de béton.

L’affrontement donnera l’occasion aux auteurs de décliner ce monde terrifiant en trois tomes.

« La Tour » (tome 1), Glénat, 14,95 €

dimanche 22 août 2021

Cinéma - Quand “Les fantasmes” vont par six

 Karin Viard et Jean-Paul Rouve, du fantasme au jackpot. Gaumont

Faire un film sur les fantasmes n’a pas été évident à mettre en place pour Stéphane et David Foenkinos, passionnés de création qui se révèlent parfaitement complémentaires. Face à la diversité des pratiques abordées, ils ont opté pour un film à sketches. Une solution qui permet en plus d’afficher une distribution de prestige, de Monica Bellucci à Jean-Paul Rouve en passant par Carole Bouquet ou Denis Podalydès. Le film est composé de six sketches sur six fantasmes très spécifiques comme la dacryphilie en passant par la beaucoup moins drôle taphophilie. Les deux réalisateurs ont soigneusement choisi les fantasmes à mettre en scène car ce devait être à la base une comédie. Pas un film graveleux, mais de ces distractions intelligentes qui permettent au public de sortir plus instruit, voire plus ouvert. Car les frères Foenkinos ne sont pas “dans le jugement”. Les spectateurs, seuls ou en couple, pourront apprécier les différentes histoires et se reconnaître (ou pas) dans ces relations parfois compliquées.

 ■ Les pleurs de Bedos 

Parmi les comédiens sélectionnés, on trouve des habitués au monde des Foenkinos (Karin Viard et Jean-Paul Rouve réunis pour un sketch final presque en forme de biopic, aux spectateurs de découvrir de qui), Nicolas Bedos, excellent dans un rôle pour tant très compliqué puisqu’il a passé, littéralement, quatre jours à pleurer toutes les larmes de son corps. Denis Podalydès, dans le premier sketch, prouve l’immensité de son talent dans ces jeux sexuels provoqués par sa femme interprétée par Suzanne Clé ment. Cette dernière, lasse de la routine après 19 ans de mariage, propose à son petit comptable de mari d’interpréter des rôles. Il se prend au jeu, devient policier ou médecin et prouve qu’un homme quelconque peut se transformer en excellent dramaturge s’il y a comme récompense l’excitation de sa compagne. Mais gare aux excès de réalité. 


De l’humour dans Les fantasmes, mais aussi beaucoup de noirceur. Comme dans ces films à sketches italiens que les deux frères, cinéphiles assumés, aiment tant. Et dans cette catégorie, la palme revient à l’histoire portée par Carole Bouquet et Monica Bellucci. Deux icônes  du cinéma, elles-mêmes souvent ramenées à l’image de fantasmes pour quantité de spectateurs, jouant avec les émotions autour de la mort. Des rôles inhabituels dans leurs parcours mais qu’elles ont immédiatement accepté car c’est un bonheur pour ces grandes comédiennes de pouvoir sortir des sentiers battus. Au final le spectateur a droit à une comédie intelligente, émoustillante et inventive qui devrait facilement plaire au public en mal de bon cinéma. 

➤ Film français de Stéphane Foenkinos et David Foenkinos avec Karin Viard, Jean-Paul Rouve, Ramzy Bedia, Carole Bouquet, 



samedi 21 août 2021

Cinéma - “C’est quoi ce Papy ?” : la famille continue à grandir

La famille recomposée de Gabriel Julien-Laferière est de retour. Après la mamy, c’est le Papy qui réapparaît dans les Cévennes

Le papy (Patrick Chesnais) profite de l’aubaine pour donner quelques menus travaux à sa descendance. UGC

Le cinéma français n’échappe pas à la règle du succès. Si une idée, un concept permet de faire des entrées en nombre, dans 90 % des cas il y a une suite. Et si la suite cartonne, on passe à un troisième volet. Quand Gabriel Julien-Laferrière se lance dans le tournage d’un film intitulé C’est quoi cette famille ?, il ne se doute pas en cette année 2015  qu’il sera toujours aux prises avec les aventures de cette improbable tribu six années plus tard. Après la mise en lumière de la mamie (Chantal Ladesou), c’est au tour du papy de faire son entrée dans la ronde délirante. Le réalisateur, entre-temps, a récupéré l’écriture et doit surtout composer avec l’âge des comédiens. Car les ados sont devenus de véritables adultes, en passe de fonder leur propre famille pour certains. Cela densifie encore plus l’histoire, donnant des opportunités nouvelles pour des acteurs ou actrices mais mettant un peu sous l’éteignoir les parents, pris en sandwich entre les enfants et les grands-parents. 

Mémoire brisée

Tout commence par une grosse fiesta. Chez Mamie Aurore. Une grosse chute plus tard, ce n’est pas le col du fémur qui est cassé, mais sa mémoire. Elle ne reconnaît plus ses petits-enfants. Par contre elle parle de plus en plus d’un certain Gégé. La bande de frères et sœurs se lance donc dans une chasse au papy qui les mènera dans les Cévennes. Là, ils vont tomber sur une sorte de vieux baba-cool anciennement rocker anarchiste devenu ermite et éleveur de chèvres (Patrick Chesnais). Mais finalement, le supposé grand-père n’est pas si cool que ça et a tendance à donner des ordres à cette main-d’œuvre inespérée. Car en plus des chèvres il y a des vaches à traire et des poules à nourrir. Une nouvelle occasion pour les enfants de se rebeller et de s’exclamer, en chœur, la phrase qui devient le titre du film : « Mais c’est quoi ce papy ? »

S’il n’a pas la saveur de découverte des deux premiers volets, ce film permet aux fans de retrouver tous les enfants, avec deux ans de plus. Comme des amis perdus de vue qui réapparaissent, mais changés. Certains se sont épanouis, d’autres ont totalement changé de mentalité. Un film choral qui tente ainsi de montrer toute la diversité de la France, du 3e âge ancien combattant de Mai 68 à la jeune fille qui a décidé de faire un bébé toute seule. 

Film français de Gabriel Julien-Laferrière avec Chantal Ladesou, Patrick Chesnais




Polar - Roadtrip entre Argentine et Uruguay

Ils sont trois copains d’enfance. Trois camarades de classe argentins qui ont décidé de passer quelques jours à la mer en Uruguay.

L’occasion de partager des souvenirs car cela fait 20 ans qu’ils se sont perdus de vue. L’idée vient de Wave, persuadé qu’il peut encore devenir un rocker célèbre, malgré sa calvitie qu’il dissimule derrière une perruque. Mario, toujours célibataire, vit encore chez sa mère. Le Nerveux a un surnom explicite.

Dans une vieille Ford Taunus ils vont partir à l’aventure. Mais très vite le week-end de détente se transforme en grosse galère. La faute à Wave. Il a tout manigancé pour passer quelques kilos de cocaïne destinés à un gros dealer. Quand une auto-stoppeuse dérobe la drogue, Wave est obligé de tout avouer à ses anciens amis. Mario et Le Nerveux vont moyennement apprécier.

Ce polar enlevé et dépaysant permet surtout à Roberto Montana de décrire les vies peu reluisantes de ces trois paumé. Une tragédie, toute en ironie.

« Rien à perdre », Métailié, 18 € 

BD - À la croisée de deux vies cabossées


Remarquable histoire que celle développée dans Impact par Gilles Rochier le scénariste. Un récit à deux voix illustré par le trait de Deloupy, sans fioritures et entièrement dévoué à l’intrigue. Impact raconte deux vies.

Deux existences où le malheur l’emporte. Dany vit à la marge de la société. Il se retrouve régulièrement devant les juges. Des histoires de bagarres dans les bars. S’il veut éviter la prison ferme, il doit rencontrer une psy. Il va donc lui raconter son histoire, son traumatisme originel, alors que le lecteur en parallèle, découvre la vie de Jean. Cet ouvrier est soigné dans un hôpital. Il n’en a plus pour longtemps.


Lui aussi va raconter sa vie peu reluisante à un copain de perfusion.

Au fil des chapitres, les deux histoires vont se croiser puis se chevaucher pour se terminer dans le cabinet de la psy qui aura le dernier mot. Un grand roman graphique, une œuvre au noir digne de la Série Noire.

« Impact », Casterman, 18 €

vendredi 20 août 2021

Cinéma - “Tom Medina” : jeunesse et Camargue au menu


Tourné en Camargue, l’an dernier, avant et après le premier confinement, Tom Medina raconte, de façon romancée, une partie de l’enfance de Tony Gatlif. Tom Medina, petit délinquant, est placé chez un éleveur de chevaux. Là, il va s’adoucir au contact de la nature et rencontrer une jeune femme qu’il va tenter de faire rire. 

Un film optimiste, avec un David Murgia magistral talent à découvrir Le début du film se déroule dans les arènes d’Arles, Tom quitte les travées du public pour aller braver le taureau dans le cercle de lumière. 


Tom Medina est comme ça : imprévisible, casse-cou, parfois inconscient. Pour une bonne raison : « Tom se bat contre son destin, comme je me suis battu à l’époque pour quitter la misère » justifie Tony Gatlif, le réalisateur. La suite passe par la case réinsertion. Il est confié à Ulysse (Slimane Dazi), propriétaire d’un ranch qui forme les futurs gardians. 

Tourné dans ce delta du Rhône aux « forces telluriques immenses » selon le cinéaste, le film met en va leur les animaux. Chevaux, taureaux, chouette, crapauds, flamants roses et même moustiques. 

« Tom Medina », film de Tony Gatlif, avec David Murgia, Slimane Dazi, Karoline Rose Sun