dimanche 16 mai 2021

Série télé - Jupiter’s Legacy : genèse du héros


Entre le héros mature et efficace et la genèse du héros, Jupiter’s Legacy, série en huit épisodes disponible sur Netflix, ne choisit pas. Il y a deux arcs de narration bien différenciés dans cette histoire tirée d’un comic de Mark Millar et Frank Quitely (publié chez Panini en France). 

De nos jours et dans les années 30, quand le groupe de six personnes, les six héros, a été doté de super pouvoirs. On voit en premier ce que sont ces super héros, de plus en plus impuissants face au mal qui se multiplie tels des virus en l’absence de gestes barrières. Mais le plus intéressant de la série pilotée par Steven S. DeKnight (Daredevil, Smallville) reste cette genèse des héros. Comment, de faibles, presque fous, presque inconséquents et totalement inconscients, ils vont devoir gravir des montagnes, traverser des déserts et un océan pour devenir ces créatures supérieures qui vont changer la face de l’Amérique. 

Josh Duhamel interprète Utopian, le chef de l’Union, celui qui a mené le groupe vers cette île mystérieuse. Sheldon, fils de bonne famille, découvre que son père a utilisé l’argent des retraites des ouvriers pour jouer en Bourse. Dans les années 30, après le crack, le père préfère se suicider. Sheldon va sombrer dans la folie. Victimes d’hallucinations, il finit par se convaincre que c’est une piste vers un destin. Il entraîne dans son sillage une jolie journaliste (qui deviendra son épouse), son frère, un ami richissime, un fils d’ouvrier et un médecin.

On retrouve une partie de la bande de nos jours, vieillis, en train de se battre contre une entité malfaisante, aidés de leurs rejetons. Car Jupiter’s Legacy, en bonne série américaine, explore aussi le champ de la famille. Utopian/Sheldon a des problèmes avec ses deux enfants. Brandon (Andrew Horton) semble ne pas être à la hauteur pour un jour succéder à son père. Quant à Chloé (Elena Kampouris), elle a tourné le dos à son rôle de justicière préférant profiter de la vie avec excès (drogue, sexe et alcool).

Entre l’idéal du début et la déviance de la descendance, Jupiter’s Legacy donne aussi à réfléchir sur l’évolution de notre société, toujours plus favorable aux solutions extrêmes.

Cinéma en streaming - « Oxygène » en fait des caisses


Alexandre Aja fait partie des rares cinéastes français ayant réussi aux USA. Son dernier film, « Oxygène », il l’a réalisé en France pour Netflix avec Mélanie Laurent en vedette unique. Un film de genre, prouesse technique, puisque 80 % de l’histoire se déroule dans un caisson de cryogénisation

À l’intérieur, une femme (Mélanie Laurent). Elle vient d’être réveillée par l’intelligence artificielle (voix de Mathieu Amalric) car une défaillance est détectée. Problème, il reste moins d’une heure d’oxygène et le caisson est bloqué. Mélanie Laurent se débat dans cet espace réduit, tentant de se souvenir qui elle est. 

L’exercice cinématographique est périlleux. Alexandre Aja s’en tire avec les honneurs même si, parfois, l’actrice en fait des caisses dans son caisson et que le spectateur, lui aussi, a envie de prendre la fuite. Heureusement, il lui suffit d’appuyer sur sa télécommande pour mettre fin au calvaire.

samedi 15 mai 2021

BD - « Contrapaso », une enquête sous Franco


Attention, cette BD de 150 pages grand format en couleurs place la barre très haut. Teresa Valero, autrice espagnole, a mis beaucoup d’elle-même dans ce polar digne des meilleures séries noires. L’action se déroule en 1956 à Madrid.


Un journaliste blasé tente de démasquer un tueur en série. Mais, dans cette Espagne franquiste, c’est peine perdue. Seuls les faits divers sans envergure sont repris dans les pages de son journal. Il reçoit l’aide d’un jeune franco-espagnol à l’esprit plus ouvert.

Leur enquête va se déplacer vers les notables aux mœurs douteuses, prêts à tout pour avoir une descendance.   

« Contrapaso », Dupuis, 23 €  

vendredi 14 mai 2021

BD - Les ados connectés de « Alienated »


Ils sont trois à avoir un prénom commençant par les trois mêmes lettres : Samuel, Samantha et Samir. Les trois Sam (un neerd introverti, une fille idéaliste et un musulman gay) deviennent les confidents d’une entité extraterrestre. 
Ils peuvent communiquer entre eux par la pensée mais Chip (ils l’ont baptisé ainsi), leur permet également d’avoir des pouvoirs. 
Que vont-ils en faire ? Une réflexion très pointue sur les dérives des ados américains signée Spurrier et Wildgoose.
 « Alienated », Hi Comics, 17,90 €

jeudi 13 mai 2021

BD - Quand l’amour fait boum dans le "Canonnier de la Tour Eiffel"


Une fois construite, il a fallu trouver une utilité à la Tour Eiffel. Les autorités ont pensé y mettre un petit canon qui tire tous les jours à midi pile permettant à tous les Parisiens de mettre leurs montres à l’heure. Sur ce petit métier d’antan, Manini et Richez ont écrit une belle histoire d’amour dessinée par David Ratte.

Célestin, ancien militaire, sculpteur sur bois, rêve d’une jolie fille. Quand il la croise, il n’en croit pas ses yeux. Le coup de foudre fonctionne à merveille, mais les deux tourtereaux auront les pires difficultés à se retrouver.

Frais et optimiste, juste ce qu’il nous faut en ces temps troubles.

« Le canonnier de la Tour Eiffel », Bamboo, 15,90 €  

mercredi 12 mai 2021

BD - Aliens contre nazis


Certains auteurs sont fascinés par la seconde guerre mondiale. Plus exactement par les nazis. A se demander parfois s'ils ne regrettent pas d'avoir vécu à cette période. Nolane, scénariste prolifique, aime placer ses récits guerriers dans ces années 30 et 40, quand l’Allemagne dominait une bonne partie du monde. Il a lancé plusieurs séries dans cette mouvance comme Wunderwaffen ou Space Reich.


Cette fois c'est un roman de science-fiction qu'il adapte pour le dessinateur croate Vladetic. Le château des millions d'années de Stéphane Przybylski, paru au Bélial, raconte comment Freidrich Saxhäuser, un espion allemand, sert d'agent de liaison entre Hitler et une civilisation alien qui vit cachée au fin fond de l'Irak. De Berlin à Bagdad en passant par le désert, on suit les déambulations de Saxhäuser, sorte de James Bond nazi, qui a toujours un coup d'avance et met dans son lit d'un claquement de doigts tout ce qui a une jupe et des seins.

L'ensemble est assez indigeste. On ne sait pas si c'est à cause du machisme totalement déplacé du héros, de la mise en avant de l'idéologie fasciste ou de l'invraisemblance de ce peuple extraterrestre. 

« Le château des millions d'années » (tome 1), Soleil, 14,95 €

mardi 11 mai 2021

BD - Venise dans la tourmente fasciste


Le titre de la série, « Fleur de nuit », est en réalité celui d'une pièce de théâtre qu'écrit en cachette Ester, jeune Italienne de Venise. Comme sa mère, d'origine allemande, elle rêve d'être dramaturge. Pour interpréter les deux rôles principaux de cette histoire entre une prostituée et un bourgeois, elle pense à Jacopo, son frère jumeau pour l'homme et Hans, un ami allemand, pour la femme.

Une histoire impossible qui l'est également dans la vraie vie. Car Jacopo et Hans sont amants. Mais dans cette Italie fasciste de la fin des années 30, les homosexuels sont déportés dans des camps dans le sud du pays. Hans, blond comme les blés, fils d'un dignitaire nazi, est promis à un grand avenir après son admission dans les rangs des SS. Jacopo, de son côté, veut devenir chirurgien. Mais il est juif et chaque jour qui passe lui complique la tache.

Cette histoire de Giovanna Furio est superbement mise en image par Marco Nizzoli. Cette jeunesse idéaliste est croquée avec grâce et tendresse. Pourtant la suite de l'histoire entre Hans et Jacopo sera dramatique. Entre l'amour ou le parti, le jeune SS devra choisir. 

« Fleur de nuit » (tome 1/2), Glénat, 14,50 €

lundi 10 mai 2021

De choses et d’autres - Alors dansez maintenant !

Dans la « guerre » contre le coronavirus, il est des batailles plus médiatiques que d’autres. Des étapes qui marquent les esprits, comme si la victoire, enfin, montrait le bout de son nez. Oui, la vie d’avant est de nouveau possible avec la réouverture des terrasses des restaurants, de nouveaux films au cinéma et, samedi dernier, un concert de 5 000 personnes.

Un spectacle test organisé par le gouvernement. Car aujourd’hui, c’est la ministre de la Culture en personne qui donne ou non l’autorisation au public de danser… Le groupe Indochine a donc été désigné.

Pourtant les véritables guerriers et aventuriers n’étaient pas sur scène mais dans la fosse. Assister à un concert d’Indochine c’est avoir la certitude d’entendre autant de fausses notes dans la bouche du chanteur que de spectateurs dans la salle.

Les 5 000 cobayes, tirés au sort, étaient tous testés avant et après le show. Dans le nez. Dommage que cela ne passe pas par les oreilles. Un petit bouchon provoqué par l’écouvillon aurait permis de supporter l’épreuve plus facilement.

Au début je voulais m’indigner car ce concert était réservé aux moins de 45 ans. Mais finalement, tous les membres de ma génération, ceux qui écoutaient Indochine quand ils avaient 20 ans, ont accepté de bon gré cette expérimentation sanitaire, sans doute plus dangereuse que de se faire vacciner avec une dose d’AstraZeneca.

Et pour le second concert test, Jean Castex milite pour un spectacle de sa chanteuse préférée : Sheila. 


BD - Quand Guy Delisle fabriquait du papier


Canadien installé à Montpellier, Guy Delisle a marqué la bande dessinée avec ses longs récits où il racontait ses voyages aux quatre coins du monde. Des chroniques de Jérusalem ou birmanes dans lesquelles il dessinait une réalité politique passée au crible de sa subjectivité. Lassé des périples au long cours, il a posé ses valises dans le sud de la France mais a continué à raconter son quotidien de « Mauvais père ». Avec ce album, il repart en voyage, mais du côté de son enfance.

Guy, encore étudiant aux Beaux-Arts, pour payer ses études, travaille l'été dans l'usine où son père est dessinateur industriel. Une fabrique de papier, sorte de cathédrale industrielle qui broient depuis plus d'un siècle les troncs d'arbres de la forêt canadienne. Ce récit est une plongée dans le monde ouvrier québécois des années 90.

On apprécie ces portraits d' hommes épuisés par le bruit et la chaleur, mais qui pour rien au monde troqueraient leur boulot pour un autre. Le jeune étudiant, profite de ces 150 pages pour lâcher quelques confidences sur ses rapports avec son père ou comment il a décroché son premier vrai job dans l'animation.

« Chroniques de jeunesse », Delcourt, 15,50 € 

dimanche 9 mai 2021

Poches – Angoisse dans « La Vallée »

Dans ce thriller de Bernard Minier, toute la population d’une vallée des Pyrénées se retrouve coincée à la merci d’un tueur fou. Mais ce n’est pas n’importe qui se charge de l’enquête puisque l’auteur remet en selle son héros fétiche, Martin Servaz. En pleine nuit, le flic reçoit un appel affolé de Marianne. Son amour de jeunesse, mère de Gustav, a disparu depuis 8 ans. Elle lui explique qu’elle a réussi s’échapper, qu’il doit venir l’aider. 

L’intrigue fonctionne à merveille, l’isolement faisant augmenter l’angoisse. Servaz, entre vieux cauchemars et rêve d’une vie plus posée, va devoir batailler pour comprendre la mentalité de ces villageois qui ont beaucoup à cacher. 

➤ « La Vallée », Pocket, 8,40 € (Le nouveau roman de Bernard Minier, « La chasse », vient de sortir chez XO)