mardi 13 mars 2018

Bande dessinée - Enfants sauvages


Classique de la littérature jeunesse, « Deux ans de vacances » de Jules Verne est enfin adapté en bande dessinée. Chanoinat et Brrémaud ont remis le texte au goût du jour, Hamo se chargeant du dessin. Quatorze jeunes pensionnaires d’un pensionnat néo-zélandais se retrouvent seuls sur une goélette en plein Pacifique déchaîné. Ils s’échouent sur une île et vont devoir apprendre à survivre dans ce milieu sauvage et hostile. On apprécie le côté Robinson. Les jeunes s’adaptent avec facilité en fonction de leurs compétences. L’organisateur planifie, l’expert en armes à feu chasse et les intellos font classe aux plus jeunes. Un petit monde fragile, notamment quand une nuit, un être vivant attaque le camp et blesse le chien du groupe. Qui est-ce ? Qu’est ce que c’est ? Les vacances forcées vont devenir plus compliquées. La série est prévue en trois tomes qui paraîtront tous cette année.
➤ « Deux ans de vacances » (tome 1), Vents d’Ouest, 13,90 €

lundi 12 mars 2018

La sélection des poches du week-end

Mister Alabama


Mud Creek, Alabama, été 1979. Alvin, exMister Alabama, a 28 ans et un rêve : remporter le titre de Mister America, pour passer dans un talkshow et devenir acteur. Mais avec son problème de hanche, il devient pêcheur de moules dans les eaux boueuses de la Tennessee River. L’auteur, Philipp Quinn Morris, entraîne le lecteur dans ce Sud si particulier.
➤ « Mister Alabama », 10/18, 8,10 €

La guerre des encyclopédistes


Un soir d’été, Mickey Montauk et son meilleur ami Halifax Corderoy, deux hipsters de Seattle, organisent une de leurs fameuses soirées de débauche des «Encyclopédistes », pendant lesquelles tout est permis. Le temps passe : les deux complices se heurtent à la réalité de leurs nouvelles vies, si différentes. Roman d’apprentissage, radiographie de deux Amériques, « La guerre des Encyclopédistes » de Christophe Robinson et Gavin Kivite est un roman puissant sur la désillusion, l’engagement et la liberté.
➤ « La guerre des encyclopédistes », 10/18, 9,60 €

Roman - Livres de poche : la sélection du week-end

Sous la même étoile

Elle est étudiante en littérature, Israélienne, de passage à New York. Il est peintre, palestinien, et vit là depuis quelques années. Le hasard les a fait se rencontrer. Et s’aimer. Deux étrangers dans la ville. Sous la même étoile, enfin. Ce très beau roman d’amour de Dorit Rabinyan a été au centre d’un scandale retentissant après avoir été retiré des programmes scolaires israéliens.

➤ « Sous la même étoile », Pocket, 7,80 €



Ce vain combat que tu livres au monde

Ali et Malika forment un jeune couple joyeux, bien dans leur peau, bien dans leur siècle. Lui est ingénieur informaticien, elle, institutrice. Ils s’apprêtent à emménager ensemble lorsque l’entreprise d’Ali, poussée par des partenaires américains, l’évince d’un gros projet. Poussé par un cousin sur la voie de la radicalisation, Ali s’invente un combat contre le monde. Roman glaçant de réalisme de Fouad Laroui.

➤ « Ce vain combat que tu livres au monde », Pocket, 6,30 €

dimanche 11 mars 2018

Roman : Découvrir l’Histoire avec l’intrépide Max

Max est historienne. Son prénom c’est Madeleine, mais cette rousse, piquante trentenaire, est plus connue par son nom : Maxwell. D’où le sobriquet de Max qui lui va si bien. Au début du roman de Jodi Taylor, Max est contactée par son ancien professeur afin de rejoindre l’équipe de l’Institut St Mary. Au cours de son étrange entretien d’embauche, elle comprend vite les possibilités qui s’offrent à elle… Car St Mary, sous des airs d’université vieillotte, cache une autre réalité.

Les historiens acceptant d’y mener des recherches ont la possibilité de voir exactement comment vivaient nos ancêtres. Dans un hangar, des techniciens surdoués ont mis au point et entretiennent des capsules à voyager dans le temps. Max va pouvoir étudier l’Égypte ancienne... en immersion.

Capsules insoupçonnables
Quand Jodi Taylor a publié sur la toile les premiers chapitres de ce roman entre fantastique, érudition et aventure, elle ne se doutait certainement pas du succès des aventures de Max. Des dizaines de milliers de lectures numériques, puis un contrat avec un éditeur en Angleterre et voilà le premier tome des Chroniques de St Mary traduites en français. Il y en a déjà 9 autres, le succès devenant phénoménal dans la littérature anglo-saxonne.

L’apprentissage de Max sera dur. Très exigeant. Il y a une dizaine de candidats avec elle mais trois seulement, dont elle, seront retenus au final. Le premier choc pour l’héroïne sera de dé- couvrir les capsules, « des petites cabanes modestes, au toit plat et sans fenêtres ; le genre de structure que l’on pourrait retrouver n’importe où, que cela soit à Ur en Mésopotamie ou dans un lotissement urbain moderne. Posez une échelle branlante contre un mur, une roue cassée près de la porte et quelques poulets autour et elles passent inaperçues. »

Après la théorie, place à la mise en pratique du voyage temporel et l’art de rester incognito. Max va recevoir les conseils d’une costumière : « Oubliez l’idée de vous balader avec une robe qui traîne par terre. Rien ne ramasse aussi bien la poussière, la pluie, la saleté, les excré- ments et les occasionnels chiens morts qu’une robe qui traîne par terre. » Au contraire, Max va rapidement s’apercevoir que voyager dans le temps c’est surtout savoir courir pour fuir les problèmes.

Et des problèmes, elle va en rencontrer en quantité dans le premier tome de cette série prometteuse, aux multiples rebondissements et qui donne envie de retrouver Max et d’en savoir un peu plus sur les pays et époques qu’elle traverse.

➤ « Les chroniques de St-Mary - Un monde après l’autre », de Jodi Taylor, HC éditions, 14,50 €

De choses et d'autres - La question chinoise

Émoi en Chine. Depuis mercredi, le nom le plus censuré sur les réseaux sociaux du pays le plus peuplé de la planète est celui d’une journaliste. Nouvelle preuve que la liberté d’expression est gravement menacée chez ce nouveau géant ? Vrai, mais avec des nuances. La journaliste en question, Liang Xiangyi, s’est attiré les foudres de l’administration chinoise lors d’une conférence de presse mais sans même ouvrir la bouche.

Une de ces grandes messes un peu trop solennelles au cours de laquelle le ministre chinois du Commerce répond aux questions de la salle. Salle filmée en direct sur la télévision d’État. Or, quand une autre journaliste, située juste à côté de Liang Xiangyi, pose une question interminable et sans saveur, elle ne peut s’empêcher de réagir physiquement. Froncements des sourcils, tête secouée et surtout yeux levés au ciel de désespoir. Ces deux-là n’iront pas en vacances ensemble.

La séquence de quelques secondes est remarquée par des internautes qui sautent sur l’occasion pour se moquer du pouvoir et d’une certaine presse. Deux crimes de lèse-majesté en Chine. Conséquence l’organisme officiel de surveillance des réseaux sociaux interdit de faire référence à cet incident et censure tout post sur Liang Xiangyi qui pourtant n’a pas dit grand-chose contre le pouvoir.

Là où l’histoire devient rassurante, c’est que des humoristes ont repris la scène pour s’en amuser, la caricaturer et que le visage de la journaliste, les yeux au ciel, sert depuis ce week-end à décorer des coques de téléphones et des tee-shirts. Tout ça pour une question trop longue et une réaction un tantinet trop « occidentale ». Certes, mais pendant ce temps, on ne critique pas ouvertement le tour de passe-passe parlementaire du président Xi Jinping pour lui permettre de faire plus de deux mandats. 

samedi 10 mars 2018

Thriller - Intrigue sous les étoiles et "Là où rien ne meurt"

Depuis la nuit des temps, les hommes sont persuadés que les étoiles ont une influence sur leur vie. Astrologie ou astronomie, les deux sciences ont droit de cité dans le roman « Là où rien ne meurt » de Franck Calderon et Hervé de Moras. Deux amis qui écrivent à quatre mains.

Deux amis comme Paul et Alexandre. Adolescents, dans un petit village des Cévennes, ils ont partagé bien des rêves. Paul, de nos jours, la trentaine, est un auteur à succès. Ses romans remportent un immense succès. Mais au début de ce thriller se déroulant sur deux époques différentes, il est au plus bas. Alors qu’un épisode cévenol englouti la ville de Nîmes, il déprime. Au point d’aller sur un pont et de rester de longues minutes à hésiter. Sauter dans les eaux déchaînées ? En finir ? Comme son père qui s’est pendu ? Rejoindre l’amour de sa vie, Julie, morte d’un cancer il y a un an, disparition qui l’empêche depuis d’écrire la moindre ligne ? L’appel d’un voisin le fait reculer. On vient de découvrir un cadavre dans le jardin de Paul. Un mort annonciateur de nouveau départ.

Bêtises d’enfants

Calderon et De Moras ont un peu noirci le trait dans cette première partie. La suite est un petit peu plus légère. On retrouve Paul adolescent avec son copain Alexandre. Ils se passionnent pour les morts, jouent dans le cimetière. Quand ils découvrent une entrée dans le tombeau d’un ancêtre de Paul, ils décident d’aller voir in-situ. « Le tableau était digne d’un film d’épouvante. Un mélange d’ossements, de vieux tissus, de débris et de poussière, le tout coiffé d’une pierre ronde. » Alexandre descend à l’intérieur et récupère cette pierre qu’il pense philosophale.

Il se passionne pour l’alchimie et tentera d’en découvrir les secrets dans des explosions diverses et variées. Il arrivera ainsi à mettre à jour « des millions de cristaux » « sous la gangue noire du minéral ». Cette quête s’achèvera brutalement par la confiscation de la pierre par le père de Paul. Quelques semaines avant de mettre fin à ses jours. Une pierre maudite puisque le cadavre découvert dans le jardin de Paul, des années plus tard, n’est autre que celui d’Alexandre.

Les auteurs mènent le lecteur sur de multiples pistes, faisant correspondre passé et présent. Les suspects sont nombreux, les rebondissements légion et Paul très sympathique par ses faiblesses et fêlures. Un thriller passionnant qui de plus se déroule dans ce Sud qui nous est cher.  

"Là où rien ne meurt" de Franck Calderon et Hervé de Moras, Robert Laffont, 360 pages, 21 €

Noël Herpe explore le cinéma français durant l’Occupation

Noël Herpe, historien du cinéma, réalise un catalogage du Fonds Max Douy déposé à l'Institut Jean Vigo de Perpignan.

Une lettre de Danielle Darrieux à la Continental ou le témoignage d’une ouvreuse de cinéma lors des séances d’interrogatoires menées à la Libération : les archives de Max Douy, léguées récemment à l’Institut Jean-Vigo, sont d’une richesse insoupçonnée. Noël Herpe, historien du cinéma, enseignant à Paris, écrivain et réalisateur, va les parcourir durant une semaine, faisant un premier travail de défrichage pour ensuite proposer dans un mémo un classement de ces pièces historiques.


L’idée de se plonger dans ces archives du cinéma français durant l’occupation vient de Ghislaine Gracieux. Cette productrice originaire de Perpignan a déjà travaillé avec Noël Herpe sur Clouzot. Ils ont en projet de réaliser un documentaire sur cette période si particulière dans le 7e art national. Or Max Douy, grand décorateur qui a notamment travaillé avec Claude Autant-Lara sur « La traversée de Paris », faisait partie du Comité de Libération du Cinéma Français et à ce titre a participé à de nombreux interrogatoires la Libération venue.

Une accusation ou une rumeur à vérifier, un rôle à préciser : beaucoup ont été inquiétés une fois l’envahisseur chassé. Souvent avec un non-lieu à la clé.

Le rôle de la Continental
Ce sont ces témoignages que Noël Herpe passe en revue. Un premier survol lui a permis de découvrir une lettre de Danielle Darrieux. « Elle y explique qu’elle veut bien tourner pour la Continental, la grande société de production française la plus collaborationniste, mais à la condition que le tournage se déroule en zone libre. »

« Les archives me permettent de replonger dans l’atmosphère de l’époque », explique Noël Herpe, lunettes rondes sur le nez pour défricher ces feuillets dactylographiés reliés par des trombones qui ont rouillé depuis des décennies. Une approche méthodique, avec mise en répertoire de toutes ses notes et photographies des documents les plus importants ou significatifs. Un travail qu’il compte prolonger avec d’autres documents, consultés ailleurs qu’à Perpignan, toujours avec ce projet de « Chroniques du cinéma français sous l’Occupation ». Avec sans doute la possibilité de « battre en brèche certaines légendes ».

vendredi 9 mars 2018

De choses et d'autres : la poule de l'Elysée

Je devine déjà les petites décharges d’adrénaline chez les quelques Français vouant une haine absolue à Brigitte Macron*. Qu’ils rabaissent leur caquet, il n’est nullement question de l’épouse du président dans ces quelques lignes, mais d’une certaine Agathe qui vient de pondre son premier œuf. Car la poule en question est de la race des gallinacées.
Donc Agathe a pondu. Pour la première fois depuis son arrivée à l’Elysée. À l’issue de sa visite marathon au salon de l’Agriculture, Emmanuel Macron n’est pas reparti les mains vides. En plus des mets et liquides ingurgités sur place, il a reçu en cadeau des mains du directeur général des Fermiers de Loué, Yves de la Fouchardière deux poules pondeuses. Agathe et Marianne vivent dans un petit enclos. Et rapidement elles se sont mises au travail. Agathe a été plus rapide que Marianne. Son œuf rejoindra les cuisines du palais pour y être incorporé aux préparations culinaires. Le circuit court par excellence. Jusqu’à présent, les œufs frais venaient du ministère de l’Intérieur où quatre pondeuses officient déjà depuis quelques années. Le service communication de l’Elysée a fait ses choux blancs de l’arrivée d’Agathe et de son premier œuf.
Futile ? Pas tant que cela. Car il y a quelques décennies, de très nombreuses familles avaient des poules à la maison. Et quelques municipalités tentent de faire revivre cette tradition. Pas pour les œufs, mais pour la propension des poules de manger les déchets verts. Des œufs en plus, des ordures en moins : qui peut s’opposer à ce genre de programme politique.
➤ Comme avant avec Carla Bruni ou Julie Gayet, certains opposants au président, au lieu de l’attaquer lui, préfèrent mettre tous les maux du pays sur le dos de son épouse ou compagne. Brigitte Macron n’échappe pas à leur vindicte injuste.

De choses et d'autres - Mutation physique et numérique

Dès mon plus jeune âge, j’ai aimé écrire. Le geste de prendre un stylo et de le faire glisser sur la feuille blanche. J’aimais prendre des notes en cours et chaque jour je noircissais des pages et des pages. Au point que vers 13 ans, une boule de chair est apparue au bout de mon majeur, là où le stylo prenait appui. Une mutation physique liée à cette activité intensive. La boule a petit à petit rétréci au point de ne plus être aujourd’hui d’une vague portion de peau cornée. La faute au clavier des ordinateurs. Car je noircis toujours autant de pages au quotidien, mais jamais plus sur papier...

Le même phénomène est en train d’arriver aux jeunes d’aujourd’hui. Une mutation physique directement liée à nos pratiques. Mais à l’inverse de mon cas de vieux croulant, les gamins d’aujourd’hui, en arrivant à l’école pour apprendre à écrire, n’ont plus la force et la dextérité nécessaire pour correctement tenir un stylo. Cette fois c’est la faute aux tablettes et autres smartphones et leurs écrans tactiles. Il est tellement plus simple d’écrire un texto ou autre statut sur Snapchat ou Twitter avec ses deux pouces. Qui pour l’occasion n’ont plus besoin d’être préhensiles. Juste mobiles. Et si possible fins pour ne pas taper à côté.

La prochaine évolution morphologique de l’homme va-telle se situer de ce côté de son anatomie ? Dans 20 ans, les enfants naîtront avec de longs doigts fins et mobiles. Pas très puissants, mais idéaux pour aller d’une touche à l’autre afin de composer avec facilité et dextérité tous les messages devenus essentiels dans notre communication. Ça ne vous rappelle rien? «ET, maison ! » et son doigt lumineux.

À moins que d’ici là, les chercheurs aient trouvé un moyen d’écrire et communiquer directement par la pensée. Alors, au sens propre comme au figuré, les bras nous en tomberont... 

DVD et blu-ray : Aglaé se délocalise


India Hair est Aglaé. Aglaé est une employée modèle. Consciencieuse et travailleuse. Elle adore son métier de chercheuse en crash automobile. Aussi, quand l’usine doit être délocalisée en Inde, elle est la seule à demander sa mutation. Cette étrange comédie d’Eric Gravel a des airs de sketch du Groland. Aglaé, avec ses tics et ses tocs embarque dans sa folie deux collègues interprétées par Elisabeth Depardieu et Yolande Moreau. Et comme la direction refuse de leur payer un billet d’avion pour rejoindre la nouvelle usine, elles décident de s’y rendre en voiture. Passée la Pologne, seule Aglaé poursuit sa route. Au Kazakhstan elle trouve l’amour. Mais n’en démord pas : l’Inde l’attend. Si la critique sociale n’est pas violente, elle dénonce cependant les délocalisations et surtout la façon dont les patrons traitent les ouvriers. Quant à India Hair, sa bouille rêveuse et mutine illumine le film de bout en bout, des plaines kazakhs aux montagnes chinoises en passant par les quartiers rupins de Suisse. 

➤ « Crash Test Aglaé », Le Pacte Vidéo, 12,99 € le DVD, 19,99 € le blu-ray