vendredi 7 août 2015

BD - Le rock en famille de Jano et Baru


Dix ans que Jano n'avait pas publié de BD. Le créateur de Kébra, après quelques aventures en Afrique, semblait retiré des affaires. Heureusement Baru l'a sorti de sa retraite anticipée en lui écrivant un superbe scénario bourré de rock, de baston et d'ambiances américaines. Retour gagnant avec la rencontre de ces deux anciens, icônes de la BD rock des années 80. Tout commence par la découverte dans un grenier d'un vieil électrophone et de quelques 45 tours des années 50. 
Jérémie, alias King Automatic, musicien à ses heures perdues, va se lancer sur les traces de sa grand-mère, mystérieusement disparue au début des années 60. En fait, la jeune femme, mère de famille en mal de sensations, a craqué pour un de ces GI's venus libérer l'Europe. Elle a tout plaqué pour suivre Johnny Jano, chanteur de rockabilly de Louisiane. 
Avec une simple adresse découverte sur une vieille carte postale, Jérémie et son frère vont mener l'enquête et se découvrir une seconde famille, « The Four Roses ». 
Ces 70 pages, entre concerts rétro et plongée dans le bayou actuel sont un pur délice que l'on peut prolonger en écoutant un 45 tours offert dans la première édition de cet album qui passionnera les nostalgiques du rock simple et basique.

« The Four Roses », Futuropolis, 20 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - Parking trop étroit

Évidemment, à force de me moquer, ça me pendait au bout du nez. Un retour de bâton carabiné qui fait réfléchir. Hier matin, je découvre une information qui me réjouit. Outre qu'elle me fait sourire, elle me donne un sujet de chronique rêvé. L'aéroport de Francfort suscite la polémique outre-Rhin après avoir installé dans son parking des places plus larges destinées aux conductrices
Dans le genre cliché misogyne, difficile de faire pire. De plus, ces places sont signalées par un rose vif, comme pour renforcer la caricature. Et de me remémorer toutes ces maximes négatives, « Femme au volant... » Je me mets à ruminer sur ce thème, à collecter des vidéos de conductrices maladroites qui, en se garant emboutissent une dizaine de voitures ou cette autre qui défonce une barrière de parking souterrain après avoir mis son ticket dans la borne. 
Mais avant de me lancer dans la rédaction d'un texte drôle et incisif, je me rappelle que je dois faire une course urgente. Je prends donc la voiture, file au supermarché (à 700 mètres de la maison, mon empreinte carbone est abominable), conduit distraitement, obnubilé par l'invention de jeux de mot autour des femmes au volant. 
Pas assez concentré, arrivé sur le parking quasi vide, j'évalue mal la distance avec l'arête d'une bordure. Boum ! Le pneu avant droit explose. En plein cagnard je change la roue et me maudis. Comme si toutes les femmes (dont la mienne qui effectue des créneaux impeccables) s'étaient vengées par anticipation de mes intentions moqueuses. 
Et de songer que si la place avait été plus large, mon pneu n'aurait pas fini en lambeaux. 

jeudi 6 août 2015

Roman - Hawaï et son singe d'or

Humour non stop dans ce roman tropical déjanté de Jack Handey, célèbre gagman américain.

Hawaï, pour une majorité de Français ce sont des images de cartes postales. Des surfers bronzés, des vahinés peu vêtues voire des policiers télégéniques pour les adeptes des séries américaines du samedi soir sur M6. Il existe un autre Hawaï, celui décrit dans le roman de Jack Handey, auteur américain devenu célèbre après avoir multiplié les brèves anecdotes absurdes dans le revue d'humour « National Lampoon » puis en prêtant sa plume à l'émission satirique « Saturday Night Show », véritable institution télévisée outre-Atlantique. Ce roi du bref, de la réplique cinglante, de la situation absurde s'essaye pour la première fois au roman. Une histoire découpée en courts chapitres (plus de 80) eux-mêmes truffés de dizaines de situations cocasses et invraisemblables. Au total 200 pages et pas moins de 1000 images ou scènes incongrues. On en a pour son argent.
A la base, le narrateur, à priori Jack Handey himself, raconte comment il fait l'acquisition d'une mystérieuse carte indiquant la cachette d'un singe d'or caché dans la jungle près d'Honolulu. Comme il est passablement fauché il saute sur l'occasion. Il est vrai qu'il est au bout du bout au niveau social : « Je songeai un instant à aller réclamer une aide sociale, mais j'étais trop fier pour cela. Je décidai de mendier. Mais il faut se lever de bonne heure pour pouvoir concurrencer les lépreux, les amputés, sans parler des orphelins affamés. » Arrivé à Hawaï, il dégote un boulot de « gardien de crabes sur la plage ». Très fatigant : « Chaque soir, je revenais en marchant de travers comme on dit dans le métier ».

Cannibales et hommes-tortues
Vient le grand départ pour la quête du singe d'or. Mais on ne s'improvise pas Indiana Jones quand on ne fait pas la différence entre une antiquité et un simple bibelot pour touristes comme cette danseuse de hula fabriquée en « puantoxite, la forme solide de la puanteur. L'essence pure et cristalline de la puanteur ». Une statuette qui a de plus le pouvoir de « déclencher des catastrophes en chaîne quand on la dépose sur (je ne me rappelle plus quoi). »
Voilà donc notre aventurier en train de remonter les méandres d'une rivière hawaïenne ressemblant plus à l'Amazone qu'à un paisible cours d'eau. Les dangers sont multiples, du diabolique docteur Ponzari, lui aussi à la recherche du singe en passant par les hommes-tortues ou la bizarre tribu des Patangis, aux dictons étonnants comme « Purée de pois au réveil, matelot au dîner. » Il est vrai que « comme beaucoup d'autres tribus, ils pratiquaient le cannibalisme, mais ils n'obligeaient personne à les imiter. » Le roman, bourré de running gags (avec la danseuse de hula ou le docteur Ponzari) est mené à un train d'enfer, multipliant les invraisemblances donnant tout son sel à ces histoires totalement tarabiscotées. Un régal pour les amateurs de non sens. 

« Mésaventures à Honolulu », Jack Handey, Seuil, 16 euros

DE CHOSES ET D'AUTRES - Indignations fluctuantes

L'été est propice aux indignations. Cette année n'échappe pas à la règle. Depuis quelques jours, les sujets ne manquent pas, comme si les gens, en vacances, n'avaient rien d'autre à faire que de juger leurs voisins. Indignations à géométrie variable, pas toujours compréhensibles. Ainsi tout le monde s'émeut de la mort de Cécil, le lion à la crinière noire, abattu par un chasseur américain. Ils sont moins nombreux à lancer des pétitions sur le net ou réclamer la peau des responsables pour les centaines d'Africains noyés en tentant de rejoindre l'Europe ou tués dans leur fuite vers l'Angleterre via le tunnel sous la Manche. Étrange monde qui ressent moins d'empathie pour les migrants que pour un fauve. 
Dans la même veine, il semble ne pas y avoir photo entre le sort d'un enfant rom de cinq ans et Hitchbot, un robot auto-stoppeur canadien. Le premier a trouvé la mort mardi soir dans une rue de Paris. Le conducteur de la camionnette n'a même pas daigné s'arrêter... Quelques voix s'élèvent, mais rien qui émeuve vraiment. 
Par contre tout le monde verse une larme sur Hitchbot. Ce bidule, inventé par des chercheurs canadiens, sillonne les routes d'Amérique du Nord en stop. Les automobilistes le prennent à bord et le déposent un peu plus loin. Il a traversé le Canada (6000 kilomètres sans encombre) et tenté de rejoindre la Californie. Fin du voyage à Philadelphie où il vient d'être retrouvé vandalisé et démembré au bord de la route. « Pauvre petit robot... » se lamente le chœur des pleureuses. Pauvre Humanité plutôt ! 

mercredi 5 août 2015

BD - Une certaine France caricaturée par Diego Aranega

Si vous avez la chance de vivre dans un hameau perdu au fin fond de la campagne française, sans télé, radio ni internet depuis une dizaine d'années, cet album de Diego Aranega vous permettra en 100 pages de comprendre la France du XXIe siècle. Enfin une certaine France, celle que l'auteur, soit-disant « titulaire d'une chaire de psycho-morphogenèse à l'université de Princeton », imagine dans ses pires cauchemars. Grâce au SMD (le self made defense) vous pourrez résister aux pires des agressions des « cailleras » de banlieue, mieux que si vous maitrisez le Krav maga israélien
La technique de l'ongle pointu avec du sang caillé porteur de la fièvre ébola fera fuir tout agresseur. Sur la théorie du complot, très en vogue depuis les attentats du 11 septembre 2001, Aranega révèle les visées du groupe de Pilderberg, hydre moderne en mal de domination du monde civilisé. Mais la meilleure histoire reste celle sur les fans des années 80. Notamment les collectionneurs de la revue OK Magazine, quintessence de l'esprit « eighties ». Rien que pour les extraits du courrier des lecteurs cet album est indispensable pour tout véritable amateur de monstruosités.

« Anthroporama », Fluide Glacial, 14 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - Plage royale

Vallauris, ses résidences de luxe, sa plage publique. Cette commune idéalement située entre Cannes et Antibes se passerait bien de la publicité générée par la venue du roi Salmane d'Arabie saoudite, présentée au début comme une manne pour le tourisme local. Le monarque se déplace avec sa cour de mille personnes. Point de laquais payés au smic. Plutôt des milliardaires en Ferrari qui écument les boutiques de luxe comme le touriste lambda les rayons des hard-discount. Mais en France rien n'est jamais simple. Le roi, installé dans sa résidence en surplomb de la plage, décide de privatiser ces quelques dizaines de mètres. 
Avant même son arrivée, on installe un ascenseur provisoire et des grilles aux différentes entrées. Qu'il dépense ses milliards chez Chanel ou Hermès, d'accord, qu'il spolie le peuple de sa bronzette gratuite, pas question. Une pétition sur le net plus tard, le messie financier fait ses valises et poursuit ses vacances au Maroc. Les commerçants de Vallauris et de Cannes vont subir un sacré manque à gagner. J'aurais presque tendance à défendre le souverain. Après tout, le moindre sou est bon à prendre en période de crise. Quoique franchement, qui regrettera son départ, quand on connaît l'odeur nauséabonde des pétrodollars de sa majesté. 
Pendant que Salmane faisait route vers Tanger, le blogueur Raif Badawi toujours en prison, attendait d'être fouetté en public (encore 950 coups) pour son crime : la création d'un site critique contre le gouvernement et la religion.

DE CHOSES ET D'AUTRES - Cher Maître Gims


L'affaire du concert de Maître Gims à Ille-sur-Têt fin juillet continue de provoquer des vagues. Rappel pour les absents : le rappeur a chanté en playback durant 45 minutes devant des fans déçus de ne pouvoir le rencontrer à la fin du concert. Un groupe de mécontents se monte sur Facebook, les organisateurs y jettent leur grain de sel et finalement l'artiste répond dans un communiqué qui, je l'avoue, m'a fait me gondoler de rire. Je ne connais pas Maître Gims, et encore moins ses chansons. Il semble cependant avoir, comme on disait dans ma jeunesse, « chopé le melon ». Déjà, le « Maître » aurait dû me mettre en alerte. 
Le communiqué, présenté comme une réponse personnelle à ses détracteurs, est rédigé à la troisième personne. Comme un roi (ou Alain Delon). « Maître Gims tient à clarifier la situation avec ses fans. Il a assuré sa prestation avec tout le professionnalisme qui est le sien. » Et de promettre une tournée « spectaculaire ». 
Mais les soucis estivaux du Maître ne font que commencer. Le 14 août il doit se produire à Saint-Avold en Moselle dans le cadre de la Fête de la piscine. Problème : l'opposition municipale demande l'annulation du contrat, jugé trop onéreux. 74 000 euros de cachet. S'il ne chante que trois-quarts d'heure comme à Ille, il empoche plus d'un smic par minute. 
Qui a dit que la poésie n'a plus d'avenir ? Rien que ces deux vers de Maître Gims, « Mais quand je la vois danser le soir / J'aimerais devenir la chaise sur laquelle elle s'assoit » lui rapportent pas loin de 100 euros.

mardi 4 août 2015

BD - Lewis Trondheim en balade


Ecosse, Angoulême, Canada... Lewis Trondheim, le succès aidant, a l'occasion de dépenser ses énormes droits d'auteur en divers voyages d'agrément. Donc, entre deux bouclages, il découvre le monde et en profite pour se dérouiller la main dans des gags où il se met en scène ou dans des dessins d'après décors authentiques. Il distille le tout sur son blog puis reprend ces tranches de vie dans des albums aux parutions aléatoires. Le septième recueil vient de paraître. On apprend que Lewis a visité l'Ecosse, le Canada, a participé à quelques festivals, s'est cassé le coude et a croisé la route d'un « arbre en furie » qui a donné son titre à l'album. 
Avec souvent des réflexions sur le temps qui passe et l'âge avec. Le tout avec une certaine ironie comme quand il décide de mettre à jour son répertoire téléphonique et découvre que certaines de ses connaissances sont mortes. Quatre, pas mal... Il s'inquiète quand à la boulangerie, voulant régler avec des petites pièces, la jeune vendeuse lui demande de tout lui donner qu'elle triera. « Comme les vieux... » ne peut-il s'empêcher de penser. Mais le coup dur, la page qui marque, c'est celle dessinée le jour de la tuerie à Charlie Hebdo. Parmi les victimes, Wolinski, son « meilleur ennemi » dans la profession...

« Les petits riens de Lewis Trondheim » (tome 7), Delcourt, 12,50 euros


lundi 3 août 2015

BD - Démons possessifs dans "Outcast"


Robert Kirkman est le scénariste américain qui monte. La faute aux zombies de Walking Dead, comics qu'il a créé puis adapté à la télévision avec le succès planétaire que l'on sait. La saga des zombies lui laisse cependant un peu de temps pour se consacrer à d'autres univers. Horrifiques, eux aussi. 
« Outcast » lorgne ouvertement vers l'univers du film « L'exorciste ». Le révérend Anderson officie comme exorciste. Il demande souvent de l'aide à Kyle Barnes, dépressif ayant un rapport fort avec les forces de l'au-delà. Dessinée par Paul Azaceta, cette série prometteuse vaut pour la terreur qu'elle génère mais également le passionnant portrait psychologique de Kyle.

« Outcast », Delcourt, 16,95 euros

DE CHOSES ET D'AUTRES - Sarko lit


Donc, l'été, Nicolas Sarkozy lit. Il le fait savoir et publie un tweet illustré de son portrait, un livre de poche à la main. « L'adieu aux armes » d'Hemingway en Folio avec cette légende : « Un bon livre pour l’été, l'idéal pour se reposer et se ressourcer. Bon vendredi à tous ! #VendrediLecture ». Immédiatement, il est l'objet d'une multitude de railleries sur Twitter. Les plus méchants détournent l'image et changent la couverture. Exit Hemingway, et place à « Oui-Oui », « Y a-t-il une vie après la prison ? », « La politique pour les Nuls » et même le fantômatique « 1793 » de Victor Hugo (rappel d'une précédente bourde littéraire d'un certain Nicolas Sarkozy). En voulant participer à un mouvement hautement sympathique (le mot-dièse #VendrediLecture permet aux internautes de citer le livre qu'ils lisent ce jour précis), il se retrouve tourné en ridicule. 
La faute à la forme. Généralement, un #VendrediLecture s'accompagne, au mieux, de la couverture du livre. Jamais de la photo du lecteur, en pied, décontracté en chemise ouverte, barbe de trois jours, le regard fixé vers l'objectif, comme s'il était plus important que le livre... Les conseillers de Sarkozy oublient que dans ce genre de tweet, l'essentiel n'est pas le prescripteur, mais l'œuvre choisie. 
Reste que le roman d'Hemingway est un excellent choix. Mieux en tout cas que « L'histoire de France pour les nuls », rendu célèbre en 2007 entre les mains de François Hollande, lui aussi en vacances, sur une photo volée où il est étendu sur une serviette de plage en short de bain.