lundi 2 juin 2014

DVD - Le difficile métier de mère passé à la moulinette par Valérie Lemercier

Valérie Lemercier en mère incompétente dans « 100% cachemire ».

Executive woman habituée à donner des ordres, Aleksandra (Valérie Lemercier) a tout pour être heureuse. Cette Parisienne, directrice d'un grand magazine féminin, en plus d'un bel appartement dans le 7e arrondissement a un mari directeur de galerie (Gilles Lellouche) et un amant romancier à succès (Bruno Podalydès). Seul problème : elle n'a pas d'enfant. Ce n'est pas un choix. Bien au contraire. Mais après trois fausses couches et un traitement éprouvant, elle n'en peut plus et décide d'adopter. Habituée à la rapidité de décision dans le cadre de son boulot, elle brûle les étapes et en échange d'une grosse enveloppe, se voit confier après quelques semaines d'attente un gamin russe de 7 ans (Samatin Pendev).

La comédie de Valérie Lemercier n'en est pas véritablement une. Ce qui explique en partie le sentiment étrange du spectateur en visionnant ce film. A côté de très bonnes trouvailles et scènes jubilatoires (l'arrivée des enfants à l'aéroport, les réunions de famille chez le mari, les disputes avec le co-propriétaire réactionnaire) on n'arrive pas à savoir exactement si cette « mère » est une femme à fleur de peau ou une ordure sans cœur. La fin donne la réponse, mais cela semble un peu contre-nature, trop mis en évidence au surligneur fluorescent.
Si l'on met de côté cet aspect indécis de « 100 % cachemire », on passe un bon moment, avec des personnages marquants comme ce gamin, petit dur au regard de tueur mais qui ne se nourrit qu'avec du lait ou la belle-mère (Nanou Garcia) maman possessive et tyrannique,exceptionnelle dans l'outrance. Gilles Lellouche a encore le meilleur rôle. Le plus crédible dans le costume de l'homme pressé qui se découvre un instinct paternel. Même si lui aussi n'est pas épargné par un scénario trop dense par moment.
Cette édition en DVD et Blu-ray bénéficie d'une version inédite du film. Valérie Lemercier, après la sortie en salles qui n'a convaincu que peu de spectateurs, a passé quelques nuits pour retrouver l'esprit original du scénario. Elle trouve son film plus équilibré et s'en explique dans les bonus qui comptent également trois scènes coupées et un bêtisier d'anthologie avec une succession de fous rires perturbant la scène du surimi.

Wild Side, 19,99 €

dimanche 1 juin 2014

Cinéma - Maléfique, une Jolie méchante

Grosse production de chez Disney, «Maléfique» revient sur l’histoire de la fée qui a jeté un sort à la Belle au bois dormant. Maléfique interprétée par Angelina Jolie.  


Star internationale qui fait rêver des millions de fans, Angelina Jolie semble avoir pris un pari très risqué en endossant le rôle de la méchante sorcière du conte de la Belle au Bois dormant. C’est un peu comme si elle endossait le costume de Dark Vador dans le prochain Star Wars (qui est également produit par Disney). Mais son personnage est-il véritablement méchant? «Elle est pleine de haine et de vengeance, explique l’actrice américaine lors d’une présentation dans un grand hôtel parisien.


Jeune, elle est pleine de bonne volonté. Mais elle est abusée et perd son humanité. L’idée du film est de comprendre qui est ce personnage et ne pas le juger. » Sans en dévoiler l’intrigue, il faut savoir que l’amour maternel est au coeur de cette superproduction de 200 millions de dollars. Angelina, pour entrer dans la peau du personnage, est passée par la case effets spéciaux. Cornes, prothèses sur le visage, maquillage: le résultat est bluffant. Dans sa robe noire, elle est véritablement impressionnante. « J’ai même fait peur à mes enfants » confie-t-elle.
Également productrice du film, elle a résolu son problème de garde en leur donnant un petit rôle de figuration, notamment dans la scène du baptême. «C’est la scène clé du film, celle où il fallait être le plus fidèle au dessin animé de 1959. Mais on a imaginé tout ce qui s’est passé avant.» Selon l’actrice, «le message est intéressant pour les enfants car ils sont attirés par les choses sombres. Malheureusement, il y a un véritable mal dans le monde, comme ces jeunes filles kidnappées au Nigeria. C’est d’une cruauté inimaginable. »
Maléfique, dans sa jeunesse, est une jeune fée au cœur pur. Elle protège une forêt et toutes les créatures magiques qui la peuplent. Quand le danger se précise, elle prend la tête d’une armée pour une des scènes les plus marquantes. Un combat dantesque, où la 3D est utilisée judicieusement par le réalisateur Robert Stromberg. Si c’est sa première réalisation, c’est un “grand” des effets spéciaux.
Un petit air d’Avatar
Remarqué dans Avatar de James Cameron, on retrouve un peu de son imaginaire dans la découverte de la forêt par la petite Aurore, la Belle princesse maudite par Maléfique. Pour interpréter cette nouvelle princesse Disney, les producteurs ont choisi Elle Fanning. Sa chevelure blonde et vaporeuse, son sourire enfantin, ses yeux émerveillés feront rêver des millions de petites filles.

Juste retour des choses car Elle Fanning a confié qu’elle avait «toujours rêvé d’être une princesse Disney. Ce film était vraiment excitant.» Compliqué aussi : «Le défi le plus important pour moi c’était les effets spéciaux. Quand on est debout sur une table devant un fond vert, il faut faire appel à son imagination.» Angelina Jolie, au contraire, adore. Au début du film, elle survole son royaume tel un rapace protecteur. «Vous me mettez sur une grue et je suis heureuse. J’adorerai voler, c’est la liberté ultime.»

samedi 31 mai 2014

Cinéma - Chacun cherche sa famille dans "Les drôles de poissons-chats"

Emouvante histoire que celles des « Drôles de poissons-chats » de Claudia Sainte-Luce.


Seule. Désespérément seule. Claudia (Ximena Ayala), la petite vingtaine, vit dans un garage transformé en chambre. Elle a un travail, démonstratrice dans un supermarché, mais pas de vie sociale. Cette orpheline a appris à se débrouiller très jeune. Pas de famille. Ni d'amis. Un soir, en rentrant pliée en deux par la douleur, elle tente de faire passer le mal avec quelques comprimés. Mais finalement elle se résout à consulter les urgences. C'est dans la promiscuité de ce service débordé (l'action se déroule dans une grande ville du Mexique) que sa vie bascule. Derrière le mince rideau de séparation, elle entend les discussions autour de Martha (Lisa Owen). La mère de trois filles et un garçon, visiblement habitués à l'hôpital. Martha, si faible qu'elle ne peut plus se lever, a cependant la force pour tourner la tête vers sa voisine et tirer un peu le rideau. Martha, mère courage, foncièrement optimiste malgré la maladie qui la ronge, ouverte et chaleureuse. Elle engage la conversation avec Claudia qui elle, doit simplement se faire opérer de l'appendicite. Claudia, peut-être à cause de la douleur ou plus simplement car on ne peut pas vivre éternellement barricadée dans sa solitude, se confie un peu à Martha.

Et comme si Martha n'en avait pas assez avec sa tribu turbulente, elle décide de prendre sous son aile protectrice cette jolie fille aux airs d'oiseau tombé du nid.

Le film de Claudia Sainte-Luce, de grave au début, se transforme en un tourbillon de vie dès qu'il entre dans la maison de Martha. Claudia, au sortir de son opération, est invitée à déjeuner. Elle se cale dans un coin et observe ces enfants bouillonnants. Alejandra, l'aîné, tente de concilier travail, éducation de ses frères et sœurs et quête du grand amour. Wendy, exubérante, mange comme quatre et déprime dans son corps trop gras. Mariana, belle et élancée, rêve devant les vedettes de la téléréalité. Armando, le petit dernier, est préposé à la lessive. Normal, malgré ses dix ans il mouille ses draps toutes les nuits. Claudia va se faire apprivoiser par Martha. Puis la jeune femme, telle une pièce manquante à un puzzle pourtant évident, va devenir essentielle dans l'équilibre de cette famille.
La réalisatrice a puisé dans ses souvenirs personnels pour raconter cette rencontre miraculeuse à plus d'un titre. Par petites touches elle va montrer l'évolution de Claudia de chat sauvage en animal domestique dévoué. Un récit universel de la vie familiale, naturelle ou rapportée. Un formidable message d'espoir au final particulièrement émouvant.



lundi 26 mai 2014

Fantastique - Virus numérique inventé par Koji Suzuki

Après avoir fait trembler la planète entière avec sa trilogie « Ring », Koji Suzuki imagine une suite, tout aussi effrayante, à cette histoire de virus numérique.

Les bonnes histoires fantastiques n'ont jamais de fin. C'est le principe même des cauchemars. S'ils restent si longtemps présents à notre esprit c'est en raison de leur issue toujours incertaine. Certes, à un moment on se réveille, mais rien n'est terminé. On sait pertinemment qu'en cas de nouveau sommeil, on a toutes les chances de replonger dans l'horreur. Koji Suzuki a parfaitement intégré ce principe puisqu'il signe avec « S, Sadako » le prolongement de sa trilogie « Ring ». Comme si cette histoire de cassette vidéo maudite traversait les années et s'adaptait aux nouvelles technologies. Le récit, plus ramassé et un tantinet plus optimiste, peut se lire sans avoir auparavant tremblé devant les 1000 pages de la première histoire, récemment rééditée dans une intégrale chez Pocket.
20 ans après « Ring », les héros de « S, Sadako » sont les descendants de certains des protagonistes du premier opus. Takanori est le fils du médecin légiste qui a autopsié les premières victimes de la vidéo. Anaké, sa petite amie, est professeur dans un collège. Le jeune homme, contre l'avis de ses riches parents qui le destinaient à une carrière dans la médecine, a fait des études artistiques. Aujourd'hui, il vivote en s'occupant d'effets spéciaux dans une petite société de production télé. Dans le cadre de son travail, son chef lui confie une clé USB contenant l'enregistrement d'un suicide diffusé sur le net.

Takanori visionne la séquence pour tenter d'en tirer des images, pas trop violentes, à intégrer dans un programme de télévision un peu trash. Il copie le film sur son ordinateur et le regarde plusieurs fois. On voit un homme se préparer, la tête hors champ, monter sur un tabouret, puis le faire basculer et tournoyer au bout d'une corde. Le lendemain, il regarde de nouveau la séquence et constate que le cadre a bougé. Désormais, le visage est visible. Anaké le voit aussi et reconnaît l'homme qui, il y a de cela bien des années, a tenté de l'assassiner. Kashiwada, un tueur en série de petites filles, exécuté le mois dernier.
Quel rapport entre Anaké et ce suicidé qui n'en est pas un ? Pourquoi au bout de quelques secondes le corps disparaît ? Takanori va enquêter pour tenter de dissiper le malaise grandissant. Anaké, orpheline, a un passé rempli de trous. Son futur mari et père de l'enfant qu'elle porte aura la surprise de découvrir que son enfance à lui aussi contient des zones d'ombres. Il serait même mort (de noyade) durant deux années avant de « ressusciter ».
Koji Suzuki multiplie les interrogations pour mieux intriguer le lecteur. Au début, le lien avec Ring est ténu, mais les révélations du père de Takanori vont permettre de faire le lien avec le chef-d'œuvre de celui que l'on a surnommé le « Stephen King japonais ». C'est peut-être un peu excessif, même s'il faut reconnaître que certains passages, notamment quand le couple se retrouve sur les lieux des précédentes tueries, peut provoquer un sérieux hérissement des poils.
« S, Sadako », Koji Suzuki, Fleuve Noir, 15,90 €


dimanche 25 mai 2014

BD : Le retour des superhéros français


Comment, il existe des superhéros français ? Pas notre SuperDupont national, non, de véritables personnages aux pouvoirs exceptionnels, capables de sauver la planète... ou de rayer un continent de la carte en fonction de leurs humeurs. « SuperWorld », écrit par Jean-Marc Rivière et dessiné par Francesca Follini, se déroule à Paris dans un futur proche. Dans le premier tome, le lecteur a fait connaissance avec les enfants des superhéros, disparus depuis 15 ans après avoir mis en place un bouclier protecteur contrer une invasion extraterrestre. Tamara, fille de Zoltar, le plus puissant des gardiens de l'univers, assiste à la destruction du bouclier et à la réapparition des héros. Le second tome montre la difficile cohabitation entre les enfants et les parents. D'autant que les superhéros ne sont plus les bienvenus. Parqués dans un ghetto, ils sont sous le contrôle de la police. Un mélange entre complot planétaire, action et psychologie qui donne une touche très frenchie à une BD qui aurait tout à fait sa place aux USA.

« SuperWorld » (tome 2), Delcourt, 14,95 €

samedi 24 mai 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Horreur restaurée

Le festival de Cannes joue la nostalgie pour ses dernières séances. Le film de clôture ce samedi soir, hors compétition, est la version restaurée (et présentée par Quentin Tarantino, le "faquin" selon Jean-Luc Godard) de "Pour une poignée de dollars" de Sergio Leone.
Jeudi soir, pour clore la quinzaine des réalisateurs, "Massacre à la tronçonneuse" de Tobe Hopper a horrifié les festivaliers. Ce film -déjà 40 ans à son actif- n'a rien perdu de son côté malsain. Tourné dans une maison isolée du Texas, enfiévré par l'été torride, 40° à l'ombre, une véritable légende le précède avant même sa diffusion.

A sa sortie en salles, le choc est absolu. Un nouveau cinéma d'horreur vient de naître. Non seulement il vous "met le nez dedans" grâce à des effets spéciaux sanguinolents, mais surtout il plonge le spectateur dans une angoisse permanente et exponentielle. Chaque apparition de Leatherface, le manieur de tronçonneuse (mais aussi de crocs de bouchers et de toute une panoplie de couteaux acérés), garantit des mois de cauchemars.
Si ce film, devenu culte, a ouvert la voie à d'autres productions comme "Les griffes de la Nuit" ou "Saw", jamais il n'a été égalé. Interdit aux moins de 18 ans, il n'est sorti en France qu'en 1982. Pire en Grande-Bretagne, les Anglais n'ont pu trembler devant cet Everest du gore qu'en 1999.
L'hommage de Cannes est justifié. Le cinéma, reflet de la vie, est un art complexe capable de faire ressortir toutes les émotions humaines. Dans une salle obscure on rit souvent, on pleure parfois. Et avec "Massacre à la tronçonneuse" on a peur. Très peur.

Chronique "De choses et d'autres" parue ce samedi en dernière page de l'Indépendant.
Pour le palmarès c'est par là ! 

BD - Mais qui va hériter de la CX diesel ?


Sous une couverture « boule à facettes » manquant de lisibilité (ne vous laissez pas arrêter par ce détail), Fabcaro (textes), James (dessin) et BenGrrr (couleurs) poursuivent la saga de la famille totalement déjantée de « Amour, passion et CX diesel ». Un troisième recueil de gags dans la veine des deux précédents : hilarant ! Quatre frères et sœurs, dans la force de l'âge, se disputent l'héritage à venir de parents de plus en plus séniles. Notamment la CX diesel du patriarche qui fait fantasmer tout le monde. Cette voiture semble personnaliser le pouvoir absolu dans une famille où les ratés sont légion. 
On rit donc aux tentatives de drague pathétiques du directeur de discothèque auprès de l'étudiante en philosophe, babysitter pour financer ses études. Le fils homo se désespère comme une midinette quand il se fait larguer par son mec en cuir. Heureusement il retrouve le bonheur auprès d'Abdelatif. Cela donne aux auteurs une source inépuisable de gags autour des clichés racistes de la famille française de base. Mordante et sans pitié, cette série est une des meilleures d'un nouveau Fluide Glacial en mal « d'Umour et Bandessinées ».

« Amour, passion et CX diesel » (tome 3), Fluide Glacial, 12 €

vendredi 23 mai 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Les marches de la jalousie

Que ne ferait-on pas pour trois minutes d'exposition médiatique ? Chaque soir, au moment de la montée des marches du Palais des festivals à Cannes, c'est un défilé de personnalités, plus ou moins célèbres, qui marquent de longues pauses devant les dizaines de photographes. Ces derniers se focalisent essentiellement sur les femmes aux tenues hors de prix. Certaines ne viennent que pour paraître, avoir un minimum d'existence publique, comme pour monnayer et faire fructifier ensuite cette invitation obtenue après des semaines de travail acharné de leur agent. Elles se montrent sous toutes les coutures, abreuvent les objectifs de sourires crispés jusqu'à l'intervention d'un des membres du service d'ordre qui les pousse vers la salle de projection. Pas sûr qu'elles y restent. Comment briller dans le noir ?

Le Graal consiste à arriver avec l'équipe du film en compétition. Aurélie Filipetti, ministre de la Culture, a jeté son dévolu sur "Saint Laurent" de Bertrand Bonello. Elle enfile son plus beau smoking (signé Yves Saint-Laurent, cela va de soi...) et pique une belle colère quand elle apprend qu'elle ne sera pas l'unique représentante du gouvernement sur les marches. Fleur Pellerin, ravissante secrétaire d'État au commerce extérieur, a reçu elle aussi un carton d'invitation. Le Canard Enchaîné révèle que le cabinet de Manuel Valls himself a finalement arbitré cette "affaire d'État". A Aurélie Filipetti les flashes des photographes au côté de Léa Seydoux et Gaspard Ulliel. Quant à Fleur Pellerin, elle a dû se contenter de l'entrée de service... La jalousie, ce mal français !

Chronique "De choses et d'autres" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - Trois tueries dans le nouveau "Doggybags" d'Ankama


Traque dans les égouts, char d'assaut en folie et parc d'attraction de zombies sont les trois thèmes des histoires complètes qui composent le menu de la 5e livraison de Doggybags, la revue pour lecteurs avertis du Label 619 de chez Ankama. Toujours avec le scénariste Run aux manettes, on retrouve des habitués (Ducoudray et Neyef) et des petits jeunes qui montent comme El Puerto, Tomeus et Kartinka. Ce dernier, dessinateur de la dernière partie, avait imaginé une histoire d'amour contrariée dans un parc d'attraction de zombies. Run et Ducoudray ont étoffé le scénario et cela donne un récit particulièrement angoissant. Le plus original du lot, le plus classique côté dessin. 
Neyef et Ducoudray nous entraînent dans le sillage d'un certain Shawn Nelson. Un peu perturbé ce jeune américain : complètement dépendant des drogues de synthèse, il creuse son jardin à la recherche d'une mine d'or. Jusqu'à ce qu'il croise le chemin d'un dragon. Il subtilise un char pour avoir une armure comme Saint-Georges... La dernière histoire revient sur une légende urbaine des égouts new-yorkais. Du premier degré bien sanglant, marque de fabrique de Doggybags.

« Doggybags » (tome 5), Ankama, 13,90 €

jeudi 22 mai 2014

Cinéma - La conquête de l'Ouest à la folie dans "The Homesman" de Tommy Lee Jones


Si les USA sont aujourd'hui les maîtres du monde, les premiers colons de ce jeune pays ont surmonté bien des vicissitudes pour en arriver là. La conquête de l'Ouest, époque héroïque par excellence, n'a pas fait que des heureux. Beaucoup de vies ont été perdues pour faire fructifier ces immenses terres vierges. « The Homesman », film de Tommy Lee Jones en compétition officielle au Festival de Cannes, sur les écrans depuis dimanche, s'intéresse au destin tragique de quelques femmes perdues dans ce désert de labeur et d'abnégation. Un film rude, comme la personnalité du réalisateur et principal acteur.
Mary Bee Cuddy (Hillary Swank) est une femme de l'Est, de New York exactement. Comme d'autres, elle fait partie de ces pionniers pour qui ont abandonné la civilisation et le confort pour une ferme perdue dans les plaines du Nebraska. Mais elle est seule à la tête de son exploitation. Alors qu'elle vient de passer la trentaine, elle cherche désespérément à se marier, trouver un mari pour l'aider aux travaux des champs. Pour l'aimer aussi. Surtout.

La première partie du film dresse le portrait de cette femme, réputée rude et autoritaire. Un caractère qui fait fuir les hommes de la petite communauté. Les fermiers du coin préfèrent aller chercher leurs épouses à l'Est, comme pour ramener dans leurs masures misérables un peu de distinction et de grâce. Mais cela ne se passe pas toujours bien. Folie omniprésente Face à la solitude, aux mœurs frustes des maris, la folie fait des ravages. Trois femmes ont basculé. La paroisse décide de les renvoyer dans une institution dans l'Iowa. Et désigne Mary Bee pour les convoyer. Un périple de trois semaines, avec deux mules, une carriole à bestiaux transformée en prison, un cheval et une aide inattendue : le vagabond George Briggs (Tommy Lee Jones). Mary lui sauve la vie. Suspecté d'avoir spolié les terres d'un fermier (justement parti dans l'Est chercher une épouse), il est condamné à la pendaison. Mary le libère en échange de son aide tout le long du voyage. Cet étrange attelage composé d'une fermière psychorigide, d'un déserteur sans foi ni loi et de trois folles affronte éléments, Indiens et brigands dans cette évacuation sanitaire d'antan.
Toute la force du film réside dans l'opposition des caractères : la piété de Mary, les crises des démentes et l'optimisme à tout crin de George, bien conscient que tout ce qu'il vit est un bonus par rapport à sa quasi-mort. Et le voyage permet à chacun de faire de nouveaux projets, d'avoir enfin un peu d'espoir. Mais la conquête de l'Ouest n'a que rarement terminé dans la joie et la bonne humeur, même si le film de Tommy Lee Jones s'achève par une gigue endiablée sur une barge reliant les deux rives du fleuve Mississippi.