jeudi 20 février 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Entre deux, tout est histoire de nuances

Le bien et le mal, le haut et le bas, la droite et la gauche, le masculin et le féminin. Toute notre société semble basée sur cette dualité basique. Heureusement notre intelligence a découvert toute une palette de nuances qui fait qu'un référendum (oui ou non) se retrouve réservé aux primates.
Entre le blanc et le noir, il existe quantité de couleurs pour se différencier. Ce n'est pas pour rien que les représentants des associations LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) ont choisi l'arc-en-ciel pour symbole. Une différence parfois difficile à faire passer auprès de certains mais qui progresse indéniablement dans les esprits.
Dernier exemple en date sur les profils Facebook. Pour vous définir, vous devez cocher quelques cases. Dans la catégorie "sexe" vous n'aviez que deux choix possibles. Depuis quelques jours, une troisième possibilité s'offre aux abonnés anglo-saxons : transsexuel ou intersexuel. Le "troisième sexe" a enfin droit de cité sur les réseaux sociaux.
Mais il existe encore des pièges. Les politiques français sont persuadés d'avoir beaucoup œuvré pour l'égalité des sexes en imposant la parité sur les listes électorales. Une parité un peu réductrice. La liste Europe écologie de Toulouse s'est retrouvée avec un cas d'école. En 31e position, on découvre François Bertocchio, entre deux candidates femmes, comme il se doit. Problème, depuis un an, François est devenu Florence. Un changement d'état-civil long et compliqué que les responsables des Verts toulousains n'avaient pas pris en considération. Résultat, la liste a dû être modifiée : la parité, trop basique, ne prévoit pas ce genre d'exception.
Chronique "De choses et d'autres" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant

Cinéma - Le Romantisme rouge sang de Jim Jarmush

Pour Jim Jarmush, réaliser Only lovers left alive, film de vampires hors normes, est surtout l'occasion de filmer romantisme, beauté, musique et littérature.


Une bande-son à se damner, deux acteurs irréprochables, des décors chargés d’un vécu poignant, des vampires et des guitares électriques : Only lovers left alive de Jim Jarmush est le genre de film qui accumule les qualités quand d’autres en manquent cruellement. Entre rêverie romantique et réflexion philosophique sur le devenir de l’Humanité, l’histoire d’Adam et Eve est des plus vénéneuses. Adam, rocker reclus, vit dans une vieille maison en ruine dans un de ces quartiers désertés de Detroit. Eve, confortablement installée au milieu d’une constellation de coussins attend que le jour décline pour déambuler dans les ruelles de Tanger.
Le début du film montre leur réveil, à des milliers de kilomètres de distance l’un de l’autre, la caméra prise de tournis, comme un vieux vinyl sur un électrophone. Adam (Tom Hiddleston) et Eve (Tilda Swinton) tournent en rond. Sans fin. Une fois la nuit tombée, ils sortent. Adam, déguisé en toubib, se rend dans un hôpital. Eve, voilée, marche avec assurance dans cette ville marocaine aux mille sollicitations. Elle et lui sont à la recherche de la même chose : du sang frais.
Vampire et suicidaire
Vampires, ils sont quasi immortels mais doivent se méfier. Terminé le temps où il suffisait de traîner dans certains lieux interlopes pour trouver une âme perdue qui étanchait leur soif. Les maladies, notamment celles du sang, compliquent leur tâche. Adam négocie directement avec un laborantin véreux qui lui revend du sang contrôlé destiné aux transfusions. Dans un petit café fréquenté seulement par des hommes qui jouent aux dominos, Eve a un bon ami ; il lui cède une partie de son approvisionnement en provenance du stock « d’un bon docteur français ».

Eve et Adam ont été mariés. Trois fois, dont la dernière au XIXe siècle. Leur discrétion leur permet de survivre dans un monde implacable. Si le personnage interprété par Tilda Swinton éprouve encore du désir et de la curiosité, celui de Tom Hiddleston est en pleine dépression. Passionné de musique, il compose mais ne veut plus que ses œuvres soient diffusées. Les Humains (les Zombies comme il les appelle dédaigneusement) l’horripilent. Ils massacrent leur planète alors qu’il serait si simple de la préserver. Conséquence, le vampire immortel cherche un moyen efficace pour se suicider... Eve, consciente du danger, quitte l’Afrique pour Detroit. Réunis, les amants errent dans les ruines de la ville industrielle avant d’être rejoints par Ava, la sœur d’Eve, vampire elle aussi, mais jeune et extravertie. Le début des vrais ennuis car « ce n’est jamais simple la famille ».
Loin de ne s’adresser qu’aux amateurs de films de genre, Jim Jarmush truffe son œuvre de références culturelles, de Byron à Shakespeare en passant par Jack White (des White Stripes) ou le mystérieux et sulfureux Christopher Marlowe (John Hurt). Le tout avec une bande-son de toute beauté, envoûtante. On retrouve Sqürl, le groupe de Jarmush mais aussi des compositions du musicien néerlandais Jozef Van Wissem ou de la Libanaise Yasmine Hamdan. Enchantement des yeux, bonheur des oreilles et parfait excitant des méninges, le dernier film de Jim Jarmush a tout du chef-d’œuvre qui vous prend aux tripes.
Michel Litout
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Deux décors, deux mondes

Cinéaste américain, Jim Jarmush a financé son dernier film avec des capitaux allemands. Si de nombreuses scènes en intérieur sont tournées à Cologne, il a planté le décor de son histoire de vampires romantiques dans deux villes radicalement différentes. D’un côté Detroit et ses immenses friches industrielles, désert de briques et de béton envahi d’herbes folles, à la splendeur passée. De l’autre Tanger, la vieille ville africaine aux ruelles tortueuses et pentues, comme dans un labyrinthe vieux de plusieurs siècles. Là, la vie grouille, on est abordé à chaque encoignure et les bars sont ouverts sur l’extérieur. C’est d’ailleurs de la rue qu’Adam entend pour la première fois Yasmine (photo) en concert dans un minuscule boui-boui.
Ce grand écart entre les décors conforte la double poésie du film. Toujours montrés de nuit, les anciens théâtres ou usines de Detroit abritent dans leur silence et leur solitude les errances des deux vampires pleurant une civilisation morte. À l’inverse, la vie exubérante de Tanger, son romantisme intact depuis des siècles, leur apportent cette petite étincelle de vie. La nuit y est belle et pleine d’espoirs.

mercredi 19 février 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Non, le Premier ministre de Nouvelle-Zélande n'est pas un reptile


"Je ne suis pas un reptile". Cette étonnante déclaration est sortie, la semaine dernière, de la bouche du
Premier ministre néo-zélandais John Key. "Je ne suis jamais allé dans l'espace. Je suis un Kiwi ordinaire", a-t-il continué lors d'une rencontre avec des journalistes.
Si le personnage politique le plus important en Nouvelle-Zélande tient de tels propos, c'est simplement pour couper court à une incroyable rumeur. Un certain Shane Warbrooke, citoyen d'Auckland, a officiellement interrogé le cabinet du Premier ministre en lui demandant de lui apporter la preuve - comme le permet la loi - "qu'il n'est pas un reptile alien usant de la forme humaine pour la conduire à l'esclavage." Des élucubrations qu'il puise dans la théorie du complot propagée par un certain David Icke, ancien footballeur professionnel anglais, persuadé que des reptiles humanoïdes dominent secrètement le monde. Pour ceux qui seraient tentés de croire Icke, rappelons que l'affaire ressemble furieusement au scénario de la série télé "V".
John Key, non sans une bonne dose d'humour, a poussé l'absurde au maximum. Non seulement il a passé une visite médicale auprès d'un docteur pour être certain de son humanité, mais il a aussi consulté... un vétérinaire. Le verdict est sans appel : "Je ne suis pas un reptile".
Cela fait rire la planète entière, sauf Shane Warbrooke. Dans une réponse tout aussi officielle, il prétend maintenant que le médecin et le vétérinaire sont eux aussi des aliens reptiliens. Une histoire qui se mord la queue... de lézard.
En bonus,  un extrait de la série V, la nouvelle.

DVD - La totale de Jacques Tati en coffret chez Studiocanal

Studiocanal propose l'intégrale des œuvres restaurées de Jacques Tati dans un coffret DVD ou Blu-ray.

Perfectionniste, Jacques Tati n’a pas beaucoup tourné. Mais chacun de ses films fait partie du patrimoine cinématographique français. De « Jour de fête » à « Parade », Tati n’a que six longs-métrages à son actif. Avec les deux chefs-d’œuvre que sont « Les vacances de Monsieur Hulot » et « Mon oncle ». La restauration a pris de longues années. Avec le secours de toutes les nouvelles technologies numériques, les pellicules d’époque ont été analysées, traitées, nettoyées de certaines imperfections et défauts, « tout en veillant à ne jamais dénaturer l’œuvre originale ». Le résultat est éblouissant, donnant une nouvelle modernité à des films qui ont fait rêver et rire des millions de spectateurs. 
Pour chaque film des bonus sont proposés (versions colorisées, films didactiques par l’exégète Jacques Boudet) dont un long reportage de la chaîne de télévision américaine ABC sur le tournage de « Playtime » dans la ville moderne entièrement reconstituée en studio. Enfin découvrez les débuts de Jacques Tati. Simple clown burlesque dans « On demande une brute », il tient déjà son personnage de Jour de Fête dans les 15 minutes du très pédalant « École des facteurs ».


mardi 18 février 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Christina Cordula Taille patron

Après les bactéries (C'est du propre), la bouffe (Top chef) et les viennoiseries (le meilleur boulanger de France), M6 s'attaque aux fringues. Christina Cordula tourne actuellement l'adaptation d'une émission anglaise sur... la couture. "Cousu main", verra dix passionnés s'affronter. Ils tenteront de "prouver qu'il est possible de confectionner à moindre coût les vêtements tendance que tout le monde aime porter."
Franchement, à part demander aux plus beaux mannequins actuels de porter les "créations" de ces amateurs (avec si possible des images en coulisse les plus dénudées possible), je ne vois pas comment le public sera captivé par des mamies expertes en napperons ou des mamans soucieuses de leur budget - et du look de la famille n mais déjà débordées. Car la couture, malgré l'émergence de quelques créateurs novateurs, reste l'affaire des mères au foyer (loin de moi l'intention de critiquer ces travailleuses de l'ombre), et de dames d'un certain âge. Sans trop caricaturer (quoique !), la couture passionne surtout les premières, quand leurs maris sont au boulot et les secondes lorsque les mêmes s'adonnent à la pétanque. Clichés ?
Pas selon mon épouse qui a assisté récemment à la démonstration d'un système révolutionnaire (et prohibitif) pour se passer de patron dans un magasin de tissu. J'ai bien rigolé à son compte-rendu de cette "expérience". Entre les ficelles trop visibles du commercial et l'espièglerie de notre chère voisine trop contente de lui en apprendre, elle a passé un moment plein d'enseignement et de drôlerie. Le voilà peut-être le bon concept d'émission.

 Chronique "De choses et d'autres" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - Papiers courts chez Delcourt

A l'heure où l'ogre numérique menace de tout dévorer sur son passage, notamment le livre imprimé sur du bête papier, certains auteurs ont volontairement lancé une expérience digne du siècle dernier : créer une revue de BD. Lewis Trondheim est derrière ce projet intitulé « Papier ». Cela ressemble à un livre de poche de 200 pages, du noir et blanc simple et un générique entre valeurs sûres, petits jeunes et découvertes internationales. Le second numéro vient de sortir (disponible dans les librairies spécialisées). On retrouve une longue histoire politique de Trondheim himself, mais les deux véritables pépites sont placées au début et à la fin. En ouverture de ce numéro sur la famille, Pénélope Bagieu, dans un style moins léché, plus torturé, revient sur la mort de son père et les jours qui ont suivi. En fin de volume, Julien Frey (dessin de Mermoux) raconte sa première rencontre avec son père. Rien que pour ces deux histoires complètes, Papier mérite votre attention et montre toute l'étendue des talents de la BD actuelle.

« Papier » (numéro 2), Delcourt 9,95 €

lundi 17 février 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Perché et à poil

Tout le monde se réjouit de l'exploit de Renaud Lavillenie. Devenu l'homme le plus haut du monde (6,16 mètres à la perche samedi en Ukraine), même Jean-François Copé doit jubiler. Il y a quelques années, Lavillenie était un des rares athlètes à avoir taclé son collègue Romain Mesnil. En panne de sponsor, Mesnil diffuse sur le net un film où il court, perche en main, dans les rues de Paris. Détail qui tue : il est nu comme un ver.
Copé, grand croisé contre le "tous à poil" depuis une semaine, n'a pas relevé à l'époque. Lavillenie si. Il déclare dans Sud-Ouest : "Je n'adhère pas du tout à ce qu'il fait. Ce n'est pas une démarche sportive, ce n'est pas comme ça qu'on cherche des sponsors. (...) Je ne fais pas de la perche pour qu'on parle de moi, chacun son truc".
C'était en avril 2009. Deux ans plus tard, Lavillenie participe à une publicité pour une marque de slips. Devant appareils photos, caméras et équipe technique, les publicitaires ont la brillante idée de le faire sauter en sous-vêtements. Puis sans… Donc, Mesnil se met à poil pour trouver des sponsors et Lavillenie se retrouve à poil à cause de ses sponsors, après avoir clamé haut et fort que ce n'est pas son truc. Dans un cas comme dans l'autre, le sport est loin, très loin. Par contre, côté régal des yeux, nombreuses (et nombreux…) sont ceux qui ont détaillé sa plastique parfaite.

Et si l'histoire se répète, Jean-François Copé tournera son clip de campagne pour les présidentielles de 2017 dans le plus simple appareil…

Chronique "De choses et d'autres" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - Délicat retour à Berlin pour Miriam Katin

Découverte en 2008 avec « Seules contre tous » le récit de son enfance, Miriam Katin revient à la BD dans « Lâcher prise », album dans lequel elle se raconte, sa vie aux USA et son très temporaire mais difficile retour en Allemagne. Cette graphiste très recherchée dans les studios d'animation des majors américaines, a changé de registre. Après le succès de son premier album, elle se cherche. Difficile d'être un espoir de la BD internationale à 71 ans. Elle revient sur ce succès, les expositions qui ont suivi. 
Fière d'être Juive et Américaine, elle s'étonne quand son fils lui demande d'entamer des démarches pour obtenir la nationalité Hongroise. Cela lui permettra de s'installer plus facilement à Berlin. Cette annonce est un choc pour Miriam. Elle n'a pas encore pardonné à ce pays qui a massacré les siens. 
Malgré ses appréhensions elle ira à Berlin, rendre visite à son fils et sa compagne. Un séjour où elle se rend sur quelques lieux de pèlerinage et comprend que plus rien n'est comme avant. Elle retournera dans la capitale allemande pour une expo au Musée juif. La BD, loin d'être trop sérieuse, montre toutes les coulisses de ces deux voyages : les ennuis de santé, les doutes et errances. Le tout dessiné aux pastels de couleur.
« Lâcher prise », Futuropolis, 22 €

dimanche 16 février 2014

Livre - La dissolution de la campagne dans "Le village évanoui" de Bernard Quiriny

Avec des « si » on refait le monde. Bernard Quiriny dans « Le village évanoui » se contente d'imaginer quelques milliers de provinciaux coupés de la civilisation.

On se souviendra longtemps de ce 15 septembre 2012 à Chatillon, charmant village de la Bierre entre Auvergne et Morvan. Pour certains habitants c'était la fin du monde. Pour d'autres, le début d'une autre ère. Ce 15 septembre, tout a commencé par l'épidémie d'une panne de voitures, au même niveau de la route conduisant à Névry, la capitale économique et départementale de la région. Arrivé à un certain endroit, le moteur cale. Quand certains travailleurs ont tenté de prévenir leurs patrons qu'ils arriveraient en retard, impossible d'avoir du réseau. Par contre ils ont pu téléphoner à familles et amis de Chatillon pour venir les récupérer. Rapidement, les élus et gendarmes se rendent sur place. Et découvrent que le phénomène est généralisé à toutes les routes du canton. Passé un certain périmètre, les véhicules s'immobilisent. Les téléphones ne passent plus. Internet est muet de même que les radios et les télévisions. A la fin de la journée l'évidence s'impose à tous : Chatillon est coupée du monde.

Le Dôme du terroir
Le début du roman de Bernard Quiriny a des airs de thriller fantastique à la Stephen King (on pense à Dôme, notamment). Mais avec un phrasé, des personnages et des réactions plus proches du roman de terroir. Un grand écart parfaitement voulu par cet auteur belge qui a remporte de nombreux prix avec ses recueils de nouvelles. Une fois le postulat de départ accepté par le lecteur (Chatillon n'a plus de contact avec l'extérieur, la communauté va devoir vivre en autarcie pour une durée indéterminée), place aux intrigues, rebondissements et autres péripéties pour ces hommes et femmes qui n'étaient pas préparés à un tel destin. Car en fait, ils vont devoir réinventer la civilisation. Pas moins.
On suit les hésitations du maire, plus gestionnaire que visionnaire. Du chef des gendarmes, bien embarrassé car toute infraction ne peut plus avoir de suite, juges et tribunal ayant disparu du canton. Le curé se réjouit du regain de foi de ses ouailles, si perdus qu'ils s'en remettent au Seigneur. Mais attention aux dérives sectaires.
Certains jouent collectif. D'autres sont d'irréductibles solitaires. Les vivres commencent à manquer. Le désespoir à gagner. Même le retour du printemps ne parvient pas à redonner le moral aux habitants de plus en dépressifs, voire suicidaires.
En fait la vie de la communauté change quand un paysan bourru, Jean-Claude Verviers, refuse de se plier aux injonctions du maire lui ordonnant de partager ses vivres. Car ce travailleur infatigable, célibataire, ne jurant que pour son troupeau de vaches et ses champs, refuse de céder la moindre de ses richesses à cette horde de paresseux vaniteux. Sa philosophie est simple : « La plupart des gens n'ont au fond aucune raison d'être malheureux ; ils ne le sont que parce qu'ils regardent au loin, apprenant ce qu'ils ne devraient pas savoir. Une cause du malaise contemporain était le ressentiment et l'envie qu'inspirait aux humbles le spectacle télévisée de la richesse et du luxe. » Sur ce postulat, il va tout simplement faire sécession, provoquant une véritable tension internationale entre sa ferme et le reste du canton. C'est la partie du roman la plus passionnante. Comment deux communautés s'affrontent, se trouvent des leaders, cherchent à dominer son voisin. Le village de Chatillon, après une année d'isolement, se retrouve à singer les Nations.
A la limite de l'étude sociologique, le roman s'emballe et le lecteur se passionne. Quant au dénouement du livre, mieux vaut ne pas en dire un mot et laisser au lecteur le plaisir de découvrir comment l'auteur se tire brillamment de cette histoire sans fin.

« Le village évanoui », Bernard Quiriny, Flammarion, 17 €

samedi 15 février 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Quand le moins vaut plus

Toujours plus ! On en veut toujours plus. Mais ce concept a ses limites dans une société de consommation toujours à l'écoute des envies des clients. S'il reste quelques îlots de ce principe (forfait avec SMS illimités ou buffet libre dans des restaurants privilégiant la quantité à la qualité) la mode est plutôt aux moins. Aux "sans" exactement.
Dans l'alimentaire, par exemple, après avoir listé tout ce qui était dommageable pour la santé, les industriels ont trouvé un filon pour lancer de nouveaux produits. Les sodas font grossir ? Pas de problème, les versions light prennent le dessus. Sans sucre, sans caféine... Le produit est quasiment le même. On a simplement enlevé un petit quelque chose. Et comme les grands groupes capitalistes sont pleins de ressources, ils trouvent le moyen de nous faire acheter plus cher ce qui leur coûte moins cher.
La brèche ouverte, ils rivalisent tous d'imagination pour trouver l'ingrédient qui va faire vendre... par son absence. On voit donc fleurir les produits sans gluten ou sans lactose pour des histoires d'allergies pas toujours évidentes. Dans les confitures, ils osent le "sans sucre ajouté" alors que c'est le principe même de la recette... Ne parlons pas des bières sans alcool, parfaitement imbuvables ou des produits sanitaires sans paraben dont je ne connaissais pas l'existence avant qu'il ne disparaisse...
Parfois je rêve d'inventer un cocktail à base de sucre, de gluten, de lactose, de paraben et de caféine. J'en ferai boire une dose à tous ces empêcheurs de consommer en paix. S'ils disent vrai, c'est la mort assurée.