mercredi 8 septembre 2010

BD - Neige : l'origine


Quand, au début des années 80, les premières planches de la série « Neige » parurent dans l'hebdomadaire Tintin, le choc a été grand pour nombre de lecteurs. Cette histoire de science-fiction, écrite par Convard et dessinée par Gine, était prémonitoire puisqu'elle abordait la problématique du dérèglement du climat. 

Dans ce futur proche, c'est un froid glacial qui s'est abattu sur toute l'Europe plongeant le vieux continent dans une ère de barbarie. On retrouve tous ces ingrédients dans « Neige Fondation », série qui va dévoiler l'origine du bébé découvert dans le premier tome originel. Si Convard chapeaute toujours le scénario, il est aidé par Adam et le dessin est assuré par Poli et Hostache. Durant le premières pages, on suit les membres du clan des Vol-ce-l'Est. Ils chassent dans les forêts, mais doivent rejoindre une ville car deux femmes sont sur le point d'accoucher. 

C'est là qu'ils seront aux prises avec les Croque-Mitaines, des brigands tuant les adultes, enlevant les enfants. Un prolongement de l'univers de Neige manquant un peu de saveur mais qui plaira aux nombreux inconditionnels en état de manque.

« Neige Fondation » (tome 1), Glénat, 13,50 € 

mardi 7 septembre 2010

BD - Le progrès made in Bidochon


Ils vous ont fait rire une bonne partie de l'été, au quotidien, dans les pages de Centre Presse et de Midi Libre (mais pas de l'Indépendant...). Les Bidochon sont de retour, dans le 20e album de leurs aventures domestiques. Cette fois, ils tentent d'apprivoiser le progrès. Pas Internet (au centre du précédent album) mais de ces petites inventions qui promettent de nous changer la vie et qui se révèlent au final des gadgets peu pratiques, voire totalement inutiles. 

Christian Binet, avec son talent habituel d'observation, nous décrit notamment un petit déjeuner d'anthologie où Raymonde, avant de déguster un œuf carré, chauffe ses pantoufles au micro-ondes. Hilarante également l'histoire autour de la balance qui parle. Cette série humoristique frappe toujours juste. Et même si la caricature est grosse, on se surprend parfois à se reconnaître (un petit peu) dans un des deux Bidochon. 

Cela reste la force essentielle de cette BD qui fait rire toutes les générations. A la fin de l'album, ne manquez pas les remerciements de Binet aux objets cités, de l'estimateur électronique au parasol bronzant.

« Les Bidochon » (tome 20), Fluide Glacial, 10,40 € 

lundi 6 septembre 2010

Roman - Nouvelles mœurs, nouveau collège avec "Mon âme au diable" de Jean-Pierre Gattégno

Le collège Verdi où se déroule "Mon âme au diable", roman de Jean-Pierre Gattégno est un cauchemar absolu, pour les professeurs comme les élèves.


Que vous soyez professeur ou élèves, prenez garde de ne pas débuter cette année scolaire dans un établissement du type du collège Verdi dans le 19e arrondissement à Paris. Entre ses murs se déroule l’essentiel de l’action de « Mon âme au diable », roman de Jean-Pierre Gattégno. Cela a des airs de thrillers et de roman policier, mais c’est avant tout un regard dur et lucide sur l’état de l’enseignement dans les collèges abandonnés, les derniers de la classe, les laissés-pour-compte.

Le narrateur, Théodore Simonsky, est professeur vacataire en attente d'un remplacement. Cela fait plusieurs mois que son téléphone est désespérément silencieux. A l’agonie financièrement, il se rend, intrigué, à un rendez-vous au ministère de l’Education nationale. Un certain Guérini, haut fonctionnaire, lui propose un poste au collège Verdi. Avec une grosse prime à la clé. Un contrat un peu particulier puisque Théodore n’est pas muté à Verdi pour y enseigner mais pour assassiner la principale.

Insultes et violence

Ce postulat posé, le roman peut distiller la douce folie qui règne dans ces pages. Théodore accepte le marché, même s'il n'en connaît pas les motifs. Il se rend donc au collège Verdi et découvre un lieu où les élèves les plus violents du pays font régner une terreur constante dans un corps enseignant totalement dépassé. Une fois passées les grilles et les détecteurs de métaux de l'entrée, il tente de trouver sa salle de classe. Des salles souvent désertes, « La plupart des élèves préféraient les couloirs. J'en croisais qui déboulaient en hurlant, beaucoup avec des perfusions musicales vissées aux oreilles, ils ne me voyaient pas, parfois me heurtaient et repartaient en m'injuriant (« Ta mère... », etc.) Pour les éviter, je rasais les murs, ce que faisaient, j'allais le découvrir par la suite, presque tous mes collègues. » D'un côté le désordre et l'anarchie, de l'autre sécurité et rigueur. Dans un véritable bunker., la principale, Elisabeth Raskolnikov, vit cloîtrée dans les bureaux administratifs protégés par plusieurs portes blindées. Cela ne va pas faciliter la tâche de Théodore.

Heureusement, il va se faire une alliée dans la place en la personne de Malvina, la secrétaire de Raskolnikov. Cette dernière est d'une intransigeance absolue avec le personnel enseignant, une attitude qui tranche avec l'ambiance générale d'anarchie ultime régnant dans son collège.

Jean-Pierre Gattégno, tout en faisant progresser son intrigue (comment Théodore va-t-il faire pour pénétrer le bunker ?), brosse le portrait d'un système éducatif en totale déliquescence. La mentalité des élèves a changé du tout au tout. Un collègue de Théodore, complètement blasé, lui explique que « le cancre des temps modernes n'est pas un poète. Il se fout du bonheur. Il est mauvais, sournois, intenable, violent, il pousse au désespoir ses professeurs. Il faut se faire une raison : l'époque est aux ignares. A Verdi, on en forme à la pelle. C'est pour ça qu'on devient un collège de pointe. » Ce long cauchemar éducatif sonne comme une mise en garde solennelle. Car si les élèves sont infects, en progressant dans le roman, on découvre que les équipes pédagogiques ne valent guère mieux. Il y a certes en fin d'ouvrage une petite pointe d'espoir sur les bienfaits de l'enseignement sur les masses ignorantes, mais elle semble n'être que le lointain écho d'un passé à jamais révolu.

« Mon âme au diable » de Jean-Pierre Gattégno, Calmann-Lévy, 17 € 

dimanche 5 septembre 2010

BD - Mélusine et Cosa Nostra : une paire de Clarke


Au fil des gags et des histoires complètes, Mélusine a perdu de son aura dans la série dessinée par Clarke sur des scénarios de Gilson au profit de Cancrelune. Cette apprentie sorcière est une calamité ambulante. Elle n'en rate pas une. Donnez lui un balai, une potion ou n'importe qu'elle malédiction et rapidement les ennuis commencent. 

Un personnage de gaffeur qui a déjà fait ses preuves dans d'autres BD et qui a relancé l'intérêt de cette série qui en est à son 18e recueil. Une paille chez Dupuis, surtout si elle n'est pas signée Cauvin ! Cancrelune est donc mise en vedette dans cet album, notamment car elle a pu, au bénéfice d'une malédiction ratée, s'incarner dans Mélusine. A contrario, la belle et jeune sorcière se retrouve avec les tares de son amie maladroite. 

On rit de bon cœur à des situations parfois très cocasses.


On retrouve Clarke, cette fois en solo, à la tête de la série Cosa Nostra rééditée chez Le Lombard. Ces histoires courtes, publiées il y a quelques années dans Fluide Glacial, reparaissent en couleurs. On y découvre les agissements de quelques mafiosos siciliens. 

Ces histoires courtes, presque à la façon d'une encyclopédie, donne le minimum vital à savoir sur le racket, le parrain, l'omerta ou le trafic de drogue. L'humour, par rapport à Mélusine, est bien plus méchant. Les dessins de Clarke sont plus sombres, tout en restant d'une lisibilité absolue. Car Clarke est un surdoué, beaucoup regrettent qu'il ne se soit jamais lancé dans une série plus ambitieuse.

 Reste que ses essais (Urielle avec Lapière chez Quadrants et Luna Almaden, toujours avec Lapière chez Dupuis dans la collection Aire Libre), n'ont pas rencontré le succès mérité...

« Mélusine » (tome 18), Dupuis, 9,95 € 

« Cosa Nostra » (tomes 1 et 2), Le Lombard, 10,95 €



samedi 4 septembre 2010

BD - Entourloupes de spirites dans le premier tome de "Chambres noires"


La famille Penouquet est peu banale. A Paris à la fin du 19e siècle, elle est spécialisée dans l'arnaque au spiritisme. Rien de bien méchant. Le père, peintre dont le chiffre d'affaires est en nette baisse, a décidé d'utiliser toutes les ressources de la photographie naissante pour vendre à quelques gogos des clichés « fluidiques ». Il utilise dans un premier temps sa fille Ninon, réellement dotée d'un pouvoir médiumnique mais qui réfère souvent inventer pour satisfaire les clients. 

Ensuite, ils doivent prendre la pause. Un premier cliché est réalisé, qui sera superposé à un second où les spectres des parents défunts sont généralement interprétés par les jumeaux Pénouquet, Tristan et Louise. Ce n'est rien de bien méchant et permet à tous de survivre. Car Samson Pénouquet est un homme de coeur qui accueille des orphelins. 

Une fois planté le décor occupé par cette famille de farfelus (n'oublions pas Mme Pénouquet, morte il y a quelques années mais qui intervient régulièrement dans les conversations grâce à un portrait hanté...) Olivier Bleys, le scénariste, lance les grandes lignes de l'intrigue où il est question d'enfants martyrs, d'organisation secrète et de complot. 

Tout ce monde décalé prend vie sous les pinceaux de Yomgui Dumont trouvant son inspiration dans les vieilles gravures. Cela donne un album imprégné de nostalgie et de clichés anciens mais étonnamment moderne. Parues au début de l'été, ces « Chambres noires » méritent de poursuivre leur vie en librairie bien au-delà de la rentrée de septembre.

« Chambres noires » (tome 1), Vents d'Ouest, 13 € 

jeudi 2 septembre 2010

BD - Sombres sous-sols


Wazem, scénariste suisse, s'est imposé par ses histoires cauchemardesques, entre fantastique et réalité sociale. « Koma » en est le plus bel exemple (une intégrale est sortie cette année aux Humanos). Il retrouve cette veine avec Tirabosco, dessinateur expert en fusain. « Sous-sols » est un peu le roman de l'anti-matière. Dans notre réalité, depuis quelques jours, la lumière du jour a disparu. Le monde est plongé dans les ténèbres. Cette victoire de la noirceur serait due à la mise en route de l'accélérateur de particules du CERN, machine gigantesque construite à cheval entre la France et la Suisse. A la surface, une jeune fille tente de survivre tout en restant au chevet de sa sœur jumelle, plongée dans un profond sommeil depuis l'expérience. Une jumelle qui cauchemarde dans les entrailles de l'accélérateur, poursuivie par les noires créatures de son passé. Le haut et le bas, le blanc et le noir, la matière et l'anti-matière : cela semble un récit binaire, c'est beaucoup plus dense et passionnant.

« Sous-sols », Futuropolis, 20 € 

mercredi 1 septembre 2010

BD - Marshall d'élite

Olivier Berlion, dessinateur maniant à merveille la couleur directe, apporte une nouvelle pierre à l'édifice de son œuvre en signant l'adaptation du « Kid de l'Oklahoma », roman d'Elmore Leonard. Plus de 100 pages pour conter l'affrontement entre un marshall intransigeant, Carl Webster, et un fils à papa ayant viré braqueur de banques : Jack Belmont. L'action se situe dans les années 20 dans cet état du Sud, devenu riche avec la découverte de pétrole en quantité. Le père de Jack est un riche magnat de l'or noir. 

Celui de Carl, ancien paysan, est devenu millionnaire grâce aux rentes versées par une compagnie exploitant les puits découverts dans sa propriété. Carl, à l'abri du besoin, s'engage pourtant dans la police et fait une chasse impitoyable aux gangsters. C'est un tireur d'élite ne manquant jamais sa cible. Jack, prototype du mauvais garçon, multiplie les bêtises, devenant braqueur de banques juste pour le frisson. 


Entre les deux jeunes Américains la rivalité passe par les armes, mais également les femmes. Un bon polar ancré dans le réel.

« Le kid de l'Oklahoma », Casterman Rivages, 18 € 

mardi 31 août 2010

BD - Espace, si convoité


Romancer la conquête de l'espace. Le concept de cette nouvelle série écrite par Régis Hautière devrait passionner tous ceux qui ont encore la tête dans les étoiles. Le premier tome, racontant le lancement de Spoutnik par les Russes, est directement lié avec l'actualité de l'époque : la guerre froide et la lutte pour le pouvoir au sein du politburo. 

Dans le secret le plus absolu, des scientifiques sont réquisitionnés pour mettre au point un lanceur de missile pouvant « déposer » une bombe atomique à 5000 kilomètres de Baikonour. Le chef de projet, Korolev, accepte car il a la promesse, si le projet réussit, d'utiliser la fusée afin de lancer un satellite dans l'espace. Les échecs répétés font suspecter l'action de saboteurs. Un premier meurtre conduit à l'arrivée d'enquêteurs du KGB. 

Une BD solidement documentée, dessinée par Cuvillier au trait réaliste et efficace mais manquant encore un peu de personnalité. L'équilibre entre faits historiques et suspense est parfait. Distrayant tout en étant pédagogique, c'est un peu les Oncle Paul du XXIe siècle.

« La guerre secrète de l'espace » (tome 1), Delcourt, 14,95 € 

lundi 30 août 2010

Roman - Souvenirs de colonies... de vacances

Jean-Baptiste Harang se souvient de sa période « Cœurs vaillants », des scouts catholiques. Des colonies de vacances qui lui ont forgé un caractère.


L'autofiction semble être un peu passée de mode pour cette rentrée littéraire. La tendance du moment ce serait plutôt aux souvenirs-fiction. Raconter son enfance, ou du moins certaines portions de cette dernière, un bon prétexte pour faire dans la nostalgie du temps passé. Le « c'était tellement mieux avant ! », expression détestée par toute personne ayant, en principe, encore plus de temps à vivre qu'il n'en a déjà vécu. Jean-Baptiste Harang admet sa « vieillesse » et ses signes ostentatoires comme surcharge pondérale ou cheveux gris. Mais l'auteur ne fait pas dans la nostalgie, au contraire, il doit se forcer pour se souvenir, « L'oubli est un animal sauvage, furtif, incontrôlable et invisible », de ces étés passés aux Crozets, colonie de vacances située dans le Jura.

La colonie des Cœurs vaillants, patronage du quartier du jeune Jean-Baptiste. Elle était placée sous la responsabilité de l'abbé T. « Pendant les six semaines que nous passions sous son autorité dans le Jura, il régnait en despote et nous étions quelques-uns à ne pas regretter d'être ses préférés. » L'abbé T. devient la figure centrale de ce roman quand Jean-Baptiste Harang reçoit une lettre anonyme. Cela semble être un de ses camarades qui, 40 années plus tard, dénonce l'attitude de l'abbé T. suspecté de pédophilie. L'auteur s'efforce alors de se souvenir et il relate dans ces pages cette période de sa vie, intense, particulière, trouble et formatrice.

Sous la douche

Les Crozets étaient situés loin de toute civilisation. Des bâtiments sans confort, accueillant des dizaines d'enfants. Une vie martiale, au grand air, où la camaraderie remplaçait la famille. Jean-Baptiste s'y est fait des amis pour la vie. Mais il doit se forcer pour se souvenir exactement. Au fil du récit, alors que d'autres lettres anonymes viennent le relancer, des scènes font leur réapparition. Dans les douches communes par exemple, «lorsque l'abbé se baissait pour aider l'un ou l'autre dans ses ablutions, sa soutane y trempait comme une serpillière, rincée comme un œil.»

Jean-Baptiste Harang profite d'un séjour dans le Jura pour retourner aux Crozets. Il décrit les bâtiments, aujourd'hui à l'abandon. Et s'interroge sur ce besoin de souvenir, de retour sur un passé révolu. Il livre alors son sentiment, relativisant ces « révélations », décidant d'oublier définitivement l'abbé T. « Que sont nos vies si elles n'ont d'autre objet que de nous regarder vieillir puis mourir dans le linceul râpeux et humide cousu depuis cette jeunesse dérisoire que nous allons ressasser jusqu'à l'usure de l'oubli ? N'aurions-nous rien fait d'autre que nous souvenir de ce temps lointain où nous étions immortels, entiers, où nous vivions pour un avenir ouvert qui ne fera que se refermer ? » Car, au final, « qui vous impose de vous rappeler ce qui vous encombre?»

« Nos cœurs vaillants » de Jean-Baptiste Harang, Grasset, 16 € (également au Livre de Poche)

 

samedi 28 août 2010

BD - Gil Saint-André en eaux troubles


Personnage emblématique de la collection Bulles Noires de chez Glénat dans les années 90, Gil Saint-André est de retour pour de nouvelles aventures policières. Le brillant et très indépendant chef d'entreprise, à peine remis de ses précédentes déboires dans le Maghreb, est en vacances sur un catamaran voguant dans la mer Egée. Il passe nonchalamment à côté d'un immense yacht. Le temps de voir une belle naïade de plonger dans l'eau turquoise et... d'assister à l'explosion du bateau de luxe. 

Gil récupère la jeune femme qui se révèle être l'héritière d'une dynastie d'industriels français. Héritière car tout le reste de sa famille (et du conseil d'administration) était à bord du yacht. La belle Diane échappera une nouvelle fois à la mort grâce aux réflexes de Gil. Une première partie très musclée, bourrée d'action, laissant la place ensuite aux spéculations. Financières d'abord, amoureuses également, Gil serait-il le nouvel amoureux de Diane se demande la presse people. Avec en toile de fond une vaste manipulation d'un mystérieux donneur d'ordres cherchant visiblement à mettre la main sur la fortune de Diane.

Pour cette reprise, Jean-Charles Kraehn, comme pour le premier tome, assure scénario et dessin. Il semble prendre beaucoup de plaisir à animer ce héros, un peu trop honnête et Français pour être crédible. De la BD de distraction qui marche sur les traces de Largo Winch.

« Gil Saint-André » (tome 9), Glénat, 9,95 €