dimanche 23 août 2009

BD - La fille sans visage


Un nouveau Canardo c'est avant tout une ambiance. Sokal, malgré un dessin animalier en décalage complet (son héros est un canard !) parvient à planter une atmosphère de polar, noir et sans espoir. Notre détective privé, toujours fauché, légèrement alcoolisé, raccompagne ce soir-là la belle Galina. Cette prostituée slave qui n'a pas trouvé de client, tente de vendre ses charmes au rabais au héros. Mais c'est encore trop... Et au prochain croisement, c'est l'accident. La belle Cadillac Eldorado Biarritz 1956 de Canardo est percutée par une Porsche lancée à toute allure. Fin de la course dans un canal. Une jambe cassée pour Canardo, le visage en bouillie pour Galina. Le chauffard, Norbert de Cludezaque, dit Nono le pervers, est le riche héritier du grand-duché du Belgambourg. Pour étoffer le scandale, il paye la convalescence des accidentés et s'emmourache de Galina. Il lui paiera même une reconstruction complète du visage. Cette histoire permet à Sokal de brocarder, dans le désordre, les héritiers, les paparazzi et la chirurgie esthétique. L'intrigue est pleine de rebondissements et parfois, on se croirait dans un Simenon...

« Canardo » (tome 18), Casterman, 10 € 

samedi 22 août 2009

BD - Pirates et zombies à la mode Hermann


Suite et fin de cette histoire de pirates signée Hermann, père et fils. L'Iguane est toujours à la recherche du coffre au trésor de Murdoch, le cruel pirate. Il croit toucher au but mais ne trouve que des papiers sans valeur. Ses hommes l'abandonnent sur une île déserte. 

L'Iguane qui ressemble de plus ne plus à un mort-vivant. Sa peau, de plus en plus cadavérique, a le don de filer la frousse à tous ceux qui le croisent. En parallèle, les soldats anglais tentent eux aussi de mettre un terme aux exactions de Murdoch. Le final de cette seconde partie se déroule sur une île encore sauvage. D'un côté le camp de Murdoch, lourdement armé, de l'autre les Indiens Caraïbe et au centre un volcan qui fait des siennes. Hermann anime ce petit monde de mort et de souffrance avec son brio habituel. 

Toujours en couleurs directes (de l'aquarelle passée sur de simples crayonnés), le récit vous plonge au cœur de ces mers trop bleues et le vert de cette végétation luxuriante, envahissante et oppressante. Sans oublier le noir des âmes et le gris des cendres du volcan qui aura le dernier mot.

« Le diable des sept mers » (tome 2), Dupuis, 14,50 € 

vendredi 21 août 2009

BD - Dangereux orphelins


Envie d'une bonne tranche de rire ? Pas de problème, Arleston est là pour fournir jeux de mots foireux et situations cocasses. Le scénariste de Lanfeust de Troy semble prendre un plaisir immense à scénariser les aventures des personnages secondaires de sa série vedette : les Trolls. Comme le dessinateur, Mourier, se révèle d'album en album un dessinateur comique hors-pair, l'ensemble remporte logiquement un succès de plus en plus important. Et ce n'est pas ce 12e album qui devrait inverser la tendance tant les gags sont nombreux et savoureux. 

Pour une fois, ce ne sont pas Tétram et Waha qui sont en vedette mais deux enfants trolls, Tyneth et Gnondpom. En balade dans la forêt, ils sont capturés par une certaine Lady Romande. Sous des airs de bienfaitrice (elle recueille de jeunes orphelins), elle transforme les enfants en bêtes de somme qu'elle revend sans scrupule à de riches bourgeois. Mais s'il est facile de « dresser » des va-nu-pieds, il n'en va pas de même pour des trolls. 

Les deux petites créatures velues vont mettre une belle pagaille dans cet orphelinat. Une première partie hilarante. Vivement la suite...

« Trolls de Troy » (tome 12), Soleil, 12,90 € 

jeudi 20 août 2009

BD - Ça roule pour Cubitus dans ses nouvelles aventures


Il aura fallu quelques albums, mais finalement la greffe aura bien pris. Succéder à Dupa dans l'animation des aventures de Cubitus était une gageure difficile à relever.  Dans ce cinquième album du nouveau duo, Aucaigne pour les textes, Rodrigue au dessin, on retrouve quelques gags savoureux s'appuyant sur quelques bases de la série comme le chat Sénéchal, Sémaphore et son fidèle side-car.

 Des bases solides étayées par des références très actuelles, de la télé-réalité au GPS, devenant un personnage à part entière dans de nombreux gags. Le dessin de Rodrigue, tout en restant fidèle à Dupa pour les personnages principaux, s'émancipe un peu côté décors ou guest-stars. Une rafale de gags dans les trente premières pages et un récit complet pour clôturer. Une parodie des aventures d'Indiana Jones. 

Dupa s'était fait une spécialité de ces histoires courtes pleines de références et caricaturales à l'extrême. Les deux repreneurs ont, là aussi, fait de louables efforts. Sans être aussi délirantes que  les originaux de Dupa, les pérégrinations de « Cubindiana Jaune » prouvent que le genre a encore un bel avenir.

« Les nouvelles aventures de Cubitus » (tome 5), Le Lombard, 9,45 €


mercredi 19 août 2009

BD - Le Commando Colonial fait la guerre aux antipodes


La seconde guerre mondiale l'était véritablement. Rares ont été les pays épargnés par ce conflit qui à la base n'était que européen. Mais les colonies ont été obligées de suivre. C'est un volet de cette guerre aux antipodes qui est au centre de ce « Commando Colonial » signé du scénariste Appollo et du dessinateur Brüno. En juin 1942, Robillard et Rivière, un Réunionnais et un Mauricien, accompagné d'un Polonais, sont chargé de convoyer des plans d'un futur débarquement allié en Afrique du Nord. 

Leur avion tombe en panne et se pose sur un minuscule îlot, Europa, entre Afrique du Sud et Madagascar. Il sont accueilli par le seul habitant, un Portugais désirant commercialiser le coprah. La première partie est un peu surréaliste, le commando oubliant la dureté de la guerre dans ce petit paradis. Mais le conflit va vite les rattraper quand ils découvriront que Europa sert de base arrière aux sous-marins nazis. 

Originale, cette série met en lumière le combat de ces hommes et femmes qui ont choisit le camp de la liberté et de la résistance. Pas évident car souvent les fonctionnaires en place ont préféré prêter allégeance au gouvernement Pétain.

« Commando Colonial » (tome 2), Dargaud, 10,40 €

mardi 18 août 2009

BD - Sophie Michel, Emmanuel Lepage et de sacrées nanas...


Vous êtes de sexe féminin et cherchez une BD qui ne caricature pas votre genre ? Achetez sans attendre cet album, le second de la série. Vous êtes de sexe masculin et cherchez une BD qui pourrait vous donner quelques clés pour mieux comprendre les filles ? Achetez cet album de toute urgence. 

Emmanuel Lepage, dessinateur de la « Terre sans mal » a mis son trait fin et délicat au service de ce récit de Sophie Michel. La première incursion de cette jeune enseignante dans le monde de la BD est une réussite éclatante. Dans une ville moyenne comme il y en a des milliers en France, trois adolescentes deviennent amies. La seconde partie décrit leur adolescence et passage à la vie adulte. Agnès, en rébellion contre ses parents trop absents, fugue et vit de longs mois dans la rue. Mais elle ne perd pas le contact avec ses deux amies. Leïla, fille d'immigrés, accumule les bons résultats scolaires pour accéder à son rêve : faire médecine. Chloé, protégées par une mère célibataire aimante, trouve sa voie depuis qu'elle fait de la danse. 

Ces trois trajectoires, tout en étant banales, sont le résumé de milliers de vies. Des femmes qui se cherchent dans une société qui n'est pas souvent clémente pour elles.

« Oh les filles ! », Futuropolis, 15 € 

lundi 17 août 2009

BD - Sombres rêves dans "Les cauchemars de Terram"


Voyage intérieur sombre et envoûtant proposé par cette BD de Sand (scénario) et Brice Cossu (dessin). Tout commence par des images de bonheur. Un couple, la naissance d'un enfant désiré. Mais la vie est souvent faite d'épreuves. Terram, après quelques années sans heurts, tombe dans le coma. Une maladie inexpliquée qui va fragiliser le couple. Stella la première bascule presque dans la folie. Puis elle aussi tombe dans le coma. 

Comme pour aller aider son fils bloqué dans ces noirs territoires du sommeil. Marcus tente de survivre. Pas évident. D'autant que son fils, parfois, a des sursauts de lucidité et semble vouloir expliquer qu'effectivement il est en compagnie de sa mère. Une première explication viendra du père de Marcus. Une malédiction qui frappe la famille. Avec une femme démon omniprésente : Lilith. 

Réflexion sur les liens entre mère et enfant, cette histoire a été inspirée à Sand par une grossesse difficile. Comme une thérapie pour exorciser ces longs mois passés dans l'angoisse de perdre son enfant. Cossu, au dessin, a parfaitement retranscrit cette ambiance inquiétante et oppressante.

« Les cauchemars de Terram », Soleil, 12,90 € 

dimanche 16 août 2009

Polar - Tragiques impondérables

Une bonne intrigue, pour fonctionner, doit laisser le lecteur dans l'expectative mais sans le décourager dans ses tentatives de compréhension. Ce roman d'espionnage signé Yves Bonnet, ancien directeur de la DST, respecte cette règle, offrant une entame complexe et à multiples inconnues. Autant de tranches de vie totalement indépendantes les unes des autres. Mais on se doute bien qu’au final, tout s'éclaircira et deviendra lumineux. On doit cependant d’abord passer par un accident de la route mortel, un rendez-vous avec une proxénète de haute volée et l'arrestation mouvementée en Algérie d'un terroriste islamiste surpris par une hôtesse sur un vol de la Tunis Air.

Après ces préliminaires mouvementés et exaltants, on va pouvoir faire connaissance avec les véritables héros de ce roman riche en personnages. La belle Demi par exemple. Commissaire de police, charmeuse et inflexible, elle est sans nouvelles de son amie Marion : une call-girl qui fait dans le haut de gamme. Aidée de son fidèle adjoint, Barzi, vieux flic casanier secrètement amoureux de sa supérieure hiérarchique, elle va se lancer aux trousses des ravisseurs de Marion, des anciens de la Stasi est-allemande passés au service d'un mystérieux commanditaire.

Il y a également Willy Maier, le principal héros de ce roman car c'est lui qui fera le rapprochement entre toutes ces péripéties. La machination déjouée dans "Impondérables" est énorme. Tellement grosse qu’elle en paraît totalement invraisemblable. Pourtant, elle n’est pas imaginée par n’importe qui. Fiction ou réalité cachée ?

« Impondérables » d’Yves Bonnet, Editions Calmann-Lévy, 16 € 

samedi 15 août 2009

SF - L’Antéchrist de Moorcock, quand le quotidien devient un enfer…


L’avantage avec les nouvelles c’est que le lecteur, dans un même volume, peut trouver plusieurs ambiances et atmosphères. Exemple avec ce recueil de Michael Moorcock qui passe d’un monde lumineux et bienveillant personnifié par Edwin Begg, l’Antéchrist de Clapham, à l’univers sinistre et paranoïaque du “Général Opium”.

Tout débute par une rencontre avec l’Amiral hiver. Une vieille femme, retirée dans une maison de campagne, loin de la civilisation, découvre un jour un papillon dans son garde-manger. En quelques pages, Moorcock parvient à planter une ambiance qui frappe le lecteur. Un simple papillon parvient à émouvoir cette femme en bout de course.

Emouvant aussi cette fuite dans la campagne anglaise d’un ancien roadie au volant d’un campingcar. Mo n’est pas seul dans l’habitacle de sa maison ambulante. Il partage sa vie avec sa paranoïa… et le fantôme de Jimmy Hendrix. Exactement,Mo est persuadé que le plus grand guitariste de tous les temps n’est pas mort. Qu’il s’est simplement mis au vert en sa compagnie, attendant le bon moment pour faire son retour.

De la paranoïa il en est également beaucoup question dans “Le général Opium”, récit de la lâcheté d’une femme vivant avec un dealer aux neurones complètement grillés par toutes les saletés qu’il a fumées ou s’est injecté dans les veines. Elle n’ose pas fuir devant la folie de celui qu’elle aimait.

Mais les textes de Moorcock sont aussi empreints d’un optimisme dévastant tout sur leur passage. Dans un Londres que l’auteur décrit gangrené par les investisseurs immobiliers, un journaliste retrouve la trace d’Edwin Begg, homme d’église scandaleux, surnommé l’Antéchrist de Clapham dans les années 30. Ce simple pasteur a dérangé sa hiérarchie quand il s’est mis à prononcer des sermons trop révolutionnaires. Il a été défroqué mais a continué à porter la bonne parole dans les foires et marchés. D’où vient sa clairvoyance ? Il répond simplement que c’est en rencontrant une déesse, vivant dans un arbre, qu’il a tout compris. Il a aimé cette apparition, et a même eu un enfant avec elle…

"La bourse du Caire” est la nouvelle la plus marquée science-fiction. Une archéologue américaine prétend avoir été enlevée par des extraterrestres à Assouan en Egypte. Délire d’une femme surmenée selon son frère venu la rapatrier en Europe. Et pourtant ; elle affirme avoir été fécondée par un de ces explorateurs de l’espace. Quand elle a accouché, « c’était comme donner le jour au Messie ». Le bébé est mort au bout de huit jours. Elle attend toujours des nouvelles du père.

Plongez dans ces textes magiques, laissez-vous entraîner dans ces territoires imaginaires : la magie Moorcock vous ouvrira des horizons insoupçonnés.

« Déjeuners d’affaires avec l’Antéchrist » de Michael Moorcock, éditions Denoël, 19 € 

vendredi 14 août 2009

Parfois, la BD sert à dépasser tous les tabous

La bande dessinée sait sortir de son carcan pour exploiter quelques références. Que cela soit l'œuvre de Boris Vian, les romans de la Série noire ou les westerns spaghettis, ces trois albums permettront aux lecteurs d’élargir leur horizon.

L’adolescence, période difficile à vivre, devient un véritable rêve éveillé quand on trouve sa voie. "Thomas ou le retour du Tabou" d’Hervé Bourhis retrace le parcours d’un collégien au moment où il se désintéresse des dessins animés découvrant que certains livres peuvent être passionnants. Il débute avec L’écume des jours de Boris Vian puis embraye avec une biographie de cet écrivain rebelle. Thomas prend le pari de refaire vivre l’ambiance du cabaret le Tabou. Une histoire toute en finesse, abordant les problèmes de l’art, de l’amitié et de l’émancipation par rapport aux parents. Un album qui a reçu en 2002 le prix René Goscinny du scénario. (Les Humanoïdes Associés, 12,35 €)

Ambiance très littéraire également dans "Le Choucas met le feu aux poudres", cinquième titre de la série écrite et dessinée par Lax. Le héros, détective privé vénérant la collection de la Série Noire, se trouve cette fois aux prises avec une maison d’édition voulant profiter de la période électorale pour faire des bénéfices substantiels en discréditant la République. Situations épiques, personnages secondaires cocasses, analyse critique de notre société : cette série a tout pour plaire. (Dupuis, 8,99 €)

De l’hommage à la parodie il n’y a qu’un pas que Curd Ridel (scénario) et Dav (dessin) franchissent allégrement en signant "Django Renard", série de gags brocardant les westerns spaghettis. On retrouve dans cette BD animalière Django, malicieux et débrouillard et Teddy Beer, force de la nature marchant dans l’ombre de Django mais qui n’a pas inventé la poudre. (Bamboo, 8,99 €)