vendredi 24 juillet 2009

Roman - Apôtres, le grand retour

Que se passerait-il si l'un des apôtres de Jésus revenait sur Terre de nos jours ? Jean-Olivier Tedesco nous apporte la réponse.


Sa première intervention publique a bouleversé la France entière. Invité d'une célèbre émission d'actualité du dimanche, un certain Ben Youssef, travailleur immigré d'origine arabe, captive son auditoire et les millions de téléspectateurs. Son message, de paix et d'amour, dénote en cette année 2006 mais redonne espoir à tout un pan de la population. Et les spécialistes ont remarqué qu'il n'a prononcé que des phrases extraites de l'évangile selon saint Jean. De là à penser qu'il s'agit de la réincarnation de l'apôtre de Jésus Christ... Problème : après l'émission il disparaît aussi vite qu'il est apparu.

Dès le lendemain, Augustin Lévêque, le véritable héros de ce thriller politico-religieux de Jean-Olivier Tedesco, entre en scène. Augustin est au plus bas côté moral. Au chômage depuis de nombreux mois, il avait pourtant une place en or. Physionomiste à l'Elysée, il était directement affecté au Président, son regard acéré lui permettant de lire au fond des âmes des visiteurs de marque. Il avait le pouvoir à portée de main mais n'en a pas profité. Devenant trop dangereux car beaucoup trop bien informé des secrets de la République, il s'est fait licencier comme un malpropre après une cabale lancée contre lui par des envieux.

Dépressif, il était au bord du gouffre, pratiquement SDF, quand une femme s'est apitoyée sur son sort. Depuis il vivote chez cette Myriam, l'aimant sans être véritablement amoureux. Son ancien chef le recontacte : il doit retrouver ce fameux Ben Youssef. Les plus hautes autorités catholiques françaises recherchent également Ben Youssef qui semble réaliser des miracles partout où il passe.

La première partie du roman raconte cette chasse à l'homme dans Paris, Augustin lisant littéralement la bonté et la joie dans les yeux des passants ayant croisé la route de Ben Youssef.

Onze disciples

La suite du roman se passe à New York, Ben Youssef a recruté onze disciples devant porter sa bonne parole et Augustin sera le témoin de cette formidable aventure. Au cours d'une réunion préparatoire, il s'étonne et le dit à Ben Youssef : " A regarder ces onze hommes rassemblés autour de toi, qui aurait pu croire qu'ils étaient venus là pour sauver l'humanité et assurer enfin le triomphe de Dieu ? On aurait plutôt dit un gang venu préparer un mauvais coup. " On suit avec passion les découvertes d'Augustin, sur ce nouvel apôtre, mais également sur ses origines, simple mortel doté d'un don extraordinaire et qui semble promis à un destin hors du commun.

"Jean l'Imposteur", Jean-Olivier Tedesco, Albin Michel, 19,50 euros 

jeudi 23 juillet 2009

BD - Variations sur la solitude par Renaud Dillies dans "Bulles et nacelle"


Un petit souriceau dans une maison loin de la civilisation. Il s'appelle Charlie et est écrivain. Du moins c'est ce qu'il prétend, car son oeuvre, pour l'instant, se résume à une montagne de feuilles froissées. 

Charlie, dans l'introduction de ce long récit de Renaud Dillies, explique sa joie de vivre seul. Il ne dépend de personne, fait ce qui lui chante quand il veut. Reste que parfois, il se sent un peu seul. Une solitude de plus en plus pesante qui va prendre la forme d'un oiseau bleu qui intervient directement dans le récit. Charlie va tenter de s'en faire un ami, mais le volatile est difficile à apprivoiser et n'en fait qu'à sa tête. Cette histoire, aux faux airs de BD animalière, hésite entre philosophie et poésie. 

Les plus belles pages sont celles où l'auteur réinvente un monde enfantin de manèges et de personnages masqués. Savourez les pages du carnaval dans lesquelles ont retrouve toutes les origines nordistes de ce jeune auteur s'étant fait remarqué par l'album « Betty Blues » publié chez Paquet. La musique y avait une grande importance, comme dans la vie de Charlie, souris, écrivain et guitariste.

« Bulles et nacelle », Dargaud, 15,50 € 

mercredi 22 juillet 2009

BD - "Lilly et le Lord", dernier épisode de la saga des Rochester


Clap de fin sur la série des Rochester. Atypique, elle n'a pas su séduire un nombre suffisant de lecteurs. Dommage, sans être transcendante, elle permettait au lecteur de passer un agréable moment, dans une ambiance « so british », avec l'humour qui va avec. Dessinée par Philippe Wurm, elle était une des nombreuses créations de Jean Dufaux. Il était persuadé qu'elle passionnerait le grand public, dans une postface il fait un constat d'échec, clame sa colère, s'en prend essentiellement à lui, tout en regrettant que les « albums se soient noyés dans la masse ». Cette dernière histoire a le mérite de boucler la boucle. 

Les deux héros, Lady Elza Rochester et Jack Lord, mariès puis divorcés avec pertes et fracas, vont finalement se retrouver après ces errances mouvementées. De même, le destin de Feet, clochard et indic, va basculer car il pourra enfin se réconcilier avec sa mère, et retrouver son titre : lord Feetburry-Hampton. 

Quant au personnage principal de l'histoire, Lilly Hot Legs, artiste de cabaret, elle fera chavirer bien des coeurs en interprétant son rôle de sauvageonne vivant nue en Afrique.

« Les Rochester » (tome 6), Dupuis, 13,50 €  

mardi 21 juillet 2009

BD - La vengeance du corsaire


Jean-Yves Delitte a le titre très convoité de peintre officiel de la Marine. Ce dessinateur de BD, passionné de vieux gréements, embarque une nouvelle fois ses lecteurs dans un récit de pirates se déroulant en pleine guerre d'indépendance américaine, entre côte atlantique et mer des Caraïbes. 

Black Crow, corsaire du roi d'Angleterre, a pour mission de couler un navire néerlandais, affrété par les Français pour acheminer des armes aux colons insurgés. Pour attaquer ce bâtiment, Black Crow volera un galion français encore plus armé. Ce personnage, Américain toujours fidèle au roi, ayant du sang indien, n'est pas un exemple. Son moteur c'est la vengeance. Il se met au service des Anglais pour se venger des Français qui ont massacré sa famille et sa tribu. 

Mais dans cette guerre, essentiellement économique, les coups bas sont légion et Black Crow constatera amèrement que la parole donnée par un gradé, quel que soit son camp, est rarement tenue. Un récit assez noir et pessimiste, mais qui, au final, est très proche de la réalité de l'époque.

« Black Crow » (tome 1), Glénat, 13 € 

lundi 20 juillet 2009

Polar - Istambul tremble

Le 17 août 1999, un tremblement de terre frappe la Turquie. Dans les décombres, le commissaire Orkan découvre le cadavre d'un homme égorgé.


La ville d'Istambul est au centre de ce roman policier qui a pour premier mérite de mieux nous faire connaître la Turquie. Larif Marsik, l'auteur, décrit un pays encore à la croisée de son destin. Entre la tentation islamiste, la rigueur des militaires contrôlant toujours le pouvoir et l'envie d'émancipation d'une partie de la population, les choix sont cruciaux et périlleux. Et pour s'immerger dans cette réalité turque rien de tel que ce polar qui se déroule au lendemain du terrible tremblement de terre du 17 août 1999. Des milliers de victimes, des villes entièrement détruites, l'incapacité du pouvoir à prévoir puis à réagir.

Dans la nuit du 17 août, la terre tremble. Un seul des trois personnages principaux est sur place au moment de la secousse. Le commissaire Orkan, est surpris en plein sommeil. Son immeuble résiste, il descend dans la rue et découvre l'étendue des dégâts : « Jamais silence aussi bruyant. Istambul, grouillante, populeuse, frénétique, devenue presque figée de stupeur. Orkan marchait, tanguait plutôt, au milieu d'une tempête urbaine où des murs incertains formaient des vagues monstrueuse, prêtes à vous engloutir. Partout les mêmes scènes de ces habitants précipités hors de chez eux aux premières secousses, aux premiers signes du chaos, qui attendaient, implorant l'aide d'Allah, de la police, de l'armée. » Orkan va participer aux premiers secours. C'est dans ce cadre qu'il découvre sous des gravats le corps d'un jeune homme. Mais il n'est pas mort écrasé : il a la gorge tranchée. Malgré l'état d'urgence, Orkan va décider d'enquêter, de retrouver l'identité du mort et démasquer son assassin.

Sibel l'infirmière

A côté du récit policier classique, Larif Marsik va décrire la vie à Istambul à travers les sensations de deux autres personnages. Sibel, d'origine turque, est infirmière en France. Elle arrive le lendemain du tremblement de terre, membre d'une délégation de la Croix rouge devant estimer l'ampleur des secours à mobiliser. Rapidement elle est dépassée par l'horreur de la situation. Ainsi, un soir, en rentrant, « elle s'allongea sur le lit. Elle ferma les yeux. Des ombres apparurent. Celles de ces gens qui criaient, qui pleuraient. Elle frémit en constatant qu'elle ne pouvait rien pour eux. »

Mehmet le dealer

Mehmet lui n'a pas choisi de venir à Istambul. Fils d'émigré turc venu fournir une main d'oeuvre bon marché à l'Allemagne, il ne connaît pas le pays. Dealer pour une petite bande, il doit fuir Berlin après une transaction avortée avec des Polonais ayant décidé de se venger. Il débarque lui aussi le lendemain de la secousse, après des heures de trajet en bus. Un cousin d'un ami lui a trouvé une chambre. Le soir, seul, il prend conscience de sa situation. « Quelque chose d'indéfinissable s'empara alors de lui. Un mélange de fatigue, de désespoir. Il se mit à frissonner. Sa vie basculait. Il n'y pouvait rien. Il prit peur. »

Ces trois vont rapidement se croiser. Sibel est la cousine d'Orkan. Un soir, ils dîneront au restaurant et iront boire un verre dans un club où Mehmet a trouvé un travail de vigile. Ce chassé-croisé va se poursuivre au gré de l'enquête du flic, des doutes de l'infirmière ayant décidé de rester à Istambul, abandonnant travail et mari français, et de la descente aux enfers du dealer tombé sous la coupe de la mafia locale. Avec en toile de fond ce pays gangrené par la corruption, les lourdeurs de la religion et la mainmise de la mafia sur une bonne partie de l'économie. C'était la Turquie d'il y a dix ans. Il y a de fortes chances pour que tout y soit encore rigoureusement d'actualité.

« Tremblement de terre », Larif Marsik, Éditions du Masque, 6,50 € (Ce livre a obtenu le Prix du roman d'aventures 2009) 

dimanche 19 juillet 2009

BD - « Vous êtes ouverte ? »


Entrez sans crainte dans le monde de la grande distribution. Tant que vous êtes le client, vous ne risquez rien. Par contre, si vous passez de l'autre côté de la barrière, prenez garde. Cette aventure est arrivée à Anna Sam. Etudiante en littérature, elle a accepté un boulot d'hôtesse de caisse pour financer ses études. Un petit boulot devenu un travail à plein temps. Et pour enjoliver ce quotidien, elle a entrepris de raconter les nombreuses anecdotes de ses journées dans un blog. 

Un million de visiteurs plus tard, Anna Sam a décliné le blog en roman, chez Stock, et maintenant en bande dessinée. C'est Wol qui s'est chargé de l'adaptation alors que l'exécution graphique de la série était confiée à Julien et Mathieu Akita, deux frères franco-japonais. Cela donne un recueil de gags d'une demi-page, souvent irrésistibles. L'héroïne est confrontée à différents clients problématiques. Cela va du sans gêne qui passe devant les autres au voleur sans oublier le mangeur, refusant de payer les sachets de victuailles qu'il vient d'engloutir en faisant la queue à la caisse. 

Il y a également les acheteurs honteux, souvent de préservatifs ou de DVD de charmes. Toute une galerie (une caissière accueille, en moyenne, 250 clients par jour) de malotrus qui rendent ce métier, déjà ingrat à la base, encore plus éprouvant. Alors la prochaine fois que vous irez dans une grande surface, n'oubliez pas de sourire à la caissière. C'est un être humain comme les autres, pas un robot en encore moins la femme invisible...

« Les tribulations d'une caissière », Soleil Nomad, 9,95 €






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vendredi 17 juillet 2009

BD - Beaucoup de CDM, un peu de Janssens

Dans la famille CDM, Julien et Mo signent le sixième tome des aventures intersidérales de Cosmik Roger. Julien qui fait une infidélité à son collègue pour s'acoquiner avec Janssens, le scénariste des aventures de Planet Ranger, « l'écolo le plus con de la planète ». Ces deux albums ont pour point commun de proposer un humour efficace et sans barrières.


Planet Ranger est un nouveau venu. Il est chargé de démasquer les pollueurs et autres massacreurs de la planète. Pour lui, trier ses poubelles est essentiel. De même, il ne faut plus utiliser d'énergie fossile. Personnellement, il fait fonctionner le moteur de sa fusée portable à la vieille huile de friture. Efficace pour celui qui a le nez bouché... Les auteurs se moquent ouvertement de cette pensée verte dominante, parfois totalitaire, souvent provoquant plus de dégâts que les solutions existantes. De l'humour caustique qui devrait faire grincer les dents de bien de bobos se prenant un peu trop au sérieux...


Plus délirantes encore les aventures de Cosmik Roger. Ce héros commence à être bien connu des lecteurs de Fluide Glacial. Ce « Tragical Cosmik Tour » est le 6e recueil de ses histoires courtes. Dans la première, Notre héros (explorateur sidéral poissard à la recherche d'une planète habitable par l'homme), découvre qu'il est le dernier descendant d'Elvis Presley. Flanqué d'un manager peu scrupuleux, il va décider de monter sur scène interpréter les standards de son ancêtre. Cosmik Roger y croit dur comme fer, rêvant déjà aux groupies qu'il pourra entraîner dans son lit après les concerts. Le problème, c'est qu'en étant totalement dénué de talent, il n'est pas évident de percer dans le créneau assez encombre de rock star. Le personnage principal, looser libidineux imbu de sa personne, fait déjà partie du Panthéon des héros idiots mais désopilants.

« Planet Ranger » (tome 1), Le Lombard, 10,40 €

« Cosmik Roger » (tome 6), Fluide Glacial, 9,95 € 

BD - Une tueuse en herbe dans l'univers d'IRS


Quand une série rencontre le succès, la tentation de la démultiplier est souvent forte. Reste à trouver l'équilibre entre réelle création et simple recette commerciale. Dans le cas de IRS, il n'a sans doute pas fallu beaucoup insister pour que Desberg, le scénariste, développe « All Watcher ». Le créateur de Larry B. Max aime croiser ses intrigues, y rajouter des ramifications annexes. Dans ce premier titre, on suit les débuts professionnels de la belle Antonia, Italienne un peu volage. Après une nouvelle déception sentimentale, le jour de ses 23 ans, elle est invitée au restaurant par son père. Elle ne l'aime guère. 

Cet austère employé dans un service contentieux cache pourtant bien son jeu. Il lui révèle son véritable métier : tueur à gages. Et lui explique dans la foulée qu'il est temps pour elle de prendre la suite. Antonia a-t-elle véritablement le meurtre dans le sang ? Elle va avoir un embryon de réponse avec son premier contrat. Il s'agit d'éliminer un fonctionnaire américain un peu trop curieux : Larry B. Max. 

Dessiné par Queireix, ce premier tome est dans l'esprit de la série d'origine. Avec cependant un peu plus d'humanité, le personnage principal d'Antonia se révélant au final assez attachant.

« IRS All Watcher » (tome 1), Le Lombard, 6,95 € jusqu'à la fin de l'année puis 10,40 € 

jeudi 16 juillet 2009

BD - Joe a la trouille


Difficile d'adapter un roman de Marc Behm. C'est pourtant le pari relevé par Joe G. Pinelli aidé de Jean-Hugues Oppel au scénario. « Trouille », paru chez Rivages Noir, fait partie de ces polars où la noirceur est absolue. 

La cavale du héros est sans espoir. On le suit pourtant avec passion, malgré la fin inéluctable. Joe Egan a peur d'une femme, blonde vêtue d'un ciré. Quand il la voit, il sait que quelqu'un dans son entourage va mourir. Et une fois adulte, il se doute qu'un jour ce sera son tour. Il décide alors de fuir, le plus loin et le plus vite possible. Il abandonne sa petite vie tranquille de fonctionnaire pour aller de partie de poker en partie de poker. Il a des hauts. Des bas aussi. 

A la rue, abandonné de tous, il trouvera pourtant toujours la force de se remettre en selle. Parfois il se posera quelques temps. Avec une femme passionnée par le jeu, seul dans une cabane au fond des bois ou avec une sorcière noire, adepte du vaudou, maîtresse volcanique. 

Joe Pinelli abandonne l'autobiographie pour des pages très sombres malgré des couleurs directes parfaitement maîtrisées.

« Trouille », Casterman & Rivages Noir, 17 € 

mardi 14 juillet 2009

BD - Pluie d'acier futuriste


Ambitieuse série de science-fiction, « Echo » de Terry Moore interpelle d'abord par la qualité de son dessin. Un réalisme léché et précis, d'autant plus mis en valeur que les 130 pages du tome 1 sont en noir et blanc. L'action débute dans le désert californien. Au-dessus exactement. Une femme teste une nouvelle combinaison de vol en métal liquide. 

Un essai extrême, l'armée n'hésitant pas à tirer des missiles sur le prototype. La pilote n'en réchappe pas, la combinaison se transforme en une multitude de gouttes qui retombent à terre. Notamment sur Julie Martin, jeune femme faisant des photographies du désert. Julie qui va voir sa vie basculer, les gouttes se rassemblant sur son corps pour en recouvrir tout le buste. Elle va devoir apprendre à vivre avec cette seconde peau quasi indestructible. Et très recherchée, les militaires américains voulant récupérer ce qui leur appartient. 

Une héroïne en fuite, des officines secrètes, une tueuse implacable, un secret d'Etat : tout est en place pour une histoire passionnante prévue en 5 tomes, le second opus étant annoncé pour début 2010.

« Echo » (tome 1), Delcourt, 12,90 €