vendredi 7 novembre 2008

BD - Planète inconnue

Cet album de BD propose une histoire de science-fiction bien basique, qui ne révolutionne pas le genre mais qui, malgré tout, a le charme des conquêtes de l'inconnu. Les ingrédients concoctés par Herrero, le scénariste (également coloriste) et Arnaiz, le dessinateur, donnent un récit énigmatique et captivant. Il y a le héros, tourmenté. Homme d'action, il a du choisir entre son travail et la femme qui l'aimait. Ne pouvant abandonner des milliers de personnes en danger de mort, il a perdu sa dulcinée. 

Quatre années plus tard, il est naufragé sur une planète inconnue. Une opération de sauvetage qui vire au cauchemar. Végétation luxuriante, communications coupées avec la terre et surtout ces créatures, entre le poulpe et l'araignée, qui fondent sur les humains les transformant en charpie en quelques secondes. 

Sans compter avec les traîtres infiltrés dans la mission, bien décidés à détruire cette planète se révélant un peu trop dangereuse.

« Home », Soleil, 12,90 € 

jeudi 6 novembre 2008

BD - Garance, aimée par tous mais si seule

Ils sont trois. Ils sont jeunes, ont des pouvoirs paranormaux et travaillent pour un ange. Dominique, schizophrène dont l'esprit se partage entre deux corps, un garçon athlétique ou une grande fille maladroite. Hugo, grand séducteur, capable de lire les pensées des personnes avec qui il fait l'amour. Garance, au visage doux que tout le monde est persuadé d'avoir déjà rencontré, de connaître. 

Dans le troisième tome de cette série fantastique dessinée par Colombo, le scénariste, Jean-David Morvan, se penche plus spécialement sur le cas de Garance. A sa naissance, sa mère a refusé de la prendre dans ses bras. Prise d'une peur panique en voyant son bébé, elle s'est jetée par la fenêtre. Garance est allée de foyers en familles d'accueil, s'intégrant mal malgré son don qui la rend sympathique à tout le monde. Une jeune femme déchirée, tourmentée, en mal d'oreille attentive et de vie normale.

« Trois... et l'ange », Dargaud, 10,40 € 

mercredi 5 novembre 2008

BD - Jean-Claude Denis propose des histoires odorantes


Jean-Claude Denis se lance dans l'autofiction. Le créateur de Luc Leroi, conteur hors-pair de la vie moderne de ces deux dernières décennies, ne se regarde pas le nombril, mais le nez. Il explique, en préambule, qu'il a longtemps cru avoir un « nez », c'est-à-dire un odorat très développé. 

Il raconte donc ces sensations olfactives qui l'ont longtemps intrigué. Dans un format plus petit, proche des comics, en bichromie, il développe des histoires courtes débutant toujours par une image pleine page. Il y est souvent question de l'air pollué de Paris. Une ville que Jean-Claude Denis adore mais qui sent mauvais. Odeur de diesel, de métro, de pourriture. 

A l'opposé, il retrouve avec plaisir les bonnes senteurs de la campagne, si fortes, comme le foin coupé ou le colza en fleur. La mer aussi apporte son lot de bonnes odeurs. Un album simple, touchant et nostalgique. Une véritable leçon de vie.

« Nouvelles du monde invisible », Futuropolis, 19 € 

mardi 4 novembre 2008

Roman - Amant encombrant

Matthew, marié avec Sophie, est l'amant d'Helen. Cette dernière voudrait ne l'avoir que pour elle. Quand cela arrive, elle déchante...


Enlevé, tonique, rocambolesque et jouissif, ce premier roman de Jane Fallon se dévore tant ses trois principaux personnages semblent réels et leurs aventures sentimentales plausibles. Cela commence par la crise de la quarantaine pour Helen. Cette Anglaise, piquante et espiègle, âgée de 39 ans, est persuadée de vivre le grand amour avec Matthew, de 15 ans son aîné. Depuis quatre années, ils s'aiment trois fois par semaine. En cachette. Matthew est marié à Sophie. Ils ont deux adorables petites filles. Helen ne cesse de demander à son amant de quitter sa femme pour refaire sa vie avec elle. Mais sans succès.

L'autre visage de Matthew

De plus Matthew est le patron d'Helen. Son assistante, en langage politiquement correct. Sa simple secrétaire dans les faits. Cela aussi pèse sur le moral d'Helen. Sa carrière professionnelle stagne alors qu'il y a peu elle était ambitieuse. C'était avant de tomber dans les bras de Matthew. Travaillant dans une agence de relations publiques, son job consiste à imaginer une fausse actualité à des pseudo stars qui sont obligées chaque semaine de faire la « une » des tabloïds anglais. 

Cette partie du roman de Jane Fallon est particulièrement hilarante, notamment quand une starlette sur le déclin, tente d'améliorer son image en posant pour le magazine Vogue. Problème, le lendemain, elle se saoule à l'inauguration d'un restaurant et montre à tous les paparazzis présents que même en mini jupe, la culotte est facultative...

Helen approche donc de la quarantaine et met encore plus la pression sur Matthew. Au cours des fêtes de fin d'année, ce dernier, fatigué d'une vie de famille lassante, décide, sur un coup de tête, de tout avouer à sa femme, prend deux valises et se rend dans le petit appartement d'Helen. Cette dernière, dans un premier temps est surprise et joyeuse. Mais rapidement elle va constater que le Matthew 24 heures sur 24 est assez différent de l'amant pressé qui ne restait jamais longtemps.

Et Helen, qui semblait vivre son célibat avec difficulté, s'aperçoit assez rapidement que finalement, la solitude ça a souvent du bon. Elle pouvait traîner au lit, passer ses journées de repos à regarder la télé en grignotant des pizzas sur le canapé ou papoter des heures au téléphone avec sa meilleure amie, Rachel. En réalité, Matthew est très casanier, voire pantouflard. Vieux, pour résumer.

La jeunesse régénératrice

Au bout de quelques jours, Helen analyse la décision de son amant : « Face à la perspective de vieillir avec sa femme pendant les quarante années à venir, il avait paniqué. En regardant celle avec qui il était marié depuis vingt-quatre ans, il avait vu une femme ridée aux cheveux gris dont le corps s'était métamorphosé. L'image de sa propre vieillesse. Il est plus agréable de se réveiller face à un visage jeune plutôt que devant quelqu'un qui vous rappelle chaque jour votre statut de mortel. » Résultat, Helen va prendre la décision de larguer Matthew. Et comme elle culpabilise auprès de Sophie, elle va tenter de les rabibocher. Sous une fausse identité, elle deviendra la meilleure amie de la femme de son amant.

On se doute que Jane Fallon a profité de cette embrouille à trois pour multiplier les scènes explosives et les quiproquos. Un roman écrit par une Anglaise, ce qui explique peut-être le tableau peu flatteur de la gent masculine. Les femmes vont adorer !

« Comment larguer Matthew », Jane Fallon (traduction d'Emilie Passerieux), Lattès, 20 €

lundi 3 novembre 2008

BD - Trois copines, l'amour, la mort


Anne va se marier. Elle a imprimé les faire-part. Elle a déjà un petit garçon avec son compagnon. Un mariage bien dans le temps. Mais cela n'empêche pas Quitterie et Auréole, ses deux meilleures amies, de vouloir offrir à Anne un enterrement de vie de jeune fille mémorable. 

Cela commence par un enlèvement en bonne et due forme. Passé cette première frayeur, les trois copines vont dans une ferme, celle du grand-père d'Auréole, aujourd'hui décédé. Une grande maison pour trois femmes plus torturées qu'il n'y paraît. Car rapidement le vernis craque. Anne n'a finalement pas envoyé les faire-part et a rencontré un autre homme. 

Auréole, toujours seule, revoit nombre de ses anciens soupirants avec une certaine nostalgie. Et puis il y a Quitterie. Elle déprime. C'est tout récent. Une a fait bêtise, une énorme bêtise qui pèse sur sa conscience. Hervé Bourhis, en solo, signe un album brillant, entre rire et pleurs.

« Un enterrement de vie de jeune fille », Dupuis, 11,50 € 

dimanche 2 novembre 2008

BD - Inquisition à Sion

Série mise en sommeil depuis de nombreuses années (deux titres seulement en plus de dix ans, Jhen est de retour avec un nouveau dessinateur, Thierry Cayman, et un scénariste de plus, Hugues Payen développant une histoire imaginée à la base par Jacques Martin, créateur de ce héros, compagnon de Jeanne d'Arc et du sulfureux Gilles de Rais. Le dixième tome de la série, intitulé « Les sorcières », conduit notre héros en Suisse, à Sion exactement. Son maître, Gilles de Rais, désire rencontrer une de ces femmes accusées de sorcellerie. 

Le blond et intrépide architecte va retrouver Anthonia, fille d'un condamné, brûlé sur le bûcher en place publique. Mais il devra l'arracher des griffes d'Ulric de Torrenté, inquisiteur prêt à tout pour faire avouer toute personne dénoncée par ses voisins. L'album dénonce l'aveuglement des religieux de l'époque et surtout les arrière-pensées de certains délateurs, récupérant au passage les biens des suppliciés.

« Jhen » (tome 10), Casterman, 10 € 

samedi 1 novembre 2008

BD - Un guerrier impitoyable


Alexandro Jodorowsky n'a pas son pareil pour recycler ses personnages secondaires. Le Méta-Baron en est l'exemple parfait. Et dans une même série, il parvient à créer des suites, préquels ou autres variations sur un thème unique et rabattu. La caste des Méta-Barons, superbe série illustrée par Jimenez, se suffit largement. Mais le scénariste prolixe a voulu offrir ses personnages à d'autres dessinateurs. 

Et en priorité à Travis Charest, surdoué canadien formé par Jim Lee. Problème, le pointilleux et exigeant Charest est lent, très lent. Plusieurs années après le lancement de ces Armes du Méta-Baron, force était de constater que le projet était enlisé. Janjetov est donc appelé en renfort. 

Le dessinateur de « Après l'Incal » signe l'introduction et la fin de cet album de 60 pages, dont une petite moitié de Charest. Une séquence pleine de monstres, de combats, en couleurs directes. On en prend plein les yeux !

« Les armes du Méta-Baron », Les Humanoïdes Associés, 12,90 € 

vendredi 31 octobre 2008

Roman jeunesse - Quand vous lirez ce livre...

Ce premier roman de Sally Nicholls ne laissera aucun de ses lecteurs indifférents. Jeune Anglaise de 23 ans, elle a imaginé le journal de Sam, un petit garçon de 11 ans. Il débute le 7 janvier et s'achève le 12 avril. Sam souffre d'une leucémie. La phrase entière qui a donné son titre au livre est « Quand vous lirez ce livre, je serai sans doute mort ». C'est l'institutrice de Sam qui le pousse à mettre par écrit son quotidien. Mais Sam ne se contente pas de raconter les cours, les soins ou les jeux qu'il partage avec Félix, un autre enfant malade. Il fait également des listes et raconte des histoires qu'il considère comme importantes ou des faits réels et vérifiés. 

Des listes de ce qu'il voudrait faire comme « battre un record du monde. Pas un record sportif, bien sûr, un record inutile et un peu idiot. Monter et descendre les escalators à l'envers. Voir un fantôme. Conduire un dirigeable. » Des idées farfelues, assez iconoclastes, mais Sam va se persuader que tout souhait peut être réalisable si on le désire très fort.

Mais parfois la réalité est méchante. Au milieu du livre, Félix meurt. C'était prévu. Mais on a toujours un espoir que les médecins se trompent. Et quand Sam va le voir sur son lit de mort, il ne peut s'empêcher de lui toucher la joue. Elle est bien froide. Finalement, les docteurs ne se sont pas trompés... Sam, de plus en plus faible, fait la navette entre l'hôpital et sa maison où sa famille tente de faire bonne figure. La force de ce roman est de décrire une agonie (il n'y a pas d'autre mot, malheureusement), tout en montrant un gamin donnant une formidable leçon de vie. Sam, grâce à Sally Nicholls, personne ne t'oubliera.

« Quand vous lirez ce livre... » de Sally Nicholls, Pocket Jeunesse et Fleuve Noir, 15 € 

jeudi 30 octobre 2008

BD - Secrets de famille

Fredman n'est pas un inconnu dans le monde de la bande dessinée. Associé à Jim il a signé quantité de titres humoristiques modernes comme « Tous les défauts des mecs » ou « Rester jeune à tout prix ». Des albums très commerciaux qui n'empêchent pas ce dessinateur doué de tenter autre chose. Il a fait une première étape dans la BD sérieuse (intellectuelle pourrait-on dire si on ne craignait que cela ne soit jugé comme trop péjoratif par une majorité de lecteurs...) avec « Petites éclipses » toujours ne compagnie de Jim. 

Cette fois il se lance seul dans un récit en deux parties traitant de la mémoire et de la filiation. Armand, vieil homme usé, est dans le coma dans un lit d'hôpital, à l'agonie. Son fils, Grégoire, qui a coupé les ponts depuis 24 ans, n'ose pas entrer dans cette chambre sentant la mort. Simon, le petit-fils, va regretter son papi. Un grand-père gâteau, comme pour se faire pardonner ce qu'il a fait subir à son fils. Mais la vérité est encore plus redoutable. Armand faisait partie de ces Français engagés dans les Waffen SS durant la seconde guerre mondiale. Il a participé à quantité d'opération d'extermination dans des villages ukrainiens et russes. C'est ce passé qui va venir s'interposer entre le père et son fils. 

Ce long récit en noir et blanc alterne longues scènes de dialogues et séquences, magnifiques, muettes, entre souvenirs et allégorie. Toute la vivacité du trait de Fredman explose dans ces passages, souvent ponctués par un dessin pleine page. Une première partie très chargée émotionnellement annonçant une seconde encore plus déchirante.

« La vie secrète », Fredman, Casterman (collection Écritures), 13,50 € 

mercredi 29 octobre 2008

BD - Monstres à gogo dans "Croisière cosmos"

Si vous aimez les bestioles biscornues à trois yeux, quatre jambes et six doigts, cette « Croisière cosmos » d'Olivier Texier est pour vous. Dans un immense vaisseau spatial dérivant dans l'espace infini (le début oscille entre Alien et Objectif Nul), un robot ménager se dépêche de nettoyer toutes les coursives avant le retour des humains. L'équipage est introuvable, disparu. Il cherche en vain et ne tombe que sur un petit extraterrestre qui tente de prendre la fuite. Le robot le capture et décide de le ramener dans les cages. Car ce vaisseau spatial terrien est un immense zoo. 

Les hommes, allant de planète en planète, y prélèvent des échantillons d'espèces. Le robot, en voulant remettre le petit être en prison, ouvre les portes et des centaines de bestioles s'échappent. Elles colonisent le vaisseau et tentent d'en prendre les commandes pour retourner chez elles. Découpé en une trentaine de chapitres, sur un total de 160 pages, cette étonnante histoire de science fiction n'a rien à voir avec des dessins de Druillet. Au contraire, Olivier Texier est un expert des corps ronds, rebondis à l'aspect doux et spongieux. 

Mais attention, parfois ils ont l'air mignons mais cachent derrière ce gentil sourire une méchanceté à toute épreuve. Un OVNI (logique vu le thème) publié dans la collection Shampoing de plus en plus éclectique.

« Croisière cosmos », Olivier Texier, Delcourt, 12,90 €