dimanche 25 novembre 2007

BD - Pirates amateurs et Frêres de la Côte


Etienne Simon, alias Yuio, est un coloriste hors pair. Mais il dessine également et depuis quelques années tente de se faire une petite place sur le marché belge un peu encombré des jeunes et brillants graphistes. Après des animations dans Spirou et la création d'un héros sans avenir (malheureusement), Trikäär, il a enfin décroché un contrat avec la branche belge des éditions Glénat, Caravelle. 

« Frères de la Côte » est le prototype de l'histoire de pirate ne se prenant pas au sérieux. Mais on est très loin du Vieux Nick de Marcel Remacle. Isham et Abel, jeunes, ambitieux, naïfs et assez bras cassés, sont persuadés qu'ils sont de redoutables pirates. En fait, ce sont deux paumés, idéalistes et gaffeurs, qui vont de retrouver mêlés, malgré eux, à une prise d'otage très arrangée. 

Le scénario de Sylvain Ricard et CV7 regorge de clins d’œils et de coups de théâtre. Nos deux héros sont ballottés entre un gouverneur machiavélique, un pirate sanguinaire, une servante conspiratrice et une jeune fille prête à tout pour faire échouer son mariage arrangé. Un premier album parfaitement maîtrisé, distrayant et original. Le trait stylisé et anguleux de Yuio met en valeur ces aventures maritimes rocambolesques.

"Frères de la Côte", Glénat Caravelle, 12,50 € 

samedi 24 novembre 2007

Chronique - Jean-Louis Fournier parvient à nous faire rire avec sa psy

Une psychanalyse pour rire. C'est un peu ce qu'essaye de proposer Jean-Louis Fournier dans ce recueil d'histoires courtes.

Halte à la sinistrose de la vie quotidienne des psychanalystes. Malades, cessez de raconter vos malheurs, de vous plaindre. Tentez de la distraire et pourquoi pas de la faire sourire. Durant une année, Jean-Louis Fournier a consulté chaque lundi matin une psy qui lui semblait parfois bien triste. Plutôt que de revenir sur tous les événements sinistres qui forcément bâtissent une vie, il a pris le pari de la distraire. A chaque séance, il entreprend de lui raconter une histoire de sa veine. Avec beaucoup d'humour, mais très noir, dépression oblige. Car Jean-Louis Fournier ne va pas bien. Il le reconnaît, tente de se soigner, mais a peur d'entraîner dans sa noirceur envahissante cette charmante jeune femme dont il essaie lui aussi de cerner l'humeur.

Mystérieux silence

Chaque petite histoire est précédée de petites annotations sur l'état d'esprit de la seule personne qui aurait du profiter de ces nouvelles flash. Ainsi, le 15 mars, « ma psy a fermé les yeux pour m'écouter », le 19 avril, elle a « mis un tee-shirt rose et un jean ». Il se pose également beaucoup de questions sur cet être humain qui absorbe ses petits délires. Mais il n'aura jamais la réponse. Le 12 juillet, peu avant la séance, il se demande « Est-ce que ma psy sait faire la cuisine ? », à la fin de la séance du 20 septembre, il constate : « Elle est ailleurs... A quoi pense-t-elle ? A moi, j'espère. Ce serait la moindre des choses. »

Au fil des séances et de ces petites appréciations, on comprend que l'auteur ne peut s'empêcher de fantasmer un peu sur la statue qui l'écoute, pourtant faite de chair et de sentiments. Mais ce sera toujours peine perdue.

Alors il reste les histoires. Distrayantes certes mais aussi émouvantes. Comme l'histoire de cet homme si pressé de découvrir Paris du haut de la tour Eiffel. A force de gentillesse il parvient à dépasser énormément de personnes dans la longue file d'attente. Tous ceux qui l'ont laissé passé le croiseront un peu plus tard dans l'autre sens. Mais pour rejoindre la terre ferme il a délaissé les escaliers et ascenseurs pour emprunter la voie plus rapide et radicale des airs. L'histoire se termine par cette phrase : « Il était arrivé, le jeune homme pressé ». Et dans la foulée le patient constate « J'ai l'impression que ma psy a les yeux humides, mais il fait tellement sombre... »

Elle a peur de déranger

Il est beaucoup question de mort et d'abandon dans ces histoires. Jean-Louis Fournier fait rarement dans la gaudriole ou l'humour gaulois. Mais heureusement, il a disséminé dans cette année de consultations quelques petites perles qui elles prêtent réellement au sourire, voire au rire à gorge déployée comme la mésaventure arrivée à Hélène, venue passer quelques jours en hiver chez des amis habitant dans un chalet isolé, un véritable nid d'aigle. « Hélène a toujours peur de déranger » explique en préambule le narrateur. Hélène est discrète et veut tout le temps se faire oublier. Une montagne de modestie et de discrétion qui va pourtant se transformer en véritable catastrophe ambulante en quelques secondes. Cette nuit-là, Hélène n'a pas voulu allumer la lumière pour aller à la salle d'eau. Elle ne voulait pas déranger. Au regard des conséquences, ce fut une regrettable erreur.

On se régale de ces contes imaginés par Jean-Louis Fournier pour distraire sa psychanalyste, « froide comme la mer du Nord ». Elle ne semble pas beaucoup en profiter. Le lecteur, lui, appréciera et se dit que, finalement, si l'auteur rechute, ce ne sera pas perdu pour tout le monde.

« Histoires pour distraire ma psy », Jean-Louis Fournier, Anne Carrière, 17,50 € 

vendredi 23 novembre 2007

BD - La confirmation de "L'envolée sauvage"

Le premier tome de ce récit avait frappé les esprits. Et remporté de nombreux prix. Voici le second tome mettant en scène le jeune Simon. Il a le malheur d'être Juif au mauvais moment. Dans cette France occupée par l'armée allemande, alors que les rafles se multiplient, il est sauvé par un curé puis placé dans un pensionnat. Mais il doit prendre la fuite et trouve refuge dans une ferme de province. 

C'est là que le lecteur le retrouve. Il est en compagnie de son pigeon Gédéon. Car Simon a de plus le pouvoir de pouvoir parler aux oiseaux. Dans cette ferme, il est tranquille jusqu'à l'arrivée de la milice venue pour le capturer. Il est sauvé in extremis par un faux infirme qui la nuit se bat avec la Résistance. Simon veut aussi se rendre utile, mais son inexpérience et son jeune âge lui font faire des erreurs. 

Il est capturé et enfermé dans un wagon à bestiaux. Direction les camps de la mort. Sur place il rencontre une jeune fille et tente vaille que vaille de survivre à l'horreur. Heureusement pour lui, le commandant du camp, a plusieurs rapaces. Simon parvient à les amadouer et trouve dans les oiseaux des amis. 

L'histoire de Laurent Galandon est dense et forte. D'autres l'auraient beaucoup plus diluée. Aux dessins, Arno Monin parvient à reproduire l'enfer des camps sans trop en montrer.

"L'envolée sauvage", Bamboo Angle de vue, 12,90 € 

jeudi 22 novembre 2007

BD - Guy Delisle présente un témoignage sur la dictature birmane

La Birmanie est au centre de l'actualité mondiale depuis quelques mois. Cette dictature militaire intraitable, Guy Delisle la connaît relativement bien puisqu'il a passé une année dans ce pays. 

Le dessinateur accompagnait son épouse, responsable de Médecins sans frontière. Il a profité de cette année pour pouponner le jeune Louis et raconter sous forme de reportage dessinée la vie quotidienne d'un expatrié et des Birmans. Cela donne un gros pavé de 272 pages en noir et blanc, où le lecteur découvre toutes les facettes d'une dictature. 

Exemple avec la difficulté d'utiliser internet sur les ordinateurs de MSF : les filtres placés par les militaires ralentissent les mail, quand ils ne le détruisent pas complètement. L'auteur, qui a beaucoup travaillé dans l'animation avant de se lancer dans la BD, rencontre de jeunes dessinateurs birmans avides de nouvelles connaissances. Il leur donnera des cours gratuits. 

Une BD qui alterne avec bonheur les chapitres sur la dictature et ses conséquences et quelques scènes beaucoup plus ludiques, notamment dans le milieu de ces étrangers vivant dans un cocon, loin de la réalité du pays. Une réception à l'ambassade de France aura été une mine de gags pour Delisle. Plus sérieusement, il décrit avec minutie la fête de l 'eau et termine son séjour par trois jours de retraite dans un monastère. Un témoignage d'une grande valeur humaine.

"Chroniques birmanes", Delcourt, 16,50 € 

mercredi 21 novembre 2007

BD - Les trois acteurs des croisades

Sujet très délicat qu'abordent Dufaux (scénario) et Xavier (dessin) dans cette série ambitieuse intitulée « Croisade ». Tout en se basant sur des faits historiques véridiques, Jean Dufaux a greffé une bonne dose de fantastique sur cet affrontement qui a duré plusieurs siècles entre Chrétiens et Musulmans pour le contrôle de Jérusalem. 

L'action se situe vers 1191, à l'époque de la troisième croisade. Mais les auteurs partent sur le postulat que cette croisade a été ignorée des historiens. Comme reniée car les forces obscures sont violemment entrées en jeu faussant les combats. Trois nobles, dont le jeune Gauthier de Flandres, s'allient pour aller conquérir le tombeau du Christ. En face, le sultan Ab'Dul Razim, croyant se tourner vers Dieu, reçoit une aide dont il se serait bien passé. La bataille est violente, meurtrière. Elle donne l'opportunité à Xavier de construire une double page très cinématographique se dépliant comme un poster au centre de l'album. Les Croisés sont battus, mais Gauthier, qui n'a pas voulu participer au combat va reprendre le flambeau et demander de l'aide aux Juifs. 

Une série prévue en trois tomes, comme la Trinité ou le nombre de peuples et de religions qui s'opposent... sans fin ?


"Croisade", Le Lombard, 13 € 

mardi 20 novembre 2007

BD - Souvenirs d'Indochine dans Tramp de Jusseaume et Kraehn

Yann Calec est à la recherche de son père. De son fantôme exactement puisqu'il a été assassiné par les Vietminhs deux années auparavant dans sa maison de la petite ville de Hoc-Mon à une quinzaine de kilomètres de Saïgon. Des recherches qui avaient débuté dans le septième titre de cette série prenant de plus en plus d'épaisseur. 

Tramp, à la base, était juste une histoire d'amour qui tourne mal. L'occasion pour les deux auteurs, Jusseaume au dessin et Kraehn au scénario, d'explorer quelques contrées éloignées dans le contexte historique des années 50. 

Après les Caraïbes et l'Afrique, Yann Calec est en Indochine. Commandant d'un cargo, Yann Calec transporte essentiellement des armes pour les Français. En 1952, les colons français ont encore l'espoir de battre les révolutionnaires du Nord. Yann, en dehors de ses heures de travail, tente de rencontrer des hommes et des femmes qui ont connu son père. Un journaliste lui raconte ses activités de milicien ayant largement franchi les limites de la légalité. Yann est mis sur la piste de l'ancienne maîtresse de son père. Pour la retrouver, il rencontre la belle Souên et est rapidement séduit. Va-t-il oublier femme et enfant restés en métropole ?

"Tramp", Dargaud, 13 €

lundi 19 novembre 2007

BD - "Ronces" ou l'affrontement entre le rural et l'urbain

Dans le perpétuel affrontement du Bien contre le Mal, Morvan, avec cette série fantastique, utilise la dualité entre la ville et la campagne, le béton et la nature. 

A la base, ce sont deux dieux qui ont choisi des attitudes différentes pour régner sur leur peuple. Le premier guide les humains, les poussant à se développer, à construire, produire, s'agrandir. Le second Dieu les observe trouver un équilibre avec les forces de la nature les entourant. Quand il n'y a plus de place pour tout le monde, la guerre est inévitable. "Le béton, la pollution, le bruit, le stress, ont pour but de pervertir les humain" explique un prêtre "vert". 

Mais Ronces, série dessinée par Nesmo au style noir et sombre, comme la ville qui bouffe l'Humanité, est aussi une enquête policière. Le flic de service, Mornières, dépressif, lâché pas sa hiérarchie, trompé par sa femme, détesté par son fils, fonce dans le tas, attitude suicidaire mais qui au final pourrait lui permettre de renaître. 

Une BD originale et séduisante, aux thèmes universels servis par un dessin en parfait accord avec l'histoire.

"Ronces", Les Humanoïdes Associés, 12,90 € 

dimanche 18 novembre 2007

BD - Dans l'Ether de l'infini spatial

Un peu de fantasy, un soupçon de science-fiction, une bonne grosse dose de fille rebelle à qui on ne la fait pas et de héros au passé trouble, le tout dans un décor de planète sauvage, telle est la recette de cette nouvelle série écrite par Jarry, dessinée par Lapeyre et mise en couleurs par Brants. 

"Ether" débute par une séquence muette de trois pages montrant l'invasion d'une planète par d'étranges créatures au longues tentacules de métal. La suite est beaucoup plus classique. Gamih, jeune femme libre et indépendante, au cours d'une ronde dans la forêt, vient en aide à une tortue géante attaquée par un fauve. Elle découvre un bébé tortue mort dans son œuf. Elle décide d'utiliser son don, tiré des forces de l'Ether qui ronge l'univers, pour lui redonner la vie. 

Cela lui vaudra des remontrances de son professeur, Edraar. Il est mal vu par la tribu d'utiliser les forces de l'Ether. Pourtant Gamih devra puiser dans ses pouvoirs quand apparaît sur la planète les premiers cas de lèpre-rouille. 

Une série partie sur les chapeaux de roues et qui annonce de beaux rebondissements avec l'apparition de redoutables méchants, les Sédisses.

"Ether", Delcourt, 12,90 € 

samedi 17 novembre 2007

BD - L'île de la maladie


Une île, perdue au milieu de l'Océan. Les autochtones doivent faire face à l'envahissement des conquistadors. L'Histoire nous a appris que pratiquement dans tous les cas, les Européens ont pris le dessus, exterminant les locaux. Mais dans cette série écrite par Morvan et Dragan, les deux camps semblent de force équivalente. Et surtout, cet affrontement est figé par un élément extérieur qui souvent dicte ses conditions. 

Une maladie contagieuse réduit considérablement les forces des belligérants. Mais cela ne les empêche pas de se battre et de vouloir prendre le dessus. Dans cette guerre abominable, le chef des Européens est d'une rare cruauté. Il pousse ses "savants" à faire des recherches sur des prisonniers cobayes pour tenter de trouver un remède. 

Les Indiens, les plus touchés par la maladie, utilisent les infectés comme boucliers. Bref, guerre et maladie transforment la petite île paradisiaque en véritable enfer. On suit dans ce second tome, dessiné par Noé, les doutes de la princesse Initsii, découvrant sa filiation royale et maudite, tentant de se racheter en soignant les malades dans leurs derniers instants de vie.

"Helldorado", Casterman, 9,80 € 

vendredi 16 novembre 2007

BD - De la différence au racisme

Les éditions Sarbacane, spécialisées dans la littérature jeunesse, viennent de créer une collection de bande dessinée sous la direction éditoriale de Gwen de Bonneval. Parmi les premiers albums sortis en septembre et coctobre, ne manquez pas ce très étonnant "Insekt" de l'Allemand Sasha Hommer. Un dessin minimaliste pour une histoire forte sur l'intolérance et le racisme. 

Dans une ville recouverte d'une épaisse fumée noire obligeant tout le monde à se déplacer avec des lampes de poche, le jeune Pascal va à l'école. Il est comme les autres. Joue au foot, est intimidé par les filles et aime ses parents. Dans cette ville, tout le monde parle avec répugnance des insectes qui vivent à la campagne. Et puis un jour, Pascal découvre l'incroyable vérité : il est lui-même un insecte. 

Dès lors sa vie va changer. Ses amis le repoussent, les filles fuient, il est déchu de son mandat de délégué de classe et les brimades vont en s'accélérant. La parabole est évidente, exemplaire. Le petit garçon-insecte ne comprend pas. Mais qui pourrait comprendre des attitudes abjectes, discriminatoires et injustes ?

"Insekt", Sarbacane, 14,90 €