lundi 12 novembre 2007

BD - Hotep ou l'Egypte dominée par les Grecs

Ayant fait son apprentissage en dessinant cinq albums d'Alix sur des scénarios de Jacques Martin, Rafaël Morales décide avec cette nouvelle série historique de voler de ses propres ailes en créant son héros, Hotep, vivant dans cette Egypte qui le fascine depuis son plus jeune âge. Hotep, à la mort de son père, devient le nouveau grand prophète d'Amon de Karnak. A Thèbes, il dirige des centaines de prêtres. 

Mais le peuple égyptien est sous le joug des Grecs. Certains sont humains comme le roi Ptolémée d'Alexandrie, d'autres de véritables tyrans. C'est notamment le cas de Deméas, roitelet ambitieux qui impose sa mégalomanie au peuple de Thèbes. Il décide de quadrupler les impôts, affamant des centaines de familles. 

Hotep, face à cette injustice, prend la tête de la rébellion. Mais il est capturé et condamné à mort. Une fausse exécution est organisée par Deméas car ce dernier a besoin de Hotep pour retrouver un vieux manuscrit sacré. Hotep est obligé de collaborer pour sauver la vie de sa femme et de ses enfants. 

Cet album plonge le lecteur au coeur de cette Egypte aux temples et statues de dieux gigantesques. Si les bâtiments sont parfaitement reproduits, on regrettera cependant une certaine rigidité des personnages.

"Hotep", Glénat, 9,40 €  

dimanche 11 novembre 2007

BD - Babel : planète en danger


Utilisant la trame classique du jeune humain découvrant du jour au lendemain qu'il n'est pas seul dans l'univers, « Babel » va cependant un peu plus loin. Joshua ne se doutait pas que son père travaillait pour les douanes galactiques. Sa mort en mission change la vie de l'adolescent. Il est réquisitionné par le major Ktull (extraterrestre au visage flasque, glabre et garni de tentacules tombantes) pour assurer la relève. Mais Joshua est totalement désorienté. A la fin du premier album, il était jeté du haut d'un vaisseau spatial vers la surface d'une planète condamnée. Sa chute est heureusement amortie par une danseuse I'shtarri qui va tenter de l'aider dans sa mission. Un dictateur vient de déclencher un bombardement qui sera fatal à toute vie. Le scénario d'Ange fleure bon le space opéra (avec un arrière-goût de guerre des étoiles) et cela permet à Janolle de dessiner créatures et engins spatiaux tous plus originaux les uns que les autres. Avec une mention spéciale pour les « bombes » chargées de détruire la planète, ce sont des géants d'acier et de feu quasiment indestructibles.

"Babel", Soleil, 12,90 € 

samedi 10 novembre 2007

Roman - Vie et mort autour d'un moulin

Un roman du terroir racontant la vie d'Eline et de son fils Anton, minotiers du Quercy, dans la tourmente de la guerre 39-45.


Le Quercy que refait vivre Maryse Batut dans ce roman familial est très proche de l'Aveyron. Et si le temps des moulins et des minoteries sont définitivement révolus, ce n'est pas si loin que cela. A 53 ans, Eline Laborit décide de raconter sa vie. Les grands moments d'une existence simple, mais traversée par bien des malheurs. Elle n'a pourtant aucun regrets. Son prénom original, c'est son père qui le lui a donné. Il voulait un petit gars. Il l'aurait appelé Elie. Ce fut une fille, Eline.

Devenue grand-mère, Eline se souvient pourtant que son père l'a toujours aimée. Peut-être plus que son frère, le garçon tant désiré, arrivé quelques années plus tard. Eline a toujours vécu à Cariac, un petit bourg du Quercy. Son père a quitté la ferme pour construire un moulin sur le Céroux. Eline n'a connu qu'un seul homme dans sa vie, Léo, son mari. Un coup de foudre un soir dans un bal. De cette union naquit Antonin, l'autre personnage principal de ce récit se déroulant essentiellement dans les années 40.

Activité secrète

La première partie est racontée par Eline. Elle plante le décor, présente les principaux personnages. Ensuite c'est Antonin qui prend le relais. Le gamin qui allait pêcher les anguilles est devenu un homme. Il s'est marié, a pris la relève de son père mort quelques années plus tôt. Sa femme, Bella, attend un troisième enfant. Mais depuis quelques semaines, Antonin est de plus en plus absent le soir. Il jouerait à la belote. Bella doute, Eline décide de prendre le taureau par les cornes et demande ouvertement à son fils ce qu'il fait véritablement de ses soirées. Il n'arrive pas à mentir à sa mère et avoue avoir rejoint la résistance. En ce début des années 40, ils sont peu à avoir fait ce choix. Antonin n'a pas de rôle encore important, mais son activité de minotier le met en danger. Il sera finalement dénoncé et devra, du jour au lendemain, prendre le maquis.

Maryse Batut, dans une langue simple, fleurant bon la tradition et la sagesse paysanne, plonge le lecteur dans les affres de cette famille. Enracinée, prête à tout pour défendre son bien, mais également la liberté.

L'amour plus fort que la guerre

Des existences rectilignes, sans heurts, qui doivent tout d'un coup être confronté à l'innommable. Eline raconte comment, peu avant la fin de la guerre, elle a vu les noires fumées au-dessus d'Ouradour-sur-Glane. Un massacre qui aurait pu se dérouler à Cariac. Et puis malgré le conflit, les privations, la peur, la vie continue et l'amour parfois joue des tours. Eline restera fidèle à la mémoire de son mari défunt, mais Anton, une fois dans les forêts en compagnie des autres résistants, rencontre Hélène. La jeune femme s'est engagée après la mort de son mari au combat. Elle veut continuer pour sa mémoire. Comme il y a quelques années entre Eline et Léo c'est le coup de foudre absolu. Anton a déjà une femme, des enfants, mais la passion est la plus forte. Après une première nuit d'amour il raconte : « Je veux m'étouffer dans sa chair généreuse et docile. Nos âmes et nos corps sont en accord parfait. L'un protège l'autre de la force de son amour. Hors du temps et du monde. Je sais maintenant que si notre vie risque d'être brève, elle aura été intense, et je préfère un destin court, beau, extrême, dangereux, même immoral à une existence longue mais médiocre. » Les bouleversements de la guerre risquent d'être fatal à la famille et au moulin. Mais Eline est là pour préserver l'équilibre. Une grand-mère sachant se transformer en patriarche inflexible quand le danger approche.

« Le moulin du Céroux », Maryse Batut, Lattès, 16 € 

vendredi 9 novembre 2007

BD - Andréas lave plus blanc


Certains auteurs de BD sont en perpétuelle recherche. Andréas, dans cet exercice périlleux n'est pas le dernier. Changement de format, cadrages invraisemblables, mise en page éclatée : il a dès ses débuts dans les pages du très conventionnel hebdo Tintin, tenté des expériences novatrices et dérangeantes. 

Dans sa série Capricorne, il vient de franchir un cran supplémentaire avec un 12e titre entièrement muet et se passant dans la neige. Ce qui explique cette couverture totalement immaculée. J'imagine la tête des membres des équipes marketing du Lombard quand ils ont découvert le concept... Une couverture bizarre pour une histoire qui ne l'est pas moins. 

Capricorne erre dans ces étendues froides et blanches. Rencontre une sorte de tribus vivant dans des tentes multicolores. Participe à un combat, découvre des explosifs, sauve la tribu... Sans texte, cette BD oblige le lecteur à plonger dans le dessin, découvrant des détails, astuces et prouesses graphiques qu'en temps normal il n'aurait pas remarqué. Personnellement j'adore. Mais Andréas a toujours été un de mes auteurs préférés. Certainement car il a été le premier à me démontrer que la BD pouvait être un art complet, tant au niveau du graphisme que de la narration.

"Capricorne", tome 12, d'Andréas, Le Lombard, 9,80 € 

jeudi 8 novembre 2007

BD - Toutes les peurs en noir et blanc sous le pinceau de Pedrosa


L'idée de ce long récit (272 pages en noir et blanc) est venue à Cyril Pedrosa lorsque des amis ont perdu leur petit garçon. "J'avoue avoir beaucoup songé à la réaction que chacun peut avoir, face la perte des siens" explique-t-il. Une réflexion qui a débouché sur ce roman graphique promis à un beau succès tant la trame se révèle universelle. Le petit Joachim vit heureux avec ses parents dans une petite maison à la campagne. Mais un soir, il remarque trois ombres sur la colline. Trois ombres effrayantes, menaçantes. Elles se rapprochent, semblent en vouloir à l'enfant. A tour de rôle, père et mère tenteront tout pour sauver leur gamin. Une course poursuite effrénée, mais que peut-on contre des ombres ?

Trois ombres, Delcourt, 17,50 euros 

mercredi 7 novembre 2007

BD - Les beautés trop longtemps cachées de Will


Will, qualifié avec justesse "d'auteur-patrimoine" (avec Franquin, Roba, Peyo...) de la maison Spirou, est à l'honneur depuis quelques mois. Réédition en intégrale des aventures de Tif & Tondu, reprise des aventures d'Isabelle en deux gros volumes au Lombard, il ne manquait que la partie "adulte" de ce dessinateur belge majeur disparu en 2000 pour boucler la boucle. Un oubli réparé avec ce gros volume de 200 pages, reprenant les trois récits écrits par Desberg. 

Ce n'est qu'à 62 ans, après des décennies de BD enfantine, que Will a osé dessiner des femmes nues dans "L'appel de l'Enfer". Le succès est immédiat. Douces, voluptueuses, lascives, les femmes de Will sont à nouveau à l'honneur. Un régal.

"Trilogie avec dames, Dupuis, 30 euros 

mardi 6 novembre 2007

BD - Hermann et ses sauvages

Il est sans pitié et sans illusion le héros de cette histoire complète de Hermann. Dario Ferrer est un amoureux de la nature, de l'Afrique. Dans une réserve, il protège les animaux des braconniers. Avec son fusil. 

Un homme taciturne, communiquant difficilement avec l'extérieur. Quand une jeune journaliste vient faire un reportage, il casse un peu la glace. Il lui montre les aspects cachés (et menacés) de ce continent. Mais en poursuivant des braconniers, ils sont le témoin d'un massacre perpétré par l'armée. Ils deviennent à leur tour gibier. Et il n'y aura pas de bon samaritain pour les protéger. 

Puissant, lumineux, sans concession, une BD de Hermann dans la lignée de Missié Vandisandi.

"Afrika", Le Lombard, 13,50 euros 

lundi 5 novembre 2007

Polar - Manhattan, du passé au présent

Rune, jeune fille rêveuse passionnée de cinéma et de contes, va devoir affronter la dure réalité de Manhattan : meurtre, vol, gangsters et policiers.

New York est une grande et belle ville. Totalement différente de nos horizons. En lisant ce roman policier de Jeffery Deaver, vous vous trouverez littéralement transporté dans cette cité de légende. Sur les pas de Rune, l'héroïne, vous passerez des quartiers huppés aux bas-fonds de cette mégapole ne cessant jamais de vivre à 100 à l'heure. Un dépaysement assuré avec en prime une excellente intrigue et des personnages marquants.

 Rune est une jeune fille qui va de petits boulots en jobs précaires. Actuellement elle est employée dans un vidéo club. Pétillante, n'ayant pas sa langue dans la poche, elle porte « à son bras gauche, vingt-sept bracelets d'argent, tous différents les uns des autres. » Elle a horreur de recevoir des ordres mais semble dans une période de stabilisation sociale. Elle redoute que son patron ne la vire. « Ses lèvres se gonflaient ou s'affinaient selon son humeur. Un véritable baromètre. Elle avait un visage rond et aimait bien son nez. Ses amis disaient parfois qu'elle ressemblait aux actrices de maintenant. Mais elle ne s'intéressait pas vraiment aux actrices de maintenant, et essayait encore moins de leur ressembler. »

Criblé de balles

Sa vie va basculer quand elle devra aller récupérer une cassette chez un client. M. Kelly est un vieux monsieur avec qui elle a sympathisé. En deux mois il a emprunté une vingtaine de fois le même film. Elle sonne à sa porte pour le récupérer. Choc, elle découvre le locataire mort, criblé de balles dans son fauteuil, face à une télévision qui elle aussi a été détruite. Rune, qui aime à se réfugier dans le monde merveilleux des contes de fée, est choquée. D'autant qu'elle a vu le tueur s'échapper et que ce dernier a tenté de la renverser avec sa voiture. 

Sur place elle sera interrogée par un inspecteur de police peu enthousiaste. « Un petit moustachu en costume. Des cheveux noirs coupés de frais mais dont les épis imposaient l'abus de gel. Selon Rune, ses yeux, très rapprochés, lui donnaient l'air ahuri ». Pourquoi avoir tué Robert Kelly. Rune ne peut s'empêcher de spéculer et découvre avec perspicacité que ce meurtre, visiblement un contrat réalisé par des professionnels, est lié avec le film qu'elle devait récupérer.

Richard, le romantique

L'intrigue est lentement distillée par l'auteur, Jeffery Deaver, qui n'en oublie pas de nous faire partager la vie de Rune. La jeune fille tombe sous le charme de Richard, un jeune romancier romantique. Elle le conduit chez elle. Elle squatte un immeuble en pleine rénovation. La première pièce est sinistre, dépourvue de meubles et de fenêtres. « Le trio s'arrêta net en atteignant l'étage suivant. Ils se tenaient dans une tourelle de verre, un vaste belvédère au sommet de l'immeuble, comme une couronne. Dix étages plus bas s'étalait la ville. »

Rune est sur le point de tomber amoureuse, mais dans ce New York où les apparences sont essentielles, elles sont souvent trompeuses. Richard est-il véritablement ce qu'il prétend ? Quel était le secret de Robert Kelly ? Rune va-t-elle mettre la main sur un butin oublié de tous ? Vous ne regretterez pas de vous plonger dans ce polar, noir par son intrigue, lumineux par son héroïne.

« Les trottoirs de Manhattan », Jeffery Deaver, Calmann-Lévy, 17 €

dimanche 4 novembre 2007

BD - Le Geronimo des temps modernes

Ce sont trois ados d'aujourd'hui. Avec l'envie de s'éclater durant les vacances, de braver les interdits, de faire la fête mais sans être insensible au monde qui les entoure. Ben, Malo et Virgile. Un jour, alors qu'ils baguenaudent dans la campagne, ils tombent sur un « Indien ». En fait une sorte de « baba-cool » sur le retour vivant dans une vieille baraque dans la vallée. 

C'est en voulant le rencontrer une seconde fois qu'ils tombent sur Geronimo. Ce jeune garçon, de leur âge, vit complètement isolé avec son oncle Francis, le fameux indien. Il se trouve totalement perdu quand Francis est renversé par une voiture et hospitalisé. Le trio se propose de lui venir en aide, lui faisant découvrir les joies de la civilisation, des sodas à la conduite d'un scooter en passant par les filles... 

Prévu en trois tomes, l'histoire de Geronimo est le retour de Davodeau et Joub, un duo ayant déjà fait ses preuves mais dans la BD pour enfants. Ils abordent un thème plus adulte, décrivant cette belle amitié, la naissance de Geronimo au monde moderne, laissant au lecteur le soin d'imaginer toutes les complications provoquées par l'adjonction du quatrième membre à ce trio soudé.

("Géronimo", Dupuis, 9,80 €) 

samedi 3 novembre 2007

BD - La belle Adèle (et ses monstres) est de retour

Difficile de se débarrasser d'Adèle Blanc-Sec. La jeune Parisienne au caractère de cochon fait un retour remarqué. Un 9e album intitulé « Le labyrinthe infernal », toujours imaginé et dessiné par un Jacques Tardi n'ayant rien perdu de son amour de Paris. Pour l'occasion, les éditions Casterman ont réédité les autres tires de la série avec de nouvelles couvertures. Avis aux collectionneurs... 

Adèle fait de terribles cauchemars. Sur les toits de la capitale, elle est poursuivie par un minotaure. Adèle qui, dans les premières pages, échappe dans la vraie vie à plusieurs tentatives d'assassinats. Elle retrouve sur les bords de la Seine Flageolet, indic paniqué car son policier préféré se serait transformé en vache carnivore... 

Mais Adèle n'est pas seule à faire son retour dans cet album. Quasiment tous les personnages imaginés par Tardi se donnent rendez-vous dans ces 46 pages. Brindavoine, Honoré Fiasco, la Chevillard, le dentiste Dantelet... Bref c'est dense et brumeux. 

Sans oublier le nouveau méchant, le fameux docteur Chou, qui avec un élixir de sa composition semble avoir contaminé la moitié de la ville. Une renaissance qui réjouira les inconditionnels.

("Adèle Blanc-Sec", Casterman, 10,50 €)