Cette île, au centre du nouveau roman de Jérôme Loubry, est présentée comme « aussi belle que ténébreuse ». L’action se déroule à Porquerolles, bourrée de touristes en été, théâtre de manifestations quasi fantastiques en hiver. L’action se déroule en août 2019 puis en décembre 2024.
Un été au cours duquel une bande de jeunes Parisiens va vivre une grande expérience jusqu’au suicide de Diane dans un manoir rempli des notes de musique moderne. Diane retrouvée morte, plus de cinq ans plus tard, dans les rues de la petite ville.
Un polar aux airs angoissants, où les croyances et la musique occupent une place prépondérante.
Il prétend être « le meilleur chevalier au monde ». mais rapidement, le lecteur de cette histoire imaginée par Sophie Lamoureux et dessinée par François Soutif se révèle être surtout le chevalier le plus trouillard de la planète.
Il sait que dans ce livre il va rencontrer devoir affronter quantité de dangers. Alors il s’adresse directement au lecteur, lui ordonnant de cesser de tourner les pages.
Forcément, ça donne envie de connaître la suite… Une trépidante aventure médiévale, avec dragon, monstre et princesse. A noter que les illustrations s’inspirent des tapisseries millefleurs exposées au musée de Cluny. « Le chevalier à reculons », L’école des loisirs, 40 pages, 14,50 €
Pour raconter sa famille, Régis Franc, dessinateur, cinéaste, peintre et écrivain, avoue sans détour : « Je me suis arraché le cœur. » Il a débuté par raconter la vie de son père, puis a rajouté des chapitres sur sa mère et sa sœur. Cela donne « Je vais bien », un livre de 140 pages édité au format poche chez Pocket et disponible depuis la fin du mois d’août, en pleine rentrée littéraire.
Il décrit la vie simple d’une famille de Lézignan-Corbières, souvent frappée par le malheur. Un texte émouvant, où il refait vivre les fantômes de son passé, comme pour clore définitivement la partie lézignanaise de son existence. « Je vais bien », Pocket, 144 pages, 7,30 €
Devant servir de base à un univers de jeu vidéo d’Ubisoft, ce Skull and Bones se présente comme une excellente série de piraterie de l’océan Indien. Nicolas Jarry écrit l’histoire, profitant de la grosse pagination (plus de 80 pages) pour multiplie les rebondissements tout en détaillant les différents personnages.
Au centre on trouve le jeune Waleran. Un petit Anglais, pauvre, espérant devenir cartographe. En attendant, il est marin à bord d’un navire de guerre britannique, faisant route vers l’Europe avec un butin en or et une célèbre pirate, Dalal.
Au terme d’une première bataille, Dalal est libérée et Waleran, qui est intervenu pour l’aider, est enrôlé dans l’équipage de la belle mais redoutable pirate. Elle multiplie les attaques, cherchant, en plus de s’enrichir, à se venger. De son oncle qui l’a vendue aux Anglais et du gouverneur de Ceylan, qui l’a livré à l’armée de sa majesté.
Marco Pelliccia, dessinateur italien, propose une interprétation graphique classique et assez sombre. Les confrontations sont explosives, les intrigues tortueuses. Un bel hommage au genre. « Skull and Bones », Glénat, 88 pages, 18 €
Présentée comme étant la « première femme pirate », Jeanne de Belleville a plusieurs surnoms : La Tigresse Bretonne, la Lionne de Bretagne ou la Lionne Sanglante. Une constance dans ces petits noms : la cruauté.
Pourtant rien ne destinait cette femme de chevalier, mère de deux enfants, à devenir célèbre en étripant et décapitant ses ennemis. C’est Roger Seiter qui a retracé le parcours de la Tigresse. Le scénariste raconte comment la Bretonne, trahie par le roi de France qui a fait exécuter son mari, Olivier de Clisson, se lance dans une vengeance aveugle.
Elle fuit Paris, se retranche dans son château de l’île d’Yeu, recrute des mercenaires et affrète plusieurs bateaux, coque peinte en noir, voiles rouge écarlate. Durant neuf mois elle va écumer les côtes françaises, attaquant les navires marchands. Elle va semer la terreur, devenant une véritable légende. Une trajectoire courte car elle va cesser du jour au lendemain ses exactions.
Un album de pirates dessiné par Frédéric Blier, parfait dans les scènes de batailles, tant maritimes que de corps à corps sur les ponts des navires. « La Tigresse Bretonne », Bamboo Grand Angle, 64 pages, 16,90 €
Imaginé par Charlier et Hubinon au début des années 60, Barbe-Rouge a longtemps vogué avec éclat sur les eaux du 9e art. Il est reparti à l’abordage dans une nouvelle collection, avec Jean-Charles Kraehn et Stefano Carloni à la manœuvre.
Le quatrième tome intitulé Chasseur d’esclaves, voit le terrible pirate tenter de s’adapter à son nouveau statut de corsaire du roi. Pour le gouverneur de Cap-Français, il doit capturer de mystérieux voleurs, détroussant, de nuit, les planteurs de Saint-Domingue. Ce serait des esclaves en fuite.
L’occasion pour le scénariste de plonger son petit monde dans un débat politico-humaniste. Barbe-Rouge, impétueux, veut de l’action. Baba, d’origine africaine, refuse de chasser ses frères. Triple-Pattes avoue sa honte. Une première partie explosive, avec l’arrivée d’un méchant de la pire espèce, Peet le Bordelais, le fameux chasseur d’esclaves sans morale ni pitié.
Une série reprise avec brio par un duo équilibré : les histoires sont cohérentes et palpitantes, le dessin très classique mais avec une mise en page dynamique et moderne. « Les nouvelles aventures de Barbe-Rouge » (tome 4), Dargaud, 56 pages, 17 €
Certains héros ne meurent jamais. Dans le cas de Beetlejuice c’est évident. Plus de 30 ans après sa première apparition, il est de retour. Toujours aussi effrayant… et marrant.
Tim Burton n’est plus le jeune cinéaste visionnaire de ses débuts. Mais il reste un incorrigible rêveur, bourré d’imagination, incapable de marcher droit. En partie révélé avec Beetlejuice sorti en 1988, le réalisateur américain fait le grand écart en proposant une suite à ce conte fantastique. Il n’est jamais facile de retrouver l’alchimie qui transforme une bonne idée en chef-d’œuvre. Un exercice au cours duquel on a beaucoup plus de chances de se fracasser contre un mur de redites que de retrouver le chemin du succès. En retrouvant plusieurs des comédiens du premier opus (Michael Keaton, Winona Ryder, Catherine O’Hara), Tim Burton parvient à faire le lien avec le Beetlejuice de 1988.
De nos jours, Lydia Deetz n’est plus l’adolescente gothique que Beetlejuice veut épouser mais une célèbre animatrice d’un show télé sur les fantômes. Elle a une fille, Astrid (Jenna Ortega), mais ne s’en occupe pas réellement, préférant se consacrer à sa carrière sous la coupe de son fiancé Rory (Justin Theroux). Elle doit retourner dans la maison hantée pour les obsèques de son père.
Un déchirement pour Astrid qui adorait ce grand-père un peu poète, le seul de la famille qui semblait normal à cette jeune fille rationnelle niant farouchement l’existence de spectres et autres esprits surnaturels.
Si la première partie du film est un peu longue, notamment pour présenter les nouveaux personnages et rappeler le contexte, la suite devient plus percutante, digne du film d’origine. Dès que la maquette de la ville dans le grenier est débarrassée du drap blanc la cachant au monde des vivants, la folie Beetlejuice s’exprime pleinement. Avec péripéties et monstres en tout genre. Winona Ryder, de gamine rebelle, se transforme en maman aimante, mais totalement terrorisée à l’idée de croiser de nouveau la route d’un Michael Keaton toujours méconnaissable sous le maquillage.
Lydia va pourtant devoir de nouveau faire appel à sa malice pour délivrer l’ado des griffes d’un méchant fantôme. Et pour corser le tout, Tim Burton invente une première épouse à Beetlejuice. Très possessive, elle veut retrouver son mari. Monica Belucci offre ses traits parfaits à cette vamp en morceaux.
L’inventivité du réalisateur semble alors débridée, entre scènes sanglantes, pastiche de Dune et critique féroce des influenceurs, tous renvoyés dans les limbes de leurs écrans de pacotille. C’est dynamique, horrible, marrant, novateur et terrifiant. Du pur Tim Burton !
Film de Tim Burton avec Michael Keaton, Winona Ryder, Jenna Ortega, Justin Theroux
Film de et avec Laetitia Dosch et aussi François Damiens, Jean-Pascal Zady, Kody le chien, Anne Dorval.
Pour son premier grand rôle au cinéma, Kody frappe les esprits. Sa composition, tout en nuance, très expressive, profonde quand il va tenter de retrouver ses racines, son cri primal, a justement été récompensée d’un prix au dernier festival de Cannes. Kody est la véritable vedette du premier film de Laetitia Dosch, Le procès du chien. Kody, 9 ans, est un griffon croisé. Un chien qui crève l’écran dans cette comédie douce-amère sur la folie des hommes.
Avril (Laetitia Dosch), avocate des causes perdues, accepte de défendre Dariuch (François Damiens), maître malvoyant du chien Cosmos (Kody). Cosmos a mordu une femme, la défigurant. Avril veut éviter l’euthanasie et plaide la responsabilité de Cosmos. Le juge la suit et le canidé se retrouve accusé en personne, risquant de nouveau l’endormissement définitif.
Ce premier film un peu bordélique par moments, presque trop riche, offre d’excellents moments de comédie (François Damiens méconnaissable, Jean-Pascal Zadi parfait en comportementaliste animalier), mais ne nous fait pas oublier la gravité du sujet. En creux, la comédienne et réalisatrice traite de la montée de l’extrême-droite, des brimades faites aux femmes, des violences contre les enfants et du simple respect de la vie, toutes les formes de vie. Avec en point d’orgue ce questionnement : pourquoi, du point de vue juridique, les animaux de compagnie ont encore de nos jours le statut d’objets, de mobilier dans un foyer ?
Tout propriétaire d’un chien, et pas forcément aussi intelligent et craquant que Kody, ou d’un autre compagnon, appréciera ce film qui quitte la comédie pure dans sa dernière partie pour se transformer en farce tragique.
Exercice de style très réussi, Late night with the Devil des frères Cairnes sort directement en vidéo chez Wild Side.
Un film d’horreur qui lorgne vers la comédie satirique.
Jack Delroy (David Dastmalchian) est le présentateur d’un show télé quotidien sur une télé américaine dans les années 70. Son audience faiblissant, il organise une émission spéciale pour Halloween. Avec l’ambition d’invoquer Satan pour une interview ultime. Le film prend la forme de cette émission de direct, avec coulisses lors des coupures pub. On y découvre toute la morgue de l’animateur et de son producteur.
La dernière partie, véritablement horrible, permet de s’interroger : Pour rester au firmament, un animateur doit-il vendre son âme au Diable ? Certaines « vedettes » françaises devraient se poser la question.
Y a-t-il une vie après le départ de ses enfants ? Nos rejetons, une fois devenu adultes, nous enlèvent-ils l’envie de survivre au quotidien ? Cette question est au centre de Un jardin pour royaume, roman de Gwenaëlle Robert. Alors que la cadette quitte le domicile familial, la narratrice se retrouve presque seule dans sa grande maison.
Trois enfants qui volent de leurs propres ailes, un mari souvent absent car sous-marinier : comment occuper ses journées ? Elle décide de reprendre sa thèse sur Rousseau abandonnée pour cause de maternité. Elle se rend à Ermenonville, au château de Girardin, là où l’écrivain philosophe est mort.
A quelques kilomètres de la maison d’enfance de la romancière. Rousseau, souvenirs, solitude : ce mélange donne un texte délicat, lucide, un peu nostalgique et parfois sombre. Comme cette réflexion : « Longtemps, quand les enfants me regardaient vivre, quand mes faits et gestes étaient soumis à leur juridiction, j’ai imaginé ce que je pourrais faire quand je serais sans témoin. Maintenant j’ai la réponse : je regarde les plafonds, j’y projette mon angoisse du vide, l’impression de ne plus exister du tout. »
Une remise en cause balayée par la fabuleuse histoire de Rousseau et de son dernier bienfaiteur, Girardin. « Un jardin pour royaume » de Gwenaëlle Robert, Presses de la Cité, 208 pages, 20 €