mercredi 22 mai 2024

BD - Connaissance du système solaire


Si des scénaristes imaginent de nouvelles planètes, d’autres se contentent de l’existant. Mais le lecteur, dans tous les cas, se retrouve embarqué dans de formidables voyages stellaires. Bruno Lecigne, scénariste passé par la télévision (Cassandre…), ancien éditeur des Humanoïdes Associés, a mis en place une série pour mieux connaître les planètes de notre système solaire.

Mais tout en apportant rigueur scientifique et quantité d’informations véridiques, il a ajouté une trame imaginaire pour mieux faire rêver.

Avant de rejoindre Mars et Jupiter, les deux premiers tomes parus, tout débute sur la Lune. Les Chinois découvrent un vaisseau spatial accidenté. Tout l’équipage est mort excepté Clarke, Alien mystérieux qui propose aux Terriens de bénéficier de sa technologie pour aller sur les autres planètes gravitant autour du Soleil. Une aubaine pour les scientifiques (menés par un Français).

Ils vont pouvoir marcher sur Mars (dessins de Fabien Bedouel), puis descendre en profondeur dans l’atmosphère orageuse de Jupiter et explorer un océan souterrain du satellite Europe (dessins de Xavier Dujardin et Afif Khaled).


L’avantage c’est que si les données scientifiques vous semblent un peu rébarbatives, vous pouvez toujours les zapper et vous contenter de l’intrigue. Car Clarke semble cacher son jeu, même s’il avoue assez rapidement qu’un autre vaisseau alien a disparu dans les parages.

Huit albums au total sont prévus pour explorer notre système solaire, le dernier (parution 2027) étant consacré au Soleil.

« Mars » et « Saturne », Glénat, 64 pages, 15,50 €


mardi 21 mai 2024

BD - Deux vies opposées sur Thellus


Très ambitieuse série lancée par la scénariste Simona Mogavino pour les éditions Glénat. Elle a imaginé une planète et ses différents mondes. Sur Thellus, elle va raconter deux vies, deux destins. Ceux d’Eva Samas (dessins de Carlos Gomez) et de Kad Moon (dessins de Laura Zuccheri).

La vie sur Thellus a basculé le jour où un vaisseau spatial s’est écrasé sur cette planète primitive peuplée d’Humains peu développés. Les « Maîtres » (les rescapés du crash), ont pris le pouvoir asservissant les autochtones. Les deux albums paraissent en même temps.

Pour plonger dans les secrets de Thellus, on suit les aventures d’Eva et de Kad. La première, fille d’un mineur d’or, devient chasseuse. Pour le compte des Maîtres, elle a pour mission de tuer tout habitant de plus de 50 ans, de récupérer le sang, de le mélanger à de l’or pour le transformer en sérum qui permet aux Maîtres de vivre quasiment indéfiniment. Capturée, elle est enfermée dans les entrailles du vaisseau spatial. 


A l’autre bout de Thellus, Kad Moon, fils d’un maître, doit fuir. La révolte gronde. Son père est assassiné, Kad trouve refuge dans une forêt dense remplie d’étranges créatures.

Deux vies, deux ambiances. Sombre et violente pour Eva, avec des dessins très noirs de l’Argentin Carlos Gomez. Verte et foisonnante pour Kad. Mais tout aussi violente car les nombreuses bêtes qu’il croise sont affamées. Sans compter les rebelles, assoiffés de vengeance après des siècles d’esclavage. C’est d’une très grande beauté plastique, l’intrigue étant assez complexe, avec deux styles de dessin complémentaires. Les amateurs de noirceur apprécieront l’univers brossé par Carlos Gomez. En opposition, la verdure et la nature explosent de vitalité sous le pinceau de Laura Zuccheri.

Deux autres albums devraient sortir avant un 5e et ultime titre qui clôturera les aventures d’Eva et de Kad sur Thellus.

« Thellus » (Eva Samas et Kad Moon), Glénat, 56 pages, 14,95 €


lundi 20 mai 2024

Cinéma - “Comme un lundi” ou le supplice du travail infini

Les Japonais aiment le travail. Mais pas au point de répéter à l’infini une semaine intense. « Comme un lundi », une boucle temporelle cinématographique rigolote sur le milieu du travail au bureau. 

Tous les films sur le thème de la boucle temporelle ne se ressemblent pas. Heureusement.
Depuis Un jour sans fin, de nombreuses versions ont été proposées aux cinéphiles. Action, ados, SF, humour… il manquait dans cet édifice infini la comédie de bureau. Ce sont les Japonais, grands travailleurs devant l’éternel, qui ont décidé de se lancer dans ce projet de travail répétitif. Dans les bureaux exigus d’une petite agence de communication, ils sont sept à plancher sur une nouvelle campagne publicitaire pour une improbable soupe miso effervescente. Une occasion en or pour la jeune et ambitieuse Yoshikawa (Wan Mariu) de se faire remarquer par une société plus en vue. Elle postule pour un poste d’assistante d’une grande publicitaire et si ce projet est concluant, elle devrait enfin accéder au Graal professionnel.

Ce lundi 15 octobre, au matin, elle se réveille au bureau. Toute l’équipe, hormis le patron, Nagahisa (Makita Sports), a été rappelée le dimanche pour proposer de nouvelles idées le lundi. Avant d’aller les présenter, deux des employés demandent à Yoshikawa d’éviter de prendre un taxi. Ce qu’elle fait. Accident, présentation ratée. De retour de l’hôpital, ils lui expliquent qu’ils sont dans une boucle temporelle d’une semaine. Une semaine à finaliser le dossier. Et se réveiller le lundi… 15 octobre à devoir tout recommencer.

Le film de Ryo Takebayashi, malgré des moyens limités (une seule pièce, peu de comédiens, encore moins d’action), a le grand mérite de plonger le spectateur au cœur d’une petite entreprise japonaise. On découvre les habitudes des uns et des autres.

Puis le problème de la boucle devient obsédant. Les semaines passent et tous parviennent à prendre conscience de l’anomalie temporelle. Grâce à un petit signe, tout simple, sorte de clé mnémotechnique aux grands pouvoirs. Tous, sauf le patron. Or les employés sont persuadés que c’est lui, apeuré d’avoir bientôt 50 ans, qui est à l’origine de cette boucle temporelle. Mais comment la rompre s’il ne le veut pas, si le déni est plus fort que l’évidence ?

Une histoire qui débute comme un documentaire, se poursuit en comédie enlevée pleine de ces trouvailles comme dans The Office, série parfaite sur le travail de bureau et se prolonge par une réflexion philosophique sur le pouvoir d’aliénation des tâches répétitives. Original et jamais vu. Voilà pourquoi on ne peut que vous conseiller d’aller voir Comme un lundi. Tous les films sur le thème de la boucle temporelle ne se ressemblent pas. Heureusement.

Film de Ryo Takebayashi avec Makita Sports, Wan Marui

dimanche 19 mai 2024

En DVD - “Moi capitaine”, terrible odyssée africaine

Moi capitaine, qui vient de sortir en DVD chez Pathé, est un film quasi documentaire de Matteo Garrone sur les migrants en provenance d’Afrique, persuadés de trouver l’eldorado en Europe.

Le drame des migrants en provenance d’Afrique et tentant de rejoindre l’Europe en traversant la Méditerranée se résume souvent par une suite de nombres. Le nombre de clandestins arrivés et parqués dans des camps. Le nombre de ceux qui sont secourus par les ONG (organisations non gouvernementales) alors que leur embarcation est en difficulté. Et puis le plus terrible, le nombre de ceux qui sont morts durant la traversée. Ils seraient 26 000 a s’être noyés depuis 2015. Pour raconter cette hécatombe, Matteo Garrone, cinéaste italien engagé, a décidé de ne pas se contenter de la dernière partie du périple, mais de raconter dès le départ, cette étincelle qui donne la force, le courage, la déraison, à des jeunes Africains de tenter le tout pour le tout.

Un film de deux heures, où la partie maritime ne fait que 20 minutes. Avant, on apprend à connaître le personnage principal, Seydou (Seydou Sarr), Sénégalais de 16 ans, passionné de musique, persuadé qu’il deviendra célèbre en Europe et que « des Blancs viendront lui demander des autographes ». Cette prédiction, est de son cousin, Moussa (Moustapha Fall), son compagnon d’aventure.

Contre l’avis de sa mère et de nombreux adultes qui savent parfaitement que les partants ont plus de chance de mourir en cours de route que de devenir riches, ils accumulent les petits boulots pour se concocter un pactole. Car aller illégalement en Europe est un business comme un autre pour des passeurs sans foi ni loi. Le début du voyage, jusqu’au Mali, ressemble à une délivrance pour les deux amis.

Tout se complique lors de la traversée du Sahara. À pied. Presque sans eau. Seydou va comprendre que survivre sera compliqué. Et encore plus de voir ses compagnons mourir d’épuisement. Arrivé en Libye, il va connaître la prison, l’esclavage. L’entraide aussi avec certains qui comme lui, ont conservé une part d’humanité. Jusqu’à la traversée où Seydou, mineur, sera bombardé capitaine du chalutier rouillé supposé les amener, lui et la centaine de malheureux, en Sicile.

Toute la force du film de Matteo Garrone réside dans le fait qu’après la séance on ne pensera plus « migrants » dans une globalité très abstraite, mais de Seydou, Moussa, Bouba… Des hommes et des femmes qui s’accrochent à un espoir, une foi dans l’Humanité. A nous, de ce côté de la rive, de ne pas les décevoir.

Film italien de Matteo Garrone avec Seydou Sarr, Moustapha Fall, Issaka Sawadogo


samedi 18 mai 2024

Thriller - Ne pénétrez pas dans le « Triangle noir »

 Un policier en plein doute et un psychologue en dépression mènent en parallèle la même enquête : stopper les meurtres rituels commis par les membres de l’organisation dite du Triangle Noir.


Les Vosges, la forêt, l’hiver, la neige… Il y a de quoi déprimer en découvrant le cadre du nouveau roman de Niko Tackian. C’est d’ailleurs ce que fait Pierre Martignas vivant seul dans un chalet isolé au cœur des bois. Une erreur de diagnostic a ruiné sa carrière d’expert auprès de la police. Depuis il boit et fait des cauchemars. Cauchemars aussi pour Max Keller, policier à Strasbourg. Il ne se remet pas d’un traumatisme familial en étant enfant. Depuis il pourchasse inlassablement, au détriment de sa santé et parfois en franchissant la ligne de la légalité, les tortionnaires d’enfants.

Deux destins qui vont s’intéresser à la découverte, dans une coupe forestière, de deux corps d’adolescents. Ils ont été affamés, torturés et certains de leurs organes ont été enlevés alors qu’ils étaient toujours en vie. Signe distinctif découvert sur leur peau, marquée au fer : un triangle avec trois points à l’intérieur. Pour Max, alors qu’un autre jeune vient d’être enlevé, « Quelque chose rôdait dans la forêt. Quelque chose qui allait hanter ses jours et ses nuits jusqu’à ce qu’il trouve un moyen de l’arrêter. » Dans la neige et le froid, loin de toute civilisation, cernés d’arbres comme autant de monstres menaçants, Pierre et Max vont affronter le Mal à l’état pur.

Ce thriller de Niko Tackian, même s’il présente le sempiternel combat entre le Bien et le Mal est pourtant très éloigné de tout manichéisme. Car il y est aussi question de rédemption, de culpabilité ou de désir de vengeance. Les deux personnages principaux, quasiment sans se croiser, ont le même but. Personnel, pour retrouver dignité et confiance en soi. Plus général en voulant sauver des enfants, trop souvent victimes des folies des adultes. Une intrigue prenante mais définitivement emplie d’une implacable noirceur.

« Triangle noir » de Niko Tackian, Calmann-Lévy, 400 pages, 19,90 €

vendredi 17 mai 2024

BD - La fréquence cardiaque de Bourhis


Hervé Bourhis, dessinateur et scénariste passionné par les musiques actuelles, ose lui aussi à passer au je dans l’album Mon infractus. Vous avez bien lu infractus. Car étrangement, c’est comme cela que prononce sa médecin traitant alors que d’ordinaire cette faute, très commune, est rarement commise par le personnel soignant.

C’est en juin 2022, alors qu’il n’a que 48 ans, que le cœur d’Hervé Bourhis lui lance un sérieux avertissement. Passage aux urgences, pose de stents et une année de rééducation.

L’occasion pour le dessinateur de faire un petit retour sur sa vie. Tout le monde le pousse à raconter ce pépin de santé. Il le fera un peu, mais préfère, de loin, parler de ce qui lui a permis de tenir durant sa convalescence : son désir de retourner dans des bars pour mixer de la musique avec des copains. Voilà comment on passe la maladie à la fête. Car c’est un grand bonheur pour Hervé Bourhis de trimbaler des kilos de vinyles et de tenter de faire danser les buveurs d’un soir.

Il raconte ses débuts derrière les platines, ses soirées d’anthologies, sa décision de lever le pied et cette envie irrépressible qui le prend alors qu’il devrait se ménager. En se moquant ouvertement de tous les donneurs de leçons ou profiteurs de pathologies rares qui ont transformé le tout en business éditorial juteux, il dessine des planches dynamiques et revisite les pochettes de ses disques cultes.

« Mon infractus », Glénat, 96 pages, 20 €

jeudi 16 mai 2024

BD - Le cadeau de Frédéric Bihel


Même démarche vers l’autofiction que Gwen de Bonneval pour Frédéric Bihel. Il a cependant privilégié la forme sur le fond. Les dessins de cet album intitulé Les crayons sont d’une étonnante beauté et sérénité.

Étonnante car c’est d’un violent traumatisme dont il est question dans ces pages alternant dessins gris au crayon à papier et jolies compositions en couleurs.

Frédéric Bihel, avec sa mère, a voulu retrouver les lieux de son enfance. Première étape dans un petit village de Dordogne. Il se souvient de sa rentrée à la maternelle, son premier copain, fils de paysan qui lui a fait découvrir les joies des découvertes de la nature encore sauvage par endroits. Ou ses premiers tours de roue à vélo, sans les petites roues stabilisatrices.

Puis il s’installe à Limoges dans un appartement. C’est là qu’il va découvrir l’école buissonnière. Un matin, au lieu de descendre et rejoindre l’école (sa mère est déjà au travail), il monte au grenier et y passe la journée. Il le fera une semaine.

Quelques jours qu’il raconte selon ses souvenirs, notamment de cette fameuse boîte de crayons de couleur, puis y reviendra, adulte, toujours avec sa mère. Ce passage, nœud de l’album et de la vie du jeune Frédéric Bihel transforme cet album nostalgique en boule d’émotion.

La fin est rayonnante, comme si l’auteur, en dessinant ces planches, en mettant ses souvenirs sur le papier, se libérait d’une charge émotionnelle qui était devenue trop lourde à porter.

« Les crayons », Futuropolis, 120 pages, 23 €


mercredi 15 mai 2024

BD - Le petit Gwen réclame des comptes

Sacré travail d’introspection effectué par Gwen de Bonneval. Le scénariste et dessinateur de BD, après avoir beaucoup imaginé des existences, des vies, des situations, a voulu s’attaquer à un sujet différent : lui-même. Mais au lieu d’utiliser le « je », il a privilégié le « nous ».

Car il y a plusieurs Gwen de Bonneval. L’enfant de 6 ans, l’adolescent boutonneux, l’étudiant, le jeune père, l’artiste installé… Il est à lui tout seul une bande de « je » et passe d’une époque à l’autre, racontant sans fard ni pathos les maltraitances quand il était jeune, le harcèlement à l’école, les doutes du jeune adulte. Il dresse aussi le portrait de ses proches. Sa mère, lunatique, parfois violente, son père, le plus souvent absent ou ce grand-père, ancien aide de camp du général de Gaulle après la Libération, témoin de l’Histoire de France mais peu disert sur cette expérience pourtant unique.

Et puis ce roman graphique (dont ce n’est que la première partie) a un fil rouge : les inquiétudes du Gwen de Bonneval du présent. Face au dérèglement climatique, à la folie du monde il ne peut que s’alarmer. Pour lui, ses proches. Une longue psychanalyse intelligente et édifiante où tout lecteur ayant l’esprit ouvert pourra, en partie, se reconnaître.

« Philiations », Dupuis, 224 pages, 26 €


mardi 14 mai 2024

Cinéma - Retrouvé, “Le tableau volé” sème la zizanie

 Film de Pascal Bonitzer avec Alex Lutz, Léa Drucker, Nora Hamzawi, Louise Chevillotte


Cela n’arrive qu’une fois dans la vie professionnelle d’un commissaire-priseur : redécouvrir le tableau disparu d’un grand peintre. André (Alex Lutz), est un jeune et ambitieux commissaire-priseur travaillant pour une grosse structure. Quand il reçoit l’appel d’une avocate de Mulhouse lui demandant si ce tableau a une quelconque valeur, il est sceptique.

La photo envoyée par portable est incomplète et mal éclairée. Ce serait un Egon Schiele. Selon André, cela ne peut qu’être un faux. Il va sur place avec son ex-épouse Bertina (Léa Drucker), experte, et tombe de haut. Car le simple ouvrier de 30 ans, vivant encore avec sa mère, a réellement en sa possession une authentique toile volée par les nazis au début de la guerre.

La trame générale du film de Pascal Bonitzer n‘est que le prétexte pour présenter les différents protagonistes de l’histoire. André, trop froid et impliqué dans son travail, multipliant les signes extérieurs de réussite (montres de luxe, voitures de sport). Bettina, volage, insatisfaite, mystérieuse. L’avocate (Nora Hamzawi), simple, toujours bienveillante pour son client, Martin (Arcadi Radeff), heureux au début puis désespéré quand il apprend la véritable histoire et provenance du tableau…

Reste la véritable vedette, la stagiaire, Aurore (Louise Chevillotte). Elle cherche une revanche sur la vie, sur les malheurs de son enfance. Une intrigue parallèle qui la rend, de loin, la plus humaine de toute la galerie brossée par Pascal Bonitzer, même si elle ment comme elle respire. L’ancien scénariste n’a rien perdu de son brio pour imaginer des vies, ciseler des dialogues et amener l’évidence dans une intrigue qui parfois part dans des méandres compliqués.

Le tableau volé décrit avec justesse le tableau des mœurs sociales de notre époque.

 

lundi 13 mai 2024

En DVD et blu-ray - “Chasse gardée” à base de chevrotine et de rigolade

La campagne, son calme, son air pur, ses forêts… et ses chasseurs. Une comédie sur un sujet clivant, mais traité avec intelligence par Antonin Fourlon. 

 


Quatre-vingt-dix minutes de franche rigolade à base de tirs nourris et de clichés gentiment démystifiés. Chasse gardée (qui vient de sortir en DVD et blu-ray chez Seven 7) n’est pas le brûlot que l’on aurait pu croire, dénonçant les « mauvais » chasseurs empêchant les « gentils » néoruraux de profiter de la nature et du calme dominical pour un brunch réussi.

Antonin Fourlon, scénariste de cette comédie et coréalisateur avec Frédéric Forestier, résume plus humblement son objectif dans des notes de production : « C’est un film dans lequel nous apprenons à vivre ensemble, à faire des compromis en essayant de trouver les choses qui nous lient. C’est, en résumé, le fond de cette histoire. C’est plutôt un film de réconciliation entre les chasseurs que j’ai fréquentés qui sont souvent moqués et eux-mêmes qui brocardent les néoruraux qui ne connaissent rien à la campagne, au sauvage. » Le fameux « en même temps » qui dans ce cas précis permet de faire passer plusieurs messages.

Chasse gardée fait partie de ces films qui n’auraient jamais pu voir le jour sans le confinement. Simon et Adélaïde (Hakim Jemili et Camille Lou) n’en peuvent plus de leur petit appartement parisien. Ils ont deux enfants et rêvent d’espace. Quand ils découvrent une maison à vendre, pas trop loin, vraiment pas chère, avec un terrain, dont un bois, ils sautent sur l’occasion. L’été se passe, heureux, calme.

Mais en septembre, les voisins s’activent dans la forêt à quelques dizaines de mètres de la maison. Ils préparent l’ouverture de la chasse. Du jour au lendemain, le jardin paradis devient le jardin champ de bataille. Les chasseurs sont menés par Bernard, interprété par Didier Bourdon. L’ancien membre des Inconnus n’a pas hésité à endosser de nouveau le treillis car son rôle est beaucoup moins caricatural que le célèbre sketch de la galinette cendrée. Ces chasseurs sont surtout des bons vivants, qui ramènent rarement du gibier à la maison et qui cherchent avant tout à créer du lien dans le petit village. Mais quand le couple de Parisiens tente d’interdire la chasse dans le bois, c’est la guerre !

Cette comédie de fin d’année devrait plaire à toutes les générations et tous les milieux sociaux. Les urbains riront des chasseurs, les ruraux des néo-bobos, les vieux des jeunes à trottinette, les jeunes des anciens et leurs chansons moisies. Mais au final, tous riront à l’identique même si ce n’est pas forcément au même moment et pour les mêmes raisons.

Film d’Antonin Fourlon et Frédéric Forestier avec Didier Bourdon, Hakim Jemili, Camille Lou.