jeudi 4 janvier 2024

BD - Rodolphe et Griffo en pleine « Utopie » cauchemardesque

 



Cette nouvelle série a des airs de 1984. 2084 exactement, car l’action se déroule dans un futur proche. Les progrès technologiques ont bouleversé le quotidien des citoyens.


Les robots, aidés par les intelligences artificielles, facilitent la vie. Plus de travail harassant. Moins de liberté aussi. Et une déshumanisation de la vie sociale. Pour comprendre comment on vivra, selon Rodolphe et Griffo, les auteurs, on suit le quotidien de Will Jones. Il vit seul dans un bel appartement. Le soir il est accueilli par une babe, femme robot qui s’occupe des tâches ménagères. Et assouvi ses envies sexuelles…

La journée, il travaille aux archives. Exactement il réécrit les grandes étapes de l’Humanité. Quand il découvre dans son casier un livre, imprimé sur du papier, il est troublé et va basculer dans une réalité faite de questions, de révoltes et d’amour.

Si le thème ne semble pas nouveau, le traitement graphique de Griffo apporte tout son sel à cette série prometteuse prévue en trois tomes.

« Utopie » (tome 1), Delcourt, 56 pages, 13,50 €

mercredi 3 janvier 2024

La grande aventure d'un trio face au "Grand large"




Jean Cremers, dont c'est seulement le second album, a déjà un immense talent. Dans Le grand large, roman graphique de plus de 240 pages, il emmène le lecteur dans les différentes petites embarcations empruntées par un trio de survivants. Première à entrer en scène : Léonie. une gamine mise sur une simple barque avec quelques vivres et deux rames par ses parents. 


Elle doit aller au grand large pour tenter de trouver la terre ferme. Une exil obligatoire, quasiment un assassinat. Raidement, la fillette est prise dans une tempête et manque de chavirer. Sans rame ni vivres, elle va cependant aider un autre perdu, Balthazar, muet. Un autre gamin seul en mer. Le duo va échouer sur un île constituée de déchets plastique et embarquer avec lui Agathe, une femme un peu cinglée, survivant, d'après elle, depuis 40 ans. 

L'univers décrit par Jean Cremers est fascinant. La mer comme un désert. Des "rafleurs" tentent de leur voler vivres. De les kidnapper. D'autres  sont plus organisés, ont des grands bateaux à moteur. Mais survivent grâce au trafic d'enfants. C'est épique, aventureux, palpitant et bourré de rebondissements. Le dessin, simple parfois, mais beaucoup plus élaboré si l'on observe un peu plus certaines cases, donne toute sa force à ce récit qui a fait une belle impression à sa sortie. Un auteur est né. 

"Le grand large", Glénat, 248 pages, 24,50 €

Illustrations. Biblio et picto par Joost Swarte



Dynamiteur de la ligne claire, Joost Swarte n’a finalement pas publié tant que cela de BD. Il a rapidement délaissé la narration pour se concentrer sur la pure illustration. Un travail moins visible en France repris par les éditions Dargaud dans de très jolis livres.


Un premier volume sur New York en 2018 et un second, parfait pour les esthètes, qui reprend quantité de dessins ayant les livres pour thème. Les personnages, vus notamment en couverture de plusieurs numéros du New Yorker, évoluent dans d’immenses bibliothèques ou carrément dans des bouquins qui se transforment en chambre à coucher ou cuisine.

L’ouvrage recense aussi des lettrines ou cabochons, toujours sur le thème de l’imprimerie. Un enchantement pour les yeux, une source d’inspiration pour tout artiste aimant la recherche graphique.

« Biblio + picto », Dargaud, 112 pages, 28,50 €

mardi 2 janvier 2024

Un manga : Chasse au cadavre


Suite de l’excellent manga Chasse au cadavre de Hôsui Yamazaki. Un tome 2 où la petite bande de gamins va s’enfoncer encore plus loin dans l’inconnu. Ils sont quatre, trois garçons et une fille, à rechercher une fillette disparue il y a deux ans. Leur indice : un pylône électrique.




Ils vont explorer des forêts montagneuses, à vélo puis à pied, pourchassé par un chasseur impitoyable au masque de démon. On apprécie la belle complicité du quatuor, l’intrigue angoissante et la découverte d’une tradition séculaire particulièrement horrible.

Un thriller entre aventure enfantine et chasse à l’homme (à l’enfant en l’occurrence).

« Chasse au cadavre » (tome 2), Sakka Casterman, 192 pages, 8,45 €

lundi 1 janvier 2024

Une adaptation : La maison Usher en bande dessinée



On se demande parfois pourquoi certaines BD sont imprimées dans des formats plus grands que la normale. Cette question est superfétatoire dans le cas de La maison Usher, adaptation de la nouvelle d’Edgar Allan Poe par Jean Dufaux et Jaime Calderon.

Cela permet au lecteur d’apprécier tous les détails des extraordinaires dessins de l’auteur espagnol.

Une version très personnelle du classique de l’horreur sous la plume de Dufaux qui a eu la géniale idée de faire intervenir, directement dans le récit, l’écrivain américain si torturé. Il a cette phrase définitive en matière de création littéraire : « Un personnage vous échappe toujours à un certain moment. »

« La maison Usher », Delcourt, 72 pages, 23,95 €

dimanche 31 décembre 2023

Pour les plus jeunes, trois bandes dessinées locales à mettre sans hésitation au pied du sapin



La boîte à musique.
Carbone, pseudonyme de Bénédicte Carboneill, ancienne institutrice en Pays catalan, a lâché l’Éducation nationale pour se consacrer entièrement à l’écriture. Des romans jeunesse et puis une entrée remarquée dans la bande dessinée. 



Dès le premier tome de La boîte à musique, elle a trouvé son public passionné par les aventures de la jeune Nola dans le monde magique de Pandorient, contenu dans une simple boîte à musique que lui avait offert sa maman avant de disparaître. Dessiné par Gijé, le premier cycle de 5 albums vient d’être édité sous forme d’une intégrale, parfaite pour découvrir ou redécouvrir ce monde enchanté qui fera rêver petits et grands. 




Droit au but. Et de 20 ! Pas des buts, mais des albums de la série Droit au but. 20 albums dessinés et en grande partie scénarisés par Jean-Luc Garréra, l’auteur de BD Coursannais. 20 titres en 15 ans et un minot qui est devenu aussi célèbre que les joueurs de la Canebière : Nino. 



Une aventure inédite dans laquelle il affiche son « amour du maillot ». Et des maillots célèbres il y en a eu à l’Olympique de Marseille. Le grand-père de Nino en possède quelques-uns, mais ne retrouve plus celui de Maradona. Une mission exaltante pour Nino. 

Pour cet album anniversaire, une édition collector est proposée avec 16 pages supplémentaires sur les joueurs légendaires de l’OM, de Papin à Boli en passant par Pirès.  



Bonnie & Clo. Les fêtes de fin d’année permettent aux amateurs de fruits de mer de profiter pleinement de leur passion gustative. Notamment s’ils habitent près de la mer. Mais méfiez-vous des « Tentacules de la mer », titre de la troisième (et malheureusement dernière) aventure de Bonnie & Clo. 


Ce duo (un petit garçon et son chien) est sorti de l’imagination de Carbone, Marie Tourat et Pauline Roland, un trio originaire du Pays catalan et de l’Aude.  

On retrouve avec plaisir le dessin tout en caricature cartoonesque, de Pauline Roland. L’autrice de Port-la Nouvelle abandonne Bonnie & Clo pour se lancer dans la réalisation, en solo, d’une BD adulte. 


« La boîte à musique » (intégrale), Dupuis, 288 pages, 40 €

« Droit au but » (tome 20), Hugo BD, 11,95 € (édition collector, 14,95 €)

« Bonnie & Clo » (tome 3), Jungle, 64 pages, 13,50 €

BD - "Le monde oublié", avant Tarzan...

Contrairement à ce que croient nombre de lecteurs français, Edgar Rice Burroughs n’est pas le romancier d’un seul héros, Tarzan. Il a écrit quantité de romans qui ont tous connu le succès. Pour faire redécouvrir aux nouvelles générations ces histoires héroïques, souvent teintées de science-fiction, les éditions Glénat proposent une collection à son nom.

Deux premiers titres viennent de paraître, Un monde oublié et La princesse de Mars. Dans le premier, adapté par Corbeyran et dessiné par Gabor, le héros raconte comment, en voulant fuir les soldats allemands en pleine seconde guerre mondiale, il se retrouve dans un monde où les dinosaures sont encore omniprésents.

En plus de la survie au quotidien, les rescapés doivent aussi s’entendre car il y a autant d’Américains que d’Allemands. C’est sans doute cette partie de l’histoire (écrite en plein conflit mondial), qui a le plus vieilli.

Le second titre, La princesse de Mars, est un classique. Adaptées au cinéma, sans succès, les tribulations de John Carter sur Mars prennent une autre dimension grâce au découpage de Morvan et au dessin de l’Italien Biagini. John Carter, aventurier cherchant des pierres précieuses dans le désert, en fuyant les Indiens, se retrouve projeté à la surface de Mars.

Cela peut parfois sembler incohérent mais au final c’est toute l’inventivité sans limite d’Edgar Rice Burroughs qui transforme l’aventure en chef-d’œuvre de science-fiction. La suite de ces deux titres est annoncée début 2024 et deux autres titres rejoindront la collection : Tarzan et Au cœur de la Terre.

« Un monde oublié » et « La princesse de Mars », Glénat, 64 pages, 15,50 €

samedi 30 décembre 2023

Cinéma - “Past Lives” ou les regrets des amours manquées

Pour son premier film, Celine Song, dramaturge américaine d’origine coréenne, a puisé dans son passé et la culture de son pays natal. Past Lives, sous titré en français Nos vies d’avant, parle de destin, de déracinement, de choix de vie et d’amour. La première scène du film semble énigmatique. Une femme acoudée à un bar entre deux hommes. Une Asiatique entre un autre asiatique et un Européen. Qui est qui ? Quelles sont leurs relations ? On n’entend pas ce qu’ils disent. On constate simplement que la femme parle plus à l’Asiatique, que l’Européen semble comme mis à l’écart.

La suite se déroule en Corée du Sud, 24 ans plus tôt. Nora et Hae Sung sont amis. Ils se chamaillent souvent, s’apprécient aussi. Ils ont 12 ans. Mais Nora disparaît de la vie de Hae Sung car ses parents émigrent au Canada. Ce n’est que 12 ans plus tard que Hae Sung la retrouve. Elle est romancière, installée à New York. Malgré les années et la distance, ils vont se retrouver, parler comme s’ils s’étaient quittés la veille.

Les deux premières parties du film sont d’une justesse absolue. On devine l’attirance des deux enfants l’un pour l’autre. Et puis la vie décide autre chose. Une sorte de destin immuable, imperturbable. C’est Hae Sung qui recherche Nora. Elle est flattée mais comprend que cette relation la rapproche de son ancienne vie. Or, elle veut réussir et s’intégrer dans ces USA si exigeants. Alors, elle demande à son ami coréen de faire une pause dans les appels. Une pause de 12 ans. Nora va se marier avec un écrivain new yorkais, Arthur (John Magaro), Hae Sung aussi aura une compagne rencontrée lors de ses études en Chine.

La fin de Past Lives se déroule 12 ans plus tard. Hae Sung peut enfin venir à New York. Les retrouvailles, toutes en délicatesse et non-dits, donnent l’occasion aux deux comédiens d’exprimer toute la mesure de leur talent. On comprend alors que les membres du trio du début du film ce sont ces trois qui passent une dernière soirée avant le retour vers l’Asie de Hae Sung. Nora et Hae Sung se posent des questions sur leur parcours et choix, sur ces vies qui auraient pu être les leurs, ensemble. Si…

 Film de Celine Song avec Greta Lee, Yoo Teo, John Magaro


 

vendredi 29 décembre 2023

BD - Haut les flingues !


Nouvelle livraison d’histoires courtes peaufinées par Tiburce Oger et illustrées par de grands dessinateurs. Cette fois il raconte le destin de quelques gunmen, ces hors-la-loi qui ont fait parler la poudre.

Certains très connus comme Billy The Kid (illustré par Bertail), d’autres plus anonymes comme la redoutable Black Evil (dessins de Vatine) à l’improbable Mary, vedette d’un cirque, pendue en place publique pour meurtre bien qu’elle soit… un éléphant.

« Gunmen of the West », Bamboo Grand Angle, 112 pages, 19,90 €. Il existe une édition luxe en noir et blanc de 120 pages à 29,90 €

Cinéma - “Milady” ensorcelle les Trois Mousquetaires

Suite très attendue de l’adaptation au cinéma du roman d’Alexandre Dumas. Une seconde partie construite autour des errements de Milady. 


Enfin de retour ! Les Trois Mousquetaires repartent à l’assaut du box-office français. L’adaptation du roman a été scindée en deux parties. Après le succès du premier volet (3,3 millions d’entrées), place à la suite. Un long-métrage moins mouvementé et virevoltant.

Après la rencontre entre les quatre compagnons et la présentation des protagonistes, les adaptateurs se sont permis d’approfondir la personnalité de chacun. Avec la volonté de mettre en avant la belle et mystérieuse Milady interprétée par Eva Green. Du siège de La Rochelle aux bas-fonds de Paris en passant par le Louvre, les spectateurs seront entraînés dans des cavalcades, duels et combats épiques.

Les comédiens donnent tout dans cette grosse production française qui devrait faire rêver petits et grands. Le casting, qui a dérouté certains, trouve dans ce second opus toute sa justification. François Civil, jeune d’Artagnan fougueux et séducteur, devra écouter son cœur pour départager les deux belles du film : Milady et la charmante Constance (Lyna Khoudri). Les Mousquetaires, chacun dans leur style, sont attachants.

Vincent Cassel torturé et secret, Romain Duris enjôleur et Pio Marmaï bagarreur et bon vivant. Le roi est toujours interprété par le très étonnant Louis Garrel (presque le ressort comique du film…) et parmi les nombreux seconds rôles, notons la présence dans le premier volet de Raynaldo Houy Delattre, comédien d’origine audoise qui interprète Rochefort, un des sbires du cardinal Richelieu.

Et si vous voulez vous remettre le début de l’histoire en tête avant de rejoindre Milady, vous avez la possibilité de revoir la première partie sortie en vidéo chez Pathé dans des éditions riches de nombreux bonus.

Film de Martin Bourboulon avec François Civil, Eva Green, Pio Marmaï, Vincent Cassel, Romain Duris, Louis Garrel, Lyna Khoudri