vendredi 8 octobre 2021

Cinéma - « Tralala », comme un miracle musical à Lourdes

L’histoire, en chansons, d’un paumé un peu trop idéaliste qui croit se découvrir un passé très matérialiste. 

Mathieu Amalric, chanteur de rue dans ce film se déroulant à Lourdes en pleine pandémie.  SBS Distribution

Une comédie musicale en 2021 ? Étrange pari que celui des frères Larrieu pour leur nouveau film, tourné en grande partie à Lourdes, cité mariale habituée aux miracles. L’époque de Demy est révolue. « Quel est l’intérêt d’un tel film, surtout le jour de la sortie du nouveau James Bond ? » se demande le sceptique de service. « Être le témoin de notre époque » peut-on répondre, quand on constate que les chansons sont signées par les grands de la nouvelle scène musicale française, Philippe Katerine en tête accompagné de  Jeanne Cherhal, Étienne Daho, Bertrand Belin, Dominique A

Rien que la bande-son mérite le détour et l’histoire, si elle est moins corrosive que les films précédents des cinéastes, s’adapte au parcours en rédemption d’un chanteur SDF dans la bonne ville de Lourdes. Tout commence par une apparition. Tralala (Mathieu Amalric), chanteur de rue à Paris, voit une jeune fille d’une beauté renversante qui lui fait une mystérieuse déclaration. Il apprend qu’elle vient de Lourdes et décide de dépenser ses derniers sous pour rejoindre la ville des Pyrénées. Là, il va la retrouver et se trouver une identité. On ne sait rien du passé de Tralala. Par contre, à Lourdes, tout le monde le prend pour Pat, un jeune chanteur parti 20 ans plus tôt faire carrière aux USA. Il se découvre ainsi une mère (Josiane Balasko), un frère (Bertrand Belin), une petite amie (Mélanie Thierry) et même une ancienne maîtresse (Maïwenn).

La révélation  Bertrand Belin

Au fil des jours, il se persuade être ce fils prodigue qui est revenu au bercail. Rapidement, l’imposture est démasquée par certains, mais ils préfèrent ne rien dire, faire comme si Pat était bien de retour. Pourtant, comme le chante Bertrand Belin, véritable révélation du film tant pour sa performance d’acteur que ses compositions, « On ne revient pas d’entre les morts ». 

Tourné entre deux confinements, l’été dernier, Tralala joue avec cette multitude de masques. Le film fait même revivre, le temps d’une soirée, la folie des années 2000 dans une boîte de nuit ou un concert guinguette au bord d’un lac. Joyeux, enjoué, grave parfois, le film des frères Larrieu est finalement beaucoup plus qu’une comédie musicale. Une bouffée d’air pur et de sons enchanteurs en cette période trouble et compliquée.  

Film français d’Arnaud Larrieu et Jean-Marie Larrieu avec Mathieu Amalric, Josiane Balasko, Mélanie Thierry, Bertrand Belin

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jeudi 7 octobre 2021

Série Télé - « Braqueurs » devient une série sur Netflix


Film de Julien Leclercq sorti en 2016, Braqueurs se décline désormais sous forme de série sur Netflix. Six épisodes de 45 minutes survitaminés avec courses-poursuites, rafales d’armes lourdes et quantité de « méchants ». Du film original et de l’équipe de base, on ne retrouve que Sami Bouajila. Exit Guillaume Gouix, Youssef Hajdi et Kaaris. La série, en se déplaçant à Bruxelles, a puisé dans le vivier des jeunes talents. Tout débute par le braquage d’un lieutenant de la pègre. Deux jeunes filles, Liana et Shaïnez (Tracy Gotoas et Sofia Lesaffre), se font passer pour des escorts afin de dérober un smartphone à leur client. Mais finalement, en embarquant son sac, elles découvrent 8 kg de cocaïne. Une drogue qu’elles tentent de revendre. 

Rapidement les ennuis tombent sur ces gamines inconscientes du danger. Shaïnez est kidnappée. Or, la jeune fille est aussi la nièce de Mehdi (Sami Bouajila), le fameux expert en braquage. Récupérer la drogue est un jeu d’enfant pour lui, mais pour libérer Shaïnez, il devra accomplir un dernier gros coup : voler 300 kg de cocaïne à un baron de la drogue d’Anvers. 

On retrouve dans le scénario de Braqueurs, la même trame que celle du film, avec plus de personnages et d’intrigues mafieuses. Les braqueurs, au final, semblent les « gentils » de l’histoire tant les autres protagonistes intéressés par la drogue sont affreux. La réalisation est toujours aussi percutante, les cascades en voiture particulièrement spectaculaires. Et dans cette orgie d’action, un personnage plus humain et posé émerge, Sofia (Nabiha Akkari, vue dans Le bureau des Légendes), cousine et comptable du ravisseur de Shaïnez.

mercredi 6 octobre 2021

Série télé - Squid Game, jouer avec la mort


Attention, série brillante et originale mais aussi, et surtout, très violente et donc à ne pas mettre devant tous les yeux. Si les productions coréennes sont parfois longues, sirupeuses et très répétitives, Squid Game sort de ce cadre. Le concept a été imaginé il y a quelques années par Hwang Dong-hyuk pour un film. Il en a finalement tiré le scénario de cette série qui est devenue la première production coréenne à se retrouver à la première place des programmes de Netflix sur l’ensemble des pays couverts par la plateforme de streaming. Ce thriller aux scènes parfois insoutenables, est également une critique sociale percutante. Car loin du miracle économique, des millions de pauvres subsistent difficilement dans ce pays ou le capitalisme triomphe. Des hommes et femmes couverts de dettes, prêts à tout pour effacer leur ardoise. C’est le cas de

Seong Gi-Hun (Lee Jeong-jae), chômeur vivant chez sa mère, incapable de rembourser ses dettes, dévoré par le démon du jeu. Quand un inconnu lui propose de participer à un nouveau jeu, avec une cagnotte énorme à la clé, il accepte. C’est le début du cauchemar pour le candidat 456. Sur une île coupée de tout, les joueurs sont enfermés et doivent remporter des parties de jeu d’enfant sous peine d’élimination. Ne plus gagner le pactole mais surtout être abattu froidement par les gardiens de ce qui devient une véritable boucherie. Au cours de 9 épisodes d’une heure, on fait connaissance avec les autres concurrents qui se rapprochent de Seong Gi-Hun. Une jeune réfugiée de Corée du Nord, un ambitieux cadre supérieur, un mafioso pour qui tricher est comme respirer, une folle hystérique, un travailleur Pakistanais ou un vieux papi inconscient, comme s’il était de retour en enfance. Le sadisme des organisateurs semble sans limites. 

Le téléspectateur, lui, est captivé par ces jeux mortels, et tente de comprendre (souvent en vain) comment ces hommes et femmes tiennent psychologiquement. 

Une série qui change aussi par sa fin, loin d’être consensuelle et prévisible. 


mardi 5 octobre 2021

DVD et BluRay - « The Father » à redécouvrir en vidéo


Florian Zeller a frappé un grand coup en signant « The Father » (Orange Studios). Deux oscars pour ce film tiré de sa pièce de théâtre dont un pour Anthony Hopkins qui interprète cet homme âgé qui perd la tête. Autoritaire et strict il tente d’imposer ses vues à sa fille (Olivia Colman), de plus en plus dépassée par les événements. Toute la force du film est de placer le spectateur dans la tête du malade. Il vit des moments évidents, contrariés quelques minutes plus tard. 

La réalité prend plusieurs formes quand on souffre d’Alzheimer. Ces moments que l’on croit réels se révèlent finalement n’être qu’une construction de notre esprit. Et quand un éclair de lucidité fait son apparition, c’est aussi toute notre déchéance qui s’impose à notre conscience. Par chance, cela ne dure jamais longtemps. La sortie en vidéo du film offre en bonus trois scènes coupées.


lundi 4 octobre 2021

BD - Alix explorateur


Si au début, imaginer les aventures d’un Alix vieux a laissé sceptiques nombre d’amateurs de la série historique de Jacques Martin, désormais il ne doit plus y avoir beaucoup de détracteurs. Alix Senator avec Valérie Mangin au scénario et Thierry Desmarez au dessin est devenu un classique du genre. 


Dans ce 12e tome, Alix doit aider Enak, son vieux compagnon, à se libérer du joug des adorateurs d’Osiris. Pour cela ils doivent remonter le Nil, presque jusqu’à sa source, pour découvrir la nécropole de ces Dieux géants. Les deux héros doivent ramener les ossements de ces géants qui les premiers ont construit les pyramides. La remontée du Nil et la rencontre avec les peuples locaux sont source de nombreux contretemps. Et à l’arrivée, c’est tout autre chose que les héros vont découvrir pouvant les conduire vers les portes de l’Atlantide

« Alix Senator » (tome 12), Casterman, 13,95 €

dimanche 3 octobre 2021

BD - D’un espace à l’autre grâce à "Téléportation inc."


Suite des aventures spatiales de Lubia et Anarchon. Tous les deux agents de la Téléportation Inc., ils sont sur la piste de transferts clandestins. Dans ce futur très lointain, se faire téléporter d’un astre à un autre n’est pas gratuit. Et très réglementé. Eux sont surtout des chasseurs de mauvais clients. 


Après une présentation de cet univers dans le 1er album, les auteurs, Latil au scénario et Sordet au dessin, développent l’intrigue principale. Une sombre histoire de complot avec traitre à la clé. On apprécie toujours autant les nombreuses trouvailles pour utiliser la queue peu docile d’Anarchon, un extraterrestre de la race Duagin, sorte de grand lézard humanoïde. 

« Téléportation inc. » (tome 2), Bamboo Drakoo, 14,50 €

samedi 2 octobre 2021

BD - Combattantes exemplaires


Si Daesh, en Syrie et en Irak, a perdu, c’est aussi en partie grâce à l’abnégation des Kurdes. Parmi eux, les femmes ont toujours tenu une place importante. Ces nouvelles Amazones sont au centre du roman graphique de Clément Baloup tiré des nombreux reportages ces dernières années de Mylène Sauloy


Elle y explique qu’en plus d’une guerre de libération territoriale, le combat des Ayalas va vers une société féministe et écologiste. Car dans cette région tiraillée par les appétits de religieux prônant avant tout le patriarcat, ces femmes qui ont pris les armes, veulent avant tout se libérer de ces carcans. Un album très instructif sur une cause qui est parfois oubliée aujourd’hui que la menace islamiste a fortement diminué dans la région.  

« Les filles du Kurdistan », Steinkis, 20 €

vendredi 1 octobre 2021

Témoignage - Gérard Haddad écrit à sa bien-aimée disparue

Témoignage exceptionnel de rigueur et de tendresse que celui de Gérard Haddad. Ce psychologue et psychanalyste, également écrivain, raconte la fin de vie de son épouse, Antonietta. Exactement il décide de lui écrire des lettres alors qu’elle n’est plus là. Elle n’est pas morte, mais la maladie d’Alzheimer lui a enlevé parole et sensations. Surtout, elle a tout oublié de leur vie commune de 50 ans. 

Dans ce récit Gérard Haddad se dévoile. Comment il est tombé amoureux de cette jeune étudiante, vive et hyperactive. Comment ils ont décidé de vivre ensemble, partageant tout. L’équilibre qu’ils ont trouvé dans leur vie d’intellectuels, entre France, Italie et Israël. Une trop belle histoire que la maladie vient briser. « Je pensais que nous vieillirons du même pas, c’était la belle promesse du soir que j’espérais, et que la mort nous saisirait ensemble. Le sort, dans sa méchanceté, ne l’a pas voulu. » Les premiers signes sont diffus. Et le mari, souvent, refuse de les voir. 

Comme ces dernières vacances passés en Italie, dans le petit village de Monterosso dans les Cinque Terre. Antonietta, d’ordinaire si joyeuse et active, refuse de se baigner, rechigne aux découvertes. C’est après cet été qu’en plus de l’esprit, son corps lâche. Gérard Haddad raconte sans fard ces mois au cours desquels il doit être présent en permanence, s’occuper de cette femme d’ordinaire totalement indépendante comme un enfant. Jusqu’à la changer et la préparer pour la nuit. C’est pourtant dans cette épreuve que Gérard Haddad se découvre et signe les plus belles pages de cet amour infini : « Cette horrible maladie me faisait accéder au pur amour que tu voulus m’enseigner depuis le premier jour et que je ne sus recevoir qu’au moment de ce désastre. […] Notre amour que je croyais fané avait ressurgi, triomphant, vainqueur, infini. » Quelques mois de répit. 

La fin du livre est très dure, comme la lente extinction d’une femme qui a toujours été une lumière dans la vie de l’auteur. 

« Antonietta, lettres à ma disparue » de Gérard Haddad, Éditions du Rocher, 16,90 €

mercredi 21 octobre 2020

Cinéma - “Adieu les cons” : la cavale ultime

Toujours aussi acerbe, Albert Dupontel brocarde de nouveau notre société devenue folle.

Le suicidaire (Albert Dupontel), la condamnée (Virgine Efira) et l’aveugle (Nicolas Marié), le trio improbable de la cavale du film Adieu les cons.  Jérôme Prébois - ADCB Films


Depuis toujours, Albert Dupontel a un faible pour les ratés, les oubliés de la vie, les imparfaits et autres inadaptés à notre société du toujours plus beau, toujours plus brillant. Il puise dans ces personnages des idées de scénario où toute sa loufoquerie couplée à un anarchisme radical permet de transformer le banal en extraordinaire. Adieu les cons n’échappe pas à cette règle, avec cependant de plus en plus de tendresse pour ces handicapés de la vie sociale.

Tout débute dans le cabinet d’un médecin. Suze Trappet (Virginie Efira) découvre les radios de ses poumons. Elle trouve ça très joli. Le toubib, lui, s’égare en circonvolutions pour ne pas avouer de but en blanc qu’elle est condamnée. JB (Albert Dupontel), informaticien austère, est mis au placard pour laisser la place à un jeune diplômé plus dynamique. Désespéré, il décide de se suicider. Cela tourne mal et le voilà en fuite avec Suze, qui va lui demander de retrouver le fils qu’elle a abandonné quand elle était adolescente. Pour cela ils vont avoir besoin de l’aide de M. Blin (Nicolas Marié), un archiviste rendu aveugle après une bavure policière. Ces Pieds Nickelés vont déjouer tous les pièges des forces de l’ordre et localiser le médecin qui a accouché Suze. Le docteur Lint (Jackie Berroyer), souffre de démence sénile, mais cette histoire lui permet de retrouver un peu de lucidité et finalement, après bien des péripéties improbables (qui font tout le sel du film), le trio va enfin mettre la main sur ce fils disparu et l’aider à mieux gérer sa vie sentimentale de geek coincé et introverti.

Trio équilibré

Cela semble touffu résumé de cette façon, et pourtant le film est d’une fluidité absolue. Les désespoirs de Suze, l’honnêteté de JB, les bravades de M. Blin permettent à chacun de tirer le meilleur de l’autre. Une réelle complicité, tendresse aussi, se noue entre les trois. A noter que dans le rôle de la petite amie du fils de Suze, Marilou Aussiloux, comédienne originaire de Narbonne, prouve qu’elle est aussi à l’aise en tailleur chic qu’en robe d’époque qu’elle porte dans La révolution série diffusée sur Netflix. Autre petit rôle remarqué (et remarquable), Terry Gilliam des Monty Python interprète d’un vendeur d’armes à feu qui pourrait faire de l’ombre à Trump. 

Et la morale de l’histoire me direz-vous ? Elle se résume par le titre du film : Adieu les cons !

Film français d’Albert Dupontel avec Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié



mercredi 9 septembre 2020

Cinéma - Isabelle Huppert, daronne au pays des dealers

Isabelle Huppert joue à la Daronne qui berne flics et dealers dans ce film dont l’autre héros est le Paris populaire.


Ce film de Jean-Paul Salomé devait sortir initialement en mars. La Daronne bénéficie finalement d’une meilleure exposition puisque, depuis deux semaines, la fréquentation des salles de cinéma repart nettement à la hausse. Et cette comédie policière tirée d’un roman d’Hannelore Cayre devrait logiquement remplir les salles tant son côté drôle et irrévérencieux arrive à point nommé après une séquence de plusieurs mois de sinistrose sanitaire.

La Daronne, c’est Patience Portefeux (Isabelle Huppert). Interprète judiciaire, elle doit retranscrire en français les écoutes téléphoniques des dealers parisiens originaires du Maghreb. Sa parfaite connaissance de l’arabe lui permet de tout savoir sur les mouvements de cannabis entre Maroc et région parisienne.

Le début du film la montre lors d’une intervention au petit matin. Une descente où elle doit être au plus près pour indiquer aux policiers ce que se disent les suspects. Le reste de son travail est tout ce qu’il y a de plus tranquille. Très routinier même. Écouter les conversations de petits dealers n’est pas la chose la plus épanouissante. Mais c’est très instructif. Surtout quand on a quelques dettes laissées par un défunt mari.

Un rôle en or

Si Patience franchit toutes les lignes jaunes, c’est avant tout pour aider Khadidja (Farida Ouchani), l’aide-soignante qui s’occupe très bien de sa mère souffrant de la maladie d’Alzheimer. Son fils va être interpellé au cours d’une opération où plus d’une tonne de cannabis va être saisie. Patience va faire échouer l’opération et récupérer la marchandise.

A la tête de ce véritable trésor, elle va mettre au point une stratégie audacieuse pour le transformer en petites coupures pour assurer une fin de vie digne à sa mère et retrouver un peu de luxe dans sa vie. Patience va se transformer en Daronne (surnom donné par les policiers qui surveillent les trafics), une femme forte qui va devoir se faire une place dans ce milieu de machos qui n’apprécient que moyennement cette concurrence soudaine.

Fidèle au roman, le film offre un rôle en or à une Isabelle Huppert impeccable, entre petite-bourgeoise effacée quasiment fonctionnaire et dealeuse sans foi ni loi. Un film qui baigne dans le Paris populaire, où les communautés coexistent tant bien que mal dans une ville bigarrée et foisonnante. Avec notamment une superbe scène dans les rayons de Tati, grand magasin parisien qui depuis a fermé ses portes. Film sur le réveil d’une femme, on ressort de La Daronne avec des envies de bousculer le train-train du quotidien.

Film français de Jean-Paul Salomé avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani.