vendredi 3 septembre 2021

BD - Klaus de l’Umbrella Adademy


Série de BD imaginée par Gabriel Bay et Gabriel Ba, Umbrella Academy est devenu un feuilleton télé à succès. Côté BD, des histoires indépendantes ont été proposées aux fans. Voici donc le 1er Conte de la Umbrella Academy avec pour vedette Klaus, l’enfant numéro 4, celui qui peut communiquer avec les morts. 

Le scénario est de Gerard Way et de Shaun Simon alors que le dessin est confié à Culbard, Gabriel Ba se contentant de la couverture. Klaus, adolescent turbulent et drogué, est renvoyé du pensionnat Hargreeves. Il échoue à Hollywood au service d’une vieille star qui tente de retrouver la gloire d’antan. Le tout sur fond de mafia et de vampires. Original et fidèle à la série d’origine.  

«Tu pues la mort», Delcourt, 15,95 €


De choses et d’autres - « Ou aveugles ou naïfs »

Emmanuel Macron à Marseille est revenu sur la polémique provoquée par son ministre de l’Éducation. Jean-Michel Blanquer a sous-entendu que la prime de rentrée sert, parfois, aux parents à acheter des écrans plats.

Loin de condamner ces propos, le président en a remis une couche : « Nous serions ou aveugles ou naïfs de penser que la totalité des allocations servent à acheter des fournitures scolaires. » Étrange sortie populiste d’un président qui, le jour même, en même temps qu’il rendait hommage à l’enseignant Samuel Paty, égorgé dans la rue, a exhibé la photo de deux youtubeurs champions du placement produit.

« Nous serions ou aveugles ou naïfs de penser que la totalité des interventions présidentielles servent à valoriser la grandeur de notre pays » pourrions-nous dire pour paraphraser le président.

De la même façon, si l’on commence à se pencher sur les multiples condamnations d’élus, de tous bords, pour des malversations financières et détournements d’argent public, on ne peut que constater que « nous serions ou aveugles ou naïfs de penser que la totalité des impôts servent à améliorer le quotidien des contribuables ».

De toute manière le débat ne devrait pas avoir lieu car depuis les confinements, l’enseignement à distance et les programmes éducatifs diffusés toute la journée sur France 4, un grand écran, même plat et fabriqué en Corée, peut tout à fait être considéré comme une fourniture scolaire de base.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le 3 septembre 2021

jeudi 2 septembre 2021

BD - Obsèques dans l’Ouest avec Undertaker


Le western en BD est marqué par quelques grandes signatures. Jijé dans un premier temps puis Jean Giraud qui, avec Blueberry, a placé la barre très haut. Pourtant, Ralph Meyer fait au moins jeu égal avec le maître depuis qu’il anime les aventures de Jonas Crow, le croque-mort itinérant de l’ouest sauvage. 

Dans Salvaje, 6e titre de la série, il est en mauvaise posture. Capturé par un ami d’enfance qui veut devenir le maître de Tucson en Arizona, il va devoir protéger la jeune Apache Salvaje et son fils Chato

Il y a dans cette histoire de nombreuses références à plusieurs titres de Blueberry. Dont une scène dans une locomotive à vapeur faisant furieusement penser au final d’anthologie d’Angel Face.

« Undertaker » (tome 6), Dargaud, 15 €

De choses et d’autres - L’angoisse de la rentrée

Aujourd’hui ils sont donc des millions à retourner à l’école après deux mois de vacances. J’espère qu’ils ne sont pas dans le même état d’esprit que moi quand j’étais enfant. Le retour en classe me terrorisait. 

Pas forcément sur le plan éducatif mais plutôt sur tout ce que cela implique d’à-côtés. Les habits neufs et rêches, la coupe fraîche chez le coiffeur, les réveils au petit matin pour prendre le bus dans le froid…

Je dois avouer que la fin de mon cursus éducatif était comme une libération absolue. Et longtemps, dans mes différents boulots, je prenais un plaisir immense à prendre mon mois de congés payés en septembre. Quand tout le monde devait se remettre en ordre de marche, je lâchais prise avec un bonheur absolu.

Cela a marché quelque temps. Et puis, l’angoisse de la rentrée est revenue insidieusement. Pourtant je ne suis en rien tributaire de l’échéance. Mais en ce jeudi, bizarrement, je suis aussi anxieux que les millions de gamins qui redoutent de quitter leurs parents, de découvrir qui est leur prof principal et trop souvent, de croiser de nouveau quotidiennement le chemin de ceux qui prenaient un malin plaisir à les harceler l'an dernier.

C’est aussi pourquoi je n’ai jamais envié les profs et leurs deux mois de vacances en été. Car ces soixante jours se terminent toujours par ce jour noir entre tous : celui de la rentrée.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le jeudi 2 septembre 2021

mercredi 1 septembre 2021

Rentrée littéraire - La vie oisive des nantis de Ligurie

Dans un futur très proche, quelques dizaines d’années au maximum, l’Europe a changé de configuration. La fin des frontières entre États a laissé la place à une reconnaissance de grandes régions transnationales. L’action de Farouches, roman de Fanny Taillandier, se déroule en Ligurie. Cette région d’Italie va actuellement de la frontière avec la France au port de La Spezia. Gênes en est la capitale. Dans ce futur romanesque, à l’Ouest, la Ligurie débute dès Marseille. Une petite parenthèse juste pour donner un peu de baume au cœur des Catalans et Basques, du nord et du sud : un jour, grâce à l’Europe, l’entité d’antan sera reconstituée. La Ligurie fait partie des zones riches des bords de la Méditerranée. Sur une colline donnant sur le « paysage de la baie vibrant de soleil. La mer immobile ; l’horizon flou », Jean et Baya habitent dans un ancien mas avec piscine, grand jardin et même un verger. Le bonheur simple de deux riches entrepreneurs venus s’installer au soleil pour continuer leur brillant parcours professionnel, elle dans le conseil juridique, lui dans la commercialisation de systèmes de climatisation. Pourtant cette sérénité va être ébranlée. 

D’abord par la venue d’une femme, récemment installée dans une maison presque en ruines à quelques centaines de mètres de la propriété du couple. Mais aussi et surtout de sangliers, « sales bêtes » nuisibles qui prolifèrent et défoncent les pelouses et parterres. Ces animaux, incontrôlables, de moins en moins craintifs, deviennent l’obsession de Baya. Comment s’en débarrasser ? Jean de son côté est témoin des prémices d’une guerre des gangs. Les armes sont de sortie, le sang est versé. Pourquoi craint-il tant ces événements ?

Ce roman de Fanny Taillandier semble fait de circonvolutions, de zigzags comme sur les routes de cette région montagneuse. On ne sait jamais où l’autrice veut nous mener. Le couple s’aime sans aucun doute. Mais on sent que Jean et Baya sont parfois de véritables étrangers l’un pour l’autre. Qu’une violence larvée couve dans cette Ligurie du futur. Et quand elle éclate, ce sont des souvenirs immémoriaux qui reviennent à la surface. 

« Farouches » de Fanny Taillandier, Éditions du Seuil, 19 €

De choses et d’autres - Reconversion professionnelle risquée

Si le général de Gaulle a longtemps boudé la télévision, ce média est par la suite devenu le passage obligé de tout politique désirant remporter une élection. Qu’importe vos idées ou votre programme, si vous passez bien à l’écran, vous avez toutes les chances de faire un bon score. Mais cela n’empêche pas les échecs.

Et certains, après avoir tâté des plateaux en tant qu’invités, sont parfois tentés de prolonger l’expérience en passant de l’autre côté. Comme Manuel Valls qui va piger à RMC et BFMTV ou Roselyne Bachelot qui, après avoir assuré la main sur le cœur qu’elle ne ferait jamais plus de politique, a animé shows à la radio et à la télé durant quelques années. Un coup de téléphone du président Macron et les belles promesses se sont envolées.

Et dès que son intérim ministériel aura pris fin (le plus vite possible me hurlent certains acteurs du monde de la culture à l’oreillette), elle retrouvera son siège dans les studios.

Elle croisera peut-être un nouvel animateur qui comme elle, est passé par la case gouvernement. Benjamin Griveaux, ancien et éphémère (pour cause de sextape) candidat à la mairie de Paris, présentera une émission économique mensuelle sur la chaîne B Smart. Il y interrogera des chefs d’entreprise.

Fou rire assuré quand il devra interroger un patron qui spécule sur des bitcoins, ce marin qui accroche son bateau à une bitte d’amarrage ou ce fabricant de raquette de tennis sans oublier les créateurs de la marque emblématique du Slip français. Mais pas sûr qu’il sache à quoi sert un slip.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mercredi 1er septembre 2021

mardi 31 août 2021

De choses et d’autres - Le joyeux bruit des enfants

Les libertés individuelles seraient mises à mal ces derniers temps. Du moins si l’on en croit certains manifestants ou quidam croisés dans la rue. Dans cette dernière catégorie, se trouve de plus en plus de personnes qui ne supportent plus les enfants. Ce qui les exaspère exactement ce sont les enfants turbulents. L’enfant parfait pour eux se résume à une image (c’est-à-dire sans le son et le mouvement).

Ayant eu le bonheur de garder à plusieurs reprises nos petits-enfants cet été durant les vacances, mon épouse et moi avons constaté que le seuil de tolérance aux cris de joie est tombé très bas dans notre société. Âgés de 3 et 6 ans, les deux petits diables sont de véritables piles atomiques.

Le trajet (20 mètres) de la porte d’entrée à la voiture est l’occasion de grands cris d’Indiens, d’une course à celui qui touchera le plus vite la portière et, bien évidemment, de rires ou de chamailleries sur le nom du vainqueur.

« Mais arrêtez de crier, je vous l’ai déjà dit 100 fois ! » Ce n’est pas moi et encore moins ma femme qui se plaint mais une voisine, retraitée, qui astique consciencieusement le portail de son petit pavillon.

On la regarde interloqués. Il est 8 h 30 du matin. Elle doit être debout depuis pas mal de temps et les cris ne l’ont certainement pas réveillée. De toute manière cela n’a duré que 10 secondes. Alors pourquoi tant de haine, d’acrimonie et de mauvaise humeur ? Avait-elle l’interdiction de parler trop fort quand elle était petite ? Se rattrape-t-elle maintenant ?

Ce qui est sûr, par contre, c’est que nous, jamais nous ne nous lasserons des cris de joie de nos petits-enfants. Ils resteront dans notre mémoire pour toujours.

Et quand d’autres gamins jouent un peu bruyamment, ce n’est pas l’envie de les faire taire qui nous titille, mais au contraire de crier avec eux pour redevenir, même une poignée de secondes, insouciants et heureux de vivre le moment présent à 100 %. 

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le mardi 31 août 2021

Rentrée littéraire - Longue absence maternelle

Magdalena semble avoir réussi sa vie. Comédienne réputée, elle enchaîne tournages de film et pièces de théâtre. Pourtant ce paraître qui peut faire envie, cache un gouffre sentimental. Magdalena endosse d’autres personnalités uniquement pour oublier son propre monde.

La faute à sa famille, comme souvent dans les traumatismes. Si les dix premières années de son enfance sont de doux souvenirs, à l’adolescence, elle comprend que sa mère, tout le temps alitée ou absente, a un problème.

Jusqu’à ce jour, elle a 14 ans, où son père lui explique que « Maman est partie ». Léonor de Recondo fait démarrer son roman 30 ans plus tard, quand l’agent de Magdalena la prévient : « On sait où est ta mère ».

Ces retrouvailles vont se transformer en une sorte de rituel de dressage entre une petite fille déterminée qui entre dans la cage aux fauves, l’antre d’une vieille femme qui ne veut plus exister.

lundi 30 août 2021

De choses et d’autres - La présidentielle permanente

Il serait temps de réinventer notre société. Les derniers mois ont prouvé que bien des certitudes (comme acheter des jouets pour Noël, manger au restaurant quand on veut, se claquer la bise…) peuvent se transformer en vagues souvenirs. Au lieu d’espérer retrouver le monde d’avant, tentons d’en bâtir un  radicalement différent. Notamment pour l’échéance démocratique essentielle de notre pays : la présidentielle.

En avril prochain, si l’on en croit les déclarations d’intention, il se présentera une pléthore de candidats, de la gauche à la droite en passant par le centre et quelques zones non identifiées entre gilets jaunes et antivax. Comment les départager ? Et si on s’inspirait de ces nouvelles formes de démocraties directes utilisées dans les émissions de téléréalité.

Dès le premier week-end de janvier, au lieu de se fier à des primaires aléatoires au niveau organisation et participation, autant demander à l’ensemble des Français de se prononcer sur toutes les candidatures possibles et imaginables.

À la fin du premier vote, le candidat le moins doté en voix est éliminé. La semaine suivante, tout le monde retourne au combat et rebelote.

Non seulement les sondages s’avéreraient beaucoup plus fiables, mais en plus les alliances seraient évidentes à réaliser vers la fin de la campagne. Une présidentielle perpétuelle où personne ne pourra se plaindre à la fin puisque l’élu aura vaincu tous ses concurrents, les uns après les autres.

Par contre, pas de totem d’immunité, même pour le sortant. À l’inverse, certains risquent de se retrouver avec une extinction de la flamme en cours de route en cas de mise en examen ou gros scandale financier. Et au bout du bout, il n’en restera que deux.

Le problème c’est de demander aux Français de se rendre dans des isoloirs chaque dimanche. Compliqué voire impossible. Reste le QR code, notre ami de tous les jours depuis le pass sanitaire.

Chaque Français a son QR code et toutes les semaines, en allant au restaurant, faire la bamboche en boîte de nuit ou tout simplement en renouvelant son stock de pâtes dans un grand centre commercial, nous choisirons qui nous imposera ses lois pour les cinq années à venir.

Chronique parue le lundi 30 août en dernière page de l’Indépendant.

BD - Légende de l’Ouest réécrite


Bruno Duhamel, auteur complet, aime surprendre le lecteur. Après des récits sur le 3e âge, ou le dérèglement climatique, il se lance dans le western. Fasciné par cet ouest américain, il s’est penché sur une véritable légende : Jake « Wild faith » Johnson. Un shérif qui est devenu, au fil des décennies, le héros d’une reconstitution pour touristes.

Une scène de duel qu’interprète tous les soirs Frank depuis 15 ans. Il s’identifie à ce justicier et tombe de haut quand on lui annonce qu’il n’a plus l’âge du rôle. Viré ! Pour tenter de se remettre de ce coup du sort, il part sur les terres de l’Arizona… dans une excursion touristique.


Là, dans les USA contemporains, il va devoir ressortir son vieux colt pour passer de la fiction à la réalité.

Cette histoire complète, en plus de permettre à l’auteur de dessiner des planches de toute beauté, trace un intéressant parallèle entre présent et passé avec utilisation de la fascination des armes, des fake news et des dérives de la société de consommation.

« Fausses pistes », Grand Angle Bamboo, 17,90 €