jeudi 24 juin 2021

BD - Récits courts de Jean-Claude Denis


Jean-Claude Denis a toujours aimé les récits courts destinés à la presse. Il a débuté comme ça et plusieurs de ces nouvelles graphiques bénéficient enfin d’une publication en album dans Reliefs de l’ancien monde.

La première, Frère humain, de 11 pages, est même inédite puisque le journal qui l’a commandée ne l’a jamais publiée… Elle date de 1999, parle d’humanitaire et de puissantes filles au pair allemandes. Un régal.

On retrouve aussi des récits plus anciens comme ce Petit mur de l’Atlantique datant de 1988 paru dans un Pilote sur l’enfance.  

« Reliefs de l’ancien monde », Futuropolis, 20 € 

mercredi 23 juin 2021

BD - La jeunesse d'Arsène Lupin


Il est partout. Le retour d’Arsène Lupin, héros de roman à la base, est multiple. En plus de la série Netflix, redécouvrez dans cette intégrale les trois tomes racontant la jeunesse du roi des voleurs.

Deux scénaristes (Deschodt et Abtey) ont imaginé ce récit pour Gaultier. Arsène, pas encore Lupin, est prisonnier d’un bagne pour enfant. Il va être sauvé par un noble qui lui fournit éducation et droiture morale. Mais sur sa route se dressent des intérêts puissants décidés à éliminer son protecteur et le jeune homme trop brillant.

On apprécie le côté feuilleton de cette intégrale de plus de 170 pages.

mardi 22 juin 2021

BD - Solitude, nom féminin


La BD s’adresse de plus en plus aux filles. Et pas toujours sous forme de trucs roses et sirupeux. Le premier tome de Filles uniques de Beka et Camille Méhu en est le parfait exemple. Paloma est une fille de l’assistance. Depuis son plus jeune âge elle va de famille en famille. Paloma n’a pas d’amies. Paloma est difficile.

Cela n’empêche pas quatre autres filles de tenter de l’intégrer dans leur club des « mal-barrées ».

Pour la convaincre, le mieux est d’en savoir un peu plus sur son enfance. L’émotion vous guette derrière chaque page d’un album abordant nombre de problèmes de la jeunesse actuelle

« Filles uniques » (tome 1), Dargaud, 12 € 

lundi 21 juin 2021

De choses et d’autres - Les Français deviendraient-ils obéissants ?


Qui peut désormais oser prétendre que les Français font toujours l’inverse que ce que leur demande le gouvernement ?

Mercredi Jean Castex, après avoir endossé son maillot de champion du monde des bonnes nouvelles, annonçait qu’il n’était désormais plus obligatoire de porter le masque en extérieur. Le lendemain, comme par enchantement, tout le monde respecte scrupuleusement et à la lettre la directive du Premier ministre.

Moi le premier en sortant au petit matin pour ma promenade au frais dans les rues du village. Je croise les habituels voisins qui vont chercher leur pain ou rejoignent leur jardin au bord de la rivière. Ils sourient et cela se voit. Pas un passant avec le masque. Très obéissants les Français quand ils le veulent.

Un peu tête en l’air aussi. Près de la boulangerie, je vois une cliente marcher avec entrain vers la bonne odeur du pain frais. Et freiner d’un coup d’un seul. Elle réalise qu’elle n’a pas de masque, toujours obligatoire pour pénétrer dans la boutique. Et comme elle n’en a plus dans son sac, elle rebrousse chemin et revient quelques minutes plus tard avec l’accessoire qui a failli totalement disparaître de notre vie.

Plus de masque dans la rue cela décuple mon autre plaisir du matin. En ce moment, en trois endroits de la commune (chez un particulier et sur deux parterres municipaux), le faux jasmin étoilé est en fleur. Passer sous les treilles c’est respirer à plein poumons ce doux parfum, un de mes préférés avec le frangipanier.

Je l’avoue aujourd’hui : avant l’autorisation de Jean Castex, arrivé sous les fleurs odorantes, je retirais mon masque durant quelques secondes pour profiter pleinement de ce petit bonheur enfin redevenu légal. 

dimanche 20 juin 2021

De choses et d’autres - Le foot et ses à-côtés

On va en manger du foot les prochaines semaines. Un peu de jeu et beaucoup de commentaires chauvins, de polémiques stériles et d’à-côtés pas toujours reluisants. Je frise déjà l’indigestion. Car, l’entrée victorieuse de la France dans la compétition va décupler les angles d’attaques.

Normalement, le match gagné contre l’Allemagne aurait suffi à tous les amateurs de ballon rond. Mais, en fait, on parle de tout, sauf du match. D’entrée, un ULM de Greenpeace s’est crashé dans les tribunes.

Ensuite les Bleus n’ont pas posé un genou à terre pour montrer leur soutien au mouvement antiraciste Live Black Matter.

Durant la rencontre, une sorte de Batman allemand a carrément mordu Pogba. Après le match, lors de la conférence de presse, le même Pogba a dédramatisé l’incident, mais a ostensiblement enlevé une bouteille de bière (sans alcool) de la table où il était installé.

Un peu plus tôt, Ronaldo avait fait de même, mais avec des bouteilles de soda. Le placement produit liquide ne plaît pas à certains joueurs.

La dernière polémique en cours concerne le titre de Une de l’Équipe. Pour saluer la victoire 1 à 0 contre les Allemands, le quotidien a inscrit en gros « Comme en 18 ». Les supporters pensent forcément à 2018, l’année du second titre mondial tricolore, ceux qui ont un peu de culture historique y voient plutôt une référence maladroite à la fin du grand massacre de 14-18 dans les tranchées.

ULM, genou à terre, morsure, bière ou référence historique : bref on est loin, très loin du foot. 

samedi 19 juin 2021

De choses et d’autres – Mandryka c'était un concombre masqué et de sacrés délires

Des trois maîtres qui ont révolutionné la BD adultes, c’est le dernier à avoir tiré sa révérence. Mandryka est mort, ce lundi, chez lui, en Suisse. Mandryka, avec Gotlib et Bretécher, dessinaient dans le Pilote de Goscinny. Mais, ils se sentaient bridés, empêchés de raconter et dessiner sans tabou. Le public, plutôt jeune de Pilote ne leur suffisait plus. Ils ont osé lancer une nouvelle revue, sans pub, mais surtout, sans contrainte.

L’Écho des Savanes a ouvert une brèche, la BD s’émancipait et Mandryka y apportait sa marque. Auteur complet, ayant débuté dans Vaillant, l’ancêtre de Pif Gadget, Mandryka était surtout connu pour le Concombre masqué, légume philosophe de l’absurde.

Personnellement, il fait partie de ces auteurs qui m’ont ouvert les yeux sur la psychanalyse et la sexualité. Dans l’Écho des Savanes, on se perdait dans les méandres de Horde, puis on riait sans retenue aux aventures génitales de Bitoniot, personnage principal du Retour du refoulé. 

Mandryka n’a jamais cessé de dessiner. Les dernières aventures du Concombre ont été publiées dans Spirou, puis sur le site internet créé par Mandryka. Sa disparition est passée inaperçue dans le grand public, mais le monde de la BD pleure un de ses plus grands dynamiteurs. 


vendredi 18 juin 2021

De choses et d’autres - Pas de couvre-feu dans le XVIe !

L’affaire a fait grand bruit et ne va pas améliorer l’image de président des riches qui colle de plus en plus à Emmanuel Macron. Vendredi soir, la seconde demi-finale de Roland-Garros s’éternise. Djokovic bataille ferme pour dégager le squatteur de la terre battue : Nadal. Et, comme désormais le tournoi continue qu’il pleuve ou qu’il fasse nuit, on se rapproche inéluctablement de l’heure du couvre-feu.

Mais à quelques minutes de la fin de la permission de sortie des quelques milliers de privilégiés bon chic bon genre (un billet d’entrée à Roland-Garros n’est pas à la portée de toutes les bourses…), le speaker annonce que le gouvernement autorise le public à voir la conclusion du match, même après 23 heures. Envolés, le couvre-feu et les restrictions sanitaires dans cette partie du XVIe arrondissement de Paris.

Et les amateurs de balle jaune d’entonner spontanément un « Merci Macron ! » qui vient du cœur. Le problème, c’est qu’à quelques kilomètres de là, dans le VIIe, sur l’immense esplanade des Invalides, d’autres personnes ont décidé de s’octroyer la permission de minuit. Mais là, pas de grâce présidentielle. Juste une bonne charge de CRS contre ces milliers de dangereux fêtards. À l’avenir, les petits jeunes devraient réviser leur plan.

Première solution, faire la fête, mais dans les jardins du Trocadéro. Comme ils sont dans le XVIe, difficile d’interdire ce qui est permis à trois kilomètres de là.

Autre option, inviter Nadal et Djokovic. Si les champions viennent danser avec une raquette en main et en short, quel est le CRS assez fou qui va oser les asperger de gaz lacrymogène ? 

 

jeudi 17 juin 2021

Cinéma - La fine fleur de la réinsertion

Eve (Catherine Frot), petite patronne en difficulté, va transmettre son savoir à des jeunes en réinsertion comme Nadège (Marie Petiot). Estrella Productions 

Un film sur les roses ? Le concept semble assez incongru. Et pourtant Pierre Pinaud transforme cette idée peu banale en un long-métrage remarquable par sa finesse, son intelligence et son universalisme. Car tel un hybrideur de talent (ceux qui créent de nouvelles variétés de roses), il a greffé sur la tige austère du savoir incarné par Eve (Catherine Frot), la bonne volonté et l’innocence de trois personnes en réinsertion sociale. 

La fine fleur débute lors du concours international de roses au parc de Bagatelle à Paris. Le plus prestigieux au monde. Eve, horticultrice dont la petite exploitation est en redressement judiciaire, tente une nouvelle fois de remporter le premier prix. Elle s’est spécialisée depuis quelques années dans le blanc nacré. Une nouvelle variation, très belle mais qui n’a pas les faveurs du jury. 

La situation économique ne fait qu’empirer. Son unique employée, la très cartésienne Véra (Olivia Côte), tente de trouver une solution pour sauver la saison. À court de finances, elle fait appel à une association de réinsertion pour avoir de la main-d’œuvre moins chère. Eve découvre donc la nouvelle équipe composée d’un délinquant en liberté conditionnelle, d’une timide maladive et d’un chômeur de 50 ans en fin de droits. 

■ La menace du rachat 

La fine fleur, c’est surtout la fine équipe. Car entre ce trio qui n’a jamais mis les pieds dans une jardinerie et la très exigeante Eve, le courant va difficilement passer. Mais les circonstances font qu’il est parfois utile d’avoir des néophytes et qu’en plus, quand ils ont certains talents cachés, le travail collectif paye doublement. Le film repose en grande partie sur les épaules de Catherine Frot. Cette patronne de fer, attachée à son indépendance (un des ressorts du film est la menace de rachat de l’entreprise par une grosse société), semble au début peu sympathique. Obnubilée par ses roses, incapable de voir que la richesse est aussi dans les gens qui travaillent avec elle. Il lui faudra faire un long cheminement pour devenir touchante. Alors certes on en apprend beaucoup sur la création de roses dans ce film, mais son véritable intérêt reste cette histoire de réinsertion exemplaire. 

« La fine fleur », film français de Pierre Pinaud avec Catherine Frot, Melan Omerta, Vincent Dedienne 



BD - Politique très terre à terre


Ancien ministre, tombé pour malversation financière, Henri-Xavier de Lapègre est obligé de revenir aux fondamentaux de la politique : faire campagne auprès des électeurs. Manque de chance, il doit convaincre des électeurs d’un petit village perdu dans ce monde qui lui est totalement inconnu : la campagne.

Campagne à la campagne, tel est le titre du second recueil de gags de la série Homo Politicus, écrite par Nena et dessinée par Soulcié. Attention, on est dans le domaine de la caricature à gros trait. Quand son staff lui demande s’il a déjà été à la campagne, il demande, « le bois de Vincennes ça compte ? » Sur place il s’attend à de l’air pur, mais le village est aussi le siège d’une vieille usine chimique.

Écologie, pollution, tradition, loto du 3e âge, corruption… toutes ces thématiques sont passées à la moulinette dans cette BD qui parfois s’approche étonnamment de la réalité des campagnes des régionales et des départementales en cours.

« Homo politicus » (tome 2), Fluide Glacial, 9,90 €, parution le 16 juin 

mercredi 16 juin 2021

Cinéma - “Teddy”, l’ado solitaire qui se rêvait en loup

Ce film d’horreur très décalé a été tourné en 2019 dans le Vallespir

Anthony Bajon, une fois encore, est excellent dans le rôle d’un asocial du genre velu. Il interprète Teddy, un jeune provincial qui croit au grand amour avec Rebecca (Christine Gautier). The Jokers 

Teddy peut enfin se faire les griffes sur les grands écrans des cinémas. Le film des frères Boukherma, tourné au printemps 2019 dans le Vallespir dans les Pyrénées-Orientales, a vu sa sortie être décalée à plusieurs reprises. Un loup-garou craint les balles en argent, mais ce qu’il y a de plus redoutable en ce moment pour ces créatures légendaires c’est un coronavirus qui provoque la fermeture de tous les cinémas de France et d’Europe durant plu sieurs mois. Le taux d’incidence étant redescendu sous les 50 et les cinémas pouvant enfin repasser à jauge pleine, Teddy sort du bois.

Dans un petit village des Pyrénées, Teddy (Anthony Bajon) s’ennuie à mourir. Orphelin, il vit chez sa tante très handicapée et son ami Pépin (Ludovic Torrent). Il n’a pas d’ami dans ce village un peu caricatural de la France profonde. Le film s’ouvre par un dépôt de gerbes au monument aux morts. Marseillaise, appel aux morts et puis Teddy met son grain de sel. La gendarmerie est carré ment obligée d’intervenir et d’évacuer le fauteur de troubles manu militari. Alors Teddy monte dans son van et roule à fond avec du hard rock dans les oreilles. Il va rêver sur le terrain paumé dans la montagne où il espère construire sa maison (avec pergola, important la pergola) afin d’y vivre avec sa petite amie, Rebecca (Christine Gautier). Les deux réalisateurs, eux-mêmes originaires du Lot-et-Garonne, aiment à présenter la province sous un jour peu reluisant. 

■ Personnages cabossés 

Un peu comme un Jean-Pierre Mocky ou un Bruno Dumont, ils ont soigné leur casting. Pas de « belles gueules ». Ils sont tous plus ou moins cabossés, acteurs professionnels comme amateurs recrutés dans les parages du tournage. Cela donne un grand loto dans la salle des fêtes qui sonne juste. 

Pour ce qui est du fantastique, Teddy ne montre pas. Quelques scènes un peu gore, mais pas de gros effets spéciaux. Quand Teddy est mordu dans le bois, on ne sait pas exactement par quoi. Et quand il débute sa « transformation », c’est peut être aussi les conséquences de sa consommation excessive de champignons hallucinogènes. Mais au final, un loup, qu’il soit garou ou solitaire, n’a jamais sa place dans notre société. C’est aussi cette réalité vécue par la majorité des adolescents de province que Teddy raconte. 

➤ Film français de Ludovic et Zoran Boukherma avec Anthony Bajon, Christine Gautier, Ludovic Torrent