mardi 7 juillet 2020

BD - Gags avec des plumes

 


Vivant à Coursan pas très loin des grands étangs du littoral, Jean-Luc Garréra n’a pas à aller très loin pour trouver l’inspiration de sa série humoristique la plus récente  sur les oiseaux. Dessinés par Sirvent, ces gags permettent de sourire mais aussi d’apprendre pas mal de choses sur ces drôles de bestioles à plumes. 

Savez-vous par exemple que l’oiseau considéré le plus dangereux du monde n’est pas un aigle mais casoar à casque. Il a une griffe acérée comme un poignard. 

Et comme il pèse pas loin de 70 kg... Plus proche de nous, Garréra a détourné l’histoire des flamants roses aux pattes prises dans le gel. Un album idéal pour la détente et qui nous permet de rire en s’amusant. 

« Les oiseaux en BD », Bamboo, 10,95 € 

lundi 6 juillet 2020

Roman - 2069, année roborérotique



Si en 1969, Gainsbourg avait fait scandale, le recueil de nouvelles futuristes de Josselin Bordat baptisé « 2069 » passe comme une lettre à la poste. Ou comme papa dans maman pour rester dans le ton des 12 histoires. L’auteur a imaginé les pratiques sexuelles du futur. Il y a beaucoup de virtuel, quelques robots et un peu d’amour. Mais vraiment pas beaucoup. 

Sa vision d’ensemble des relations humaines est un peu pessimiste. La meilleure nouvelle est sans doute la nuit agitée d’un dealer dans une Rome retenant son souffle avant l’annonce du nom du nouveau pape. Jusqu’à l’apparition de la fumée au-dessus du Vatican, rose au final…

 Une autre nouvelle se déroule dans la région. Un journaliste vient en reportage à Béziers, devenu un port après la montée des eaux de la Méditerranée. Il veut partir en expédition dans la Montagne noire, redevenue sauvage, cachette d’une communauté menée d’une main de fer par une certaine G. Effrayant.

« 2069 » de Josselin Bordat, Anne Carrière, 17 €

samedi 4 juillet 2020

Polar - Pouvoir islandais

 Plongée dans les arcanes du pouvoir en Islande. Trahison, nouveau polar de Lilja Sigurdardottir paru chez Métailié raconte les 15 premiers jours d’Ursula au poste de ministre de l’Intérieur en Islande, pays  exemplaire en ce qui concerne la démocratie mais pas exempt de magouilles politiques. Ursula est chargée par le Premier ministre de remplacer durant une année le ministre actuel trop affaibli par la maladie. La politique c’est tout nouveau pour cette quadra dynamique qui a fait sa carrière à l’étranger. Dans des instances internationales, elle a géré des crises majeures comme l’épidémie d’Ebola en Afrique ou les camps de réfugiés pendant la guerre de Syrie. 

De retour au pays, à la demande de son compagnon, Ursula s’attend à un quotidien plus tranquille. Pourtant elle va finalement encore plus risquer de perdre la vie pour une vieille histoire. Le roman est minutieusement construit. Chaque personnage important est au centre des différents chapitres. Ursula bien évidemment, mais aussi Stella, une femme de ménage du ministère, Gunnar, le chauffeur et garde du corps d’Ursula et enfin Pétrur, un clochard qui a reconnu Ursula. Tous les problèmes d’Ursula viendront de cet homme qui n’a plus sa tête. Alcoolique, asocial, il est persuadé qu’Ursula, qu’il a connue enfant, a passé un pacte avec le diable. Un homme de l’entourage de la ministre qui cache son jeu néfaste. 

Si l’intrigue au final n’occupe qu’une petite place dans le roman, c’est surtout pour la description des vies des sans-grade que ce roman vaut le détour. Notamment les galères de Stella, jeune femme perdue, persuadée que la magie peut résoudre ses problèmes. La drogue aussi… Et pour le volet politique, la démonstration de Lilja Sigurdardottir ne laisse que peu de doutes : en Islande comme ailleurs, les hommes politiques sont prêts à tout pour conserver le pouvoir. 

« Trahison » de Lilja Sigurdardottir, Métailié, 22 €

Série télé - X-Files, l’intégrale disponible sur Amazon Prime


Si les séries télé sont désormais vues comme de véritables créations ambitieuses, c’est en grande partie grâce à X-Files imaginée au début des années 70 par Chris Carter. Succès aux USA mais aussi carton d’audience en France avec la fameuse trilogie du samedi soir sur M6. Durant quelques années, les nuits de samedi à dimanche ont été peuplées de cauchemars chez les ados (et plus grands aussi) tant l’ambiance de la série était parfois angoissante. 

Ces 11 saisons seront à redécouvrir à partir du 7 juillet sur la plateforme de vidéo en streaming Amazon Prime. Les véritables fans de la série distinguent dans le lot de plus de 200 épisodes, ceux qui sont centrés sur l’intrigue principale. Mulder tente de prouver l’existence d’un vaste complot mené par des aliens. Scully, médecin, sceptique au début, va petit à petit le rejoindre dans sa quête. 

Le succès de X-Files doit aussi beaucoup aux décors des 5 premières saisons Pour des raisons économiques, la production s’exile à Vancouver au Canada. Il pleut, c’est vert et humide. Loin de la chaleur californienne et du désert de la zone 51. Pourtant cette météo, parfaitement mise en valeur dans les histoires, permet de renforcer le sentiment d’oppression générale. 

Une série tellement réaliste par moments qu’elle a quasiment inventé le complotisme qui n’est pourtant qu’une pure fiction. 

BD. 20 ans d’éducation marrante




20 ans et toujours au lycée. 20 ans et toujours en train de nous faire rire. Les Profs, série BD imaginée par Erroc (scénario) et Pica (dessin), fête en ce mois de juillet le 20e anniversaire de la sortie du premier album. Pour l’occasion, un gros album de plus de 80 pages revient sur ce succès éditorial unique en son genre et exemplaire. En 1997, Pierre Tranchand, dessinateur de BD ayant notamment créé Marine, fille de flibustier, est au fond du trou. 

Son dessin comique ne plaît plus aux éditeurs. Il tente une dernière fois de placer une série dans le journal de Mickey. Il a demandé à Gilles Corre de raconter le quotidien de profs.

Ils prennent tous les deux des pseudonymes, comme pour repartir à zéro. Quelques planches sont publiées pour un essai.

Les lecteurs en redemandent. Les Profs vont commencer à faire rire toute la famille qui se partage l’hebdomadaire. Des gags qui tombent dans l’œil d’Olivier Sulpice, jeune éditeur qui vient de lancer les éditions Bamboo. Il obtient les droits et publie le premier recueil en 2000. Bingo, les ventes décollent, la maison d’édition va devenir un mastodonte et les Profs tutoyer les 6 millions d’exemplaires au total. L’album raconte cette success story et propose en plus une histoire complète de 20 pages dessinée par toute la bande de Bamboo. 

De Pica, le créateur à Léturgie, le repreneur en passant par Poupard (Les rugbymen) ou Marko (Les Godillots).

Des strips racontent les anecdotes de ces 20 années, des reportages montrent comment sont fabriqués les gags et plusieurs pages sont consacrées aux deux films tirés de la BD, réalisés par Pef qui interprète en personne Polochon, le prof d’histoire. 

« Les profs, 20 ans », Bamboo, 10, 95 €

Histoire - Stéphane Bern vous fait réviser durant l’été


Tout en faisant la promotion du plus beau village de France et en lançant le nouveau loto du Patrimoine (l’abbaye de Lagrasse dans l’Aude fait partie des 18 finalistes), Stéphane Bern entend instruire les Français. Il vient de publier aux éditions Albin Michel son « Cahier de vacances Secrets d’Histoire ». 

Sur 80 pages il est proposé des exercices de culture générale qui raviront tous les férus d’Histoire. Et nous apprend aussi quantité de choses. Par exemple, dans la liste des titres de noblesse française à remettre dans l’ordre, qui savait qu’il existait un banneret comme un comte ou un duc ? 

Pour les réticents à la noblesse, profitez d’une grille de mots croisés réservée à la Révolution ou au jeu des 10 erreurs sur le tableau de Delacroix, La Liberté guidant le peuple.

« Cahier de vacances Secrets d’Histoire », Albin Michel, 9,90 €


De choses et d’autres - Dernières prévisions avant fermeture

Débutée fin août 2019, la 9e saison (un peu plus de 200 épisodes) de cette chronique « De choses et d’autres » part en vacances quelques semaines. On espère qu’il y aura une 10e saison. Mais la récente crise du covid-19 prouve qu’il ne faut plus penser comme acquis ce qu’on pensait, il y a quelques mois, comme sûr et certain. 

En janvier 2020, quels ont été les extralucides qui ont vu venir la pandémie ? En bon matérialiste que je suis, j’aurai donné ma main à couper que pas un seul de ces voyants n’aurait eu l’audace d’annoncer une pandémie. 


Je doute même qu’ils connaissent le mot. Mais, sans doute à cause des lois de la probabilité, dans toute la somme des prédictions il s’en est trouvé un qui a vu juste. Un certain Denys Raffarin qui officie à Vauvert dans le Gard. Pour un site internet local, le 5 janvier, il livre ses prédictions. Beaucoup de généralités mais une phrase qui interpelle : « En matière de santé, il est à craindre une forme de pandémie virale touchant maints pays de façon rapide. » Je reste quand même persuadé que ce n’est qu’histoire de statistique, pas du tout de voyance. 

Pour preuve, il se mouillait aussi pour le résultat des municipales. A Vauvert, ville qu’il doit bien connaître puisqu’il y officie, il prévoyait que le conseil municipal « tomberait dans l’escarcelle du Rassemblement national ». Perdu ! Le maire sortant, divers gauche, l’a emporté. D’une petite centaine de voix seulement, mais cela suffit pour remettre en cause les grands talents visionnaires de Denys. 

Par contre, messieurs les voyants, pour 2021, ne jouez pas avec le feu. Que pas un seul d’entre vous ne s’amuse à évoquer l’Apocalypse. Je n’apprécierai que très moyennement que le jeu des statistiques lui donne raison. 

(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le samedi 4 juillet 2020)

vendredi 3 juillet 2020

BD : les trois albums incontournables de l’été 2020

La sélection de ces trois BD incontournables de l’été est forcément subjective. Mais soyez certains qu’avec ces trois albums de BD, votre lecture sortira des sentiers battus. Peau d’homme est un conte féministe moderne écrit par Hubert et dessiné par Zanzim. Jim signe enfin le 4e et dernier volet de sa saga romantique Une nuit à Rome. Enfin, en ces temps de pandémie, c’est un autre fléau qui a dévasté la planète dans Le convoyeur, série de SF écrite par Tristan Roulot et dessinée par Dimitri Armand.


Peau d’homme




En Italie, vers la Renaissance, la belle, jeune et naïve Bianca va se marier avec Giovanno. Un mariage arrangé. Mais les femmes de la famille de Bianca ont un secret. Elles possèdent une peau d’homme. 

Si une femme l’enfile, elle se transforme et jeune homme. Voilà comment Bianca va découvrir les réalités du monde des hommes dès qu’elle se transforme en Lorenzo, le nom de la peau. Hubert et Zanzim signent un conte remarquable de modernité. Bianca, devenue homme, va côtoyer son futur mari.



 Un vantard, buveur mais qui cache aussi bien des secrets. Notamment qu’il va se marier mais qu’en réalité il a un faible pour les garçons. Et Bianca d’entendre de la bouche de son futur mari qu’il ne voudrait pas vivre avec cette Bianca mais Lorenzo. Cette variation sur les préférences sexuelles, le genre, les habitus et les préjugés est d’une justesse implacable.  

Peau d’homme, Glénat, 27 €


Une nuit à Rome




50 ans, le tournant. La jeunesse insouciante à 20, la raison à 40 mais que peut-on vivre quand on a 50 ans ? Jim dans sa saga romantique débutée en 2012 tente de donner un embryon de réponse. Ce quatrième et dernier volet termine le second cycle. Dans le premier, Raphaël, retrouvant dans une veille cassette VHS une vidéo de lui et sa petite amie de quand il avait 20 ans se promettre de passer leurs 40 ans ensemble. Ils le font à Rome. Puis retournent à leurs petites vies rangées.

 Rebelote pour les 50 ans. Raphaël invite Marie à ses 50 ans. A Rome toujours, capitale italienne merveilleusement dessinée par Jim. Marie hostile dans un premier temps car elle sait que sa mère va mourir. 

Mais comme à 40 ans, la magie va de nouveau fonctionner. Sauf qu’à 50 ans, il est accidents de la vie dont il est plus compliqué de se remettre qu’à 20 ou 30…

Une nuit à Rome (tome 4), Bamboo Grand Angle, 18,90 €


Le convoyeur




Excellent dessinateur remarqué dans deux autres séries aux univers différents (Sykes et Texas Jack), Dimitri Armand frappe de nouveau fort avec le premier tome des aventures futuristes du Convoyeur.

 Dans un avenir proche, un virus a ravagé la planète. Il s’est attaqué au fer. Le métal a perdu toutes ses qualités. La civilisation s’est écroulée. Et l’Humanité s’est abâtardie à cause de ce fer manquant dans le sang. 


Le Convoyeur est une sorte de chasseur de primes. Il accepte de ramener ce qu’on lui demande (un trésor, un être aimé enlevé, un objet) en échange d’un simple service : gober un œuf spécial. Dans ce premier album, il va traîner dans ce qui ressemble à l’Occitanie d’après l’apocalypse (il va de Caor au fief du duc d’Arcasso), acceptant d’aider un village de femmes déserté par tous les hommes. Magistral !

Le convoyeur (tome 1), Le Lombard, 14,45 €

De choses et d’autres - Brevet de ministre

On a longtemps cru que pour devenir ministre, il fallait forcément être diplômé de l’ENA. Alors que se profile un nouveau remaniement du gouvernement, les commentateurs politiques recommencent à faire leur petit jeu de chaises musicales dans l’optique de la « grande concorde » voulue par Emmanuel Macron. 

Des listes commencent à circuler. Beaucoup d’élus de droite (dont Jean Castex, maire LR de Prades et M. Déconfinement), de moins en moins de gauche, aucun écologiste : la montagne risque d’accoucher d’une souris. Alors sans doute pour masquer ce nouveau virage à droite, quelques noms sont sortis du chapeau. Eux ne sont pas passés par l’ENA mais on les a beaucoup vus dans les pages people des magazines féminins. Car pour occuper le poste de ministre de la Culture, la lutte serait acharnée entre Claire Chazal et Jean-Michel Jarre. 

D’un côté l’ancienne gloire des JT de TF1, débarquée au profit d’une jeunette qui n’a pas duré. De l’autre le fabricant de tubes planétaires, spécialistes des concerts monumentaux, type d’événement en voie de disparition en ces temps d’après covid-19. Tous les acteurs de la culture, les intermittents notamment, seront rassurés si leur sort est désormais confié aux mains d’un de ces deux experts. 

Mais pourquoi ne pas demander encore plus ? De véritables champions culturels français. Quitte à bousculer, mieux vaut offrir le poste à Dany Boon. Lui au moins saura transformer son ministère en entreprise extrêmement lucrative. A moins de faire le choix du roi. Je verrai carrément Jean-Paul Rouve à Matignon. C’est tellement évident, un Tuche au pouvoir et tous les problèmes sont derrière nous.  

(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le vendredi 3 juillet)