jeudi 22 février 2018

De choses et d'autres - Petit caillou et grand chemin

La route est longue pour sauver la planète. Mais c’est avec les petits cailloux que l’on pourra réaliser ce grand chemin. Voilà tout le combat de Julien Vidal, doux rêveur pour certains, extralucide pour d’autres. Il a décidé de partager son travail personnel pour réduire son empreinte carbone sur la Terre. Et a baptisé ce mouvement par « Ça commence par moi », vu pour certains comme de l’égocentrisme (comme s’il était le sauveur) par d’autres comme de la clairvoyance modeste. Il a décidé d’adopter une nouvelle attitude responsable par jour. 365 idées qui, si elles se multipliaient, auraient un réel impact. Pour l’instant on peut utiliser sa liste comme un selfservice ouvert aux bonnes volontés.

La plus efficace, coller une étiquette « Stop pub » sur sa boîte aux lettres. La plus militante, s’investir dans le bénévolat. La plus gastronomique, cuisiner ses épluchures. La plus osée, louer un bateau et partir à l’aventure.

Et puis il y a toutes ces astuces qui prêtent à rire pour les sceptiques de mon acabit. Comme l’idée saugrenue de fabriquer son désodorisant pour chaussures. Ridiculement simple. On mélange du bicarbonate de soude avec de la fécule de maïs, trois gouttes d’huile essentielle et le tour est joué. Julien Vidal propose aussi de fabriquer des meubles en carton. Pourquoi pas. Mais comme j’ai essentiellement besoin d’étagères pour ranger mes milliers de livres et de BD, pas sûr qu’ils résistent au poids...

Enfin je découvre l’action que j’ai déjà réalisée sans savoir que j’agissais pour le bien commun : « J’arrête de jouer sur mon smartphone ». L’incidence sur l’avenir de l’humanité n’est certes pas tangible mais les bonnes résolutions ultérieures dépendent souvent d’un petit coup d’envoi. Alors désinstallez ces « bouffeurs de temps » et profitez de votre premier petit caillou. 

mercredi 21 février 2018

Cinéma - "Moi, Tonya" ou le monde impitoyable de la glace

LE FILM DE LA SEMAINE. La vie tumultueuse de la patineuse artistique Tonya Harding sur grand écran


Elles sont sublimes, virevoltent sur la glace, sont l’incarnation de la beauté et de la grâce. Les patineuses artistiques, de tout temps, ont symbolisé la parfaite adéquation entre vitesse et virtuosité. Quand une certaine Tonya Harding a commencé à briller sur les patinoires des USA, le monde fermé et sélect de cette discipline olympique a frémi.


Tonya est puissante, rapide et d’une rare dextérité dans les figures les plus compliquées. De la graine de championne. Seul problème : c’est une fille du peuple, aux manières peu appréciées par les jurés, confits dans leurs certitudes d’une autre époque. Il faut qu’elle place la barre très haut (elle est la première Américaine à réaliser un triple axel), pour gagner sa place dans l’équipe olympique. Un conte de fée. Pas tout à fait car Tonya Harding a dû endosser le costume de sorcière, devenant une des femmes les plus détestées des USA.

■ Enfant brimée

Ce destin incroyable est devenu un film sous la baguette de Craig Gillespie. Et pour interpréter Tonya, il a trouvé l’actrice idéale avec Margot Robbie. Même si elle fait un peu plus que l’âge de la vé- ritable Tonya au moment des faits, elle a parfaitement retrouvé les attitudes et manières de cette fille rustre, issue d’un milieu modeste. Pas gâtée par la vie. Un père absent, une mère d’une rare méchanceté, qui a parfois levé la main sur cette fillette si gracile sur des patins.

Devenue adulte, Tonya a continué dans les brimades en se jetant dans les bras du premier venu, Jeff (Sebastian Stan) surnommé Moustache et lui aussi avec la main leste. Malgré cet environnement hautement hostile, Tonya arrive au sommet. Mais dans sa lutte contre l’autre vedette US de la discipline, Nancy Kerrigan, elle va recevoir l’aide de son mari et de ses amis bras cassés. Au début il fallait l’intimider par des lettres. Cela se transforme en agression avec cassage de genoux… La police fait rapidement le lien et Tonya est accusée d’avoir fomenté l’agression.

Entre interview post-agression et reconstitution de la vie de Tonya, le film oscille du tragique au comique. Un biopic, parfois hilarant donc, mais assez spécial car tous les protagonistes sont encore de ce monde. Dont Tonya Harding qui a validé le scénario et qui dé- sormais est retirée dans une petite ville, presque incognito, se consacrant à son fils.

---------------

Deux bras cassés et une mère ignoble

Le film sur Tonya Harding est relativement indulgent envers la patineuse. Talentueuse. Personne ne le conteste. Colérique. Une évidence. Mais pas si méchante que cela au final. En retraçant son enfance, elle est décrite comme une enfant malheureuse, manquant d’amour, ne s’accomplissant que sur ses patins à glace.

La seule et grande faute de Tonya Harding aura été de mal s’entourer. D’abord de sa mère, méchante, carrément ignoble. Interprétée par une méconnaissable Allison Hanney, LaVona Harding est la mégère type. Elle a fait fuir le père de Tonya et ne cesse de rappeler à sa fille qu’elle est nulle et que sans son argent, jamais elle n’aurait pu arriver à ce niveau. Mauvaise pioche aussi quand Tonya tombe amoureuse de Moustache.


Ce dernier, entouré d’amis d’une bêtise crasse, sera condamné à de la prison ferme pour l’agression de Kerrigan. Une idée de Shawn, mythomane absolu, obèse et prétentieux, vivant chez ses parents et se prétendant expert en contre-espionnage. Un rôle en or pour Paul Walter Hauser, de loin le plus comique (et pourtant parfaitement réaliste) de cette histoire rocambolesque.



➤ « Moi, Tonya » biopic de Craig Gillespie (USA, 2 h 00) avec Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan

DVD et blu-ray - Attractions infernales

Bande dessinée d’Arthur de Pins, Zombillénium est devenue un film d’animation réalisé par le dessinateur en personne. L’histoire originale, un peu trop adulte, a été légèrement édulcorée pour plaire aussi aux plus jeunes. Mais on conserve l’esprit caractéristique de ce parc d’attraction pas comme les autres.

Des zombies, vampires, loups-garous et autres momies damnées constituent le personnel de Zombillénium, sorte d’Eurodisney de la peur. Mais les rendements étant en nette baisse, le propriétaire a bien l’intention de le fermer et de récupérer le personnel. Zombillénium appartient au diable et les licenciés économiques retourneront en enfer. Il faudra l’inventivité de Hector Saxe, tout nouveau pensionnaire, et de sa fille Lucie pour trouver des solutions.

Bonne animation, musique endiablée, gags efficaces, ce film permet de passer un bon moment en famille. Dans les bonus, le making of, des scènes coupées et trois courts-métrages d’Arthur de Pins.

➤ « Zombillénium », Universal Video, 14,99 € le DVD et 19,99 € le blu-ray

Cinéma - Les aventures de Spirou et Fantasio adaptées sur grand écran

Comédie d’Alexandre Coffre (France, 1 h 29) avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia 

Spirou, un jeune homme déguisé en groom, rencontre Fantasio, un journaliste frustré. Cela se fait avec éclats dans un grand hôtel et c’est peu dire qu’ils ne s’apprécient pas. Mais lorsque Champignac, un chercheur fou de champignons, est kidnappé par Zorglub et ses hommes, Spirou et Fantasio vont devoir faire équipe pour le retrouver, aidés par Seccotine, une jeune femme reporter rivale de Fantasio, et de Spip, un écureuil espiègle.

Un album aux éditions Dupuis

Spirou, comme Tintin, est un héros de BD indémodable. Passé entre de nombreuses mains (de Jijé à Janry en passant par le maître Franquin), le groom est à retrouver dans un album tiré du film. Dessiné pour l’occasion par Cossu et Sentenac, c’est Olivier Bocquet qui a assuré l’adaptation. Un Spirou plus moderne, plus romantique, plus dans l’air du temps... (Dupuis, 12 €)

De choses et d'autres - Des saucissons de compétition

Vous aimez le saucisson? Vous aimez le BON saucisson ? Alors rendez-vous en Ardèche début juin. A Vanosc, les 9 et 10 juin, se déroulera le premier « Mondial Rabelais du saucisson ». En clair les meilleurs saucissons du monde seront proposés à la dégustation de quelques goûteurs. Or, ce rendez-vous prenant de plus en plus d’importance (80 saucissons de 60 pays différents entreront en compétition), les organisateurs sont à la recherche de testeurs pour intégrer le jury. Quand j’ai découvert cette annonce sur le net, mon estomac a gargouillé et la salive a envahi ma bouche. Car j’ai un faible pour le saucisson. Alors à la perspective de déguster des dizaines de sortes de cette charcuterie en une journée, imaginez mon enthousiasme.

Et puis j’ai un peu gratté. Avant de mettre la rondelle en bouche, il faut noter la charcutaille sur son aspect, la moisissure, sa densité et son odeur. Je suspecte l’entourloupe genre dégustation de grands vins. Regarder le liquide, le renifler, admirer sa robe. Après, et seulement après on goûte... et on recrache. Et moi, recracher du saucisson, hors de question ! Pourtant j’aurais aimé être présent car ces amis pas du tout saucissonnés semblent dotés d’un sérieux sens de l’humour.

Dans le programme du mondial il est fait allusion à la possibilité qu’un saucisson vegan, le saucivert, participe à la compétition. Ils en donnent même la recette : des betteraves rouges et des radis blancs coupés au couteau et parfumés aux herbes sauvages des champs, avec poivre et sel sans additifs. La peau est formée par du boyau maïs sans OGM, lié par du fil de pur raphia non traité. L’aspect visuel est splendide mais la dégustation laisse à désirer, au point de laisser s’emporter l’un des membres de la confrérie : « si l’Académie promeut cette m…, je rends mon bicorne. » Morale de l’histoire : le cochon est mort, vive le cochon ! 

DVD et blu-ray - En 1967 à Detroit, la police disjoncte

Les émeutes raciales de Detroit en juillet 1967 font partie des plus meurtrières de l’histoire des USA. Dans une ville en feu et à sang, une poignée de jeunes afro-américains trouve refuge dans un motel. Près de là se trouve une caserne de la Garde nationale. Par bravade, un des jeunes tire vers les militaires avec un pistolet factice. Immédiatement la police débarque, investit le bâtiment et interroge tous les occupants pour trouver le tireur. Un huis clos nocturne s’achevant avec la mort de trois jeunes, froidement abattus par les policiers en pleine zone de non droit.

La reconstitution signée Kathryn Bigelow, tel un reportage, plonge le spectateur au cœur des événements. D’un côté la peur, de l’autre la folie raciste. Mention particulière à trois acteurs, Algee Smith, jeune chanteur traumatisé à vie, John Bodega, policier noir pris entre deux feux et Will Poulder, osant interpréter un flic raciste, psychopathe et hyperviolent. De ces rôles qui marquent une carrière.

➤ « Detroit », Studiocanal, 19,99 €

mardi 20 février 2018

De choses et d'autres - En couple ou en individuel à PyeongChang

Même s’ils ne sont pas encore terminés, les Jeux Olympiques d’hiver en Corée du Sud laissent déjà quantité de moments forts dans les mémoires. Ne parlons pas des médailles de Martin Fourcade. Certes il n’a pas tout gagné comme certains chauvins l’envisageaient (ne pas oublier qu’il est un simple mortel), son bilan reste cependant exceptionnel. Décalage horaire oblige, je n’ai pas vu grand-chose en direct. Dommage car on a bénéficié de quelques perles.

Comme les déclarations fracassantes du skieur français Mathieu Faivre arrivé 7e du Géant. Quand on lui demande s’il est content du résultat d’ensemble de l’équipe de France, il a ce mouvement d’humeur: « Si vous saviez ce que j’en ai à faire du tir groupé collectif! Je suis là pour ma pomme. » Une franchise peu appréciée par la fédération qui l’a mis, dès le lendemain, dans l’avion du retour. Il n’aura même pas eu le temps de se consoler dans les bras de sa petite amie américaine Mikaela Shiffrin... championne olympique sur la discipline.

Histoire sentimentale aussi, qui a beaucoup fait jaser, après la performance de Gus Kenworthy (12e du slopestyle en ski). Pas de médaille pour le sportif à l’arrivée mais un long bisou langoureux avec l’amour de sa vie. À la différence qu’il vit en couple avec un homme. Si chez nous ou aux USA, cette situation ne pose aucun problème, dans d’autres pays elle a interloqué.

Enfin j’ai gardé le meilleur pour la fin. La mésaventure arrivée hier à Gabriella Papadakis sur la patinoire de PyeongChang. Sa tenue a cédé laissant échapper… un sein. Forcément la performance de la jeune femme en danse sur glace a manqué d’amplitude, après. Et moi, j’ai raté l’image de l’année en direct. Mais une session de rattrapage est proposée dans les pages sportives du jour sur une compétition qui, pour une fois, aura autant intéressé les messieurs que les dames. 

lundi 19 février 2018

De choses et d'autres - Étudiants rapporteurs

Guy Mollet, dans les années 50, a inventé l’expression «La droite la plus bête du monde ». Un demi-siècle plus tard, celui qui représente aujourd’hui la droite française semble avoir tout fait pour lui donner raison. 

Laurent Wauquiez, devant des étudiants d’une école de commerce lyonnaise, après avoir recommandé que ses propos ne sortent pas de la pièce (alors que tous les smartphones sont dotés d’un enregistreur), s’est lancé dans un cours magistral sur les pratiques de nos élites. Et que je t’attaque Macron, que je flingue Sarkozy sans oublier d’en remettre une couche sur Fillon. Avec, au final, cette seule impression : Moi, Laurent Wauquiez, je suis le meilleur, j’ai tout inventé et ils ont tous peur de moi... Forcément, ces tirades assassines ont fuité. 

L’émission Quotidien les a diffusées vendredi et hier Wauquiez se demandait encore comment se sortir de cette panade. Dans un premier temps il a démenti. Un peu comme Cahuzac devant l’Assemblée. Ensuite il s’est offusqué de ces manières peu « déontologiques » et annoncé des poursuites judiciaires. Et puis au final, il a présenté des excuses à Nicolas Sarkozy. Parce que l’ancien président en prenait méchamment pour son grade. 

Un paranoïaque total selon Wauquiez, profitant des conseils des ministres pour placer les téléphones du gouvernement « sur écoute pour pomper tous les mails, tous les textos ». Mais à bien y réfléchir, le plus inquiétant dans cette sortie du président des Républicains est la façon dont il est persuadé que tout tourne autour de lui : « Macron, pour faire cool, il fait comme moi. Il se met en bras de chemise. Jamais un président ne s’était mis en bras de chemise ». Sauf si l’on se souvient de Barack Obama ou d’un certain Kennedy qui a même reçu la presse pieds nus. Mais ça, Laurent Wauquiez, il n’a pas encore osé. 

dimanche 18 février 2018

BD - Leda Rafanelli, l’enragée


Figure de l’anarchisme italien, Leda Rafanelli a eu une vie incroyablement dense. Sa chance, c’est d’avoir été formée comme typographe dès son adolescence. À la fin du XIXe siècle, rares sont les femmes sachant lire et écrire. Grâce à son métier, elle comprend le monde, les relations sociales et se forge une conscience politique. Elle sera anarchiste, écrivain et éditrice. Elle participe aux grands mouvements ouvriers du jeune royaume d’Italie, milite activement pour propager les idées anarchistes. Elle côtoiera les plus grands penseurs de ce mouvement. Et contribuera régulièrement à son évolution. Ainsi elle deviendra anarchiste individualiste, s’éloignant d’un collectivisme socialiste d’où elle fera la connaissance de Mussolini. Le dictateur fasciste, avant de prendre le pouvoir en 1922, a longtemps été le plus grand des orateurs de gauche, dirigeant le principal journal d’opinion du pays.

La BD dessinée par Sara Colaone n’occulte pas ces moments troubles de la vie de Leda. En plus d’être la maîtresse du futur Duce, elle devient musulmane, fascinée par l’Afrique et plus particulièrement l’Égypte. Devenue trop sulfureuse, elle a terminé sa vie comme cartomancienne à Gênes, ne publiant que sous pseudonyme.

➤ « Leda Rafanelli, la gitane anarchiste », Steinkis, 20 €

BD - Histoires de tangos


Philippe Charlot scénariste de cet album, est également guitariste et chanteur. Pas étonnant donc que cette histoire se déroule dans le Gran Café Tortoni de Buenos Aires, haut lieu du tango en Argentine. 

Un jeune Français se rend de l’autre côté de l’Atlantique pour suivre des cours de tango. Il cherche à rencontrer le « Maestro ». Il y parviendra grâce à Mina, danseuse vieillissante qui le charme en racontant des histoires... de tango. Comme des nouvelles, toutes mises en images par Winoc.

➤ « Gran Café Tortoni », Bamboo Grand Angle, 19,99 €