Permaculture contre agriculture intensive. Le roman de Paul-Henry Bizon, sous des airs de saga familiale, pose en réalité les enjeux majeurs de l’agriculture française. Dans le bocage vendéen, deux frères s’opposent. Camille a mis en place une exploitation basée sur le respect de la terre et des produits. Il vend ses produits garantis bio par l’intermédiaire d’une coopérative baptisée « La Louve ». Romain au contraire est le digne héritier du père adepte du « toujours plus ».
Un premier roman très documenté qui prend ensuite des airs de polar financier avec l’irruption dans le paysage de Raoul Sarkis, escroc bien décidé à profiter de cette mode bio si prisée des bobos parisiens pour lancer un projet de « Pavillon des Horizons », magouille dans laquelle il pourrait gagner le jackpot. Au détriment des petits paysans…
➤ « La Louve » de Paul-Henry Bizon, Gallimard, 20 €
La Zone X, mystérieuse, mortelle. Et en expansion. Onze expéditions soldées par des suicides, meurtres, cancers foudroyants et troubles mentaux. Douzième expédition. Quatre femmes. Quatre scientifiques seules dans une nature sauvage. Leur but : ne pas se laisser contaminer, survivre et cartographier la Zone X. «Annihilation » de Jeff VanderMeer a reçu les prix Nebula et Shirley Jackson du meilleur roman 2014.
➤ « Annihilation », Le Livre de Poche, 7,10 €
De Paradis, ce monde n’a que le nom. C’est un royaume brutal et violent, divisé entre des dynasties rivales, déchiré par les ambitions et les croyances religieuses, pollué par le machiavélisme politique. Ici-bas, l’état de guerre est presque constant, et instaure le règne des dinosaures. Lors d’un affrontement épique le seigneur Karyl Bogomirskiy est laissé pour mort. À son réveil, il se lance alors dans un voyage qui va faire trembler le monde.
➤ « Guerre & dinosaures » de Victor Milán, Pocket, 10 €
Ce premier roman de Charles Yu, plein de rythme et d’humour, est à la fois un pur texte de science-fiction d’aventures et une ode à la puissance du genre lorsqu’il est, comme ici, parfaitement maîtrisé. Rédigé à la première personne, il donne des clés aux lecteurs pour réussir son voyage dans le temps. Pas comme Charles Yu qui visiblement a des problèmes avec ses autres personnalités temporelles…
➤ « Guide de survie pour le voyageur du temps amateur », Folio SF, 8,20 €
Un titre saisissant. Une interview fracassante. Chère Amélie, vous n’avez pas lésiné sur les moyens pour donner au lecteur l’envie irrépressible de se jeter sur votre titre dès sa sortie en librairie. Et vous avez bien fait, quoi qu’après ces confidences au Monde sur de douloureux épisodes de votre passé, les lecteurs que nous sommes avons été un peu déconcertés, avides (avec un côté voyeur, je dois vous l’avouer) de découvrir ce qui s’annonçait comme une biographie.
Dès les premières pages cependant, le doute nous envahit : comment imaginer Marie, la mère de Diane, (vous ?) sous un jour aussi peu glorieux car jalouse de sa propre fille ? Alors que par ailleurs chacun sait l’amour que vous portez à vos parents. Les naissances successives de Nicolas et Célia, adulés, eux par Marie (décidément, non, pas votre mère), renforçaient ce sentiment perturbant. Cette petite Diane, bien seulette, recherchait une seule chose, et de toute son âme, l’amour de sa mère. « Chaque nuit, elle se rappelait cette étreinte sublime qu’elle avait connue quand maman avait Nicolas dans son ventre : comment sa mère l’avait serrée, les mots d’amour qu’elle lui avait dits et avec quelle voix. Ce souvenir la transissait de bonheur ».
■ Fuite en avant
A l’adolescence, bousculade hormonale en plus que cérébrale, Diane décide d’aller vivre chez ses grands-parents. S’ouvre alors une seconde page, qui se poursuivra avec la rencontre charnière de son existence. La magnifique, la brillante étudiante en médecine Diane dé- jeune désormais chaque jour avec Olivia, chargée de cours à l’Université.
Et là, chère Amélie, une autre de vos interviews, donnée en 2010 celle-là, me revient à l’esprit. Vous y parliez de Tintin en Amérique, votre première lecture (à 3 ans !) de la métamorphose de la vache à un bout de la machine, transformée en corned beef à l’autre bout. Métamorphose, manipulation, vous répondiez qu’en effet ces thèmes étaient récurrents dans vos livres. Particulièrement dans celui-ci, si je puis me permettre.
Vous avouez également « être ce personnage un peu naïf que je décris si souvent. Je crois que cela vient de cette phrase de la Bible qui est pour moi fondamentale : « Si on frappe à ta porte, ouvre ». Et bien nous, chère Amélie, avec les notes de résilience que nous chante ce nouveau roman, vous nous avez frappés le cœur.
Pauvre Hélène Bruller. Elle a 47 ans. Et tendance à mal le vivre. Car les toubibs lui serinent que vieillir n’est pas un problème, pour elle c’est quand même une maladie qui reste mortelle. Cet état d’esprit lui a fourni l’essentiel des idées de gags de ce recueil à conseiller à toutes les femmes. De 17 à 77 ans.
Avec une acuité comparable à Claire Brétecher (qu’elle cite à plusieurs reprises) elle ose tout. De la sexualité à l’éducation des enfants en passant par le regard des autres, le jugement de ses « ex » et même la mort. On rit beaucoup de ces situations dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître. Les hommes aussi car ils jouent un rôle important dans les ressorts de l’humour.
Pauvre docteur Renard. Sa spécialisation, proctologue, provoque rires et moqueries. Pourtant tout lui sourit dans la vie. Marié, une fillette géniale, un cabinet qui fonctionne bien. Seule difficulté : son prochain divorce. Rien ne va plus côté amour. Quand il croise par hasard son ami d’enfance Delafosse, surnom Kevin la Winne (par dérision car il n’a jamais rien gagné, le pauvre), ce looser, tatoueur (parfois), fait remonter des souvenirs à Renard. Et de se remémorer sa première histoire d’amour avec Cécile, la fille de l’entraîneur de foot.
Une histoire écrite par Tronchet (un peu classique au début, les quadra qui veulent retrouver leur premier amour, c’est devenu d’un commun absolu), qui part en vrille et devient franchement hilarante et touchante au final. Avec un Kevin extraordinaire, permettant à Nicoby, le dessinateur, de s’éclater au niveau caricature.
Je plains les 900 000 contribuables belges qui ont reçu hier un mail en provenance du fisc. Généralement, quand ce service vous contacte, il ne vous annonce que très rarement une bonne nouvelle. Comme dans le Monopoly, la carte « Erreur de la banque (du fisc présentement) en votre faveur, touchez 20 000 €» n’existe qu’en un seul exemplaire. J’imagine les 900 000 Belges cliquant du bout d’un doigt circonspect sur ce mail officiel. Et je souris en visualisant leur mâchoire qui tombe à la lecture de ces lignes : « Mardi le 19 septembre il est prévu que nous fassions la mise à jour pour l’envoi des documents d’accompagnement en PDF. ATTENTION : ceci seulement pour les bureaux BE408000 et BE432000 (et naturellement seulement pour ce qui en est des déclarations faites en procédure normale avec code AL ou procédure simplifiée - comme c’est déjà le cas pour le bureau BE109000). » Ils ne rigolent pas les inspecteurs des impôts belges.
Encore plus dans le dernier paragraphe de cette prose digne du panthéon du jargon technocrate incompréhensible : « Pour ceux qui utilisent la procédure simplifiée au bureau BE408000, dès le 19 septembre ils seront obligés de changer leur code VP par le code UNLO de leur localisation. Normalement, ils sont déjà capables d’utiliser ce UNLO-code au lieu du code VP. » Près d’un million de personnes se demandent encore en quoi ce charabia les concerne. Explication : un employé (qui risque d’en prendre pour son grade), au lieu d’envoyer le mail aux fonctionnaires concernés, s’est trompé de bouton et a ainsi permis à toute la Belgique de profiter de ce moment ubuesque.
Un peu plus même : pensez-vous, les réseaux sociaux se sont délectés de l’affaire et l’ont relayée avec une gourmandise toute surréaliste.
Mardi, un technicien a passé une trentaine de minutes dans mon entrée pour installer le fameux compteur électrique Linky si décrié. Un compteur « intelligent ». Terminées les roues métalliques crantées qui tournaient plus ou moins vite. En hiver, quand tous les radiateurs électriques fonctionnaient, elles s’affolaient. Désormais, Linky me dit en clair combien je consomme. Un nombre de volt-ampère précis qui fluctue clairement dès que l’on allume ou éteint un appareil électrique. Ces compteurs Linky sont au centre des dernières rumeurs urbaines contemporaines. Je ne prends pas partie, respecte toutes les opinions. Donc, en vrac, Linky risque de prendre feu, de causer des maux de tête, de vous espionner, voire de provoquer des cancers...
En cause, entre autres, l’utilisation de radiofréquences particulières. Du chinois pour moi. Mais un peu comparable avec la méfiance quand les premiers téléphones portables ont fait leur apparition, puis les boîtiers WiFi, ces ondes si pratiques pour surfer sur internet, mais dont on ne savait pas grand-chose au début. Et en reculant dans le temps, on découvre d’autres lanceurs d’alerte hostiles à ce qui est aujourd’hui notre quotidien. L’électricité qui allait tuer des milliers de personnes. Même les premières locomotives à vapeur ont fait l’objet d’une campagne intensive pour en dénoncer les dangers. Sur les vaches notamment, la vue des trains ayant pour effet de faire tourner leur lait.
MARY. Une fillette de 7 ans vedette du nouveau film de Marc Webb, réalisateur de deux Spider-man.
Mary ressemble à toutes les petites filles de 7 ans. Pourtant elle est différente. Radicalement. Comme sa mère, morte peu de temps après sa naissance, elle a la bosse des maths selon l’expression usuelle et un peu désuète.
En réalité elle est surdouée, intelligente et vive. Pour l’instant, elle vit chez son oncle, ancien professeur de philosophie reconverti réparateur de moteurs de bateaux dans cette petite ville de Floride. Franck (Chris Evans) a tout sacrifié pour Mary (Mckenna Grace). Il vient pourtant de prendre la décision de l’inscrire à l’école. Elle a besoin de se sociabiliser. Mary est d’un autre avis. Elle trouve les autres élèves idiots et sa maîtresse (Jenny Slate), gentille mais un peu trop collante.
Cette dernière se sent obligée de signaler Mary à sa direction. Un génie n’est pas chose courante dans la région.
■ A qui la garde ?
Dès lors les ennuis commencent pour Franck et Mary. Car l’oncle n’a aucun droit sur sa nièce. La grand-mère exige elle aussi un droit de garde. L’affaire va se juger au tribunal avec d’un côté un célibataire fauché et de l’autre une grand-mère millionnaire et sommité dans le monde de la recherche. Pour elle, Mary est un diamant brut à protéger et faire briller.
Plus qu’un drame sur les déchirements de la famille (la grand-mère est également la mère de Franck), ce film de Marc Webb est une réflexion sur l’équilibre nécessaire à toute personne. Des plus simples aux plus intelligentes, ce juste milieu est essentiel pour « réussir » sa vie. Mary, quand elle ne jongle pas avec des équations, aime aussi jouer à la poupée avec son chat borgne, chanter à tue-tête les tubes du moment et faire de la balançoire avec ses amies.
Une petite fille, plusieurs personnalités : le challenge était particulièrement compliqué pour la comédienne retenue. McKenna Grace s’en tire plus qu’avec les honneurs. Jamais on ne doute qu’elle est surdouée. Encore moins qu’elle est comme tout le monde. Sa personnalité irradie le film, associée à celle de Chris Evans, dans un autre style que son rôle récurrent de Captain America.
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Marc Webb : « Nous fêtions l’anniversaire d’Einstein »
Marc Webb, surtout connu pour avoir réalisé deux Spider-Man, est issus d’une famille où les mathématiques ont toujours eu de l’importance. « Mon père était professeur de maths. Chaque année, il y avait un gâteau d’anniversaire pour célébrer la naissance d’Albert Einstein. »
Après le blockbuster, ce film est un retour aux sources : « J’ai voulu faire un film simple, accessible. Beaucoup de scènes sont tournées caméra à l’épaule. Le défi était de trouver l’enfant que l’on a imaginé. Il doit avoir de l’humour et une profondeur émotionnelle. Sans être trop mignonne ou mièvre. Avec la directrice de casting nous avons auditionné 1 000 fillettes. Mckenna Grace avait déjà tourné. C’est une véritable actrice et rapidement l’alchimie a été trouvée avec Chris Evans. On aurait dit un vieux couple. Ils aiment le sarcasme tous les deux. ». Une complicité qui crève l’écran. Un film qu’il a aimé réaliser car pour lui, « le cinéma ce doit être du plaisir, le plaisir de raconter une histoire avec des acteurs formidables. » Sur le message de l’histoire de Mary, il peut se résumer en une phrase : « L’ambition c’est bien, mais cela ne doit pas être au détriment de sa vie. »
➤ Drame de Marc Webb (USA, 1 h 41) avec Chris Evans, Mckenna Grace, Lindsay Duncan.
Échapper à la guerre, aux tranchées, à la mort. Paul Grappe (Pierre Deladonchamps), jeune Français marié à Louise (Céline Salette) se mutile un doigt. Mais cela ne suffit pas. Ses supérieurs veulent le renvoyer au front.
Il décide alors de déserter et de se cacher dans la cave de sa chérie, couturière. Il passe plusieurs semaines enfermé, tournant en rond comme un damné, privé de lumière, de vie. La police le cherche. Louise est surveillée. Il risque le peloton d’exécution s’il est découvert. C’est Louise qui la première a eu l’idée de la grimer en femme pour lui permettre de sortir.
Perruque, rouge à lèvres, fard à paupière, robe, collier pour dissimuler sa pomme d’Adam et le voilà transformé en Suzanne. Dans un premier temps, très mal à l’aise dans ces vêtements de femme, il ne sort que la nuit.
C’est ainsi qu’il découvre le bois de Boulogne et ses lieux de rendez-vous. Suzanne impressionne. Paul s’abandonne.
Cette histoire véridique, racontée dans le livre « La garçonne et l’assassin : histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des Années folles », écrit par Fabrice Virgili et Danièle Voldman, paru en 2011 chez Payot, donne l’occasion à André Téchiné de signer un film sombre, ambiguë et passionné. Plus que la transformation d’un homme en femme, c’est la destruction d’un couple qui est mise à nue dans ce drame, "Nos années folles". Car Suzanne, va de plus en plus se montrer. Faisant commerce de son corps si particulier auprès des amateurs d’amour libre du Bois. Et elle ne se cache plus le jour. Louise acceptant de jouer la comédie, comme si dans ces années folles (la guerre vient juste de se terminer), elle était devenue lesbienne, déçue par la désertion de son mari, ce traître.
Quelques années après l’Armistice, les députés votent l’amnistie pour les déserteurs. Paul peut refaire surface. Suzanne le vit très mal. Il trouvera une solution de répit quand un dramaturge (Michel Fau) voudra adapter son histoire dans un spectacle. Paul tenant les deux rôles principaux : le sien et celui de Suzanne. Mais cette dernière sera la plus forte. Au grand désespoir de Louise.
➤ "Nos années folles", biopic de André Téchiné (France, 1 h 43) avec Pierre Deladonchamps, Céline Sallette, Grégoire Leprince-Ringuet, Michel Fau.
Haïti, ses tontons-macoutes, ses dictateurs, le vaudou et ses zombies. En 1987, après le succès de ses précédents films d’horreur, Wes Craven décroche un gros budget pour tourner un film en Haïti autour du vaudou. Il veut adapter le livre d’un anthropologue qui prétend avoir assisté à des séances de zombification.
« L’emprise des ténèbres », reprise en blu-ray dans une version restaurée accompagnée d’un livre très complet sur le phénomène, aborde ce phénomène de façon très rationnelle. Le chercheur américain qui se rend à Port-auPrince (Bill Pullman) cherche avant tout un médicament pour améliorer les anesthésies. Mais il va se retrouver piégé dans ce monde entre fantastique et terreur. Une véritable descente aux enfers, au cours de laquelle il va vivre des expériences terrifiantes.
Pas de morts-vivants à la Romero dans ce film qui dénote un peu dans la filmographie de Wes Craven, mais des hommes et femmes sous emprise. Avec l’envie de se libérer. Un film beaucoup plus politique qu’il n’y parait.
➤ « L’emprise des ténèbres », Wild Side, 24,99 € le coffret bluray + DVD + Livret