mercredi 30 août 2017

De choses et d'autres - La valse des micros

Grosse rentrée à la radio hier matin. Traditionnellement, les antennes généralistes inaugurent leur nouvelle grille un peu avant la télévision. Hier matin, le grand mercato, a sans doute déboussolé certains auditeurs. Logique, plusieurs têtes d’affiche ont changé de crémerie.

Ainsi à 7 heures, les auditeurs d’Europe 1 ont peut-être eu un doute sur la fréquence écoutée en entendant Patrick Cohen lancer la session d’info. La voix emblématique de France Inter est passée à la concurrence. De l’autre côté, sur le service public (qui affiche beaucoup moins sa différence depuis que des publicités commerciales polluent l’antenne), c’est un saut dans le temps que l’auditeur pas au courant des changements a cru faire. En effet Nicolas Demorand, le meneur de la matinale de 2006 à 2010 était de retour dans son fauteuil, comme si de rien n’était, après un passage à Libération et au « Téléphone sonne », ancêtre de l’interactivité radiophonique et qui depuis hier soir a pour standardiste en chef Fabienne Sintes, ancienne matinalière de France Info remplacée par Bruce Toussaint, qui a lui beaucoup officié sur Europe 1.

De quoi s’y perdre d’autant que certains journalistes moins connus ont aussi changé de maison. Raphaëlle Duchemin, remplaçante officielle de Jean-Jacques Bourdin cet été sur RMC, était hier à la tête du 5-7 h d’Europe 1. Philippe Vandel, de France Info se retrouve à Europe 1. En lieu et place de Jean-Marc Morandini pour parler médias. Par chance, l’inverse n’est pas vrai. D’ailleurs on n’a pas trop de nouvelles du fameux Morandini. Visiblement la radio qui lui a permis de survivre quand il était tombé en disgrâce de TF1 n’est plus sa priorité. Il devrait (en principe, avec JMM mieux vaux utiliser le conditionnel) être à l’antenne de CNews dès ce lundi de 11 h à midi.

De choses et d'autres - Adopte un chien et... un journaliste

Ça bouge à l’Élysée. Le président Macron, en mal de popularité, change les lignes de force de sa communication. Après l’interview de son épouse dans le magazine Elle (qui au passage a explosé ses ventes), le voilà qui respecte une vieille tradition de la Ve République. Dès son retour de vacances, il a fait un petit détour par un refuge de la SPA (Société protectrice des animaux) pour adopter un chien. Depuis lundi, on ne voit que Nemo dans les couloirs de l’Élysée, son nouveau foyer. Ce labrador noir âgé d’un an ou deux, a osé une première apparition subreptice lors du séminaire gouvernemental. Le 28 août, il a accompagné le locataire de l’Élysée sur le perron du palais présidentiel pour accueillir le président du Niger. Jeune, élancé et fougueux, Nemo est à l’image de son nouveau maître. Hors compétition avec le Sumo de Jacques Chirac, il pourrait être, qui sait, le fils caché de la Philae de François Hollande. Et ainsi étouffer dans l’œuf les velléités de récupération de notoriété du jeune élu.

Autre « adoption », moins consensuelle, annoncée hier : Bruno Roger-Petit, ancien journaliste trublion bien connu du microcosme parisien, vient d’être nommé porte-parole de la Présidence. Jeune présentateur du journal télévisé d’Antenne 2 dans les années 90, BRP avait fait scandale en jetant derrière lui les feuillets de son conducteur comme s’il avait conscience de l’inanité des infos distillées ce soir-là.

Autre fait d’arme, il a longtemps animé le blog de François Mitterrand en 2007. Une façon détournée de tirer à boulets rouges sur un parti socialiste déjà en proie au doute. Il a ensuite écumé les plateaux des chaînes d’info dans le rôle du polémiste de gauche, nostalgique du Mitterrandisme. Le voilà désormais en première ligne. Espérons qu’il aime les chiens. 

mardi 29 août 2017

Rentrée littéraire - Le détective privé 2.0 de Clément Bénech

Qui est véritablement Dragan, l’ancien petit ami d’Aurora ? Cette question, le narrateur, un étudiant en géographie ressemblant fortement à l’auteur Clé- ment Bénech, va tenter d’y répondre endossant le temps d’un été à New York les habits de détective privé. Mais un privé de notre époque, habile en informatique et expert en réseaux sociaux. La filature sera essentiellement virtuelle. Un bien étrange roman que voilà, parsemé de photos, d’articles ou de conversations piochées sur le net, comme pour donner une réalité encore plus tangible à cette histoire de secrets et de mensonges.

 Aurora, jeune Française récemment installée aux USA, vient de rompre avec son amant, Dragan. Ce critique en art contemporain, de 20 ans son aîné, l’a rencontré via l’application Tinder. Ils se sont aimés, mais Aurora a découvert que Dragan, de ténébreux est devenu mystérieux, voire inquiétant. Comme s’il cachait un passé inavouable. D’autant que chacun de ses articles est immédiatement commenté par un certain Cap Charlie le traitant d’«Asasin », mot roumain dont il est aisé de comprendre la signification.

Le narrateur va donc passer quelques semaines à New York et chercher à percer le mystère Dragan. Un roman très actuel, car en plus des recherches numériques sur le suspect, l’auteur raconte comment ce dernier a lui aussi en son temps utilisé toutes les ressources des nouvelles technologies pour retrouver et séduire Aurora. Repérée sur Tinder donc, puis retrouvée sur Facebook puis Instagram, il passe de longues heures à rêver sur les photos publiées par la jeune française, imaginant ce que pourrait être leur vie à deux: «Aurora avait un côté cynique et antimoderne qui ne déplaisait pas à Dragan. Ils auraient sûrement des choses à se dire, allongés sur le lit, après l’amour, ils maudiraient l’esprit du temps... Que ce serait bon ! Il s’y voyait déjà. »

Roman moderne sur la paranoïa et le doute, « Un amour d’espion » déroute car tout en donnant nombre d’indications sur la bonne façon de « matcher » sur Tinder, il est aussi une bonne description du milieu des critiques d’art américains.

➤ « Un amour d’espion » de Clément Bénech, Flammarion, 19 €

lundi 28 août 2017

BD - Soldat religieux


Les guerres de religion ont longtemps déchiré les régions de France. Gilbert Bouchard, en racontant la vie du duc de Lesdiguières fait un large tour d’horizon du conflit entre catholiques et protestants. Dans ce Dauphiné cher au cœur de l’auteur, Lesdiguières se laisse convaincre par la Réforme. Et comme c’est un fier guerrier, il prend la tête de troupes pour faire triompher sa foi et au passage massacre quantité de catholiques. Il ira de victoire en victoire, amassant une fortune et devenant de plus en plus puissant. Mais le vent tourne. Henri IV se convertit et Lesdiguières, par amour, en fera de même. Il reprend les armes, mais pour l’autre camp. Nouvelles victimes, par milliers. Une BD historique très documentée, dans un style académique et d’une grande clarté.

➤ « Ce diable de Lesdiguières », Glénat, 11,50 € 


De choses et d'autres - Ne lisez pas ce message

La société Fireworld s’est spécialisée dans la vente de logiciels qui, introduits dans les ordinateurs de tierces personnes deviennent de parfaits espions. Interdits en France, on peut quand même les acheter. Il suffit de ne pas se faire prendre...

Pour élargir la clientèle des acheteurs de son logiciel, la société a poussé le bouchon un peu trop loin, s’attirant une volée de bois vert de la part des associations LGBT. Une page d’explications, bourrée de clichés, est destinée aux parents soucieux de « savoir si leur fils est gay ». Avant de vanter leur «espion», Fireworld donne quelques pistes, toutes plus caricaturales les unes que les autres. Du genre, votre fils est gay s’il préfère « la lecture, la culture, le théâtre » au football et autres sports collectifs ou encore s’il se passionne pour « les chanteuses divas ». Attention aussi s’il a « une hygiène de vie irréprochable ». C’est bien connu, le gay sent le propre, l’hétéro pue sous les aisselles. Mais rien ne vaut bien évidemment le fameux logiciel qui vous avertit si le « suspect » va zieuter des sites réellement spécialisés.

Accusée d’homophobie, la société s’est excusée rapidement avec un argument pour le moins étonnant: « Ces deux articles avaient pour seul but d’améliorer le référencement internet sur les moteurs de recherche (SEO), et n’étaient pas destinés à être lus par des humains. » Tiens donc, il existe une autre espèce intelligente sur terre qui peut lire des messages sur internet et qui n’est pas humaine ? Et qui écrit ces messages uniquement destinés aux intelligences artificielles ? Des humains ou d’autres robots ? Enfin, existe-t-il des SEO gays ? Une question qui aurait certainement passionné Philip K. Dick, l’auteur du roman « Les robots rêvent-ils de moutons électriques ? » dont une nouvelle version ciné sort prochainement sous le titre de « Blade Runner ». 

dimanche 27 août 2017

BD - La crème des tueuses de vampires


Des récits complets composants la collection « Doggy Bags », ceux racontant les aventures de Heart Breaker ont donné envie aux auteurs de lancer un hors-série dédié à cette chasseuse de vampires. Des vampires supérieurs du clan des Sépulkres. Sadiques, violents, dominateurs, ils règnent sur le monde grâce à l’argent qu’ils ont amassé au cours des siècles. Des trois récits on retiendra surtout le premier, signé Hasteda et Sourya. Un affrontement dantesque contre des tueurs au service du Vatican avec pour enjeu la relique contenant du sang du Christ. Le reste est moins concluant, dessin déstabilisant de Chariospirale et histoire un peu légère de Céline Tran (anciennement connue sous le nom de Katsuni et qui a servi de modèle pour la plastique de l’héroïne). Le tout reste un excellent divertissement de série B pour amateurs de gore et de jolies filles.

➤ « Heart Breaker », Ankama, 13,90 €

De choses et d'autres - Vacances, on vous regrettera

Voilà, c’est fini. Les vacances touchent à leur terme. Le cahier quotidien de l’Indépendant présente demain sa dernière livraison. Les touristes vont déserter la région, occupés à préparer la rentrée scolaire des enfants ou leur reprise au boulot. Mais quel est l’état d’esprit des vacanciers au moment de mettre le cap au Nord ? 

Les clubs de vacances Belambra (il y en a un à Gruissan dans l’Aude) ont sondé leurs pensionnaires. Sans surprise, la grande majorité a pleinement profité du séjour au soleil, les pieds dans l’eau. Ils sont une très large majorité à s’estimer « heureux » et « en pleine forme ». Dans le même ordre d’idée, 49% sont déprimés de retourner aux dures réalités de la vie. Mais ce n’est quand même pas le monde des Bisounours car ils sont 24 % à être « soulagés ». Un quart de la population française (même si le sondage n’est pas représentatif), a finalement avoué ne pas regretter farniente, piscine, grillades, parties de pétanque et soirées karaoké. 24 % qui avouent être contents de passer à autre chose. Je les comprends parfaitement. L’inaction n’est supportable qu’à petite dose. 

Même si on considère avoir bien travaillé les 11 mois, ce 12e de repos est justifié mais parfois bien long. Et puis parfois les vacances ne se passent pas comme on aurait voulu. Impossible de séduire cette belle voisine de mobilhome, pas gagné la moindre partie de pétanque contre Marcel, le Ch’ti qui pointe et tire comme un Marseillais, malade comme un chien après la soirée paella à gogo, quelle idée aussi de se resservir quatre fois alors que les moules ne paraissaient pas honnêtes... De toute manière, « Koh-Lanta » débute le 1er septembre sur TF1. Et les meilleures vacances ce sont celles des autres vues à la télé. Surtout quand ils souffrent. 

samedi 26 août 2017

BD - Artemisia, première académicienne



Des nombreuses biographies de peintres en bande dessinée (nouvelle mode du moment, en BD comme au cinéma), celle d’Artemisia Gentileschi a l’avantage de la nouveauté. Gauguin ou Manet, on connaît quasiment tout de leur vie. Par contre cette artiste italienne du XVIIe siècle est inconnue pour beaucoup. Nathalie Ferlut fait le récit de sa vie tumultueuse et le confie à Tamia Baudouin pour le mettre en images. Artemisia a toujours baigné dans le milieu des peintres. Son père est un artiste reconnu. Il aimerait former ses deux fils à son art mais à son grand désespoir, seule sa fille a hérité de son talent. Désespoir car en ces temps reculés, peindre est réservé aux hommes. Les femmes ont le droit de faire des natures mortes ou des portraits, mais pas plus. Pourtant le talent de la jeune femme va changer la mentalité des mécènes de l’époque, au point qu’elle sera la première à intégrer l’Académie des Arts de Florence, gagnant ainsi le droit de vendre ses toiles et d’en vivre largement. Mais avant cette victoire sur les mœurs de l’époque, la jeune femme devra subir sa condition. Violée par un ami peintre de son père à ses 18 ans, elle osera le dénoncer et le faire condamner. Un album édifiant sur l’histoire de la peinture mais aussi, et surtout, sur l’émancipation des femmes artistes.


➤ « Artemisia », Delcourt, 15,95 €

vendredi 25 août 2017

Rentrée littéraire - Ras-le-bol urbain dans "La fuite" de Paul-Bernard Moracchini

Qui n’a pas rêvé un jour de tout plaquer et de fuir cette vie stressante moderne ? Oublier voiture, appartement, boulot, famille et se retirer tel un ermite au plus profond de la montagne. Le narrateur de ce premier roman de Paul-Bernard Moracchini a osé. On suit sa « Fuite » de la réalité insupportable. Son arrivée en train dans cette région reculée, qui a des airs de Pyrénées. Dans un bar de village, il croit de nouveau pouvoir supporter les gens. Erreur. « Plus je fuis et plus j’ai besoin de fuir plus loin encore. Mon seuil de tolérance envers mes semblables et au plus bas. Il ne s’agit plus de quitter le quotidien morne d’un carcan social, c’est au-delà...» Le récit se poursuit, raconte la progression dans la montagne, la forêt, pour rejoindre une cabane de chasseur perdue dans les bois.

Plus de présence humaine, juste un chien recueilli en chemin et la faune sauvage. Une thérapie efficace : « La boule de fiel qui roulait au creux de ma panse quelques semaines auparavant, se résorba. Je vivais en bon sauvage oublié de mondes que rien ne semblait vouloir me rappeler ». La suite est un peu plus compliquée. Vivre est aisé, survivre moins évident.

La solitude est aussi une épreuve qu’il est parfois difficile de surmonter sans tomber dans la folie. Un roman initiatique fort et prenant d’une voix survivaliste singulière. 

➤ « La fuite » de Paul-Bernard Moracchini, Buchet Chastel, 14 €

jeudi 24 août 2017

Roman - "Minuit, Montmartre", le Paris rêvé de Julien Delmaire


Elle est noire, sauvage et belle comme un paysage d’Afrique. En 1909, la jeune Masseïda erre dans les rues de Paris. Dans le quartier de Montmartre. Si loin de sa terre natale. Mourant de faim, frigorifiée, elle ne devra son salut qu’à la rencontre avec un gros chat, le roi du quartier. Il va la conduire chez son maître. Du moins l’homme chez qui il daigne parfois passer les nuits. Théophile Alexandre Steinlein est un artiste peintre. Ce surdoué du fusain vivote en plaçant des dessins dans la presse humoristique. Il réalise aussi des tableaux de commandes. Mais ce qu’il aime c’est dessiner des chats, ses meilleurs amis. Il va faire une exception pour Masseïda.

Julien Delmaire, en racontant la vie de cet illustrateur mondialement connu pour avoir signé l’affiche du « Chat Noir », y ajoute une belle romance et une réflexion sur le déracinement et la différence. Être une femme, noire, indépendante dans ce Paris dévergondé mais encore plein de préjugés n’est pas de tout repos. Il utilise un style chatoyant et riche pour décrire la vie du peuple, ses rébellions et joies.

➤ « Minuit, Montmartre » de Julien Delmaire, Grasset, 18 €