Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
mardi 10 janvier 2017
De choses et d'autres - Danger silencieux
Menacés par certains fous du volant, piétons et cyclistes vont devoir prochainement affronter un nouveau danger. L’essor des voitures électriques améliorera la qualité de l’air dans les zones urbaines mais posera le problème de leur redoutable discrétion. Totalement silencieux, un véhicule sans moteur à explosion surgit sans crier gare. Ce qui au début passait pour un avantage, moins de pollution sonore, devient un danger public. Les piétons, trop souvent, se fient à leur ouïe. On entend une voiture avant de la voir. Il a donc été décidé qu’avant 2019 tout véhicule électrique sera doté d’un bruiteur. Il ne se déclenchera qu’en dessous de 30 km/h. Au-delà, le bruit des pneus sur la chaussée suffit à signaler l’approche d’un véhicule. Reste à déterminer quel bruit.
Les recherches se concentrent sur un son continu et audible par les piétons, en minimisant les nuisances sonores. Un sacré pari. Dans certains films de science-fiction, les voitures du futur se déplacent en produisant une sorte de sifflement strident assez désagréable. A moins que des chercheurs plus malicieux ne choisissent le tintement des cloches des tramways d’antan. Des opportunistes pourraient proposer des bruits à la carte. J’imagine déjà la petite voiture démarrant dans un vrombissement de moteur 8 cylindres.
Personnellement, je rêve de retrouver le bruit des moteurs Citroën, celui si caractéristique des 2CV et autres DS. Pas agressif et parfait pour attirer l’attention des personnes un peu nostalgiques.
lundi 9 janvier 2017
Livre de poche - De SAS à KO
La référence est explicite. A la 43e page de sa première aventure, l’héroïne de cette nouvelle série de polars internationaux se plonge dans un SAS de Gérard de Villiers. L’écrivain récemment disparu a fait des émules. Alex de Brienne revendique l’influence et on la retrouve souvent dans « Massacre à Odessa ». KO ce sont les initiales de Kaly et son frère Odyss. Officiellement consultants, ils sillonnent le monde, sollicités par les plus grands pour enquêter, déjouer et arrêter de savants complots.
Ce premier titre se déroule en Ukraine, pays en plein bouleversement après la révolution de la place Maydan et le coup de force des prorusses en Crimée. Une poudrière expliquée par Alex de Brienne, pseudonyme d’une personnalités parfaitement informée. Cette collection de romans lui permettra, selon l’éditeur, « de partager des informations décisives sur des événements réels grâce à la fiction ». Déjà les prochains titres sont annoncés en quatrième de couverture, preuve que malgré la fin de la guerre froide et l’envol du numérique, la littérature populaire n’a pas dit son dernier mot.
➤ KO, massacre à Odessa » d’Alex de Brienne, Le Livre de Poche (inédit), 7,30 €
➤ KO, massacre à Odessa » d’Alex de Brienne, Le Livre de Poche (inédit), 7,30 €
De choses et d'autres - Mauvaises ondes
Révolution radiophonique en Norvège. Ce pays nordique a commencé à couper ses émetteurs en FM. L’objectif, d’ici la fin d’année, est de passer au tout numérique. Des fréquences plus nombreuses, une qualité parfaite, pour beaucoup c’est l’avenir. Un redéploiement en bonne voie, puisque 7 Norvégiens sur 10 disposent déjà d’un poste de radio numérique. En France aussi on coupe des émetteurs, mais ce sont les vieilles, très vieilles installations diffusant sur les grandes ondes. Ainsi France Inter n’est plus diffusé depuis le début d’année sur cette fréquence unique et un peu grésillante mais qui avait l’avantage de se propager partout.
Je me souviens, enfant, avoir récupéré chez des voisins convertis au transistor, un vieux poste à lampes. Du bois vernis et des noms de lieux qui faisaient rêver sur la façade. J’ai passé quelques nuits d’insomnies à écouter Alger Chaîne 3. Une radio en français, l’exotisme en plus. Et d’autres, dont la qualité était encore moins bonne, au langage incompréhensible, mais qui avaient la capacité de me faire évader de la chambre étriquée de la ferme de mes parents.
Maintenant la bande FM me paraît tragiquement banale entre les tubes répétitifs des radios musicales ou les généralistes animées par des stars de la télé.
dimanche 8 janvier 2017
Poches - Trois romans extrêmes
Une jeune fille a été retrouvée morte, avec d’étranges blessures au cou. Le lieutenant Eve Dallas enquête jusqu’au cœur des souterrains de Manhattan. Au cours d’une réception, le corps d’une femme est découvert gisant sur un pentagramme. Un meurtre a été commis à bord d’un ferry et le cadavre a disparu. Nouvelle enquête de cette héroïne créée par Nora Roberts.
➤ « Crimes sans fin », J’ai Lu, 7,80 €
Depuis la Panique, du monde d’hier, il ne reste rien, ou presque. L’humanité a dû se reconstruire en évitant de reproduire les erreurs de ses aïeux. À Rouperroux, petit village, arrive Jason, un saltimbanque, porteur de l’écho des temps d’avant. Par ses questions, ses contes et ses chansons, Jason va ranimer les braises d’une histoire que tous veulent oublier. Loïc le Borgne signe un roman de SF atypique.
➤ « Hysteresis », Pocket, 8,50 €
Lizzie Prain, femme au foyer, la cinquantaine, vit dans un cottage au milieu des bois. Elle aime cuisiner, vendre les gâteaux qu’elle prépare, et préfère éviter les voisins. Lundi dernier, sans crier gare, elle a tué son mari d’un grand coup de pelle sur la tête. Et pour se débarrasser du corps elle a trouvé une solution radicale. Un bijou d’humour noir, drôle, et subversif signé Natalie Young.
➤ « Assaisonnez à votre goût », Le Livre de Poche, 7,30 €
DVD et blu-ray - Débarquement immédiat !
Ils se connaissent très bien depuis « Mais qu’est-ce qu’on a fait un bon dieu » : Philippe de Chauveron a voulu retrouver Ary Abittan et Medhi Saddoun dans une comédie autour des migrants. José (Ary Abittan), policier à la PAF, doit reconduire Akim (Medhi Saddoun) en Afghanistan. Mais l’avion a un problème et doit se poser à Malte. Commence une galère pleine de péripéties comiques pour le duo renforcé d’un second policier interprété par un Cyril Lecomte au potentiel comique énorme et malheureusement souvent pal exploité.
➤ «Débarquement immédiat», UGC Vidéo, 14,99 €
➤ «Débarquement immédiat», UGC Vidéo, 14,99 €
samedi 7 janvier 2017
BD - Millenium, la suite en BD
Après avoir adapté la trilogie Millénium en six albums, Sylvain Runberg, le scénariste, a obtenu l’autorisation de la famille de Stieg Larsson pour prolonger la vie des deux héros Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander. « Millenium Saga », série dessinée par Belen Ortega, se passe quelques mois après le procès de Lisbeth. Elle s’est retirée sur une île en Suède et avec quelques amis hackers tente de casser les codes du nouveau centre numérique des services secrets.
Blomkvist de son côté enquête sur le phénomène Sten Windoff, leader de la nouvelle extrême droite. Comme chez nous, Windoff a tout fait pour dédiaboliser son parti politique. Mais cela n’efface pas ses exactions. Les deux histoires vont finalement se croiser et donner l’occasion à Mikael et Lisbeth de reformer le duo improbable mais diablement efficace.
➤ « Millenium Saga » (tome 1), Dupuis, 14,50 €.
De choses et d'autres - Terreur urbaine
Les images font peur. J’imagine l’effroi de ceux qui se retrouvent véritablement devant de telles scènes. Certains parcs et jardins de la ville de Paris sont littéralement envahis par les rats. Des dizaines de rongeurs, aux longues queues si repoussantes, se promènent en toute impunité à quelques mètres d’enfants jouant au ballon ou de personnes âgées qui prennent un bain de soleil sur un des bancs mis à leur disposition dans ces havres de verdure. Le rat a mauvaise presse. Depuis la nuit des temps. Tant qu’il reste dans les égouts, loin de notre champ de vision, pas de problème. Mais s’il s’enhardit au point d’aller voir ce qu’il y a dans votre panier de pique-nique, cela s’apparente à une scène de film d’horreur. Depuis les premières épidémies de peste, ces animaux effraient. A juste titre car ils transportent quantité de maladies.
Et ce n’est pas en vous mordant (tous mes poils se hérissent en écrivant cette phrase) qu’ils sont les plus dangereux. Le vrai fléau reste leur urine qu’ils ont la fâcheuse tendance à répandre un peu partout pour marquer leur territoire. Ce nouveau mode de vie des rats, au grand air, est donc un réel danger sanitaire. Pour les enfants notamment. Conséquence les parcs sont fermés et les rats exterminés. Comme pour les huîtres (lire cette même chronique hier), il n’y a pas une seule association de protection des animaux qui s’insurge. Comme quoi l’empathie a aussi ses limites et un bon rat sera toujours soit invisible, soit mort. (dessin d'illustration de Ptiluc)
vendredi 6 janvier 2017
BD - Lanfeust se féminise à tout va
Ce n’est plus Lanfeust Odyssey mais « Lanfeust au féminin ». La troisième saison des aventures d’Arleston et Tarquin, donne de plus en plus d’importance aux personnages dits (à tort) du sexe faible. Alors que la méchante Lylth dévore les enfants pour y puiser sa force, Lanfeust en mauvaise posture est sauvé par sa femme, la princesse Cixi. Il a au passage dû abandonner ses quatre autres épouses restées sur Troy. Quand il y retourne, accompagné de Cixi, la tension est palpable entre l’ancienne et les nouvelles femmes du héros.
Mais dans ce 8e titre de la série, c’est une autre femme qui se taille la part belle de l’aventure : Tseu-Hi la gardienne. Sur son dragon, la mercenaire va changer de vie une fois qu'elle est choisie par le Magohamoth, animal source de toute la magie de la planète. Un épisode un peu plus sombre, idéal pour relancer l'intérêt du lecteur.
➤ « Lanfeust Odyssey » (tome 8), Soleil, 14,50 €.
➤ « Lanfeust Odyssey » (tome 8), Soleil, 14,50 €.
De choses et d'autres - Malheureuses huîtres
Pas besoin d’être un grand spécialiste de l’agriculture pour se douter que l’épidémie de grippe aviaire a durement touché le marché du foie gras. Il suffit d’aller faire ses courses dans une de ces grandes surfaces qui offrent des rabais sur les produits frais dont la date de péremption approche pour constater l’ampleur des dégâts. Dans un bac, des dizaines de blocs n’ont pas trouvé preneur au prix fort. Et ne semblent pas remporter plus de succès malgré la réduction de 50 %. Les annonces rassurantes du ministère de l’Agriculture restent lettre morte, nombre de consommateurs boudent ce produit traditionnel. Sans compter les campagnes des associations de protection des animaux qui dénoncent le gavage. C’est pour cette raison que j’ai moi aussi été privé de foie gras pour les fêtes. Ma femme trouve la pratique barbare. A la place elle a privilégié les huîtres.
L’avantage du foie gras par rapport à ces bestioles, c’est la préparation. Couper une tranche moelleuse n’a rien de comparable avec l’ouverture de coquillages récalcitrants. Pourtant ce sont trois douzaines de mises à mort que j’ai à mon actif. Car l’huître se doit d’être fraîche. Vivante en clair. Pour preuve, une fois ouvertes, j’ai la manie de leur effleurer le bord de la membrane pour vérifier si elle se rétracte. Qu’elles souffrent quoi. Que de tortures non dénoncées. Mais il est vrai que le cri de l’huître que l’on ouvre est moins éprouvant que celui du canard qu’on égorge.
L’avantage du foie gras par rapport à ces bestioles, c’est la préparation. Couper une tranche moelleuse n’a rien de comparable avec l’ouverture de coquillages récalcitrants. Pourtant ce sont trois douzaines de mises à mort que j’ai à mon actif. Car l’huître se doit d’être fraîche. Vivante en clair. Pour preuve, une fois ouvertes, j’ai la manie de leur effleurer le bord de la membrane pour vérifier si elle se rétracte. Qu’elles souffrent quoi. Que de tortures non dénoncées. Mais il est vrai que le cri de l’huître que l’on ouvre est moins éprouvant que celui du canard qu’on égorge.
jeudi 5 janvier 2017
DVD et blu-ray - « Divines » ces filles de la banlieue
Coup de cœur de nombreux festivaliers lors de la dernière édition de Cannes, « Divines » de Houda Benyamina a finalement remporté la Caméra d’or. Le film a des airs de documentaire. Pourtant ce sont bien des actrices professionnelles qui portent cette histoire forte et prenante. Dounia (Oulaya Amamra) est surnommée la Bâtarde. Sa mère, vivant dans un camp de roms, multiplie les aventures. L’adolescente de 16 ans, pour survivre à cette réalité, se forge une carapace. Dure, méchante, intransigeante, elle est le plus souvent habillée comme un garçon, tête cachée par une capuche.
■ Gentille Maimouna
Sa meilleure amie, Maimouna, (Déborah Lukumuena) cache elle aussi ses cheveux. Mais pas pour la même raison. Cette grande et forte noire, à la candeur touchante, fille d’imam, va régulièrement à la mosquée vê- tue de la burqa. Mais au lycée, en situation d’échec comme 80 % de ses camarades, elle se dévergonde, notamment au contact de Dounia, obsédée par l’envie de gagner de l’argent. Beaucoup d’argent, le signe de réussite ultime dans les quartiers. Ce ne sera pas avec son BEP d’hôtesse d’accueil qu’elle pourra se payer des vacances à Phuket. Alors elle regarde autour d’elle et constate que certains s’en sortent plutôt pas mal. Comme Rebecca (Jisca Kalvanda), plus grosse dealeuse de la région. Au culot, avec le renfort de Maimouna, elle propose ses services à cette femme tigresse, collectionnant les amants « bogosse » aux abdos de fer comme d’autres les pin-up aux lèvres refaites. Le film raconte dans le détail cette plongée dans la délinquance, l’argent facile et les risques inhérents. Dounia prendra beaucoup de coups dans l’aventure, mais ne déviera jamais de son but. Même l’amour (Dounia tombe sous le charme d’un jeune danseur) ne parvient pas à la remettre sur le « droit » chemin. Les bonus du DVD, en plus de quelques scènes coupées dont une longue balade amoureuse dans un supermarché vide, donnent beaucoup la parole à la réalisatrice qui explique sa démarche.
➤ « Divines », Diaphana vidéo, 19,99 €
■ Gentille Maimouna
Sa meilleure amie, Maimouna, (Déborah Lukumuena) cache elle aussi ses cheveux. Mais pas pour la même raison. Cette grande et forte noire, à la candeur touchante, fille d’imam, va régulièrement à la mosquée vê- tue de la burqa. Mais au lycée, en situation d’échec comme 80 % de ses camarades, elle se dévergonde, notamment au contact de Dounia, obsédée par l’envie de gagner de l’argent. Beaucoup d’argent, le signe de réussite ultime dans les quartiers. Ce ne sera pas avec son BEP d’hôtesse d’accueil qu’elle pourra se payer des vacances à Phuket. Alors elle regarde autour d’elle et constate que certains s’en sortent plutôt pas mal. Comme Rebecca (Jisca Kalvanda), plus grosse dealeuse de la région. Au culot, avec le renfort de Maimouna, elle propose ses services à cette femme tigresse, collectionnant les amants « bogosse » aux abdos de fer comme d’autres les pin-up aux lèvres refaites. Le film raconte dans le détail cette plongée dans la délinquance, l’argent facile et les risques inhérents. Dounia prendra beaucoup de coups dans l’aventure, mais ne déviera jamais de son but. Même l’amour (Dounia tombe sous le charme d’un jeune danseur) ne parvient pas à la remettre sur le « droit » chemin. Les bonus du DVD, en plus de quelques scènes coupées dont une longue balade amoureuse dans un supermarché vide, donnent beaucoup la parole à la réalisatrice qui explique sa démarche.
➤ « Divines », Diaphana vidéo, 19,99 €
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