mercredi 20 juillet 2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Chasseurs inoffensifs (3/3)

pokemon go, chasseurs, action, nintendo, candy crush
Aujourd'hui ou demain, les chasseurs de Pokémon pourront officiellement s'adonner à leur jeu en France. L'application, disponible quasiment partout dans le monde, n'était pas encore accessible dans l'Hexagone, un simple report en raison de l'attentat de Nice. Mais face à l'engouement, Nintendo lâche ses petites bestioles virtuelles. Il serait dommage de passer à côté d'un tel marché, même si la multinationale japonaise a de beaux jours devant elle. Depuis le lancement de Pokémon GO il y a moins d'un mois, l'action a progressé de 120 %. Une opération sonnante et trébuchante pour les actionnaires dont le capital a plus que doublé en quelques jours.
Pendant que certains s'en mettent plein les poches, d'autres jouent. A leurs risques et périls comme ces deux joueurs tombés d'une falaise car obnubilés par l'écran de leur smartphone. Des malfrats, un peu moins bêtes que la moyenne, ont créé un faux spot de rencontre de joueurs. Isolé, il était idéal pour détrousser les malheureux geeks en quête de Pokéballs et autres potions ou œufs indispensables à la progression dans le jeu. Enfin, à ceux qui s'étonnent que je parle si longuement d'un concept virtuel, sachez que Pokémon GO est devenu depuis sa sortie le jeu mobile le plus joué aux USA. Le record mondial de Candy Crush Saga (96 millions de joueurs) sera certainement explosé dans quelques jours.
Et je parie que dans 20 ans, personne ne se souviendra du vainqueur de l'Euro de foot en 2016, mais qu'ils seront encore des millions à chasser le Pokémon.

PS : Dessin de Terreur Graphique publié sur son mur Facebook. 

mardi 19 juillet 2016

BD : Fred et Alexis remontent le temps

time is money, dargaud, pilote, fred, alexis, timoléon
Après 1968, le secteur de la bande dessinée jeunesse a littéralement été dynamité par quelques auteurs en mal de nouveauté. Avant que Gotlib, Brétécher et Moëbius ne quittent Pilote pour créer Fluide Glacial ou Métal Hurlant, quelques expérimentations ont pris place dans l'hebdomadaire des éditions Dargaud. Alexis, futur dessinateur de Superdupont, a illustré un scénario de Fred (Philémon) au propos pour le moins étrange. Un représentant de commerce s'associe à un savant fou pour tenter de faire fortune en voyageant dans le temps. Ils sont aussi bête et cupide l'un que l'autre. C'est plein de boucles temporelles inextricables digne des meilleurs récits surréalistes. Ces 200 pages sont exhumées en noir et blanc, comme pour mieux admirer la virtuosité d'Alexis, mort à 31 ans seulement.
« Time is money » (intégrale) Dargaud, 29 €

DE CHOSES ET D'AUTRES : Chasseurs inoffensifs (2/3)

pokémonGO, chasse, jeu, nintendo, sénat
Chasseurs de Pokemon GO dans la vraie vie, les gamers du nouveau jeu de Nintendo vivent parfois intensément. Les anecdotes sur les incidents de parcours sont légion. Comme cette jeune femme aux USA qui, à la recherche d'un Pokemon eau au bord d'une rivière a trouvé, en lieu et place de sa bestiole virtuelle, un cadavre en état de décomposition avancée. Dans d'autres pays, les autorités ont été obligées de créer des panneaux de signalisation éphémères qui demandent de ne pas jouer en conduisant.
Pour progresser dans les parties, il faut se rendre dans des "spots" où on trouve, au choix, quantité de munitions ou de Pokemon. Décidées parfois un peu arbitrairement, ces zones investissent les espaces publics. Sauf dans le cas de cet Américain qui a vu des dizaines de personnes débarquer dans son jardin, smartphone à la main.
Il a été fait mention, mais sans savoir s'il s'agissait de simple rumeur d'un goût douteux, que des joueurs ont découvert un filon dans le camp d'Auschwitz, dans une église et un sex-shop. Authentifiée par contre l'aventure de ce restaurant, dont le chiffre d'affaires a augmenté de 50 % pour cause d'afflux de joueurs. Le gérant, pas bête, a élaboré un menu Pokemon qui fait fureur.
En France, le jeu n'est pas encore disponible, mais grâce aux versions étrangères il existe quand même des chasseurs hexagonaux. Ils voulaient le week-end dernier organiser une chasse dans les Jardins du Luxembourg. Veto immédiat des sénateurs. Pas question que quelques excités troublent le repos estival des vieux élus. Une suite de petites histoires qui ne fait que commencer.

lundi 18 juillet 2016

BD : la difficile vie des immigrés



A New York, dans les années 30, trouver du travail n'est pas très compliqué. Sacha, émigré ukrainien, participe à la construction des gigantesques gratte-ciels. Un salaire de misère qu'il complète en gardant des chiens et en participant aux petites combines d'un lieutenant de la mafia locale. C'est dans ce cadre qu'il rencontre Magda-Lena, deux sœurs siamoises. La passion prend parfois d'étranges chemins si l'on en croit l'histoire concoctée par Régis Hautière. Amour fou, incontrôlable, impossible malgré toutes les bonnes volontés du monde. Un récit âpre et désenchanté mis en images (en abîme plus exactement) par le pinceau tourmenté de David François.
« Un homme de joie » (tome 2), Casterman, 13,95€


DE CHOSES ET D'AUTRES : Chasseurs inoffensifs (1/3)

pokemon go, jeu, virtuel, buzz, santé
Entre la fin de l'Euro et l'attentat du 14 juillet à Nice, excepté le « scandale » Jean-Marc Morandini (j'y reviendrai forcément à la rentrée), les journaux en mal d'idée originale en ont fait des tonnes sur le phénomène « Pokemon GO ».
C'est l'habitude dans ces lancements de jeu vidéo, il se dit tout et n'importe quoi. Comme si tout buzz, positif ou négatif, était bon à prendre quand de grosses sommes entrent en jeu. Car ces jeux vidéo restent avant tout de nouvelles machines à fric. L'application est gratuite, mais le bracelet payant et des achats sont proposés pour débloquer certaines situations. Rien de bien nouveau à ce stade.
La différence majeure de Pokemon GO consiste à demander aux joueurs de sortir de chez eux. Le chasseur, totalement inoffensif pour une fois, course dans le monde réel ces bestioles virtuelles appelées Pokemon. L'écran du smartphone se transforme en troisième œil capable de voir ces drôles de zèbres, invisibles sinon. Pour les capturer, il convient de les bombarder de « pokeballs », comme dans le jeu classique. Armes qu'on trouve dans des endroits stratégiques. Le smartphone et sa fonction GPS sont les véritables arbitres du jeu.
Les jeunes « gamers », dont les parents se désespéraient de les voir passer des journées affalés sur le canapé, abrutis devant leurs jeux, deviennent des marathoniens potentiels. Dans l'absolu, Pokemon GO améliore la santé physique. Par contre, côté santé mentale, de nombreuses dérives ont déjà été relevées.
Demain, ici même, le meilleur du pire.

dimanche 17 juillet 2016

BD : LA NOSTALGIE DES VACANCES EN FAMILLE

zidrou, lafèbre, beaux étés, dargaud, calanque
Envie de bonheur, de nostalgie, de vacances et de soleil ? Plongez sans hésiter dans le second tome de la la série « Les beaux étés ». Zidrou, scénariste du sensible, frappe une nouvelle fois très juste avec cette chronique sociale de la famille Faldérault. Le père, Pierre, dessinateur de BD, met une dernière touche à ses planches avant de rejoindre femme et enfants dans la vaillante 4L, prête à quitter la froide Belgique pour le soleil du Midi. En cette année 1969, c'est une calanque qui accueille pour quelques jours la famille. En racontant l'infiniment petit, les auteurs nous entraînent dans l'infiniment grand. Enfants poètes, parents rêveurs, rencontres étonnantes, décors féériques : tout, des dialogues aux dessins de Jordi Lafèbre, est à déguster lentement comme une bonne sieste sous un pin, au son des cigales.
« Les beaux étés » (tome 2), Dargaud, 13,99€


samedi 16 juillet 2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Un grand Tour (3/3)

tour de france, froome, lemond, hinault, basques, nice, attentat
Le succès du Tour de France doit aussi beaucoup au direct. Malgré le dopage, les stratégies d'équipe et autres recours à la technologie de pointe (les oreillettes, pas les moteurs miniaturisés...), l'incertitude du sport y est érigée à son plus haut niveau. Parmi les grandes dates, l'arrivée main dans la main de Greg Lemond et Bernard Hinault au sommet de l'Alpe d'Huez.
En 1980, à Courchevel, les spectateurs découvrent étonnés un maillot jaune à côté de l'échappé du jour et futur vainqueur. En réalité il s'agit d'un indépendantiste basque, parvenu, dans les 800 derniers mètres, à s'immiscer au cœur de la course. Malgré sa fraîcheur, il est rapidement distancé. L'imposteur parvient cependant à franchir la ligne d'arrivée sous une bordée d'injures du commentateur de l'époque.
Parmi les impondérables, les manifestations des « paysans en colère » font partie des valeurs sûres. Si aujourd'hui ils se contentent de compositions dans les champs à base de vieilles machines et de bottes de foin, il fut un temps où ils ne plaisantaient pas. En 1974 dans les Landes, ils sèment des clous sur la route. Résultat, sur plusieurs centaines de mètres, les coureurs se retrouvent à pied, dans l'attente des voitures dépanneuses. Dernier exemple jeudi sur le final du Mont Ventoux où le maillot jaune, après une collision avec une moto, parcourt une partie du chemin au petit trot. En cause cette foule massive, excitée, incontrôlable.
Après l'horreur de l'avant-dernière nuit sur la Promenade des Anglais à Nice, espérons qu'un fanatique en mal de reconnaissance n'écrive pas une nouvelle page noire du Tour de France.

vendredi 15 juillet 2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Un grand Tour (2/3)

tour de france, sauternes, gironde, pau,
Le Tour de France, comme le festival de Cannes ou le Tournoi des VI nations, rythme le passage des années. Premiers souvenirs télévisuels. Quand la première et la seconde chaîne se partageaient étrangement les droits sportifs. Sans doute pour ne pas faire jaloux, TF1 et Antenne 2 retransmettaient à tour de rôle l'étape du jour. Commentateurs différents, mais même réalisation déjà de haute volée de la défunte SFP (Société Française de Production).
Premier contact réel dans les années 80. Le peloton file dans les Landes girondines. J'ai marché un petit kilomètre dans les pins pour le voir passer. Du soleil, des klaxons, des couleurs : quelques secondes trop brèves. Le soir, dans le journal du Tour, je reconnais la longue ligne droite entre Sauternes et Villandrault. Comme des millions et des millions de Français, je ne suis pas allé voir le Tour de France, c'est la Grande Boucle qui est venue chez moi.
Devenu adulte, il m'est parfois arrivé de vivre et travailler dans des villes étapes. Pau par exemple. Moins charmé, je pestais à cause des difficultés de stationnement ou de la surcharge de travail. Une fois, à Sainte-Marie-la-Mer, heureusement de repos, je n'ai pas quitté l'appartement si ce n'est pour regarder du balcon les hélicoptères de la télévision survoler le littoral.
L'an dernier, j'ai carrément adapté un séjour en fonction de la date de passage du Tour en Aveyron. Pas pour voir les coureurs. Au contraire, juste pour arriver bien avant le grand chambardement. Car le Tour, plus le temps passe, plus je ne l'apprécie qu'à la télévision.

jeudi 14 juillet 2016

BD : de la violence, du ring à la famille

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Lecture croisée très enrichissante avec cet album de BD et le DVD documentaire l'accompagnant. D'un côté Barbara Pellerin, photographe et cinéaste, filme son père, ancien boxeur retraité. Mais en parallèle, Kris écrit un scénario sur les dessous de cette démarche, le tout illustré par Vincent Bailly. D'un simple film sur le monde de la boxe amateur, les auteurs se retrouvent à la tête d'un roman graphique sur les difficultés de communication entre une fille et son père. Une fille trop longtemps terrorisée par la méchanceté d'un papa capable des pires colères contre sa maman. De la violence des rings à la violence familiale il n'y a qu'un pas. Mais l'ensemble, à l'opposé d'un réquisitoire, est une belle déclaration d'amour posthume.
« Mon père était boxeur », Futuropolis, 20 €

DE CHOSES ET D'AUTRES : Un grand Tour (1/3)

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Le Tour de France exerce une forte fascination sur des millions de Français. On pourrait croire qu'il est question de performances sportives, d'exploits individuels, de « cocorico ».
Plus prosaïquement, on a tous un souvenir, soit de passage du peloton près de chez soi, soit de découverte de paysages grandioses au cœur du pays, sans parler des endroits connus et que l'on se plaît à retrouver dans le direct télé. Mardi, en quittant les Pyrénées pour rejoindre le pied de la Montagne noire, la grande boucle a traversé le Lauragais. Région que j'ai longtemps écumée en « localier ».
Une bouffée de nostalgie, à près de 45 km/h. Il me semble reconnaître la descente vers Villeneuve-la-Comptal. Route incontournable pour aller couvrir les reportages dans la Piège. J'ai droit à deux passages pour cause d'échappée. En ville, la remontée le long du cours de la République me permet de revoir d'un côté les cafés, de l'autre la Halle aux Grains, l'agence du journal à moins de 50 mètres. Des centaines de spectateurs. J'essaie de distinguer des visages, des façades. Juste une impression d'ensemble, mais reste intact le plaisir d'être téléporté durant quelques secondes dans des lieux que l'on a arpenté des centaines de fois.
L'étape se poursuit route de Revel. Cette longue ligne droite que je prenais tous les jours pour aller travailler. Une dernière vue aérienne me fait craquer : le moulin du Cugarel, la Collégiale, le grand bassin au loin. Toute la magie des images du Tour, entre découvertes et souvenirs personnels. (A suivre)