samedi 9 juillet 2016

BD : l'histoire ultime des aventures de Corentin


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Il y a 70 ans, alors que le Journal de Tintin paraissait pour la première fois en France et en Belgique, les jeunes lecteurs, en plus des aventures du reporter de Hergé, découvraient quelques séries qui deviendraient des classiques. Blake et Mortimer de Jacobs, Alix de Martin mais aussi Corentin de Cuvelier. Plus peintre que dessinateur, Cuvelier a raconté les aventures autour du monde de ce jeune mousse breton. Un peu oubliée, la série a été relancée à la fin des années 60 grâce à l'apport des scénarios de Jean Van Hamme. "Les trois perles de Sa-Skia" est l'ultime histoire, celle que Cuvelier n'a pas eu le temps de dessiner. Christophe Simon (déjà repreneur d'Alix), s'est attaqué à ce monument. Un album hommage, fidèle au style très réaliste du maître et qui devrait passionner tous les nostalgiques de l'âge d'or de la bande dessinée franco-belge.
"Les trois perles de Sa-Skya", Le Lombard, 14,99 euros

vendredi 8 juillet 2016

BD : La vie de Bianco est torride

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Guillaume Bianco est un sacré rigolo. Dessinateur de BD, il a la prétention de raconter sa vie sous forme d'histoires courtes en noir et blanc. Mais les allergiques à l'autofiction ne trouveront pas dans ces 200 pages des introspections sombres et dépressives. Sur les conseils de son directeur de collection, l'inénarrable Lewis Trondheim, Bianco parle de ce qu'il connaît le mieux : les femmes. Du corps des femmes exactement. Le premier tome se consacrait exclusivement aux seins, ce second revient sur le sujet, mais explore un peu plus l'anatomie féminine. Il raconte, avec un humour décoiffant et une autodérision salvatrice, sa première fois, son amitié avec une nana (oui c'est possible) ou la visite médicale au cours de laquelle une superbe médecin va lui faire un prélèvement urétral. On laisse au lecteur le plaisir de découvrir en quoi consiste cette manipulation. Les filles riront, les garçons compatiront.
"Les carnets secrets de Guillaume Bianco" (tome 2), Delcourt, 9,95 euros

jeudi 7 juillet 2016

BD : Nouvelle série autour des "Androïdes"

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Les lois de la robotique, imaginées par Asimov, ont rapidement été mises en miettes par Philip K. Dick. Cette nouvelle série concept, prévue en quatre tomes indépendants les uns des autres, se propose d'explorer l'avenir de l'Humanité sous sa forme androïde. En 2545, les progrès de la médecine ont permis aux hommes d'être immortels. Revers de la pièce, ils doivent prendre tous les jours un médicament et surtout ils sont devenus stériles. Les auteurs (Istin au scénario, Jesus Hervas au dessin) suivent le parcours de deux femmes. Liv est flic. Intrépide, sceptique et souvent border line. Anna est restauratrice d'œuvres d'art. Douce et gentille, nostalgique aussi. Or cette dernière découvre qu'elle est enceinte. D'anonyme, elle devient essentielle à l'avenir de l'espèce. Une histoire bien menée, avec chausse-trappes et fausses révélations. Presque du Philip K. Dick dans le texte.
"Androïdes" (tome 1), Soleil, 15,50 euros

mercredi 6 juillet 2016

Livre : Nice, la rouge


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Patrick Raynal refait vivre Nice en mai 68. Quand les étudiants « rouges » tentaient de faire exploser tous les carcans.

Nice, sa Promenade des Anglais, ses retraités, son vote à droite. La riante ville du Sud n'est pas réputée pour ses velléités révolutionnaires. Pourtant, en mai 68, là aussi une poignée de jeunes idéalistes ont longtemps cru pouvoir changer la société française en profondeur. « Une ville en mai » de Patrick Raynal, roman noir, revient sur cette période au cours de laquelle une poignée de gauchistes a occupé l'université. Tout l'intérêt du livre réside dans la vision des différents protagonistes de l'action. Des « vieux de la vieille », totalement allergiques à cette liberté débridée. Le narrateur, Frédéric, a quitté Nice depuis 10 ans. Il revient en France (après dix années passées en Afrique) car sa fille Sophie, âgée de 18 ans, a disparu depuis trois mois. Il découvre, à son grand désespoir, qu'elle faisait partie des meneurs de la révolte estudiantine. Frédéric, en témoin extérieur, n'en croit pas ses yeux. Car Nice est encore plus embourgeoisée qu'à son départ il y a une décennie. Et de se demander comment ces étudiants « pouvaient-ils songer un seul instant à faire la révolution dans une ville qui, depuis plus de quatre-vingts ans, se figeait les traits à grands coups de truelle de fond de teint ? »
Pancrazi aussi recherche la demoiselle, par ailleurs petite amie officielle du leader de la révolte, Figasso. Ce commissaire des Renseignements généraux tente de surveiller le bouillon de culture de la fac. Ancien résistant, fidèle à de Gaule, il n'a qu'une envie : mettre au pas ces fils de petits-bourgeois en mal de sensations fortes. Tout se complique quand un prof, réputé pour se idées d'extrême-droite, est retrouvé mort dans le port. Les étudiants ont-ils dérapé ? La disparition de Sophie est elle liée à ce meurtre ? Non seulement le roman est passionnant par son intrigue, mais il offre aussi et surtout une grosse bouffée de nostalgie, tant aux soixante-huitards qu'aux tenants de l'ordre gauliste.
« Une ville en mai », Patrick Raynal, L'Archipel, 18 euros





mardi 5 juillet 2016

BD - Dakota, la voix des morts


Jean Dufaux, scénariste prolifique, s'est parfois essayé à la science-fiction, mais c'est la première fois qu'il se plonge dans un monde de super-héros avec Dakota, série dessinée par Adamov. Dans un monde futuriste, la population est séparée en deux. La grande majorité, les collapses, sont des humains normaux. Le reste est doté de pouvoirs exceptionnels. Des super-héros au service d'une organisation omnisciente, aux desseins parfois sombres. Dakota, la belle héroïne, a la capacité de dialoguer avec les morts. Très utile quand on enquête sur des assassinats. La victime se transforme alors en témoin principal. On retrouve tous les ressorts du genre : combats, coups bas, méchants machiavéliques et histoire d'amour. Un cocktail explosif.
« Dakota » (tome 2), Glénat, 14,95 euros



lundi 4 juillet 2016

BD : Nouveau monde, nouveaux monstres

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L'exploration de l'Amérique du Nord a réservé bien des surprises aux pionniers courageux. Tribus d'Indiens hostiles, animaux sauvages : les dangers étaient nombreux. Pour corser cette histoire récente, Chris Dingess, le scénariste, envisage d'autres découvertes. Une expédition est envoyée vers l'Ouest, au cœur des forêts inconnues, à la rencontre de colons français. Une petite communauté décimée par une maladie inconnue. Et avant d'arriver dans le village fortifié, les hommes du capitaine Lewis et du lieutenant Clark subissent les assauts de minotaures à tête de bison. Mais ce sont des broutilles face au risque de l'infection verte transformant les humains en zombies végétaux. Imagination débridée pour ce comics dessiné par Matthew Roberts.
« Manifest Destiny » (tome 1), Delcourt, 15,95 euros


dimanche 3 juillet 2016

BD : Les vagabonds aussi cherchent des trésors



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Road trip du nord au sud, « La trajectoire des vagabonds », roman graphique de Serge Annequin, débute près de Lyon, dans le massif du Pilat, pour s'achever à Rennes-le-Château, village audois de plus en plus célèbre dans tous les imaginaires. Banjo est en repérages. Ce jeune auteur, scénariste pour un producteur cinéma, cherche l'inspiration dans des lieux typiques. Il prend en stop Syd, une artiste finlandaise qui trace vers le Sud pour oublier ses déboires amoureux. Syd si belle, Banjo si mystérieux. Se peut-il, que l'un ou l'autre soit le tueur aux Post-it qui sévit dans la région ? Ambiance polar fantastique pour cette BD dessinée dans une fausse ligne claire minimaliste.
« La trajectoire des vagabonds », EP éditions, 16 euros


samedi 2 juillet 2016

Livres de poche : gros pavés sur la route des étoiles


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La Terre a été coupée du reste de l'univers par une mystérieuse barrière opaque à l'extérieur de laquelle le temps s'écoule des millions de fois plus vite. Il reste donc peu de temps avant que le Soleil ne transforme la planète en une boule de feu. Cette intégrale reprend les trois romans parus entre 2005 et 2011 de la trilogie « Spin » du maître du genre, Robert Charles Wilson.
« La trilogie Spin », Folio SF, 1120 pages, 15,50 euros
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Au cours d'une expérience scientifique, un trou noir artificiel s'échappe. Le savant responsable, Alex Lustig, sonde désespérément les entrailles de la Terre à la recherche de son bébé égaré, pour découvrir qu'un autre trou noir est déjà en train de ronger inexorablement la substance de notre planète. Le roman de notre planète en péril dans ce roman de David Brin paru initialement en 1990.
« Terre », Milady, 920 pages, 12,90 euros
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La Lune a été transformée en colonie pénitentiaire. Un superordinateur devenu une entité consciente, finit par déduire des données à sa disposition que la colonie lunaire court à sa perte si elle ne se libère pas du joug terrestre. Vaste réflexion sur la politique et les passions humaines, l’histoire et la science, ce roman de Robert Heinlein a obtenu le prix Hugo en 1967.
« Révolte sur la Lune », Le Livre de Poche, 640 pages, 8,90 euros

vendredi 1 juillet 2016

Thriller : L'île maudite de Viveca Sten



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Le nouveau thriller de Viveca Sten (déjà quatre titres parus chez Albin Michel) se passe comme d'habitude sur l'île de Sandhamn. On retrouve les deux héros récurrents de cet univers adapté à la télévision, Thomas, policier et Nora, avocate. Quand Thomas est chargé d'une enquête sur le suicide suspect d'un étudiant, il ne se doute pas que son enquête va le ramener vers son île natale. Exactement sur le rivage duquel on aperçoit, Korsö, la base militaire chargée de défendre Stockholm d'une hypothétique invasion maritime. Dans ces baraquement, il y a quarante ans, l'élite de l'armée suédoise formait ses recrues. Avec parfois des pertes. L'intrigue mêle passé et présent, avec une série de meurtres inexpliqués. A force de travail et de recherches, Thomas parviendra à les relier et se lancera sur les traces d'un tueur particulièrement rancunier.
« Les secrets de l'île », Viveca Sten, Albin Michel, 22 euros


jeudi 30 juin 2016

Cinéma : Filme, c'est du belge !

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Des comédies les plus délirantes aux films d'auteurs à forte connotation sociale en passant par l'animation, le cinéma belge n'en finit pas de tailler des croupières aux autres productions européennes. Et n'est pas prêt de s'arrêter.

Un pays, deux langues et une production cinématographique incroyablement dynamique. La Belgique, en plus d'être le centre de l'Europe, s'impose depuis deux décennies comme le nouvel Hollywood du Vieux continent. Il ne se passe pas un mois sans qu'un ou plusieurs films belges ne sortent sur les écrans français. Plus dynamique que l'Italie ou l'Espagne, presque au niveau de l'Allemagne, le cinéma belge semble représenter l'autre "exception culturelle" après la France. Au dernier festival de Cannes, les frères Dardenne participaient une nouvelle fois à la compétition. Déjà lauréats de deux palmes, les cinéastes du réel font partie de la branche sociale et politique comme Lucas Belvaux ou Jaco Van Dormael. Des films engagés, détonants, à l'écoute de notre société, qui n'hésitent pas à dénoncer, à dire tout haut ce que la majorité pense mais n'ose pas exprimer. "La fille inconnue" avec Adèle Haenel est revenu bredouille de la Croisette, mais on pourra découvrir cette histoire d'une jeune toubib pleine de doutes le 12 octobre dans toutes les salles de France.
Plus jeune mais tout aussi talentueux, Felix Van Groeningen prouve que les créateurs Flamands ne traînent pas à la remorque des Wallons. Après une "Merditude des choses" décoiffant, il frappe un grand coup avec Alabama Monroe, distribué par les Catalans de Bodega, vainqueur du César du film étranger et nominé aux Oscars. Sa dernière production, "Belgica" sorti en mars dernier, raconte l'épopée d'un bar musical de légende. Une plongée dans la jeunesse belge des années 90-2000.
Collé-serré à l'actu
Plus récent quant à son propos, "Black" (sortie le 24 juin, uniquement en e-cinéma) plonge le spectateur dans la guerre des gangs de la banlieue de Bruxelles. Une histoire d'amour sur fond de lutte entre Noirs et Arabes très révélatrice de l'état réel d'un pays qui a engendré les filières islamistes responsables des attentats de novembre dernier à Paris.

Côté comédie désenchantée, Bouli Lanners et sa bonne bouille rafle tout. Acteur principal de "Tous les chats sont gris" (sortie le 15 juin) il joue et réalise aussi "Les premiers les derniers" (en DVD le 29 juin). Mais le cinéma Belge c'est également, et avant tout pour les fans, des films inclassables, totalement barrés. En juillet, ne manquez pas "Je me tue à le dire" de Xavier Seron. Coproduction franco-belge, on retrouve cependant beaucoup de cet humour grinçant typique outre-Quiévrain. Michel vit avec sa mère. Cette dernière est malade. Se pourrait-il que Michel ait lui aussi un cancer du sein ? Sur cette simple question, réalisateur et acteurs partent loin, très loin dans le délire introspectif.
Le titre du film de Vincent Bal est tout un poème : "La vie est belge" surfe aussi sur cette mode de la belgitude des choses. Le 14 juillet, la bataille entre deux fanfares, l'une flamande, l'autre wallonne permettra de découvrir, en musique, l'incroyable antagonisme de ces ressortissants d'un même pays que tout oppose à cause d'une frontière linguistique infranchissable.

Et comme le cinéma belge ne daignerait se contenter d'une seule niche, ne manquez pas la sortie le 29 juin de "La tortue rouge". Un dessin animé de Michael Dudok de Wit d'une extraordinaire poésie. Fluidité du dessin, beauté des paysages, couleurs lumineuses, cette histoire d'un naufragé sur une île déserte vaut largement toutes les superproductions des grands studios américains.
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ADAPTATIONS De la planche à l'écran
Quoi de plus logique que la Belgique, pays de la bande dessinée par excellence (Tintin, Spirou...) utilise ce trésor national pour dynamiser sa production cinématographique. Mais ces pépites ne restent pas toujours dans le giron belge. Tintin adapté par Spielberg, les Schtroumpfs par les studios Sony et le Marsupilami de Franquin s'est animé sous la réalisation d'Alain Chabat.
Les vieux classiques ont également les honneurs du grand écran. Avec plus ou moins de bonheur. Benoît Brisefer (avec Jean Reno et Gérard Jugnot) s'est révélé catastrophique. Tout aussi peu convaincant, mais aux chiffres de fréquentation faramineux (près de 2 millions d'entrées), Boule et Bill a même une suite en chantier.

On attend avec beaucoup plus d'impatience les versions filmées de séries moins connues du grand public, mais de très grande qualité. Il s'agit du second souffle de la BD belge, notamment des trouvailles des éditions Dupuis pour le magazine Spirou. Première en piste, Tamara. La jeune adolescente un peu boulotte, imaginée par Zidrou et dessinée par Darasse, tiendra le haut de l'affiche le 26 octobre. Avec Sylvie Testud (mais pas dans le rôle-titre), cette comédie sur l'amour et les formes, offre à Rayane Bensetti (Danse avec les Stars) le rôle de Diego, le benêt de service.

En 2017, ce sera au tour de la série "Seuls" d'être portée au cinéma. Pas une comédie pour une fois, mais un conte entre science-fiction et fantastique. Dans une grande ville (Bruxelles dans la BD), plusieurs enfants se réveillent et découvrent que les adultes ont disparu. Directement inspiré de "Sa majesté des mouches", le scénario de Fabien Vehlmann s'étire déjà sur une dizaine de tomes avec Bruno Gazzotti au dessin. Le tournage vient de s'achever et tout ce que l'on sait c'est que Dodji, un des meneurs de la bande, sera interprété par Stéphane Bak.

Enfin, pour l'anecdote, Pierre-François Martin-Laval (Les Profs, 1 et 2) serait en plein travail d'écriture sur l'adaptation de Gaston Lagaffe. On lui souhaite bien du plaisir tant le personnage de Franquin est atypique.
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 Belges et cultes
Le cinéma belge a cela de passionnant qu'il parvient à enfanter des monstres impossibles à classer dans une case si ce n'est celle des "films cultes". Dans cette longue liste d'OFNI (objets filmés non identifiés) deux titres se détachent.
C'est arrivé près de chez vous. Premier succès de Benoît Poelvoorde datant de 1992, ce faux documentaire de Rémy Belvaux est tourné à la manière de l'émission "Strip-tease". Des journalistes suivent Ben, tueur à gages spécialisé dans l'élimination des personnes âgées. En noir et blanc, d'un mauvais goût assumé, avec des scènes d'une horreur absolue, le film est la première pierre à l'édifice du cinéma belge catégorie "Improbable mais complètement culte".
Dikkenek. 15 ans plus tard, Olivier Van Hoofstadt relève le gant. Son "Dikkenek", (gros cou en bruxellois) mélange de sonorités bruxelloises et de liégeoises (mais le public français ne capte pas encore la différence) tente peut-être de réconcilier deux communautés fratricides et impose François Damiens comme acteur comique d'exception. Ses mimiques quand il photographie de jeunes femmes nues, sa réplique "Man ? Claudy à l'appareil, dis, je viens de m'faire carjacker !" (accent liégeois) ou son récurrent "C'est excessivement énervant" (accent bruxellois) sont presque rentrés dans le langage courant d'une certaine génération. En clair, tout est bon dans "Dikkenek", ce qui n'est pas le cas de la fricadelle...