mardi 19 janvier 2016

Cinéma - Un festival de rattrapage avec Télérama

Durant une semaine, les meilleurs films de 2015 selon Télérama sont reprogrammés dans vos cinémas.

I
l existe la télé de rattrapage, le cinéma aussi permet aux retardataires de profiter du meilleur de l'année passée. L'initiative est à mettre à l'actif du magazine culturel Télérama. La rédaction a sélectionné une quinzaine de films et avec l'association française des cinémas d'art et d'essai, les reprogramment sur une semaine, à un tarif préférentiel pour ceux qui ont le passe offert avec le numéro de cette semaine.
Cela donne l'occasion de voir quantité de chef d'oeuvre au prix imbattable de 3,50 euros la place. La sélection est subtilement équilibrée entre films français et étrangers. Côté francophone, trois poids lourds font partie des « élus », « Dheepan » de Jacques Audiard, « Marguerite » de Xavier Giannoli et « La loi du marché » de Stéphane Brizé. Ces productions qui ont très bien marché et qui se laisseront regarder une nouvelles fois par les amateurs. Le festival

Télérama permet aussi à des réalisations plus confidentielles de bénéficier d'une seconde exposition. C'est le cas de « Trois souvenirs de ma jeunesse » d'Arnaud Desplechin, « Fatima » de Philippe Faucon et « Comme un avion » de Bruno Poldalydès. Les productions étrangères sont très diversifiées de « Mia Madre » de Nanni Moretti (Italie) en passant par « Mustang » (Turquie), « L'homme irrationnel » ou « Birdman » (USA).
Mais s'il est bien un film à ne pas manquer dans ce best-of de l'année, cela reste « Taxi Téhéran » de Jafar Panahi. Sous forme de documentaire, on découvre la vie quotidienne de la capitale iranienne, entre envie d'émancipation et censure omniprésente.

lundi 18 janvier 2016

BD - L'épervier au Canada


Les nombreux fans de la série « L'Epervier » de Patrice Pellerin doivent être avant tout patient. Le dessinateur réaliste est un perfectionniste. S'il semble parfaitement savoir où les aventures de ce corsaire du roi vont le conduire, il y a va lentement. Un album tous les trois ans. Le record d'attente n'est pas battu, mais il joue sérieusement avec les nerfs des lecteurs pris dans ce feuilleton palpitant. La récompense dans ce genre d'album, consiste à le relire une seconde fois lentement, pour apprécier tous les détails des cases maritimes où se déroulant à Versailles. Voire à s'extasier devant la perfection anatomique des différents protagonistes. Et là, on en a véritablement pour son argent... 
Yann de Kermeur, repart en mer. Sur la Méduse, il met le cap sur le Canada. Il doit y convoyer quelques personnalités pour le roi. Dont la ravissante princesse indienne Mari. Mais la traversée n'est pas de tout repos. Entre la chasse des navires anglais, les bagarres à bord et les mauvaises rencontres, le mois de traversée est très agité. Et l'arrivée au Canada encore plus. 
L'album raconte deux autres histoires en parallèle. Les intrigues à la cour (la partie la plus compliquée) et l'emprisonnement de la belle Agnès de Kermellec par son fourbe de mari. Agnès toujours présent dans l'esprit de Yann. Mais si loin...
« L'épervier » (tome 9), Soleil Quadrants, 14,50 euros

dimanche 17 janvier 2016

BD - Halloween permanent

La nuit d'Halloween, les enfants se déguisent et vont quêter des friandises. Geoffrey, malgré sa timidité maladive, participe à la fête. Une citrouille sur la tête, il se promène de nuit dans la petite ville, sans se douter que ses pas le conduisent direct vers une porte magique. Pris pour un esprit, il se retrouve chez les morts, au royaume de Jack O'Lantern. Mais un vivant chez les morts, c'est le bazar assuré. 
Cette BD écrite par Cazenove et dessinée par la jeune Ood Serrière, se présente sous deux formes. Un album classique, cartonné en couleur de 80 pages, ou sous forme de manga, en noir et blanc, redécoupé sur 168 pages. Dans les deux cas le petit garçon doit courir vite pour échapper aux épouvantails affamés, aux roseaux agressifs et autres loups-garous ou monstres poilus. Une histoire destinée aux plus jeunes, pour enrichir leur imaginaire ou peupler leurs cauchemars.
« Hallow » (tome 1), Bamboo, 14,90 € format cartonné, 7,95 € format manga

samedi 16 janvier 2016

BD - Un autre regard sur le 11 janvier


Écrit durant l'été par Serge Lehman, mis en image par Gess à l'automne, cet album revient sur les attentats de janvier mais surtout la manifestation monstre du 11 janvier qui a répondu dans la dignité à la tentative de destruction du pays. Pourtant, selon l'auteur, six mois après ce rassemblement historique, « il ne reste rien de l'Esprit du 11 janvier ». Triste constat pourtant bien réel, même si on constate un regain de cette fameuse prise de conscience depuis le 13 novembre. Serge Lehman, écrivain de science-fiction (entre autres activités), était dans la foule le 11 janvier à Paris. Il a marché contre la peur. L'idée de son livre vient de là : « Ce sera sur la foule du 11 janvier comme phénomène quantique » explique-t-il succinctement à son éditeur. 
A l'arrivée ces 80 pages en noir et blanc, en plus de mieux comprendre l'émotion de tout un pays, permet également de mettre en vedette quelques héros anonymes des événements. Ahmed Mérabet, le policier abattu dans la rue, Lassana Bathily, le jeune Malien qui a sauvé des dizaines de clients de l'Hyper Cacher. Mais aussi la policière municipale de Montrouge, Clarissa Jean-Philippe. Indirectement, c'est elle qui a certainement fait le plus pour l'émergence de ce 11 janvier. Quand elle est abattu dans la rue par Amedy Coulibaly, elle ne se doute pas qu'elle empêche au autre massacre. Coulibaly, en cagoule et gilet pare-balles, semblait se diriger vers une école juive. Le tueur de l'Hyper Cacher voulait tuer des enfants. Le choc, après Charlie, aurait été encore plus fort. 
La BD se termine par une image, une femme, belle et forte dans la foule. L'image de cet Esprit du 11 janvier que Serge Lehman veut garder pour toujours présent à son esprit.
« L'esprit du 11 janvier : une enquête mythologique », Delcourt, 9,95 euros

vendredi 15 janvier 2016

Livre - Le labyrinthe des existences

Les nouvelles technologies changent-elles la façon d'aimer ? Camille Laurens dans « Celle que vous croyez » raconte un amour aussi fort que multiple virtuel.

A l'heure des réseaux sociaux et autres sites de rencontres sur le net, l'amour est-il en train de changer, d'évoluer ? Ce sentiment, aussi vieux que l'Humanité, va-t-il survivre à ce changement radical de mode de vie ? Ces interrogations sont en en permanence en filigrane du roman de Camille Laurens. Pour que la magie de l'amour fonctionne, il faut que deux êtres se rencontrent, partagent, apprennent à se connaître. Échanger un regard suffisait pour déclencher un coup de foudre. Aujourd'hui, avant de se retrouver face à l'être désiré, il existe quantité de façons pour mieux l'apprécier, ses défauts et ses qualités. Une sorte d'entretien d'embauche virtuel. « Celle que vous croyez » est un roman gigogne, en trois parties distinctes et autant de possibilités sur la relation amoureuse entre Claire et Christophe. 
La première partie est un long monologue de la jeune femme. Face à son psy, elle raconte comment elle est tombée amoureuse de cet homme qu'elle a littéralement séduit sur internet, en se façonnant une nouvelle identité. Claire qui est au moment du récit en clinique psy. Folle ? Dépressive ? Suicidaire ? Un peu tout à la fois. Cette femme de plus de 50 ans sort d'une relation avec un jeune et fougueux jeune homme. Jetée comme une vieille chaussette, elle refuse cet état de fait. Veut savoir ce qu'il devient. Pour cela elle va devenir « amie » sur Facebook avec Christophe, son meilleur ami avec qui il cohabite. Pour être sûre d'attirer l'attention de « KissChris », elle devient Claire Antunes, brune de 25 ans, passionnée de photo (Christophe est photographe). Un piège diabolique qui se retourne contre elle. « Ce n'est pas pour rien que cela s'appelle la Toile. Tantôt on est l'araignée, tantôt le moucheron. Mais on existe l'un pour l'autre, l'un par l'autre, on est reliés par la religion commune. A défaut de communier, on communique. » A force d'échanger avec Christophe pour avoir quelques nouvelles de son ex, elle tombe amoureuse de l'ami. Et c'est réciproque. Mais les relations ne sont que virtuelles. Fausses photos, mensonges permanents : la situation dégénère.

Roman dans le roman
La seconde partie du roman est le témoignage de Marc, le psy de Claire. Il explique devant ses pairs comment il a dérapé. Une autre version de l'histoire étayée par le début du roman écrit par Claire à la clinique, avec l'aide de Camille, une romancière animant un atelier d'écriture. Dans le roman, la Claire de 50 ans parvient à séduire le véritable Christophe. Sans l'aide de son faux profil Facebook. Mêmes personnages, histoire différent. Le lecteur voit alors d'un nouvel œil la première partie. Mais Camille Laurens n'en a pas terminé de rebattre les cartes. La dernières partie une longue lettre à son éditeur. Elle y parle du roman, des ses sources d'inspirations et de sa façon d'aborder son thème de prédilection : « Je ne désire pas tant la jouissance que je ne jouis du désir. L'amour n'est pas le sujet de mes livres, c'est leur source. Ce n'est pas une histoire que je recherche, c'est le sentiment de vivre, dont écrire sera la défaite, à la fin, et jouir la chute. Désirer un homme, c'est comme rêver au livre : tout est ouvert, immense et chaotique. » Et l'art de la chute, Camille Laurens la maîtrise à merveille dans un petit épilogue qui laissera pantois tous ses lecteurs...

« Celle que vous croyez », Camille Laurens, Gallimard, 17,50 euros (disponible en format poche chez Folio)

jeudi 14 janvier 2016

Polar - "Les nuits de Reykjavik" disponible en poche chez Points


Ce sont les débuts d'Erlendur qui sont racontés dans « Les nuits de Reykjavik » d'Arnaldur Indridason. Célibataire, solitaire, Erlendur est un simple policier de base. Il est affecté aux patrouilles de nuit. Une vie décalée, à pourchasser les ivrognes et autres petits cambrioleurs. Rien de bien palpitant. Mais il fait son travail avec diligence, bon camarade, un peu taiseux mais toujours partant.  Ce roman d'Arnaldur Indridason, moins pessimiste que les précédents, quand Erlendur enquêteur à la criminelle côtoie l'horreur au quotidien, montre comment le jeune policier a découvert sa vocation. Une intrigue emberlificotée à souhait, pleine de chausses-trappes et de fausses pistes. Au final Erlendur résoudra deux affaires et gagnera l'estime de ses futurs collègues. (Points, 7,70 €)



mercredi 13 janvier 2016

BD - Grandeur et misère du commerce


Dans la veine du reportage dessiné, Xavier Bétaucourt et Jean-Luc Loyer proposent avec “Le grand A” une plongée dans les coulisses d’un hypermarché. Et pas n’importe lequel : les plus vieux, le plus grand de la région Nord. A comme Auchan. Le directeur a donné carte blanche aux auteurs pour dresser le “portrait” de ce mastodonte de la vente. Les auteurs ont eu l’idée de ce roman graphique en dédicaçant dans cette « ville dans la ville » et en discutant avec les employés. 
Ces derniers sont souvent mis à contribution. Ils racontent comment le magasin est devenu le poumon économique de la région. Plus qu’un simple pourvoyeur d’emplois, mais un véritable symbole de progression sociale. Mais loin d’être une monographie à la gloire de la société, “Le grand A” est aussi une radiographie de l’évolution du commerce. Comment les marchés se sont implantés dans les villes. Puis les commerces ont pris le dessus durant de longs siècles avant d’être détrônés depuis peu par les centres commerciaux en périphérie. Une analyse sociologique et économique du phénomène explique à la perfection comment le combat était perdu d’avance par des petits commerçants trop frileux. 
À l’opposé, le directeur du Grand A voit à plus long terme. Et puis cette BD devient, par la force des choses, une explication sur la montée du Front national dans la région, la plus grosse ville à proximité du centre commercial étant Hénin-Beaumont, tombée aux mains de Steve Briois aux dernières municipales.
« Le grand A », Futuropolis, 20 euros

mardi 12 janvier 2016

BD - Les heureux hommes de Durieux et Gibrat


Quatrième et ultime partie de la vie de ces “gens honnêtes” imaginés par Gibrat et dessinés par Durieux. Au début, un homme au chômage se reconvertissait en se lançant dans la coiffure dans les TGV. Exactement sur la ligne Bordeaux Paris. Cela lui permet de faire la connaissance d’un libraire qui lui lègue son fonds de commerce en Gironde
Philippe vit donc de la revente de quelques livres rares, dans cette boutique installée dans une petite commune du Bordelais. Philippe, un honnête homme mais au parcours compliqué. Marié, séparé, il a bien des difficultés à communiquer avec son fils, adolescent. Et puis il a la mauvaise idée de tomber amoureux. Lui le “vieux”, d’une jeunette qui a la bougeotte. Un peu comme dans un feuilleton au long cours, on a un grand plaisir à retrouver tous ces personnages, comme pour s’immerger dans leur vie, petite, pas très palpitante, mais tellement vraie. Philippe se languit depuis le départ de Camille. Il tente de se consoler dans les bras de l’opposante municipale écologiste. Mais le cœur n’y est pas. 
Il a lui aussi des envies de voyage. Notamment depuis qu’il a découvert les photos de Nadar dans le grenier de son ami maçon. Cap à l’Est ? Ou retour à Paris... À moins que la météo ne vienne contrecarrer tous ces beaux projets. Finement dessinées par Durieux, ces tranches de vie font du bien au lecteur. Parce qu’il n’y pas dans la BD que des aventures tumultueuses de Vikings ou de milliardaires beaux gosses. Parfois un ancien, dégarni et le nez cassé a plus de charisme que tous les héros bodybuildés du 9e art.
« Les gens honnêtes », Dupuis, 15,50 euros

lundi 11 janvier 2016

Roman - Quand le quotidien devient insupportable

Un notaire devient délinquant, un chanteur perd sa voix, un président s'émancipe. Petites rébellions du quotidien dans ce roman vif et incisif de Jean-Pierre Brouillaud.

Chaque jour suffit sa peine. Surtout chaque jour ressemble au précédent et sera sans doute identique au suivant. On appelle cela le train-train, la routine... La plupart du temps on s'en contente. Au contraire, on peste quand le « prévu » ne se passe pas comme désiré. D'autres à l'opposé, rêvent d'inattendu, d'exceptionnel. Ce court roman de Jean-Pierre Brouillaud explore cette face aventureuse d'individus mal dans leur petite vie étriquée.

Premier à entrer en scène, Henri Brunovilliers. Ce notaire de 50 ans, a toujours été terne et effacé. Il n'a jamais rué dans les brancards. Pas de crise d'adolescence, de rejet des parents et autre transgression. Mais aujourd'hui, Henri a décidé de franchir le pas, de devenir un délinquant. Pour la première fois de sa vie il va être hors-la-loi. Dans ses rêves de grandeur il se voit tel un truand adulé des foules. En réalité il a simplement l'intention de prendre le métro sans acheter de ticket...
Avec gourmandise, l'auteur décrit le cheminement intellectuel tortueux de ce notaire, insoupçonnable, en train de frauder comme un vulgaire petit voyou de banlieue. Il mettra du temps à se décider. Oser affronter les regards, réussir à enjamber le tourniquet, sortir des griffes du portillon automatique. Mais il y arrive enfin et le voilà enfin primodélinquant : « avoir pour la première fois à cinquante ans passés, osé braver l'interdit; avoir pour la première fois, à cinquante ans passés , défié la toute puissance de la loi; avoir pour la première fois à cinquante ans passés, agi autrement que convenablement. Un voyage sans ticket, donc. Mais avec un supplément d'âme. » Henri jubile, puis déchante. Une fois dans la rame, personne ne fait la différence. A moins que des contrôleurs ne lui donnent l'occasion de clamer à la face du monde sa rébellion. Henri sert de fil rouge sur cette ligne de métro où il s'en passe de belles.

Le président et la conductrice
On croise également dans la rame une épouse qui s'affranchit enfin de son mari toxique et va assister, seule, au concert d'un chanteur de charme qu'elle adore et qu'il abhorre. Il y a aussi cette jeune femme qui décide, enfin de quitter son fiancé. Elle veut bien être sympa, mais elle ne supporte plus ses fautes dans les textos. Le « Bone journée bébé » reçu en début de matinée était de trop.
Il y a aussi le président de la République qui décide de se rapprocher du peuple et prend donc le métro. Incognito. Enfin presque... Sans oublier la conductrice du métro, Evelyne. Son rêve c'est de ne pas devoir freiner toute les deux minutes, de filer plein gaz sans se soucier des passagers, des arrêts. « Elle s'imagine qu'elle se dirige tout droit vers la mer, le soleil et la douceur de vivre. » C'est ça sa petite rébellion à elle.
« Les petites rébellions » de Jean-Pierre Brouillaud, Buchet-Chastel, 14 €

BD - De Gainsbourg à Gainsbarre


Compositeur génial, chanteur étonnant et provocateur impénitent, Serge
Gainsbourg est devenu après sa mort une sorte d'icône rock pour toute une génération. François Dimberton et Alexis Chabert signent une biographie dessinée de l'homme à la tête de choux. De l'arrivée de ses parents en France et sa naissance en 1928 à sa mort, dans son « hôtel particulier » parisien en 1991, on suit le parcours de ce surdoué, peintre puis musicien, devenu millionnaire après avoir découvert qu'une petite chanson pouvait rapporter beaucoup plus (et plus vite) que des passages dans des cabarets. Gainsbourg c'est aussi une passion pour les jolies femmes. 
La BD s'articule autour de ses nombreuses histoires d'amour, de sa première femme Lise à Bambou, la mère de Lulu, son fils adoré. Entre, il y a Brigitte Bardot et Jane Birkin. Ses deux égéries qu'il adore, mais pas autant que l'alcool. Le drame de ce touche-à-tout (il a également monté une comédie musicale, écrit un roman et tourné plusieurs films) c'est sa propension à se détruire. Il a collectionné les pépins de santé les dernières années, mais ne s'est jamais assagi, noyant ses chagrins dans des litres de Ricard et de champagne. Jusqu'à ce silence qui dure, dure...
« Gainsbourg », Jungle, 14,95