lundi 3 juin 2013

BD - La parole de Fred

Le 2 avril dernier, quelques jours après la parution de l'ultime aventure de Philémon, Fred a rejoint le monde des rêves éternels. Cet auteur essentiel a marqué 60 ans de la culture BD française. Ce livre reprend les entretiens de Fred avec François Le Bescond publiés durant 5 ans dans la Lettre de Dargaud. Othon Aristides de son vrai nom y raconte son enfance, ses débuts à Hara-Kiri, sa joie de travailler avec Goscinny, la persévérance de ce dernier dans la naissance de Philémon. Beaucoup de tendresse dans ces lignes, de poésie et de modestie. Fred s'y dévoile un peu. Mais pas trop. Comme s'il voulait pour toujours garder une part cachée, derrière ses grosses moustaches. Un livre abondamment illustré avec des extraits de Philémon, des dessins d'humour et d'autres récits moins connus, publiés dans le Pilote de la grande époque.

« Un magnéto dans l'assiette de Fred », Dargaud, 15,95 euros

dimanche 2 juin 2013

BD - Voyage de femmes dans "Sirène" de Daphné Collignon


Une femme, une future mère, un voyage, des questions. Daphné Collignon signe une BD lumineuse malgré les thèmes sombres abordés. Magda, la trentaine, apprend qu'elle est en enceinte. Mais elle vit au Maroc, son amant est loin, absent. Que faire de cet enfant ? Elle demande conseil à une amie et décide de traverser le désert pour trouver des réponses. Elle y croise une autre femme, mystérieuse, muette, inquisitrice. Cette parabole sur les doutes de la maternité se conclue par une lettre très émouvante à la fille (de l'auteur ?). A lire comme un grand poème, tout en savourant les dessins, véritables tableaux du Maroc authentique.

« Sirène », Dupuis, 14,50 euros

samedi 1 juin 2013

Billet - Nicolas Ancion, romancier de fond

Peut-on écrire un roman comme on court un marathon ? Nicolas Ancion, écrivain belge installé près de Carcassonne a tenté l'expérience. Durant 24 heures, il est devenu un romancier de fond. Comme coureur de fond. Mais s'enfermer dans une pièce et écrire un polar en 24 heures chrono est trop simple pour ce manieur de mots, très branché nouvelles technologies. Aidé par la région Languedoc-Roussillon et les éditions Didier, il relève le challenge, mais à New York, loin de ses bases liégeoises ou audoises. Et décide d'en faire profiter tout le monde en publiant, en temps réel, son manuscrit dans un Google doc ouvert. Pour couronner le tout, il commente son travail sur Twitter et Facebook. 

« Courir jusqu’à New York », le roman, est bouclé. Du moins un « premier jet commencé le 29 mai à 16h et achevé le 30 mai à 15h29. » Pas moins de 81506 signes pondus en 24 heures dans divers lieux de « Big Apple » comme l'Institut français de New York. Dans ce texte, il est question de New York mais aussi de Carcassonne, lieu de résidence du héros, Miguel, un fils de réfugié espagnol vivotant aux pieds des remparts. Une lettre en provenance de Barcelone lui apprend l'existence d'une cousine à New York. Sur un coup de tête, il la rejoint. Le début des ennuis...
Le texte, limpide et palpitant, se lit facilement. Il est toujours disponible (durant 15 jours) sur le site des éditions Didier et le blog de Nicolas Ancion. En septembre, il sortira en librairie sous une forme plus classique. Et sans doute un peu remanié. Mais pas beaucoup : Nicolas Ancion est un excellent romancier tout court.

Chronique "ça bruisse sur le net" parue ce samedi en dernière page de l'Indépendant. 

vendredi 31 mai 2013

Billet - RIP Léon Vivien sur Facebook


« Je ne suis plus un homme du vingtième siècle, je suis un soldat de Crécy, un soudard du Moyen Âge, un fantassin sans armure. J'ai peur, Madeleine. Je t'aime. Ils arriv »
Léon Vivien, instituteur, a posté son dernier message sur Facebook le 22 mai 1915 à 12 h 20. L'opération du  Musée de la Grande Guerre s'est achevée dans la boue, les larmes, le sang et la violence. Comme la vie de millions de soldats, des deux camps. Plus de 56 000 personnes ont suivi le destin brisé de Léon et la détresse de sa femme, Madeleine, jeune maman d'un petit Aimé qui ne connaîtra jamais son père. Au cours des  mois d'avril et mai 1915, Léon prend conscience de l'horreur de cette boucherie. Après l'enthousiasme de l'entraînement et la naissance de nouvelles camaraderies, la folie des officiers, la rage des ennemis et les conditions de vie en constante détérioration plombent le quotidien des tranchées. 
La veille de sa mort au combat, Léon, de plus en plus réaliste, raconte comment la troupe est équipée de nouvelles armes : « Des couteaux de boucher ; c'est idéal pour dépecer l'ennemi et ça nous rappelle ce que nous sommes, nous, les biffins : rien de plus que de la viande en uniforme... » En illustration, terminés les sourires de Poilus sûrs de leur force. Les monceaux de cadavres et les champs éventrés par les obus donnent une idée de l'enfer. 
Et puis il y a le dernier message de Madeleine après le statut inachevé de Léon. « Réponds-moi, je t'en supplie... » Toute la détresse d'une génération sacrifiée. Poignant. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant. 

jeudi 30 mai 2013

Billet - Ma meuf, elle écrit

Ecrire au féminin ? Selon une image assez rancie par les ans, les filles n'arrêtent pas de faire des histoires. Stéphanie Rouget, Nathalie Lenoir et Fanny Desmares l'admettent bien volontiers. Mais chez ces trois-là, les histoires se transforment en scénarios. Elles viennent de lancer un site internet au doux nom de #meufteam. Leur objectif : développer des projets pour le cinéma comme pour la télévision « qui mettent en lumière la femme sous un jour dynamique et moderne. » Mais pas trop sérieusement quand même. Elle se présentent comme des digitals mums qui « utilisent la vie comme matériel d’écriture et s’amusent de tout (surtout d’elles même). » Une chance qu'elles aient de l'humour, car l'image des femmes dans certaines séries télé ne fait pas progresser la cause.
Une mine pourtant, la preuve avec la première production propre de HD1, la chaîne de la TNT.  « Ma Meuf » est une série de 60 épisodes de 3 minutes, programmée du lundi au vendredi à 20H35 à partir du 10 juin. Elle raconte l'histoire de Joseph, apprenti réalisateur, qui filme Margaux, sa copine, depuis leur première rencontre, sans jamais apparaître lui-même à l'écran. Et on voit toute l'utilité de la démarche de la #meufteam : un homme est aux commandes, la femme sa simple marionnette.

L'exercice se solde parfois par une réussite comme « La vie d'Adèle », film récompensé à Cannes. Reste que ce long-métrage est tiré d'une bande dessinée de... Julie Maroh. Une artiste, scénariste et dessinatrice, lesbienne militante, snobée par Abdellatif Kechiche, comme par hasard.  

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - Les chats omniscients de Leslie Plée


Si vous envisagez d'adopter un chat, plongez-vous dans cette BD de Leslie Plée avant de commettre l'irréparable. Les chats ne sont pas les grosses boules de poils affectueuses que l'on croit. Ce sont des êtres calculateurs, ils manient la duplicité avec une rare perversion. La vérité sur cette engeance, c'est Michel, le chat de Leslie Plée, qui la révèle au grand public. Il a écrit une « Méthode de développement personnel pour les chats » intitulée plus simplement « Vivre vieux et gros ». Il y révèle tous ses trucs pour manger le plus de croquettes. Il affiche aujourd'hui un joli 6 kilos, preuve de l'efficacité de ses astuces. Cette BD vous fera hurler de rire si vous avez la chance d'héberger un Michel dans vos murs. Vous ne regarderez jamais plus votre « gros chat » de la même façon. Et vous ne l'aimerez que plus...

« Vivre vieux et gros », Delcourt Tapas, 14,95 euros

mercredi 29 mai 2013

Billet - Proximité numérique et fête des voisins avec All-together.net


Ce vendredi, pour la 13e fois, les voisins vont faire la fête entre eux. Lancée en 1999, cette initiative de rapprochement rencontre chaque année un beau succès. Proximité, contact humain :  l'antithèse parfaite des réseaux sociaux. Mais alors pourquoi passer par internet pour en faciliter l'organisation ? 

All-together.net, site spécialisé dans le partage des passions, tient le challenge de rajeunir le panel des participants. Sur la base des études démontrant qu'un jeune sur quatre ne connaît pas ses voisins, les gestionnaires sur site ont imaginé une solution pour entrer en contact avec ces derniers... sur internet. Il faut un volontaire, quelqu'un qui prenne l'initiative de l'événement. Il s'inscrit sur le site, précise le lieu et l'heure de la fête qui obtient ainsi un numéro. L'organisateur peut dans la foulée imprimer des flyers à déposer dans les boîtes aux lettres ou à placarder dans les halls. Terminée la corvée de sonnettes, des portes closes et des malotrus malpolis... Seules les personnes intéressées s'inscrivent. Elles doivent tout simplement aller sur le site et préciser le nombre du groupe et le choix de leur contribution culinaire ce vendredi 31 mai. Grâce à la magie d'internet, les timides pourront faire le premier pas sans sortir de leur salon. Petite précision pour les vrais geeks, il faudra quand même être présent physiquement à la fête les rencontres par webcam interposée ne sont pas encore au programme... 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mercredi en dernière page de l'Indépendant.

BD - Bébé stryge

Un papa, une maman, on ne ment pas aux bébés stryges. Non, Corbeyran et Guérineau n'ont pas basculé dans le côté sombre, ils ne sabordent pas leur série vedette en imaginant la jeunesse des Stryges. Simplement, pour les besoins du 15e titre de la série, l'organisation de Weltman, a capturé un stryge mâle et une femelle pour effectuer une fécondation in vitro et tenter de sauver l'espèce. Un album transition, comme ces préliminaires qui n'ont pas eu lieu entre les deux démons ailés. Les différents protagonistes s'observent beaucoup, se trahissent également. Tant et si bien qu'on ne sait plus qui travaille pour qui. Qui est bon ou méchant. S'il faut sauver ou détruire les Stryges. Sans parler des hybrides... On est un peu perdu, mais c'est tout l'intérêt de cette série, une des plus réussie du moment sur le plan du suspense.   
« Le chant des Stryges » (tome 15), Delcourt, 13,95 €

mardi 28 mai 2013

Billet - Les masses critiquent

Le festival de Cannes, en plus des starlettes et des fans, est la plus grande  
concentration de critiques cinéma de la planète. Durant deux semaines, ils visionnent  trois à quatre films par jour et jugent à tire-larigot. Le beau métier que voilà. Mais  pas si évident que ça. Il suffit de se promener sur les zones commentaires de certains sites spécialisés pour s'en convaincre. Quand la masse critique, la critique rit. 
@Alluciné est un compte Twitter spécialisé dans le « Florilège des critiques (drôles) à  une étoile de films qu'on aime bien. » On se demande souvent si les anonymes postant  leurs commentaires ont vu les mêmes films. Titanic, de James Cameron, record mondial d'entrées, ne serait en fait « qu'un gros navet. Même un dessin animé peut être mieux. » 
Une constance, la référence à un autre film, de préférence une grosse daube. Pour ce spectateur (sans doute Marseillais) Pulp Fiction, chef-d'œuvre de Quentin Tarantino, « vaut surtout pour son générique qui pompe honteusement la musique superbe de Taxi. » Raging Bull de Martin Scorcese, oscar pour Robert de Niro n'est pas si bien qu'on pourrait le croire : « Franchement j'ai été déçu, je trouve que ça ne vaut pas "Taxi 2" » 
Et puis il y a ceux qui ont le souci du détail. Que retenez-vous de Shining, l'atmosphère oppressante, le jeu de Nicholson ? Une seule chose a marqué ce spectateur « J'aime bien le costume à la 102e minute ». Et pour finir, une évidence à propos des Aventuriers de l'Arche perdue : « Il y a de bien meilleurs films pour les amateurs d'archéologie. »

Chronique "ça bruisse sur le net" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - La ménopause héroïque façon Cestac chez Dargaud


Florence Cestac
, auteur très respectée dans le milieu de la BD (elle a débuté comme libraire, puis est devenue éditrice tout en signant des albums pour les plus jeunes) a connu une seconde jeunesse en publiant « Le démon de midi ». Cette autobiographie générique des femmes en mal d'indépendance a remporté un beau succès, prolongé sur les planches par Michelle Bernier. 
« Le Démon du soir » est la troisième partie de cette vaste exploration de la condition féminine actuelle. Noémie approche de la soixantaine. Mari avachi, travail harassant, vie sexuelle en berne, elle décide de tout larguer pour tenter une dernière aventure excitante tant qu'elle en a encore la possibilité. 
Voyage puis installation au Sud, à la campagne : elle revit, même si les premiers temps sont très durs. 56 pages d'optimisme concentré, valable pour les femmes... et les hommes.

« Le Démon du soir », Dargaud, 13,99 €