mardi 9 avril 2013

Chronique : MSN, Julie Lescaut, tout a une fin

Alors que les sénateurs planchent sur un projet de loi pour interdire l'obsolescence programmée, dans le vrai monde même les légendes ont une fin. Hier, MSN a fermé et TF1 a annoncé l'arrêt de la série Julie Lescaut. Lancé en 1999, Windows Live Messenger révolutionne la communication sur internet. Pour la première fois on peut parler simplement à un ami connecté en même temps que vous. Échanges rudimentaires certes, mais instantanés et gratuits. Très vite MSN devient le terrain de jeu de tous les ados. Avoir une adresse MSN est obligatoire si l'on veut exister. D'autres fonctions se rajoutent, comme les émoticones. Et puis apparaît Facebook... Entretemps Windows a racheté Skype. Des deux systèmes de messagerie sur le marché, l'un doit disparaître. MSN incarne pour toute une génération les premiers émois devant un écran, au même titre que ses premiers comédons ou l'apparition de ce fin duvet synonymes de passage à l'âge adulte.

Véronique Genest aussi, en interprétant Julie Lescaut, a beaucoup compté dans l'imaginaire d'une génération de petits Français. Sa chevelure rouge en a fait fantasmer plus d'un. Atteinte par cette satanée « obsolescence programmée » elle s'éclipse après 101 épisodes. Mais rassurez-vous, les chaînes de la TNT vont se précipiter sur ce monument télévisuel qui a lancé, ne l'oublions pas, l'inénarrable Jean-Paul Rouve d'avant Les Robins des Bois... 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant.

BD - Béka, deux voyageurs en Chine


Béka
, le scénariste des célèbres Rugbymen, est en fait un couple d'auteurs : Bertrand Escaich et Caroline Roque. Donc, quand Béka raconte sous forme de gags le voyage en Chine d'un couple de Français, il y a de fortes probabilités que Ben et Nina soient très inspirés de leurs propres pérégrination en Asie. 

Marko, au dessin, simplifie son trait pour donner encore plus de puissance aux dialogues et situations comiques. Et elles ne manquent pas car partir à l'aventure dans un immense pays sans maîtriser la langue est une gageure risquée. 
Ben est souvent à l'origine des gags. Indécrottable geek, il voit plus la montée du modernisme dans le pays que les traditions séculaires. Nina est plus rêveuse, plus dans l'empathie. Mais cela ne va pas jusqu'à partager certaines spécialités culinaires comme les scorpions ou le serpent... On ne rit pas aux éclats comme avec les sportifs de Paillar, mais ce voyage vaut quand même le détour.
« Voyage en Chine », Bamboo, 10,60 €

lundi 8 avril 2013

Billet - Sites sensibles et censure d'Etat

Google et Wikipédia, deux mastodontes du net, ne peuvent pas faire n'importe quoi. Dans certains pays, les administrations se montrent plus que réfractaires au partage des informations. L'Inde voit d'un très mauvais œil Google Maps se lancer dans la cartographie précise du sous-continent alors qu'en France, ce sont les services secrets, la DRCI (Direction centrale du Renseignement intérieur) qui obtiennent l'effacement d'une page de l'encyclopédie participative sur une station hertzienne classée secret défense.
Après avoir interdit aux voitures de Google Street de sillonner les villes indiennes, l'Etat dépose plainte contre le géant américain. Pour étoffer son service Google Maps, la multinationale demande aux internautes de publier des informations sur les restaurants, boutiques ou hôpitaux. Illégal décide le gouvernement indien car susceptible de provoquer un risque pour la sécurité du pays : des terroristes pourraient découvrir des informations sur des sites sensibles... 
Même argument pour la DRCI en France contre Wikipédia. La page sur la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute située dans le Puy-de-Dôme diffuserait des informations militaires classifiées sans autorisation légale. Wikipédia supprime cette entrée. Mais la censure provoque un tel buzz que la page est recréée, traduite... et vue des milliers de fois. En voulant cacher des informations, la DRCI en a involontairement fait la promotion. L'arroseur arrosé...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant.

BD - Deux détectives

L'une est maigre et taciturne. L'autre volubile et bien en chair. La première s'appelle Brune. La seconde Platine. Cela donne le duo improbable de Brune Platine, détectives privées et héroïnes de cet album de BD écrit par Lisa Mandel et dessiné par Marion Mouse. Platine ne refuse jamais des affaires. Même quand sa collègue est réticente. C'est le cas dans la demande de cette jeune fille à la recherche de son père. Il y a 15 ans, ce médecin a disparu du jour au lendemain. Envolé, avec toutes les économies de la famille. Aujourd'hui, une vieille plaie s'est rouverte et la jeune femme engage ces détectives d'un genre nouveau pour le retrouver. Si Platine travaille beaucoup en restant derrière son bureau, Brune aime aller sur le terrain. Elle va rencontrer les rares connaissances du disparu, explorer par procuration son passé, ses secrets, et remonter jusqu'à un séjour dans un pays des Balkans, quand il était militaire pour l'ONU. Elle s'y rend en compagnie de la cliente. Pour son plus grand malheur. Une histoire noire, de sang et de mort, au final terrifiant.
« Brune Platine », Casterman, 13,95 €

Essai - Les Geeks, bientôt maîtres du monde !

Mine de rien, les Geeks sont devenus les maîtres du monde en quelques décennies. Du moins ils orientent de plus en plus notre présent après avoir fantasmé leur avenir. Mais comment ces boutonneux à lunettes, à la limite de l'autisme, asociaux et timides, ont-ils pu imposer leur univers à l'ensemble de la civilisation occidentale ? « Geek, la revanche », livre de Nicolas Beaujouan (éditions Robert Laffont, parution le 8 avril, 22 euros) donne quelques clés. Pour commencer, les geeks ont créé les nouvelles mythologies, de Tolkien à Star Wars en passant par Lost ou The Big Bang Theory. Leur imagination (Spielberg, Jackson) et leur inventivité (Jobs, Zuckerberg) les ont propulsés au sommet. Célébrité, richesse, réussite : de vilains petits canards ils sont devenus des exemples à suivre. Dans l'essai de  Nicolas Beaujouan, vous découvrirez toutes les facettes d'un phénomène multiple en pleine expansion et la preuve que ce qui a longtemps été considéré comme une « sous-culture » est devenue dominante.
Superbement illustrées, ces 200 pages passionneront ceux qui baignent dedans et étonneront ceux qui sont toujours passés à côté.
Chronique "ça bruisse sur le net" parue samedi en dernière page de l'Indépendant.

samedi 6 avril 2013

Billet - DTC comme data, tableaux, courbes



Les nouvelles technologies et l'informatique en général changent les pratiques professionnelles. Tout le monde est concerné. Sans exception. La presse n'échappe pas au phénomène. Une frange de la profession tente de démontrer l'utilité de ce que communément on nomme le data journalisme.  Le but est de transformer des données chiffrées et brutes en animation, tableau ou courbe plus digestes. Car des chiffres, des statistiques, il en existe des milliards sur internet. Il suffit de les collecter, de les passer à la moulinette et on peut leur faire dire à peu près tout. Tout et son contraire... Les détracteurs du data journalisme ont tendance à le réduire à un travail amélioré de comptable. Ils préfèrent, de loin, raconter une histoire avec des mots et un peu de style. En data, « Les Misérables » peuvent se résumer dans un tableau Excel posé sur une carte, avec correspondance entre les personnages et les lieux de l'action. Joli, mais moins passionnant que le chef d'œuvre de Victor Hugo. 

Autre exemple, par l'absurde je l'admets, des limites du data journalisme : la correspondance entre l'évolution de la météo et le président de la République au pouvoir. Une démonstration effectuée par Jean Abbiateci sur son blog « Papier Brouillon ». Chiffres à l'appui, il constate que « Hollande fait pleuvoir, Chirac fait monter la température et Sarkozy provoque la canicule ! ». L'analyse politique va s'en trouver révolutionnée !

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant. 

vendredi 5 avril 2013

BD - Deux mondes miroir dans Ekho de Barbucci et Arleston


Drôle de nom pour une héroïne : Fourmille Gratule. Mais on ne s'interroge pas longtemps sur le patronyme de la belle. On se contente d'admirer son jolis minois, sa chevelure ondoyante, ses courbes généreuses... Fourmille est une bombe. 21 ans, étudiante en histoire de l'art, elle prend l'avion pour se rendre à New York voir une exposition du Caravage. Au-dessus de l'Atlantique, Fourmille somnole. Elle est placée à côté de Yuri Podrov, un chercheur en physique. Quand elle voit une sorte d'écureuil dans le couloir central, elle s'interroge. Quand elle l'entend parler, plus de doute, elle est persuadée de rêver. Il a cependant le temps de lui donner un bout de papier avec une adresse à New York. Arrivés à destination, Fourmille et Yuri découvrent que la mégapole américaine a bien changé. En fait ils se sont posé dans le New York d'Ekho, le monde miroir de la terre.
Un univers steampunk imaginé par Arleston et dessiné par Barbucci, le génial créateur de Witch et Monster Allergy. Du charme, de l'humour et de l'action : ça sent le Lanfeust des années 2010 !
« Ekho » (tome 1), Soleil, 13,95 €

jeudi 4 avril 2013

Billet - Robot pour être vrai


Une série télé, avant de se transformer en succès d'audience lors de sa diffusion, doit faire parler d'elle sur internet. Ce soir, sur Arte, les premiers épisodes de «
Real Humans » sont l'exemple parfait de ce travail fait en amont. Le buzz fait autour de cette série suédoise en 10 épisodes dure depuis plusieurs mois. Elle s'attaque de front au phénomène des robots. Pas les machines chargées de fabriquer des voitures ou de nettoyer votre maison comme cet aspirateur en forme de tortue. Non, les vrais robots, ceux imaginés par les auteurs de science-fiction. Leur apparence est 100 % humaine. Leurs réactions aussi. Dans cette Suède prospère et apaisée, posséder un robot de compagnie, un « Hubot » est devenu banal. Toujours souriants et d'humeur constante, ils deviennent parfois les chouchous de la famille. Ou les souffre-douleur... 
Le robot, selon la loi d'Asimov, ne peut pas nuire aux humains. Ni mentir. Voilà qui aurait bien arrangé un gouvernement aujourd'hui dans l'embarras. Cependant, certains se sont émancipés et tentent de survivre dans la nature. Comme les esclaves marrons de nos anciennes colonies. Sauf qu'ils sont blonds avec d'immenses yeux bleus. 
Si une partie de la population dénonce  ces « voleurs de travail », d'autres humains sont sous le charme. Dans tous les sens du terme. Ils militent même pour la légalisation du mariage mixte entre humain et hubot. Un combat d'avenir pour la descendance de Frigide Barjot... A voir (et à y réfléchir), ce soir sur Arte à 20 h 50, en replay sur Arte+7. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - "Pacifique", tout un océan à lire


A la fin de la seconde guerre mondiale, nombre de sous-marins allemands, privés de commandement, ont continué un combat inutile. Pacifique de Trystam et Baudy raconte les derniers ronds dans l'eau d'un U-boat nazi. Lassitude de l'équipage, folie du commandant : tout est réuni pour que la crise éclate. C'est l'arrivée d'un nouveau radio, à peine sorti de l'adolescence, qui va tout déclencher. Il a dans son bagage un livre interdit. Un roman qui fait rêver, éveille les consciences. Cette BD, format à l'italienne, flirte avec le fantastique. Un huis clos oppressant, des couleurs angoissantes : tout pour transformer cette dernière plongée en long cauchemar.
« Pacifique », Casterman, 15 €

mercredi 3 avril 2013

BD - La Retirada en images


La Retirada a souvent été au centre de romans. Pour la première fois, l'exil des Républicains espagnols est le thème central d'une bande dessinée. Denis Lapière en signe le scénario. Un gage de qualité et de sérieux. Ayant une centaine d'albums à son actif (dont la série Charly), il n'a pas son pareil pour mélanger harmonieusement sentiments et intrigue. Pour faire revivre la Retirada, il situe son histoire dans le milieu des années 70, à Montpellier. Angelita, mère de famille parfaitement intégrée, est arrivée en France en 1939. Petite fille naïve, elle suit sa mère et son père. Elle passera près d'une année dans le camp d'Argelès. Cette histoire, Angelita la raconte dans le train à son beau-père. Elle se rend à Barcelone au chevet de sa mère, malade. Mais que faisait elle en Catalogne, elle qui avait juré de ne jamais remettre les pieds en Espagne tant que Franco était au pouvoir. Un récit intimiste pour expliquer la grande histoire, dessiné par le Catalan Torrents, dont l'histoire familiale a en partie inspiré l'histoire de ce « Convoi ».
« Le convoi » (tome 1), Dupuis, 15,50 € (le tome 2 parait ce vendredi 5 avril)