mardi 26 avril 2011

BD - Une CX, des héritiers


Vu de loin cela ressemble à un très mauvais soap opéra (pléonasme ?). Quand on regarde de plus près les producteurs (Fabcaro, James et BenGrrr), on se doute que c'est de la parodie dure et sans concession. Et très rapidement on se laisse envahir par cette famille déchirée dans une succession qui tarde. A la base, il y a Harold et Cynthia, les parents. Harold est un peu gâteux et semble près de la sortie. Ses enfants, tous adultes, se déchirent ce futur héritage. Et notamment le joyau, la CX diesel...

Trois frères et une sœur, tous plus différents les uns que les autres. Avec cependant un point commun (en dehors de leur mère, pour le père c'est moins sûr), une bêtise crasse. Brandon, gérant d'une boite de nuit, semble détenir le pompon. Adepte des lettres anonymes (rédigées sur le papier à en-tête du Chunga Night), il a un mauvais goût qui force le respect. Bill, son frère, célibataire, est l'amant de Jessifer, femme de Brandon, qui a également couché avec l'autre frère, Jean-Mortens, le facteur et peut-être Harold.

Plus qu'une famille, c'est une ménagerie hilarante dont l'histoire est découpée en gags d'une demi-planche.

« Amour, passion & CX diesel », Fluide Glacial, 10,40 € 

lundi 25 avril 2011

Polar - Lennox au coeur de Glasgow la sombre

Lennox, ancien militaire canadien, est devenu détective privé en Écosse. Il collabore avec la police, mais ses clients sont souvent des malfrats.


Au début des années 50, en Écosse, la victoire sur l'Allemagne c'est presque du passé, mais les conséquences de l'effort de guerre sont toujours présentes. Par exemple Lennox, détective privé, ancien militaire canadien, a toutes les difficultés du monde pour trouver du bon café à Glasgow, la capitale économique de l'Écosse. Par contre, pour s'attirer les ennuis, il semble être un expert.

Craig Russell, l'auteur de ce roman policier aux délicieux airs rétro (l'action se déroule en 1953), prend son temps, avant de mettre en place l'intrigue, de bien dresser le portrait de ce cabossé de la vie. Célibataire, vivant dans un petit appartement, Lennox tente de faire des économies pour se payer un hypothétique billet de retour pour le Nouveau Monde. Reste à retrouver l'envie. Pas évident quand on a perdu toute estime de soi : « La mauvaise graine. La guerre n'avait fait que la nourrir. Il existait nombre d'adjectifs pour décrire l'état dans lequel les hommes revenaient de la guerre : changés, désabusés, morts. L'adjectif que j'utilisais, moi, pour me qualifier était « sale ». J'étais revenu sale de la guerre et je ne voulais pas retourner au Canada avant de me sentir de nouveau propre. Sauf que, plus le temps passait, et plus les gens que je fréquentais devenaient sales. » Parmi ces clients, un certain John Andrews. Cet industriel a demandé à Lennox de retrouver sa femme, Lillian, disparue depuis quelques jours. Lillian qui se révèlera être beaucoup plus complexe qu'une simple femme au foyer.

Lennox est également sollicité par un des jumeaux McGahern, petite frappe tentant de se faire une place dans le milieu écossais. Frankie veut savoir qui a descendu son frère Tam. Lennox décline l'offre. Et pour bien se faire comprendre, donne une trempe à Frankie. Problème, ce même Frankie McGahern est retrouvé assassiné le lendemain. La police soupçonne Lennox. Les véritables ennuis vont alors aller crescendo pour le héros. Après un tabassage en règle par des policiers pas tendres et une nuit au poste, il doit rendre des comptes aux trois « rois » de Glasgow. Ce sont les parrains de la mafia locale. Il parvient tant bien que mal a se dédouaner. En contrepartie, il doit découvrir qui a descendu les jumeaux McGahern...

« Je suis un connard cynique »

Le lecteur, en suivant Lennox dans ses recherches, visite Glasgow, ses bordels, ses bars, ses quartiers résidentiels et ses quais. Il apprend aussi à mieux connaître le personnage principal et narrateur. C'est un drôle d'oiseau. Rarement de bonne humeur, toujours sur le fil du rasoir. Avec une méchante aptitude à se fâcher avec tout le monde à force de mettre son nez où il ne faut pas et à faire du mauvais esprit. Il en a parfaitement conscience : « Je suis un connard cynique. Je l'admets. Je ce que j'ai vu, ce que j'ai fait m'a transformé en un être que je n'aime vraiment pas et ma façon de gérer tout cela consiste souvent à commencer la journée avec un air méprisant ou une blague aux dépens de quelqu'un d'autre. » Pas facile de vivre avec Lennox. Même lui a des difficultés...

Virage en épingle à cheveux et changement radical de style pour Craig Russell avec ce premier roman de la série de Lennox-Glasgow. Il laisse l’Allemagne de Hambourg et son personnage fétiche Jan Fabel pour passer à l’Écosse, et plus précisément à la Glasgow des années 50. C'est un peu l'archétype du roman noir. Pas grand monde ne sort indemne de ce polar publié dans la remarquable collection : Robert Pépin présente...

« Lennox », Craig Russell, Calmann-Lévy, 20,50 € (également disponible au Livre de Poche)

dimanche 24 avril 2011

BD - Les dérives du pouvoir

La collection Troisième Vague du Lombard semble avoir accouché d'une nouvelle pépite. Sisco, écrit par Benec et dessiné par Legrain, après deux premiers épisodes menés tambour battant, poursuit son exploration des coulisses du pouvoir.

Sisco c'est ce flic de haut vol, chargé de la sécurité du président de la République. Un peu en disgrâce, il est puni et affecté à la surveillance de la fille du président. Ce n'est pas une sinécure de suivre à la trace cette étudiante adorant le gin-fizz, l'exhibitionnisme dans les boites de nuit à la mode et la cocaïne.

Elle n'est pas spécialement sympathique, mais quand on essaie de l'assassiner, Sisco retrouve ses réflexes et fera tout pour la protéger. Une histoire palpitante et très édifiante, servie par le dessin de plus en plus abouti et maîtrisé de Legrain.

« Sisco » (tome 3), Le Lombard, 11,95 € 

samedi 23 avril 2011

BD - Spécial Branch, les premiers experts


Roger Seiter, scénariste accompli ayant percé avec la série « Fog », n'a pas son pareil pour ciseler des intrigues captivantes dans l'Angleterre de la fin du 19e siècle. « Spécial Branch », illustrée par Hamo, relate les débuts de la police scientifique britannique. Première enquête pour Robin Molton et sa soeur Charlotte, médecin. Un vieux bateau est en train d'être démantelé dans un port près de Liverpool. Entre les deux coques, les ouvriers découvrent un cadavre desséché dans un tapis. 

Mort depuis une vingtaine d'années, cet homme a été abattu d'une balle dans la tête. Sa réapparition semble gêner quelques personnalités haut placées. Les recherches de Robin et Charlotte n'en sont que plus délicates. 

Une série qui démarre très bien, avec ce qu'il faut de mystère, de trouvailles et d'ambiance brumeuse typique de cette Grande-Bretagne du passé.

« Spécial Branch » (tome 1), Glénat, 13,50 € 

jeudi 21 avril 2011

BD - Milady vue par Agnès Maupré


Agnès Maupré, dessinatrice de bande dessinée, en lisant « Les trois mousquetaires » d'Alexandre Dumas, découvrait un roman complexe, bien loin de l'image de simple aventure de cape et d'épée. « La vie tragique de Milady m'a particulièrement captivée » explique-t-elle. L'espionne du méchant cardinal va l'obséder au point qu'elle prend vie sur des carnet de croquis puis devient le personnage principal du premier tome de cette nouvelle série. 

Milady, femme bafouée, tente de refaire sa vie en Angleterre. Elle y deviendra Mme de Winter. Rapidement veuve, par sa faute, elle paiera son erreur en devant élever un enfant qu'elle ne désirait pas. Finalement, le cardinal de Richelieu la sortira de son exil pour la transformer en redoutable espionne. Elle croisera D'Artagnan qui, tout en étant son ennemi, succombera à ses charmes. 

Un portrait de femme tout en nuances par une auteure complète, Agnès Maupré avouant son admiration pour Johann Sfar. Son dessin, esquissé, aérien, donne encore plus de force à cette femme forte en apparence, fragile intérieurement.

« Milady de Winter » (tome 1), Ankama éditions, 14,90 €

BD - Folie papale

Le Vatican, avant d'être le lieu de toutes les vertus, a été l'antre de la perversité. En l'an 1504, Jules II règne en maître sur la chrétienté. Il s'est « marié » à Adolsi, son jeune amant. Ce dernier, pour augmenter sa mainmise sur le vieux pape lui fait boire une potion. Envoûté, Jules II le proclame Papesse. 

La famille de Jules s'inquiète de l'héritage et fait assassiner la papesse. La vengeance de Jules sera effroyable. Du sang, du sexe et des trahisons, tels sont les principaux ingrédients du second tome de cette série de Jodorowsky et Theo. Heureusement, l'arrivée de Michel-Ange dans la vie de Jules va adoucir son courroux. Un pan de l'histoire souvent mouvementée du Vatican mis en lumière par un grand scénariste qui n'a rien perdu de son mordant et de sa capacité à interpeller ses lecteurs. 

Theo, le dessinateur dessine les jeunes hommes nus avec une précision aussi anatomique que sensuelle.

« Le pape terrible » (tome 2), Delcourt, 13,95 € 

mardi 19 avril 2011

polar - Deux p'tites tours et puis s'en vont


San-Antonio est de retour, de nouveau en format poche, comme au plus beau temps, quand Frédéric Dard proposait trois romans par an au Fleuve Noir. 

Cette fois ce sont les éditions Fayard qui publient les nouvelles aventures dues à la plume du fils, Patrice. « Deux p'tites tours et puis s'en vont » aborde un sujet d'actualité brûlant : le terrorisme islamique. La menace plane sur la France et pour tenter de déjouer un attentat en préparation, notre sémillant héros se rend aux USA. 

Il a dans ses bagages Bérurier, incognito grâce à un passeport belge. Cela donne quelques dialogues surréalistes, moitié argot, moitié englishe. 

Patrice Dard fait voler en éclat toute idée de politiquement correct. Un défouloir idéal pour les dépressifs et qui devrait être remboursé par la sécu ! (Fayard, 6,90 €) 

lundi 18 avril 2011

BD - Course aux diamants


La collection Rivages de Casterman propose enfin l'adaptation d'un roman de Tony Hillerman. Le romancier américain récemment disparu a su faire l'osmose parfaite entre intrigue et traditions indiennes.

 « L'homme squelette » adapté par Will Argunas est une longue course aux diamants dans les gorges du Grand Canyon. Une première partie pour planter le décor et présenter les personnages, une seconde pour que le drame se joue dans ces décors grandioses. 

Ce roman graphique de 100 pages est fidèle au récit original, donnant en plus ce sentiment d'immensité (des décors et des esprits) spécifique à l'œuvre de Tony Hillerman.

« L'homme squelette », Casterman Rivages, 18 € 

samedi 16 avril 2011

BD - Vampire et bidonville


Nosferatu, le premier vampire, est de retour. Il avait pourtant été vaincu en 1945 par un de ses disciples. De nos jours, près d'un immense bidonville de Bombay, ce sont deux jeunes parias qui lui donnent l'occasion de renaître de ses cendres. 

Nosferatu est affamé. Il cherche plus particulièrement du sang d'assassin, « les bourreaux ont un goût si particulier ». Au même moment, les autres vampires se mobilisent pour contrer le retour de Nosferatu, bien décidé à se venger. Une aubaine pour une organisation œuvrant pour l'éradication de cette race aux canines acérées.

 Olivier Peru et Stefano Martino revisitent le mythe de Nosferatu, lui donnant un cadre idéal avec ce bidonville regorgeant de miséreux prêts à tour pour s'en sortir.

« Nosferatu » (tome 1), Soleil, 13,50 €

vendredi 15 avril 2011

BD - L'esprit Donjon est de retour avec Ralph Azham de Trondheim


Présenté comme « le projet le plus ambitieux de Lewis Trondheim depuis Donjon », Ralph Azham permet au créateur de Lapinot de faire un retour remarqué à l'heroic fantasy.

Ralph Azham, albinos aux cheveux bleus, est considéré comme un bon à rien dans son village. Pourtant il aurait du être l'Elu. Mais il a été recalé. Il a bien un pouvoir, mais à quoi peut bien servir la capacité de savoir combien on a d'enfants ? Ralph, souffre-douleur, devenu très philosophe, va pourtant se révéler plus utile qu'il n'y paraît quand arrive la Horde, des soldats venus piller le village.

Un premier tome très dense, avec des personnages tout sauf superficiels. C'est très prometteur et donne l'occasion à Brigitte Findakly, la coloriste, de magnifier le dessin de son compagnon dans la vie.

« Ralph Azham » (tome 1), Dupuis, 11,95 €