lundi 3 août 2009

Polar - DOA raconte des vignes sanglantes dans la région de Moissac

Paysans racistes, truands colombiens, tueur en cavale : cela s'anime dans le vignoble de Moissac, décor de ce polar signé DOA.


Cela débute comme un roman de terroir. Mais le lecteur sait que cela ne devrait pas continuer : une Série Noire sans cadavre cela ferait tâche. Pourtant tout commence en pleine cambrouse, du côté de Moissac, Tarn-et-Garonne, capitale du chasselas, ce raisin de table bénéficiant d'une appellation d'origine contrôlée. C'est l'hiver. Les vignes sont en sommeil. En pleine nuit, Baptiste Latapie, représentant typique de l'autochtone s'active dans les vignes de son voisin, Omar Petit. Avec un sécateur, il sectionne méthodiquement tous les fils de fer supportant les pieds de vigne. Et tout en effectuant sa tâche, il se répète : « Un macaque à Moissac ! Un nègre chez eux ! Qui voulait faire du grain AOC ! Coupe ! C'était leur raisin ! Leur païs ! Coupe ! Pas de macaque paysan ! Coupe ! » DOA, l'auteur, dans cette introduction, plante un décor qui malheureusement est criant de vérité. La France est un beau pays, mais peuplé d'un peu trop de racistes.

Omar le paisible

Omar Petit est d'origine sénégalaise. Né en France, marié à Stéphanie, héritière de cette propriété. Cela fait quelques années que le couple tente de vivre de leur exploitation. Mais c'était sans compter l'hostilité des voisins, Latapie et ses copains, chasseurs et pompiers volontaires. Omar refuse de rendre les coups. Il fait le dos rond : « Dans cette guerre stupide, c'étaient les seules armes dont disposait Omar, le colosse paisible. Trop paisible. Sa sérénité, qui avait séduit Stéphanie quand ils s'étaient rencontrés, passait aujourd'hui pour de la passivité ou pire, de la lâcheté. ».

Le problème pour Latapie, c'est que ce soir-là, il n'était pas le seul à travailler de nuit dans les parages. Trois hommes, en provenance d'Espagne, ont rendez-vous. Le chef, Javier Creo-Perez, un jeune Colombien, vient prendre un premier contact avec des truands français pour vendre sa cocaïne dans l'Hexagone. Ils sont en avance. Et tombent sur un motard, blessé, énigmatique. Ils n'ont pas le temps de parler, laissant cet honneur à leurs armes. Bilan trois morts, dont le baron de la drogue en mission pour son père. Le motard, blessé, prend la fuite. Tout cela sous les yeux de Latapie qui reste figé sur place.

Tod le sadique

Qui est ce motard ? Pourquoi a-t-il abattu les trois hommes froidement ? Les premières questions ne restent pas sans réponse pour ceux qui ont lu le précédent polar de DOA, « Citoyens clandestins ». Les autres découvriront la personnalité du tueur, homme en cavale trouvant refuge dans la ferme des Petit. Durant trois jours, nécessaires à sa guérison partielle, il va retenir en otage le couple et leur petite fille.

Pendant ce temps, la gendarmerie sera sur les dents. D'autant qu'arrive à Toulouse, en jet privé, un certain Tod – la mort – Niemeyer. Il est au service du père du Colombien. Il a pour mission de faire le ménage et de notamment retrouver et châtier les tueurs.

Chinois par sa mère, Allemand par son père, c'est un expert en tortures.

Quand il retrouve, en compagnie de son contact en France, Néris, la dernière prostituée qui a eu le malheur de partager le lit de Javier, il a une technique infaillible pour la faire parler : « la pointe du Ka-Bar (un couteau de combat) entailla la peau du torse de la jeune femme, juste en dessous de la poitrine. Elle gueula de façon si inhumaine et stridente que Néris se boucha les oreilles. Avec une efficace brutalité, la lame de Tod fouilla sous le sein droit et souleva une langue de chair. Néris se plia en deux pour vomir. » Voilà, on a quitté les bucoliques coteaux de Moissac pour plonger dans la violence et la peur d'une Série Noire d'exception. L'action va aller crescendo, avec la rencontre de presque tous les personnages chez les Petit puis un final dans Moissac qui, s'il avait véritablement eu lieu, ferait encore parler aujourd'hui.

« Le serpent aux mille coupures », DOA, Série Noire Gallimard, 15,90 € (« Citoyens clandestins » vient d'être repris en Folio Policier, N° 539, 8,10 €)

dimanche 2 août 2009

Humour - La tarte académie présidée par Noël Godin


Adeptes du politiquement correct et du bien pensant, passez votre chemin. Dans ce roman débridé, vous ne trouverez rien de convenable. Au contraire, chaque phrase risque de vous faire hérisser les cheveux sur la tête. Par contre les iconoclastes, rieurs de tout (et de rien), anarchistes refoulés et autres révolutionnaires à la petite semaine se régaleront de cet enchaînement de situations aussi cocasses qu'invraisemblables. 

Avant de planter le cadre de cette histoire, présentons le héros : Alias. Ce criminel sans foi, ni loi ni limites, a vu le jour il y a une dizaine d'années dans une collection entièrement dédiée à ses aventures au Fleuve Noir. Sur le modèle du Poulpe, il a vécu quelques péripéties sous les plumes de plusieurs auteurs. Alias, machiavel moderne, utilise les dernières évolutions technologiques pour arriver à ses fins : faire s'effondrer notre société de consommation, capitaliste et individuelle. Il aime les belles femmes qui ont du caractère, tue sans aucune émotion et apprécie, entre ses spectaculaires opérations, jouir de tous les plaisirs de la vie. Alias, sous la plume de Noël Godin, prend un côté surréaliste supplémentaire.

Godin, dans la vraie vie, s'est contenté d'entartrer quelques prétentieux et autres "pompeux cornichons", Alias va beaucoup plus loin. Installé dans une luxueuse chambre de l'hôtel Martinez à Cannes en plein festival, il va pirater la projection du film d'un philosophe, tourné en Amérique centrale avec une star française sur le retour... Pour une fois, Godin ne nomme pas la cible, mais les indications savamment distillées au gré des chapitres permettent de rapidement se faire une idée de la personne visée, la même que Renaud brocarde dans son dernier disque... 

A l'opposé, de nombreuses autres personnalités font des apparitions en guest-stars dans ce roman. Ainsi dans les couloirs du Martinez on croise quelques producteurs, des actrices, des journalistes et même un médecin. Cette aventure, partie sur les chapeaux de roues dans les premières pages, s'essouffle un peu par la suite. On assiste notamment à la fuite d'Alias dans les couloirs du palace durant près de 100 pages. Il est accompagné de deux superbes femmes (une masseuse et une soubrette) ainsi que de son fidèle assistant, La Morve, qui a caché sous sa chaise roulante pas moins d'une dizaine de cadavres (il n'y a pas de petits profits pour cette horreur à roulette qui aime boulotter ses victimes). Ils font du surplace, donnant l'occasion à Godin de faire tourner la tête au lecteur avec ses longues énumérations et ses dialogues dignes parfois d'un vaudeville du plus bas étage. Mais on se doute que l'animal est assez brillant et intelligent pour se délecter de la rage du lecteur s'emberlificotant sur ces quelques mètres de moquette souillée par le sang des victimes et autres rejets de la Morve qui porte si bien son nom. Bien évidemment il ne faut chercher aucune morale dans ce roman destructeur.

Au contraire, comme le proclame un jingle diffusé dans la salle de cinéma après le sabotage du film : "Alias, Alias, Alias, et l'ordre moral trépasse !". Alors vous aussi laissez-vous entraîner sur la pente de la subversion et osez lire ce brûlot entre rire jaune et ricanement glauque.

"Armons-nous les uns les autres !", Noël Godin, Flammarion, 18 euros 

samedi 1 août 2009

BD - Victimes de la fonction publique


Il est si facile de se moquer... Notamment des fonctionnaires, têtes de turcs préférées des Français (après les Belges...). Pas étonnant donc si la collection des Guides de Vents d'Ouest propose un recueil sur cette espèce encore bien représentée dans nos administrations mais en voie de disparition depuis l'arrivée d'un certain N. S. à leur tête et qui visiblement a été traumatisé dans sa jeunesse par un de leurs représentants... On rit donc des fonctionnaires, mais plus pour longtemps... Profitons de notre bonheur en compagnie de Christian Godard et Cédric Ghorbani. 

Le premier, vieux routier de la BD, signe le texte de ces gags incisifs et parfois très près de la réalité. Le second excelle dans cet exercice où la principale difficulté est qu'il n'y a pas de personnage principal. Il faut donc inventer des visages pour chaque situation. Cela fait facilement plus d'une centaine de tronches à imaginer. Ghorbani s'en tire à merveille, trouvant même l'occasion de dessiner des pulpeuses créatures (celles qui cherchent de la promotion canapé dans les ministère) interdisant la lecture de cet album aux plus jeunes. Godard au scénario, ce n'est pas une première pour lui qui signe également « Les postiers » chez Bamboo. 

Certains pensent que c'est gâcher son talent. N'oublions pas qu'il est l'auteur complet de Martin Milan et le scénariste de la Jungle en folie ou du Vagabond des Limbes, succès de librairie des années 70/80. Mais Godard, qui était des débuts de Pilote, l'hebdo, est un grand travailleur. Il a traversé l'âge d'or de la BD et l'accompagne dans son évolution. Chapeau l'artiste !

« Le guide des fonctionnaires », Vents d'Ouest, 9,40 € 

vendredi 31 juillet 2009

BD - Voyage vers Antarès en compagnie de Kim


Le deuxième tome du cycle Antarès de Léo est paru en février dernier. Je ne sais pourquoi, il est resté longtemps dans un coin, sans que je n'y touche. D'habitude, je me précipite sur les albums des Mondes d'Aldébaran tant l'univers de cet auteur brésilien me passionne. Le redécouvrant presque, je me lance dans la lecture. Et les premières pages me déçoivent. Kim, en compagnie de sa fille, est dans un vaisseau qui part coloniser Antarès. 

Des pages oppressantes, en huis clos, où les voyageurs appartiennent à une secte très stricte sur les apparences vestimentaires. Bref, je met du temps à accrocher. Comme d'habitude, l'émerveillement intervient quand Kim touche le sol de cette planète inconnue. Et que les animaux et plantes locaux font leur apparition. Fleurs géantes, panthères à 6 pattes, dragon volant, gros concombres de mer affamés : on n'est pas déçu. D'autant que Kim , en compagnie d'un petit groupe de rescapés, se retrouve isolée au coeur de la planète. Des milliers de kilomètres les séparent du camp de base. Des milliers de dangers aussi... 

Mais ce sera pour le prochain album. Le cycle est prévu en cinq tomes. Cela fera un total de 15 titres. Une oeuvre foisonnante qui remporte un succès mérité.

« Antarès » (2), Dargaud, 10,40 € 

jeudi 30 juillet 2009

BD - Le bonheur de la masse


Turk, dessinateur de Robin Dubois et de Léonard, a toujours été associé à De Groot. Il en a surpris plus d'un quand il s'est lancé dans une nouvelle série avec Clarke au scénario. Le dessinateur de la gentille Mélusine est beaucoup plus acerbe quand il mène la barque. Le héros qu'il a offert à Turk est un grand malade. 

Le Docteur Bonheur a la prétention de guérir toute être humain victime de dépression, mélancolie, tristesse et autres maladies mentales de plus en plus courantes dans notre époque individualiste et stressante. Mais le docteur Bonheur a souvent des solutions radicales. Un discours rassurant avant une intervention définitive. Il veut que le bonheur soit un phénomène de masse, quitte à provoquer quelques dommages collatéraux. Avec son nez rouge et ses lunettes de soleil il pourrait faire penser à un clown. C'est juste un psychopathe qui s'ignore...

De l'humour noir et macabre qui paradoxalement fait du bien quand ça va mal. 48 pages d'un antidépresseur sans rival.

« Docteur Bonheur » (tome 3), Le Lombard, 10,40 € 

mercredi 29 juillet 2009

BD - Le pépé et l'iguane


Napoléon est perturbé. De plus en plus à cran. Ce petit garçon, moitié chinois (par son père) et moitié corse (par sa mère), vit très mal la perte de son grand-père. Un pépé qu'il aimait et qu'il regrette. Mais dans cette série imaginée par Barral et dessinée par TaDuc, le pépé revient assez rapidement sur le devant de la scène. En fantôme. Un fantôme que seul Napoléon peut voir. 

Le second tome débute chez un psychologue, les parents (en plein divorce) cherchant une solution pour permettre à leur enfant de retrouver un minimum d'équilibre mental. La solution : adopter un animal de compagnie qui fera oublier l'absence de l'être aimé. Après avoir hésité entre un chien et un chat, Napoléon revient à la maison avec un iguane. 

Un reptile au caractère bien trempé qui plait d'autant plus à Napoléon qu'il voit lui aussi le fantôme du pépé. Et très rapidement les relations entres les deux vont se détériorer, provoquant gags et situations cocasses exploitées par deux auteurs très en verve.

« Mon pépé est un fantôme » (tome 2), Dupuis, 9,45 € 

mardi 28 juillet 2009

BD - Cuba tourista


Avant de partir en vacances à l'étranger, mieux vaut se renseigner sur sa destination. Ainsi les deux vacanciers, héros de cette nouvelle série de Yves Montagne, ont peut-être choisi Cuba pour de mauvaises raisons. 

Ce gentil couple, composé d'Alex, un peu casanier et horriblement jaloux et d'Anna, plus aventurière et ouverte aux rencontres avec les autochtones, aurait du oublier les clichés de Cuba la rouge, fière et chaleureuse. Ils débarquent dans un pays où le touriste est avant tout un pigeon à plumer. Une première impression qui sera cependant atténuée par la suite grâce à la musique, seul plaisir et surtout liberté accessible à tout le monde. 

Cet album, tout en offrant une vision réaliste et non édulcorée de Cuba, n'en oublie pas de faire rire le lecteur. L'auteur a donc exagéré la mauvaise humeur d'Alex, entraîné malgré lui dans des galères de plus en plus importantes. Le dessin, très fluide et dynamique, se veut humoristique tout en situant l'histoire dans des décors plus vrais que nature.

« Les vacanciers » (tome 1), Vents d'Ouest, 9,40 € 

lundi 27 juillet 2009

Polar - Tarquin Hall, expert en intrigues indiennes

La première enquête de Vish Puri, détective privé indien, a l'honneur d'inaugurer la nouvelle collection « Domaine policier » de 10/18


Il fait un peu penser à Hercule Poirot. Mais il évolue dans un monde radicalement différent. Vish Puri, Chubby pour les intimes, Boss pour ses employés, est le meilleur détective privé de Delhi. Quelques affaires élucidées avec éclat ont suffit pour lui bâtir une réputation élogieuse. Vish Puri, 51 ans, quelques kilos de trop, fait partie de ces Indiens qui, tout en comprenant l'évolution de leur pays, puissance émergeante où les fortunes s'amassent en peu de temps, regrettent les traditions vieilles de plusieurs siècles et devenues caduques en une décennie.

Ce roman policier de Tarquin Hall, journaliste anglais marié à une Indienne et ayant longtemps vécu dans le sous-continent, est une excellente occasion pour décrire minutieusement l'évolution des mœurs des habitants de cette région du monde. Cet observateur privilégié y a trouvé de nombreuses sources d'intrigues à la sauce indienne.

Casquette et moustache

Vish Puri, surbooké, surmené, mène souvent plusieurs dossiers de front. Notamment celles qui doivent déterminer de la bonne moralité d'un futur marié. C'est le gros de son chiffre d'affaires. Mais parfois il est appelé à s'occuper d'enquêtes plus délicates et passionnantes. Il faut alors savoir se rendre invisible : « Puri qui se targuait d'être un champion du travestissement, ne portait rien d'inhabituel pour l'opération du jour ; pourtant on vous aurait pardonné si, le voyant pour la première fois, vous l'aviez cru réellement déguisé en détective : moustache en guidon de vélo bien cirée (qu'il gardait depuis l'armée), casquette de tweed et lunettes d'aviateur adaptées à sa vue. » Vish Puri, dans ce roman, est sollicité par un avocat qui est accusé du meurtre d'une de ses employée, Mary. La jeune fille, embauchée depuis à peine un mois, a disparu sans laisser de trace. Vish lance ses informateurs sur l'affaire et fait une découverte inquiétante. Peu de temps après la disparition de Mary, le corps d'une jeune femme, violée et défigurée, est découvert au bord d'une route. Cette enquête, qui occupe l'essentiel du roman, est menée tambour battant entre Delhi et Jaïpur.

Drogué au piment

Mais dans ce polar, d'autres intrigues se nouent. Vish Puri est notamment visé par un tueur, heureusement maladroit. Un matin, alors que le détective prenait soin de ses précieux pieds de piments sur la terrasse de sa maison, il essuie des coups de feu. Dans cette enquête, il recevra le renfort, non souhaité, de sa mère, encore plus maniaque et bizarre que notre héros.

On découvrira aussi sa vie de famille, typique d'une certaine bourgeoisie indienne. Vish Puri aime sa femme, un peu moins quand elle s'obstine à lui faire suivre un régime. Plus de sel ni de beurre. Heureusement il lui reste les piments. « Croquer un naga morich revenait à effleurer du plomb fondu avec le bout de la langue. Le palais de Puri, immunisé, réclamait en conséquence des condiments toujours plus forts. Au fil des années il avait développé une véritable addiction au piment ; son seul moyen de se les procurer était de les cultiver lui-même. »

Cette plongée dans l'Inde contemporaine, en plus d'être très dépaysante, est pleine d'enseignements. Une bonne façon de s'intéresser à ce pays en pleine expansion économique et qui comptera de plus en plus à l'avenir.

« L'homme qui exauce les vœux », Tarquin Hall, 10/18, 8,60 € 

dimanche 26 juillet 2009

BD - Mes souvenirs illustrés, extras bis

Dans les années 90, avec l'arrivée de Thierry Tinlot à la rédaction en chef de Spirou, l'animation a pris une autre dimension. Le summum aura été la malédiction de la page 13. Durant des semaines, la page 13 du magazine aura été frappée de multiples maux allant de mauvaises couleurs, à l'inversion de planches en passant par le flou ou le tremblé. Bref, elle devenait illisible. Après avoir envisagé de la laisser en blanc chaque semaine, une solution géniale a été trouvée : il n'y aurait plus de page 13, elle serait remplacée par la 12 bis. Une numérotation qui existe encore aujourd'hui.

Autre animation qui a vite tourné au second degré, l'élan de Frank. Frank est donc choisit pour dessiner des cartouches annonçant « le nouvel élan de la revue ». Mais pour lui, l'élan c'est avant tout un animal. L'élan, bête et pas très futé, geignard et râleur, a commencé à squatter les pages, devenant presque une véritable série. Finalement l'aventure s'est conclue par un album rarissime intitulé « L'élan n'aura jamais d'album »...

Autre grand moment de l'histoire de l'hebdo de Marcinelle : celui entièrement réalisé par Bercovici en 1999. Le dessinateur des Femmes en Blanc est réputé très rapide. Pour dépanner tous les auteurs de la revue (tombés malades en même temps...) il a assuré la quarantaine de planches de toutes les séries. Un numéro collector. Surtout pour les fans de Bercovici...

Chez Tintin, l'animation de la revue passait essentiellement par des opérations spéciales pour les anniversaires des héros. Chaque dessinateur rendait hommage, à sa façon, au héros mis en vedette. Cela permettait à certains « réalistes », à se frotter à des personnages improbables. Hermann dessinant Cubitus, Dupa transformant Ric Hochet  ou Andréas se coltinant Robin Dubois.

Autre cas classique d'animation chez Tintin, l'histoire à suivre à plusieurs mains selon le principe du cadavre exquis. Des planches rares car jamais reprises dans des albums.

PS : Merci aux sites "Journal de Tintin" et "Journal de Spirou" déjà cité dans une précédente note pour les couvertures.

samedi 25 juillet 2009

BD - Mes souvenirs illustrés, extras

Lire un hebdomadaire de bande dessinée dans les années 70 à 90 permettait essentiellement de découvrir en exclusivité les futures aventures des héros les plus importants. Mais cela ne suffisait pas pour attirer le lecteur. Les rédacteurs en chef ont donc de tous temps cherché à animer les pages, donner de l'inédit qui ne sera pas revu ailleurs. Cela a permis à Franquin de dessiner d'horribles monstres et Yann et Conrad de s'affirmer comme les sales gosses de la BD.

De toutes les animations, ce sont les hauts de pages de Yann et Conrad qui m'auront le plus marqué. Les deux jeunes auteurs français avaient la possibilité de dessiner une bande dessinée extraplate en haut des planches. Du noir et blanc, qui souvent faisait référence directement à la planche publiée en dessous. Une rubrique qui a fait débat, certains lecteurs se plaignant de cet humour noir. Mais la véritable levée de bouclier eut lieu chez les auteurs. Ce n'est pas parce qu'on travaille dans un journal humoristique qu'on a de l'humour... Parmi les têtes de turc de Yann et Conrad il y avait Devos et son Génial Olivier très daté, Yoko Tsuno ou Papyrus. Rapidement, sous la pression, certains gags ont été supprimés. Sur la vingtaine de hauts de page prévus, moins d'une dizaine paraissaient. L'expérience n'a pas duré très longtemps (un peu comme le Trombone illustré), mais aura soufflé en vent de fronde et de folie sur l'hebdo qui aura certainement conquis un nouveau public. On retrouve l'esprit de cette rubrique actuellement dans la page « La galerie des illustres » avec un strip écrit par Yann (qui n'a rien perdu de sa causticité) et dessiné par Léturgie, digne héritier de Conrad.


L'animation classique se faisait en couverture. Tintin, sans proposer d'aventure du reporter à la houppe (ou des repasses de versions anciennes), avait tout le temps une présence « hergéenne » en couverture. Des illustrations fournies par le studio, pas toujours de première fraîcheur. Spirou de son côté voulait une présence permanente de son héros principal en couverture. Longtemps Franquin a dessiné une vignette, notamment pour présenter les débuts des nouvelles séries. Ensuite, il s'est lassé et durant une longue période il a inauguré sa série de monstres. D'horribles bestioles étaient en une. Du grand art.

Ensuite, Tome et Janry ont pris le relais, avec brio, incorporant le Petit Spirou à ces dessins originaux. Toujours en couverture de Spirou, d'autres dessinateurs ont assuré l'animation. Notamment Roba avec des clowns montrant toute l'étendue de son talent graphique.

(A suivre demain)