jeudi 17 juillet 2008

BD - Les enfants de Salamanca


On n'arrête plus Christophe Bec. Le dessinateur originaire de l'Aveyron, multiplie les projets éditoriaux. Et de plus en plus en tant que scénariste. La preuve avec cette nouvelle série, « Sarah », dessinée par Stefano Raffaele. 

Dans une petite ville du fin fond des USA, Salamanca, un couple s'installe dans une maison isolée, en bordure de la forêt. David et Sarah quittent New York. La jeune femme suit son mari qui a accepté une mission dans cette région déserte. L'occasion pour Sarah d'oublier les traumatismes de sa jeunesse. Elle a été capturée étant enfant par un psychopathe et tenue prisonnière dans une cave durant plusieurs mois. Aujourd'hui elle essaie d'oublier. Mais ce n'est pas facile. Souvent elle fait appel aux médicaments, à l'excès, pour tenter d'avoir une vie normale. 

C'est dans ce contexte qu'elle découvre dans le sous-sol de sa nouvelle maison un tunnel. Il aboutit dans la cave du voisin. Sarah est persuadée que c'est un enfant, prisonnier depuis des années, qui a creusé cette galerie. Un enfant devenu un véritable monstre sauvage. En 60 pages, Christophe Bec plante le décor, avec tourments intérieurs des personnages, lieux inquiétants et autochtones cachant un lourd passé. La peur s'installe progressivement et durablement. Les amateurs du genre plébisciteront la série.

« Sarah » (tome 1), Dupuis, 13 € 

mercredi 16 juillet 2008

BD - L'école, c'est mortel !

On ne choisit pas sa famille. M. J., Mortis Junior, le héros de cette série américaine écrite par Gary Whitta et dessinée par Ted Naifeh est bien placé pour le savoir. Il n'est autre que le fils de la Mort. Son père, il ne le voit pas trop. Il est vrai qu'il a beaucoup de travail. Sa faux a rarement le temps de refroidir. M. J. , dans les premières pages, découvre sa nouvelle école. Il intègre une section spéciale où il sera en compagnie de quelques originaux de son genre (M. J., comme son père, n'a que les os sous son costume...). 

Il se fait de nouveaux copains : Spot, avorton vivant dans un bocal à roues, Stigmartha dont les mains saignent dès qu'elle est émue, Smith et Wesson, frères siamois reliés par le haut du crâne et enfin Pandore, petite fille curieuse qui ne peut s'empêcher d'ouvrir toutes les boites et autres portes fermées sur l'inconnu. C'est Pandore qui provoquera la catastrophe. En visitant un musée, elle libérera Moloch, démon enfermé par le père de M. J., bien décidé une fois la liberté retrouvée, de livrer le monde aux forces du mal. M. J. devra lutter contre ce « méchant » horrible et sans pitié. 

Ce premier album, de plus de 150 pages, permet de découvrir l'univers de Mortis Junior et apprécier le trait élégant et précis de Ted Naifeh.

« Mortis Junior » (tome 1), Les Humanoïdes Associés, 16,90 € 

mardi 15 juillet 2008

BD - Trop de bobos ? Réponse de Dupuy et Berberian


Difficile travail d'autocritique que se sont livrés Dupuy et Berberian dans cet album « sérieux » de Fluide Glacial. « Bienvenue à Boboland » dissèque les pratiques parfois odieuses de cette nouvelle secte, les Bobos, Bourgeois bohèmes, constituant pourtant l'essentiel du lectorat du duo. Sous forme d'histoires courtes, pas forcément comiques, Dupuy et Berberian racontent ce qu'ils voient dans les cafés et autres restaurants bio et « hype » de leur quartier. 

On les trouve également dans les vernissages de ces expos comme celle d'un des héros récurrents, un « artistique », inventeur du style « vertical eye » (mettre les écrans 16/9 dans le sens de la hauteur...) et qui explique, cyniquement à un de ses amis « J'ai fait ces photos avec un vieux machin trouvé aux puces de Barcelone. Une merde, mais cela donne des choses insensées. » 

Une des meilleures scènes est celle du brunch. La petite troupe se retrouve au resto pour prendre un brunch le dimanche matin. Un père se plaint de son fils, réveillé à 8 heures. A une autre table, une vieille psychanalyste n'arrive pas à faire le deuil de son mari. La serveuse, jean taille basse, string apparent, les sert dans une indifférence qui frise l'insolence.

« Bienvenue à Boboland », Fluide Glacial, 11,95 €


lundi 14 juillet 2008

BD - Basile et Melba ou l'amitié des extrêmes

Mathilde Domecq, jeune illustratrice originaire de Marseille, après les pages de Pif Gadget a investi celles de Tchô !. Elle y anime les aventures de Basile et Melba reprisent pour la première fois en album. Ces deux gamins sont comme chien et chat. Ils n'ont rien de commun et pourtant tout les attire. Basile, garçon riche, premier de la classe, est travailleur et raisonnable. Melba, fille d'un milieu modeste, est un véritable cancre et n'est jamais en manque d'idées de bêtises. Ils se sont connus à l'école. Ils sont dans la même classe. Basile, trop gentil, accepte de faire les devoirs de la chipie qui en échange lui accorde la protection de ses deux grands frères. 

Basile qui est en fait un petit garçon très malheureux. Elevé par une nounou chinoise inflexible, il ne voit jamais ses parents, occupés aux quatre coins de la planète à mener leurs affaires financières très lucratives. Il trouve donc chez Melba une famille de substitution. Mais quelle famille. 

Père chômeur, mère rêveuse, frères turbulents : il est loin du calme de sa grande villa. Mais ne s'en plaint pas car, finalement, trouvant dans ce tourbillon de folie un peu d'humanité. Basile et Melba nous font rire grâce à cette perpétuelle opposition.

« Basile et Melba » (tome 1), Glénat, 9,40 € 

dimanche 13 juillet 2008

BD - Souvenirs d'un déconneur sensible


Fred Neidhardt, avant d'être auteur de BD reconnu, a beaucoup usé ses neurones dans l'imposture. Avec son copain Fabrice Tarrin, ils ont signé quelques faits d'armes pour l'Echo des Savanes. Ils ont même un temps été recruté par Thierry Ardisson pour son émission sur Canal Plus. 

Dernier exploit en date, il s'est fait passer, en direct dans une émission de Jean-Luc Delarue pour un masturbateur compulsif. L'affaire a fait beaucoup de bruit. Neidhardt a retrouvé le goût de faire de la BD en reprenant le Fleurblog de Tarrin et Laurel. Il a racheté les droits et y a déversé ses souvenirs d'enfance. Une année de prépublication pour finalement regrouper le tout dans un album de la collection Shampoing (qui se spécialise de plus en plus dans la publication de blogs, le prochain étant celui de Boulet en septembre). 

Les analystes trouveront certainement des réponses dans ces histoires courtes en culottes courtes à la méchanceté actuelle de Neidhardt. Premiers émois devant des photos de filles nues, premier baiser, jeux dangereux (voire dramatiques), découverte de la masturbation, rapport avec son frère ou ses parents, l'auteur semble jouer le jeu de la vérité, ne laissant rien dans l'ombre. Reste à savoir si tout ceci n'est pas une autre de ses impostures. L'animal est insaisissable et capable de tout pour faire parler de lui ou gagner quelques centimes. A moins que l'image d'avare qu'il s'est forgé au fil des notes n'est pas là aussi une simple posture. 

Le mieux pour pleinement profiter de cet album sentant bon la nostalgie des années 70 reste d'oublier totalement le personnage et de le lire au premier degré. On s'y retrouvera forcément et certaines scènes sont chargées d'une forte émotion. 

"Pattes d'Eph' et col roulé", Delcourt, 12,90 €

vendredi 11 juillet 2008

BD - Les petits canards sont-ils plus utiles que les hommes ?


Rose-Mary, petite secrétaire boulotte londonienne, élevant seule sa fille Sandy, se sent de plus en plus seule. Elle a bien quelques aventures, mais sans lendemain. Sa meilleure amie, pour son anniversaire, lui offre un petit canard jaune. Il va dans l'eau et a des fonctions cachées : « il vibre et a six vitesses... » C'est bien beau mais Rose-Mary estime qu'un canard ne remplace pas un homme. Et son amie de répliquer « Mais un homme ne remplacera jamais un canard ! ». 

La blonde héroïne, en plus des soucis causés par sa fille, fugueuse et allergique à l'école, va tomber amoureuse de deux beaux mecs en même temps. Un collègue de bureau et un neurochirurgien rencontré dans une soirée costumée. Elle va aller de l'un à l'autre, souvent déçue, se consolant parfois avec le petit canard. 

Ce troisième tome de la série de Krassinsky, «Les cœurs boudinés », n'est constitué que d'une seule longue histoire. Une rupture dans la série qui était jusqu'à présent formée de petits récits complets multipliant les personnages. Rose-Mary tire toute la couverture à elle. Le lecteur ne le regrettera pas, d'autant que pour une fois, cette histoire d'amour finit bien...

« Les cœurs boudinés » (tome 3), Dargaud, 13 € 

jeudi 10 juillet 2008

BD - Chasse à la tueuse temporelle

Passionné par le cinéma de série B et les bons mots, Philippe Chanoinat exploite à fond ses deux passions dans une nouvelle série en collaboration avec Phil Castaza, dessinateur mais également coscénariste. 

« Les aventuriers du temps » ce sont des hommes et des femmes qui vont pourchasser une tueuse en série sévissant dans les arcanes du passé. Le premier tome montre, classiquement, la formation de la petite équipe. Le commanditaire est Charles Perkins, un adolescent, cloué sur une chaise roulante, inventeur de génie. Il recrute, contre leur gré, Laurent Verneuil, Parisien de 33 ans, expert en cambriolage et grand amateur de belles femmes ; Dante Don Sentenza, Sicilien de 50 ans, ancien parrain de la mafia, rangé, placide et très calculateur ; et enfin Meylin Starck, beauté glacée de 28 ans originaire de Hong-Kong, la meilleure « effaceuse » sur le marché asiatique. 

Charles leur explique leur mission : capturer Jade Monroe, son ancienne gouvernante, partie dans le passé pour éliminer les plus redoutables tueurs de l'Histoire. Dans les premières pages elle tue Jack l'Eventreur avant de faire un sort à Caligula puis Attila. Un dessin nerveux amplifie l'efficacité de cette BD sans temps mort et bourrée de rebondissements.

« Les aventuriers du temps » (tome 1), Le Lombard, 10,40 € 

mercredi 9 juillet 2008

BD - Souvenirs normands


Les éditions Vents d'Ouest lancent une nouvelle collection intitulée « Terres d'origines ». L'éditeur d'expliquer, « Après la littérature, c'est au tour des dessinateurs de rendre hommage aux terroirs qu'ils aiment en les mettant en scène, à travers des récits intimistes, nostalgiques ou contemporains, sensibles ou parfois graves... » 

Les deux premiers titres viennent de sortir. Le premier sur la région lyonnaise, le second, « Les yeux d'Edith », se déroulant à Cambremer, dans le Calvados en Normandie. Jean-Blaise Djian signe une histoire d'adolescents durant les années 50. Nicolas Ryser la met en images, les couleurs (très belles) étant signées Catherine Moreau. 

Gérard et Fernand sont jumeaux. Leurs parents exploitent une ferme. Gérard est timide et bègue. Fernand roublard et déluré. Quand une nouvelle famille vient s'installer au village, les deux frères ne peuvent que remarquer Edith. Elle a leur âge et est dans leur classe. Edith mystérieuse et secrète. Edith aux yeux limpides. 

Un récit en deux tomes explorant les mœurs provinciales de l'époque, de la politique à l'éducation des enfants.

« Les yeux d'Edith » (tome 1), Vents d'Ouest, 13 € 

mardi 8 juillet 2008

BD - Baru et Pierre Pelot face à la noirceur provinciale


Pierre Pelot, auteur de polars enracinés dans la France profonde et Baru, dessinateur de cette même France provinciale et industrieuse, auraient pu se rencontrer dans ce gros bourg de l'Est servant de théâtre à « Pauvres zhéros ». 

Le roman, paru chez Rivages au début des années 80, est adapté par Baru dans cette nouvelle collection frisant l'excellence. Toute l'histoire tourne autour de l'hospice Saint-Maurice. Une institution servant d'orphelinat, d'hospice pour enfants handicapés mentaux et de mouroir pour vieillards. Au cours d'une sortie à la campagne, la jeune fille chargée de surveiller des enfants attardés mentalement, constate que l'un d'entre eux manque à l'appel. Branle-bas de combat pour tenter de le retrouver. Ce petit faits divers est l'occasion pour les auteurs de passer en revue une bonne partie de la population du village. Du maire, notable intouchable utilisant sa fonction pour cacher ses multiples exactions, au journaliste local, obligé de taire ces scandales pourtant évidents. 

Et puis les vrais personnages comme Anastase, toujours à l'affût pour mettre en place une petite combine ou Manucci, un ancien pensionnaire de Saint-Maurice bien décidé de se venger des vexations subies dans son enfance.

« Pauvres zhéros », Casterman/Rivages, 15,95 € 

lundi 7 juillet 2008

Roman - Poison gastronomique

L'amour fou passe par tous les sens. Le goût y joue son rôle. Tiffany Tavernier, dans ce roman très charnel, y rajoute un étrange ingrédient.

Le titre du roman résonne comme ces vieilles expressions de notre enfance, dans une famille nombreuse, quand le repas était l'occasion de tous se regrouper autour des préparations culinaires d'une mère forcément cordon bleu. « A table ! » clame Tiffany Tavernier en couverture de ce court roman qui n'a rien de familial. Au contraire, Marie, l'héroïne, est seule et malheureuse. Cette jeune femme a pourtant des qualités. Professionnelles tout d'abord : « Aujourd'hui, à la satisfaction de tous, elle est conseillère clientèle d'une petite agence bancaire parisienne. Il avait suffi pour cela d'être une fille très performante, polie, séduisante, gaie, bref, en tout point réussie. » Le problème de Marie c'est Eli, son amant. Ce professeur de faculté, marié, père d'une petite fille, elle l'a dans la peau. Lui, se contente de « s'amuser » avec elle, un rendez-vous une fois par semaine, pour varier les sensations de l'amour physique. Marie est sa maîtresse, ou plus exactement une de ses maîtresses, Eli n'hésitant pas à puiser dans le cheptel de ses étudiantes.

Le poison des campagnes
Bien sûr Marie veut plus, beaucoup plus. Qu'il quitte sa femme, qu'il vive avec elle... L'homme marié et infidèle, comme souvent, préfère se défiler, espacer les rendez-vous pour finalement ne plus venir du tout. Du coup rien ne va plus pour Marie. Son efficacité professionnelle s'étiole, sa vie sociale se réduit à peau de chagrin, elle se referme sur elle même, déprime et se pose beaucoup de questions. Elle aime toujours Eli, mais la volonté de se venger prend le dessus sur l'attirance physique. Le déclic se fera à la campagne. Elle va passer deux jours chez son père. Le retraité est passionné de jardinage. Et dans une remise, derrière des outils minutieusement rangés, elle lui demande ce que contiennent ces petites boites bien fermées. « Du poison pour me débarrasser des voisins, petiote ! Et des cons ! » Marie se fige, son père se met à rire. « T'es bien de la ville, toi ! Faut que tu croies ce que les vieux te racontent ! Les cons y en a toujours de trop. Ce qui me préoccupe, moi, c'est les nuisibles. Ils te bouffent tout le jardin si tu les laisses faire. Alors je les tues. » Avant de retourner à Paris, Marie vole une de ces boites contenant de l'arsenic. Elle recherche sur internet les effets, comment l'utiliser, quelle dose... et invite à dîner son bel amant.

Sexe et nourriture
Le roman prend alors une nouvelle tournure. Le jeune femme, au bord de la folie, va se jeter à corps perdu dans ces ultimes rendez-vous, mitonnant de succulents et sophistiqués repas. Voici le menu du premier rendez-vous, celui des retrouvailles : « salade de rattes tièdes à la truffe du Périgord, volaille à la farce truffée champenoise sur lit de pommes fruits caramélisés, sorbets maisons et berlingots à la vanille ». C'est dans un des berlingots qu'elle met un peu d'arsenic. Juste ce qu'il faut pour l'empoisonner lentement, dans d'atroces et longues souffrances.
Tiffany Tavernier, également scénariste pour le cinéma et la télévision, signe un roman hautement sensuel. Le lecteur passe allègrement des recettes détaillées des plats réalisés par l'héroïne, à ses expériences sexuelles débridées, tout aussi détaillées, dans un langage très fleuri à ne pas mettre sous tous les yeux.
« A table ! », Tiffany Tavernier, Seuil, 14,50 €