dimanche 26 août 2007

BD - Le miracle de la vie : enfants, je vous hais !


Clarke, gentil illustrateur des aventures magiques de Mélusine, fée politiquement correcte voletant dans les pages de Spirou depuis quelques années, a parfois besoin de se défouler dans des séries plus adultes, plus caustiques et incisives. 

Après avoir « pollué » les pages de Fluide Glacial avec ses idées noires, il s’incruste dans la nouvelle collection pour adultes de chez Dupuis, « Expresso », avec une série de gags descendant en flèche les jeunes, de 0 à 18 ans. Personne n’est épargné, du nouveau né en passant par l’ado boutonneux ou le gamin candide et jovial. Comme une sorte de défouloir sur le public de Mélusine. 

Il se permet même de se mettre en scène en pleine dédicace, faisant sur la planche ce qu’il n’a certainement pas osé faire en vrai (planter son stylo dans le crâne de l’idiot congénital qui lui demande le dessin d’un Marsupilami). Idéal également pour dissuader les jeunes couples de procréer. Selon Clarke il n’y a pas de « Miracle de la vie », juste un long cauchemar de 18 années éprouvantes et éreintantes… (Dupuis, 9,50 €) 

samedi 25 août 2007

BD - Obscurantisme maladif

Le Mal étend son emprise sur le pays. Le Mal c'est une maladie venue du fond des temps et qui provoque dans cette France rurale contemporaine, un regain de croyance et de fanatisme. Le Mal provoque la perte des mains, des pieds ou du nez. Des lépreux de plus en nombreux, comme les scouts militarisés, imposant un ordre totalitaire dans certains villages. 

Dans cette atmosphère délétère, le héros tente de restaurer une vieille bâtisse dans le village de Pont-Saint-Esprit. Il assiste impuissant et prudent au déchaînement de violence découlant de ces événements troubles. Il entretient une relation très physique avec une belle et mystérieuse rousse. Il croise également une vieille femme qui vit dans les bois en compagnie d'une vingtaine de chats. Considérée par les villageois comme étant une sorcière, ils vont brûler sa masure avec tous les animaux enfermés à l'intérieur. Devenue véritablement folle, elle racontera son drame et choisira la mort en maudissant tout le monde.

Scénario très intrigant de Py, illustré par Houot. Cet ancien professeur a débuté sa carrière sur le tard. Dans un style ressemblant parfois à Dethorey, il restitue à merveille le climat de haine et de suspicion sévissant dans le village. 

("Le Mal", Glénat, 12,50 €) 

vendredi 24 août 2007

BD - Chercheur de miracle


Dans l'Italie des années 30, en pleine montée du fascisme, Jonah Bellato a perdu la foi. Ce prêtre était missionnaire en Afrique. Mais comment apporter la parole du Christ quand on est accompagné d'une armée multipliant les exactions ? 

De retour à Rome, il intègre la Sagra Congragatio, une institution chargée de vérifier l'authenticité des miracles. Un emploi sur mesure pour Jonah qui est devenu sceptique, très sceptique. Première mission dans un petit village reculé dans la montagne. En pleine épidémie de choléra, les malades, regroupés dans un monastère isolé sur une petite île au milieu d'un lac, ont tous guéri après qu'une fillette ait vu un ange. Pour preuve de cette apparition, deux plumes qu'elle a confié au curé du village et qui les garde précieusement comme des reliques inestimables. 

Sur place, Jonah devra dans un premier temps se méfier du maire, richissime propriétaire terrien. Il comprendra rapidement que l'ambiance est tendue. Et puis de quoi avait peur cette religieuse qui s'est suicidée en sautant du toit du couvent ? 

Finement dessiné par Buscaglia, cet album, dont la conclusion ne sera connue que dans le second tome, est écrit par Crippa à qui l'on doit également Nero et 100 âmes. 

("Le missionnaire", Bamboo Grand Angle, 12,90 €) 

jeudi 23 août 2007

BD - A gauche toute !

Formosa adore dessiner les vamps. Cela tombe bien, elles sont nombreuses dans les aventures de Double Gauche, héros imaginé par Corbeyran ayant la particularité d'avoir deux mains gauches. Ce que Dustin Godfinger prenait au début comme un handicap, s'est révélé être un don aux multiples pouvoirs. Il peut ainsi transformer tout ce qu'il touche en bois. 

Dans le second tome de ses aventures, on le retrouve, gamin d'une dizaine d'année, prisonnier du propriétaire d'un cirque de monstres. Il est exhibé chaque soir devant un public avide de sensations fortes. Il est libéré par la troublante Ivanna. Mais cette bonne action n'est pas désintéressée. Elle demande à Dustin de se concentrer pour transformer les objets qu'il touche, non pas en bois, mais en or. Il lui faudra attendre la majorité pour enfin arriver à ses fins. Mais il en profite également pour fuir Ivanna et se lancer dans une carrière de boxeur. 

Ambiance très bizarre pour cette BD entre fantastique et polar. Dustin, victime de son pouvoir, a toutes les difficultés pour trouver sa voie. Les femmes qu'il rencontre sont toutes racées, félines et dotées de courbes affolantes.

 ("Double Gauche", Dargaud, 13 €) 

mercredi 22 août 2007

BD - D'Excalibur à Ys

Parmi toutes les séries créées par Arleston (le scénariste de Lanfeust et de tous les titres dérivés du monde de Troy), Le chant d'Excalibur est la plus magique et humoristique. Confiée au dessinateur Hübsch, elle est restée en sommeil durant quatre années. Le temps de trouver une co-scénariste, Melanÿn, et à Hübsch de peaufiner son trait. Ce cinquième tome, « Ys la magicienne » permet au lecteur de retrouver le couple infernal formé par Gwynned et Merlin. La première, fille du chevalier Cadwall, porte l'épée Excalibur. Intrépide, impétueuse, experte en combat, elle a hérité de sa mère la possibilité de parler aux arbres. Le second n'est autre que Merlin. Le vieux druide, alcoolique et libidineux, est une mine de gags, mais pas toujours du meilleur goût. Ils n'en oublient cependant pas leur quête : tenter de sauver la magie face à l'avancée de la chrétienté et l'avènement d'un dieu unique. De retour de Rome, ils vont faire étape à Ys, la cité légendaire de la Bretagne éternelle. Sans le vouloir, ils déjoueront un complot et sauveront une belle princesse. Un must du genre pour passer un excellent moment de détente. 

("Le chant d'Excalibur", Soleil, 12,90 €)  

mardi 21 août 2007

Roman - Le pouvoir d'un livre

Un banquier, pour faire plaisir à ses clients, est souvent capable de tout. Même de faire l'inventaire d'une bibliothèque vieille de plusieurs siècles.

Prototype du jeune banquier surmené, sans cesse les yeux rivés sur les cours de la bourse, gérant des dizaines de dossiers, brassant des millions pour des clients très fortunés, Edward Wozny est presque en vacances. Après quelques années très concluantes à New York, il vient d'être nommé à un poste plus important à Londres.

Alors qu'il est en train de clôturer ses derniers dossiers et qu'il prépare son déménagement, Edward est « réquisitionné » par son patron pour rendre service à un couple de nobles anglais. Il se rend donc, sans grand enthousiasme mais avec une pointe de curiosité dans ce grand appartement gardé par un vigile imperturbable. Une secrétaire lui explique que le duc et la duchesse de Went désirent qu'il dresse l'inventaire d'une bibliothèque familiale stockée dans le dernier étage de l'immeuble. Dans une pièce bien climatisée et plongée dans la pénombre, Edward découvre des caisses en bois jamais ouvertes depuis leur arrivée de l'autre côté de l'Atlantique au début des années 40.

Il se laisse séduire par ces vieux livres, soigneusement emballés dans des journaux d'époque. Il découvre de vieux volumes et même des manuscrits datant d'avant l'invention de l'imprimerie. Si dans un premier temps il voulait décliner l'offre, il décide finalement d'accepter le travail. Par envie de changer son quotidien, en se demandant également « ça remonte à quand la dernière fois qu'il avait terminé un bouquin ? Un vrai, pas un polar. »

Le banquier et l'étudiante

Une décision renforcée par le fait que la duchesse lui demande de retrouver un manuscrit particulier, signé de Gervase de Langford. Intrigué, Edward cherche à se renseigner sur cet auteur du moyen âge anglais. C'est dans une autre bibliothèque, publique cette fois, qu'il rencontre Margaret Napier, une spécialiste de cette période. La jeune étudiante va se joindre à Edward pour classer les livres. Ils vont se passionner pour ce manuscrit qui semble plus être une légende qu'une réalité tangible. Mais quand le duc ordonne à Edward de cesser les recherches, le jeune banquier ne sait plus que faire. C'est Margaret, de plus en plus captivée, persuadée de l'existence du manuscrit, qui le pousse à poursuivre sa quête.

Ce roman captivant de Lev Grossman a pour véritable héros le fameux livre ayant traversé les siècles, échappant à plusieurs autodafé car porteur d'un terrible secret. On suit avec passion l'errance du trop sérieux Edward. Plus il se captive pour le livre oublié, plus sa vie, réglée comme du papier à musique, vire à l'anarchie complète.

Pour couronner le tout il découvre un jeu vidéo, type « Second life », qui lui prend une grande partie de ses nuits. Il découvre même des indices pour le guider dans sa recherche du livre de Gervase dans certaines scènes du jeu. Bref, il sent que la folie le guette. Il tombe amoureux de Margaret, a des rapports de plus en plus bizarres avec la duchesse, repousse son départ vers Londres quand il sent qu'il est proche du but. Un simple livre, en quelques jours, met toute sa vie en l'air. Mais, et c'est un peu le message caché du premier roman de ce critique littéraire newyorkais, un livre, quel qu'il soit, n'est jamais anodin et a souvent un pouvoir caché sur certains lecteurs...

« Codex, le manuscrit oublié », Lev Grossman, Calmann-Lévy, 19,50 € 

lundi 20 août 2007

BD - Monstres sacrés

De l'Homme qui rit à la créature de Frankenstein, les grands héros de la littérature offrent des sources inépuisables d'inspiration aux auteurs de bande dessinée.

Cleet Boris est un artiste multicartes. Débuts dans l'illustration, mais tout en intégrant un groupe pop. Le beau succès de l'Affaire Louis Trio dans les années 90 a obligé le dessinateur chanteur à ranger provisoirement ses crayons. Le groupe dissous, il est retourné devant sa table à dessin et publie pour cette rentrée une très intéressante "Créature". Il propose dans cette histoire la suite du Frankenstein de Mary Shelley. On retrouve donc la créature sans nom dans le froid de l'Alaska. Elle parcourt les immensités glacées à la recherche des hommes. Elle désire plus que tout raconter son histoire, rétablir la vérité. Mais dans ce village de trappeurs, ce monstre venu du froid est un ennemi à abattre.

Capturé, jugé sommairement, il est promis à une exécution rapide et sans appel. Dessin sombre et dépouillé, intrigue ténébreuse, cet album vous procurera une bonne dose de sueurs froides. (Soleil, 12,50 €)

Jean-David Morvan a trouvé l'inspiration de sa nouvelle série dessinée par Nicolas Delestret en lisant L'Homme qui rit de Victor Hugo. Il a imaginé l'enfance de cet homme défiguré. Il propose déjà une explication à la balafre. Le jeune homme a été blessé dans un naufrage, sa tête heurtant des récifs. Mais cet album est beaucoup plus qu'une simple adaptation. Morvan laisse libre cours à son imagination pour décrire des villes improbables et un parler mélangeant plusieurs langues. Une bonne surprise pour les amateurs de mondes nouveaux. (Delcourt, 12,50 €)

 

dimanche 19 août 2007

Roman - Le pire des mondes raconté par Ann Scott

Que faut-il pour être heureux en 2003 ? Cette question, le héros du roman d'Ann Scott semble ne plus vouloir se la poser. Il a de l'argent, un boulot qui lui permet une grande liberté, un bel appartement aménagé avec goût et surtout une voiture comme il en a toujours rêvé. Une auto de légende, une Porsche qui ne court pas les rues dans Belleville, son quartier.

Sortant rarement de son loft, cet homme taciturne et méthodique, s'offre parfois des virées en Normandie. Juste pour voir la mer. Et aussi se gorger d'adrénaline une fois passé le péage de l'autoroute. "Devant lui : une parfaite ligne droite de près de cinq kilomètres, et pas de bagnoles de flics à l'horizon. Il coupa la musique, prit sa respiration et se concentra (...). Il fit rugir le moteur quelques secondes, puis écrasa la pédale en même temps qu'il enclenchait le chronomètre de son portable. Il passa une longue première, aussitôt violemment collé au siège, il passa la seconde, frôlant chaque fois la zone rouge pour le simple plaisir d'entendre le moteur."

Parfait solitaire limitant ses sorties et ses rencontres, sa vie bascule quand il croise le regard d'une belle asiatique. Il est dans un taxi pouilleux, elle sort d'un grand hôtel. Elle sourit puis rit. Choc dans la tête du héros, coup de foudre comme rarement il en a eu. Pourtant c'est un habitué des amours intenses mais impossibles. Il est déjà souvent tombé en pâmoison devant des stars du 7e art. Collectant coupures de presse et vidéos, se faisant son petit cinéma intérieur. Mais cette fois son histoire commence par une rencontre réelle. Même si après une petite enquête il découvre que la belle est actrice, actuellement à Paris pour un tournage ainsi que la présentation à Cannes de sa dernière production. Il collecte sur Internet le maximum d'infos sur cette divine Japonaise et partage son secret avec sa seule amie, une décoratrice d'intérieur vivant dans le XVIe arrondissement. Loin de recevoir des encouragements, la jeune femme tente de le faire réagir. Pas facile de jouer dans le film de sa vie.

L'écriture moderne d'Ann Scott offre nombre de références actuelles à ses lecteurs, du cinéma au manga en passant par cette folie des voitures sportives de luxe. Entre le rêve éveillé et le réel peu reluisant du héros, la vie va inexorablement imposer ses vues. Définitivement glauques...

"Le pire des mondes", Ann Scott, Flammarion, 16 €. Egalement en poche chez J'ai Lu, 4,20 €







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samedi 18 août 2007

Roman - Le double Bang de Christophe Donner


Martine Victoire est un sacré personnage. De ces héroïnes qui marquent les mémoires. Exubérante, grande gueule, vulgaire, enchaînant navet sur navet, cette star déchue du cinéma français est au centre du roman de Christophe Donner.

Pourtant il n'y a que peu d'invention dans ce personnage qui au fil des pages se révèle être la version féminine d'un acteur bien réel. Martine Victoire est donc une vedette. Le public va voir ses films. Pas pour l'histoire, mais pour elle, toujours si drôle avec ses mimiques et son langage ordurier.

Martine Victoire voudrait bien tourner dans de bons films. Elle en est d'ailleurs persuadée au début de chaque tournage. Mais rapidement elle prend conscience que le scénario ne tient pas la route, le réalisateur est incompétent et que la solution pour sauver l'entreprise c'est de faire du Martine Victoire. Elle part alors en croisade, faisant la promotion de ses productions à grand renfort de scandale sur les plateaux télé, friands de déclarations tonitruantes d'une actrice généralement ivre au moment de la prise d'antenne.

QUAND LE MARI PARLE

Et puis un jour, ce monstre médiatique est tombé sous le charme d'un simple chroniqueur hippique lors d'une soirée au cours d'un festival en Normandie.

C'est ce mari improbable qui raconte l'histoire de Martine Victoire, celle qui aura été sa femme plus de dix ans.

Son statut a changé quand ses patrons ont appris qu'il vivait avec la star.

Ils se sont mariés et ont eu une petite fille. Mais si Martine Victoire fait des miracles sur les tournages, elle manque singulièrement de talent quand il faut élever ses enfants. La petite Gaëlle mais également Alexandre conçu avec un premier mari. Alexandre qui va prendre de plus en plus d'importance dans ce récit.

Pour ce qui est de la partie hippique du roman, la grande passion de l'auteur, il glisse quelques portraits de propriétaires et employés gravitant dans ce milieu si exigeant et chante les louanges de chevaux légendaires. Mais ce que l'on retiendra de ce "Bang ! Bang !", loin d'être une farce grossière, c'est le côté profondément humain de cette femme en perpétuel équilibre instable. On la comprend dans ses tentatives de destructions massives et répétées. Nous aussi on aurait aimé l'aduler, la chérir et l'aider.

"Bang ! Bang !", Christophe Donner, Grasset, 18 euros 

vendredi 17 août 2007

Roman - Le silence de Clara

Clara est une petite fille de huit ans, emmurée depuis sa naissance dans le silence de l'autisme. Elle est la fille de Ferdinand Bond, producteur de cinéma et de Lorna, une jeune femme tellement anéantie par le handicap de sa fille qu'elle a préféré l'abandonner à son père et fuir, quatre ans auparavant.

Ferdinand, entre deux prises de films, soigne sa déprime et regarde sa fille grandir, sans espoir. Un soir pourtant il se passe quelque chose : dans le cahier de la gamine une phrase mystérieuse, datée du 15 décembre 2102 est parfaitement écrite. Mais par qui ? Clara qui ne maîtrise ni le langage ni l'écriture ? Avec les psys qui s'occupe de la petite, Ferdinand tente de dénouer l'énigme quand Lorna revient. Ensemble, et pour sauver leur fille ils vont parcourir un chemin sur les rives de l'au-delà.

On retrouve dans ce roman les interrogations de Patrick Cauvin sur la vie après la mort, mais aussi celles sur les mystères de l'enfermement mental d'un enfant.

Sans faux-semblants, et avec toute la tendresse et l'humour qui sont devenus sa marque de fabrique, il exprime le désarroi dans lequel sont plongés les parents d'un enfant autiste : "L'autisme est, pour une mère, une trahison de la nature, un crime inqualifiable... Peu l'admettent, ils se retranchent plutôt derrière une éthique, un devoir, une religion... L'amour n'est pas miraculeux, il est fluctuant, il peut faiblir, grandir, renaître, mourir. Il n'est pas indépendant du sujet auquel il se rapporte..." Du Patrick Cauvin pur jus qu'on parcourt avec toujours autant de bonheur.

"Le silence de Clara", Patrick Cauvin, Albin Michel, 18,90 €. Egalement au Livre de Poche, 4,50 €