dimanche 3 septembre 2000

BD – L'autre Jungle à se tordre de rire


Il faut bien l'avouer, Croco et Fastefoude, série de Pica et Bouchard a un peu des airs de Jungle en folie. Le décor et les personnages ont quelques similitudes. Il y a cependant l'intervention humaine en plus, le petit Fastefoude, qui tente de donner visage humain à cette jungle. Son meilleur copain c'est Croco, gros saurien en guerre avec son estomac trop souvent vide. Il lui faut donc trouver de quoi le remplir. Par chance, les explorateurs perdus font souvent un détour (fatal) dans le marigot de Croco. 

D'autres personnages font régulièrement leur apparition dans ces gags comme Crocodile Dandy, impitoyable, le boa, complexé par son manque de membres et les milliers de mouches qui bourdonnent autour de Fastefoude, la propreté n'étant pas sa qualité première.

Pour tout public, cette série de Bouchard est dessinée par Pica, pseudonyme de Pierre Tranchand. 

« Croco et Fastefoude » (tome 2), Casterman. (Album paru en 2000. Chronique publiée initialement en septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron)


Roman - "Tambours blancs" sur la route du Maroc

Amateurs de road-movies décalés vous allez adorer ce roman de Jean-Marc Aubert. Trois personnages plongent vers le sud dans un camion aménagé pour pouvoir y vivre en totale autarcie. Sauveur, son fils Ben et Marc-Aurèle, garagiste et ancien boxeur.

Sauveur veut se faire oublier. Il se sent responsable de la mort de sa femme et de sa fille dans un naufrage. Le trio refera le monde au gré des kilomètres et des étapes en compagnie d'un oiseau, Titi-Gros-Chagrin, et d'un ordinateur qui sert essentiellement de support à un jeu de stratégie. Le pessimisme de Sauveur, la philosophie à la petite semaine de Marc-Aurèle et la poésie de Ben, petit rayon de soleil, permettent à l'auteur de signer quelques pages qui marqueront le lecteur.

L'extravagant côtoie le pathétique jusqu'à l'arrivée dans ce Maroc, écrasé de soleil, blanc de chaleur. Alors la fuite se ralentira et les hommes seront à nouveau prêts pour affronter leurs congénères. 

"Tambours blancs", Stock (Roman paru en 2000. Chronique publiée initialement en septembre 2000 dans Centre Presse Aveyron) 


dimanche 27 août 2000

BD – Catharzie et planète en danger


Quand les Terriens ont découvert la planète Ether, cela ressemblait fort au paradis. Les premiers colons ont prospéré dans la paix. Mais au fil des ans deux camps se sont formés, deux pays qui n'ont plus eu de cesse que de chercher querelle au voisin. 

La guerre éclate et les gaz toxiques ravagent l'atmosphère d'Ether. Aujourd'hui on ne s'entretue plus sur la colonie, on tente de survivre, en rêvant d'une hypothétique réunification qui ferait tomber l'immense barrière magnétique séparant les deux camps. Pour ne pas mourir asphyxié, chaque habitant doit prendre quotidiennement une pilule distribuée par le gouvernement.

Cette contrainte pourrait disparaître si le professeur Glister parvient à produire en quantité un gaz purifiant l'air d'Ether. Mais ce n'est pas au goût de tout le monde.

Dessinée par Yoann, cette nouvelle série est écrite par une débutante: Nathalie Ferlut. 

« Ether Glister » (tome 1), Delcourt. (Chronique publiée initialement en août 2000 dans Centre Presse Aveyron)

Polar - « Fondu au noir », USA cauchemardesques

En pleine campagne électorale aux USA, ce roman policier de Jean-Jacques Reboux donne à réfléchir.

Samuel Flicker est sans le sou. Quand on lui propose de recueillir (pour 10 000 dollars) les souvenirs d'un vieux cinéphile, il ne se doute pas du piège. Il ne voit que la possibilité de payer rapidement la pension alimentaire des gosses. Problème, il se retrouve en fait au cœur d'un complot de grande envergue. Et il a le plus mauvais rôle : celui du coupable idéal qui pourra au mieux finir ses jours dans une cellule, au pire griller rapidement. Une machination qui n'a au final qu'un but: gagner les présidentielles US.

« Fondu au noir », Folio Policier. (Polar paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 27 août 2000)


BD - Le professeur Bell et les Poupées de Jérusalem


Dans les premières pages de cet album écrit et dessiné par Joann Sfar, le professeur Bell n'est pas au mieux de sa forme. Pour fuir la réalité il va délaisser, le temps d'une soirée, l'alcool pour la cocaïne.

Le calme angoisse ce héros qui aime être entouré de meurtres, monstres et d'horreurs. Il part donc dans les bas-fonds d’Édimbourg et sauve deux poupées vivantes : un prêtre et un rabbin. Ensemble, ils doivent retrouver leur taille normale et aller à Jérusalem pour empêcher le diable de quitter la ville. Tous les mille ans il revient et tente d'étendre son pouvoir sur l'ensemble du monde. La lutte sera mémorable d'autant que le démon a pour alliée une charmante autochtone.

Joann Sfar avoue s'être fait plaisir en réalisant cet album. Il donne une vision très personnelle de la ville éternelle, mêlant sans vergogne effets gore et théorie religieuse, donnant un peu plus d'humanité à son héros.

« Professeur Bell » (tome 2), Delcourt. (Chronique publiée initialement en août 2000 dans Centre Presse Aveyron)

Polar - « Le Poulpe au lycée », trois nouvelles et un seul Lecouvreur

Gabriel Lecouvreur au programme du bac ? Pourquoi pas ? Déjà trois classes de lycées ont suffisamment lu d'aventures du Poulpe pour se lancer dans l'écriture d'une nouvelle ayant ce fantastique redresseur de torts pour héros. Trois grosses nouvelles issues d'ateliers d'écritures à Saint-Ouen, Toulouse et Montpellier.

Ainsi dans la ville rose on meurt beaucoup à la machine à café d'un collège. Le Poulpe s'improvise professeur pour tenter de comprendre l'origine de cette hécatombe. Mais il est souvent plus facile de mater sadiques, fascistes et autres serial killers qu'une dizaine de têtes blondes.

Dans la dernière nouvelle concoctée a Montpellier, Cheryl, la belle de la bête, est au centre de l'intrigue. Cheryl, coiffeuse de son état qui tient absolument à ce que son homme enquête sur la mort de Lady Di. Les révélations sont explosives.

« Le Poulpe au lycée », Baleine. (Recueil paru en 2000. Chronique publiée initialement dans Centre Presse Aveyron le 27 août 2000)


BD - « Devoirs de vacances » pour Rubine

La petite ville de Beau Vallon dans le sud des Etats-Unis est en effervescence. La belle Rubine, flic à Chicago de son état, est en vacances. Et Rubine, le calme et la tranquillité ce n'est pas sa tasse de thé. Le thé non plus d'ailleurs... Pourtant elle doit quitter son uniforme jean-veste de cuir pour une charmante robe à frou-frou. Histoire de persuader sa mère qu'elle a horreur de la violence et que dans son métier, publicitaire, seule l'apparence compte.

Car Rubine n'a jamais osé dire à sa mère qu'elle s'est engagée dans la police. Ses « Devoirs de vacances » vont la conduire à libérer des enfants retenus en otage pour faire pression sur les jurés d'un tribunal.

Scénario palpitant de Mythic qui dose à merveille action et humour illustré par Dragan de Lazare qui semble avoir totalement repris à son compte la série créée par François Walthéry. 

« Rubine » (tome 7), Le Lombard. Album paru en 2000. (Chronique publiée initialement en août 2000 dans Centre Presse Aveyron)

BD - Lâchez le slip de Titeuf !

Voilà l'album que tout garnement qui se respecte devra avoir dans son cartable le jour de la rentrée des classes. Titeuf, en quelques années, est devenu le héros de tous les adolescents. Zep, son géniteur, est en parfaite adéquation avec son public, le succès de «Tchô ! », le journal de Titeuf, en est la parfaite preuve. On rit de bon cœur aux gaffes et déboires de ce gamin, parfois insupportable, souvent attachant.

Dans ce huitième tome de la série poétiquement intitulé «Lâchez-moi le slip !», Titeuf devra aller chez le psy, découvrir le mode d'emploi des couches-culottes, comprendre comment poussent les nénés, se pencher sur le code génétique des spermatozoïdes, jouer au scrabble avec pépé, faire signer son carnet de notes par papa et apprendre un instrument de musique.

Pour cette dernière épreuve il choisit guitare. Pas de chance, le prof n'a pas inventé l'électricité. (Glénat, 55 F)


(Chronique parue le 27 août 2000 dans Centre Presse Aveyron)

Polar - "Après la pluie" raconté par Frédéric H. Fajardie

Joe Dickman a envie de vivre. De se poser et de profiter un peu de l'existence. Dickman est un ancien combattant. Mais pas un de ceux qui racontent des exploits imaginaires après s'être planqués consciencieusement.

Avec son pote Scarfati ils se sont engagés dans les forces françaises libres en Afrique. Ils étaient de tous les coups. Dans le désert puis en Sardaigne, en Italie, le débarquement en Provence jusqu'en Alle-magne.

Maintenant, bardés de médailles et de reconnaissance ils viennent d'ouvrir une agence de détectives privés. Ils chassent la femme adultère et les truands enrichis au marché noir.

Dickman escorte également les fils de grands bourgeois qui vont déniaiser dans les bras d'une pensionnaire de maison close.


Sauver Lulu de la prostitution 

C'est là que Dickman rencontre Lulu. L'ancien militaire tombe amoureux de la belle et pour conjurer ces années passées frôler la mort décide de la sortir de son milieu pour en faire sa femme.

Mais se racheter une conduite et faire oublier le passé n'est pas chose

aisée, même en cette période trouble de redistribution des cartes.

Frédéric H. Fajardie, sous couvert de roman policier, dépeint avec rigueur et réalisme cette France de l'après-guerre, qui réapprend à vivre avec con-fiance, tout en essayant de démasquer les collabos qui se sont racheté une conduite à quelques heures de la Libération.

Le portrait de Darrigaud, flic pourri qui mange à tous les râteliers, est criant de vérité. Collabo notoire et résistante de la dernière heure, il s'est rempli les poches avec les Allemands et entend bien continuer ses magouilles. Mais on se dit que pour un Darrigaud mis hors circuit par Dickman, il devait en rester dix en service...

 

"Après la pluie", Frédéric H. Fajardie, Folio Policier, 36 F 

SF - Le pouvoir des arts

Dans le futur, la révolution passera par les artistes.


Il vous est certainement arrivé un matin de vous réveiller en vous souvenant parfaitement de votre rêve. Avec un luxe de détail incroyable. Cette fiction, dans laquelle vous êtes acteur ou spectateur, n'est pourtant que le fruit de vos 
pensées. Du virtuel à l'état brut, mais presque palpable. Imaginez maintenant que ce rêve, vous avez la possibilité de le contrôler et d'en faire profiter votre entourage.

« La Bohême et l'ivraie », roman fleuve d'Ayerdhal, utilise ce postulat de départ.


Mélange de sens

Des humains, aux pouvoirs psychiques supérieurs, peuvent projeter de véritables spectacles  directement dans les centres nerveux de leur auditoire. Ylvain est de la race des kineires. Mais il est renvoyé avec perte et fracas de l'école qui les forme. Ses spectacles sont jugés décadents, non conforme à l'éthique de la profession.

Ylvain devra se perfectionner seul, dans des planètes perdues, avant de pouvoir projeter des œuvres de qualité à un auditoire conséquent.

Cet artiste va petit à petit voir sa notoriété croître dans la population. Ses projections sont de plus en plus novatrices, parfaites et occupant l'ensemble des sensations humaines. Il arrive même à mélanger les sens, faisant voir des odeurs ou entendre des couleurs. Rapidement cette célébrité n'est pas au gout des gouvernants qui craignent une propagation d'idées subversives mettant en péril l'équilibre de l'univers. Une meute de tueurs est lancée aux trousses d'Ylvain. Il ne devra son salut qu'aux pouvoirs de ses amies, Made et Ely.

Cette dernière notamment se détourne de l'art pour utiliser violemment son don de projection. Car comme pour toute invention ou nouveauté, un militaire est à l'affût pour la transformer en

arme...

Publiée en 1988 en plusieurs volumes, Ayerdhal voulait depuis longtemps retravailler cette œuvre de jeunesse. Il n'y a pourtant que peu touché, gardant l'esprit d'origine. La faute à ses premiers lecteurs à qui il a demandé conseil. Pour eux transformer « La Bohême et l'ivraie » aurait été contraire à l'éthique.

Reste un formidable roman de science-fiction, hymne à la liberté de vivre et de créer comme on l'entend


"La Bohème et l'ivraie", Ayerdhal, Fleuve Noir, 99 F