Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
mercredi 11 novembre 2015
Cinéma - Singes charmeurs
Documentaire réalisé par Mark Linfield et Alastair Fothergill (USA, 1 h 21), narratrice : Claire Keim.
Pour son sixième long-métrage, la société de production Disneynature emmène petits et grands 'Au royaume des singes'. Durant 1 000 jours, les équipes de Mark Linfield ont suivi une tribu de macaques à toque dans la forêt du Sri Lanka. Un documentaire animalier scénarisé, avec de véritables 'acteurs' tant ces singes ont des bouilles et des personnalités facilement reconnaissables. L'héroïne, Maya, une femelle de 8 ans, a un enfant, Kip, qu'elle doit défendre face aux velléités du mâle dominant. Chercher de la nourriture, défendre son territoire, fuir face aux attaques de prédateurs : le quotidien de la petite troupe n'est pas de tout repos.
Parmi les seconds rôles, le chef d'une tribu ennemie a une gueule impossible à oublier : balafré de partout, il respire la méchanceté. Le moment de l'éclosion des termites ailés est également à mettre dans l'anthologie des scènes cultes du cinéma animalier.
Au final, le spectacle proposé est éblouissant. Précision des cadrages, beauté des décors, péripéties entre rire et larmes, l'histoire de Maya est contée avec beaucoup de sensibilité par Claire Keim, très impliquée dans la protection de la nature.
DE CHOSES ET D'AUTRES - Slipman attaque à la pelle
Envie de devenir célèbre ? Facile : armez-vous d'une pelle et molestez des écologistes (accompagnés d'un journaliste de l'AFP). Sans oublier le détail décisif : passez à l'attaque pieds nus et en slip.
Une incroyable photo a fait le tour du net hier après-midi en moins de temps qu'il n'en faut pour enfiler un pantalon. La scène, totalement surréaliste, se déroule dans les Landes. Un petit groupe de militants de la LPO (Ligue de protection des oiseaux) s'engage dans un champ de maïs pour détruire des pièges à pinsons, oiseaux protégés mais toujours chassés dans cette région par quelques irréductibles. Action largement médiatisée en présence d'Allain Bougrain-Dubourg. Alors que les écolos détruisent les pièges, un riverain surgit de chez lui. Furieux, pieds nus, armé d'une pelle et en slip. Il assène quelques revers bien sentis aux écolos et remarque un photographe de l'AFP en plein boulot. Le journaliste a le temps de prendre un cliché, juste avant de recevoir un coup de pelle.
Cette photo incroyable a déchaîné internet hier. L'indigène, qui ensuite a porté plainte pour violation de propriété privée, est devenu une sorte d'icône moderne. A cause de la pelle peut-être, à moins que la raison en soit son regard mauvais et haineux. Sans compter aussi et surtout ce slip, tenue incongrue qui lui a permis de récolter le surnom de « Slipman, le super héros à la pelle ».
Il ne devait pas se douter qu'en sortant de chez lui précipitamment il allait décrocher une telle célébrité. Morale de l'histoire : magie mais aussi futilité des moyens modernes de communication.
mardi 10 novembre 2015
Livre - Philosophie pratique façon Botul
Frédéric Pagès a retrouvé Jean-Baptiste Botul, le faux philosophe cité par BHL : il était au bordel !
Philosophe originaire de l’Aude, Jean-Baptiste Botul, est devenu mondialement célèbre depuis que Bernard-Henri Lévy l’a cité dans un de ses livres. Or, Botul n’existe pas, simple délire collectif de quelques farfelus qui conjuguent philosophie et humour. BHL, berné et mortifié, a immédiatement cessé toute intervention médiatique. Durant une petite demi-journée, faut pas exagérer non plus...
Et Botul dans cette affaire, que devient-il ? Il est toujours étudié par quelques Botuliens dont Frédéric Pagès, auteur de ce roman-récit sur le bref passage du grand homme dans l’Éducation nationale. Botul, embauché comme professeur de philosophie dans un lycée de la préfecture audoise en 1928, a décidé de conduire sa classe de terminale au “Mon Caprice” situé 1, rue de la Digue. Une maison à terrasses abritant un bordel tenu par Madame Berthe.
Comme un puzzle en forme d’enquête policière, Frédéric Pagès retrace ce fameux “Banquet” au cours d'une conférence savante. Botul organise cette sortie pédagogique peu banale dans une maison de tolérance. Il estime que « si l'école ne va pas au bordel, ce sera le bordel à l'école ». Les élèves vont discourir, alanguis, en buvant et admirant des femmes dénudées. Un programme théorique bousculé en pratique car les « professionnelles », pour une fois, ne vendront pas leur corps mais diront leur façon de penser.
Reine de Saba et canal du Midi
La faute à l'une des pensionnaires, Divine la Sublime, tombée un peu amoureuse de Botul, bourreau des cœurs qui a épinglé à son tableau de chasse Marthe Richard, la princesse Marie Bonaparte et même Simone de Beauvoir. Divine, « Quelle allure ! La finesse de sa taille, l'arrondi prestigieux de ses seins ne devaient pas troubler que les hommes. Cette peau d'ébène, ces grands anneaux argentés aux oreilles, ces bracelets d'or aux chevilles... Elle vient de la lointaine Afrique, c'est sûr. C'est la reine de Saba descendue du Nil vers le canal du Midi. » Divine meneuse d'hommes et de femmes, profitera du banquet pour sonner l'insurrection au sein de son régiment de filles faciles. Un sacré scandale qui coûtera sa place à Botul. Mais l'homme a de la ressource.
Toute la force de l’auteur est de rendre cette histoire crédible, en convoquant pour la défense de Botul quelques grands noms, de Simone Weil à Mgr Danielou en passant par un joueur de rugby narbonnais. Et finalement on se dit que l'idée iconoclaste du faux philosophe n'est pas si farfelue que cela.
« Botul au bordel », Frédéric Pagès, Buchet-Chastel, 10 €
Philosophe originaire de l’Aude, Jean-Baptiste Botul, est devenu mondialement célèbre depuis que Bernard-Henri Lévy l’a cité dans un de ses livres. Or, Botul n’existe pas, simple délire collectif de quelques farfelus qui conjuguent philosophie et humour. BHL, berné et mortifié, a immédiatement cessé toute intervention médiatique. Durant une petite demi-journée, faut pas exagérer non plus...
Et Botul dans cette affaire, que devient-il ? Il est toujours étudié par quelques Botuliens dont Frédéric Pagès, auteur de ce roman-récit sur le bref passage du grand homme dans l’Éducation nationale. Botul, embauché comme professeur de philosophie dans un lycée de la préfecture audoise en 1928, a décidé de conduire sa classe de terminale au “Mon Caprice” situé 1, rue de la Digue. Une maison à terrasses abritant un bordel tenu par Madame Berthe.
Comme un puzzle en forme d’enquête policière, Frédéric Pagès retrace ce fameux “Banquet” au cours d'une conférence savante. Botul organise cette sortie pédagogique peu banale dans une maison de tolérance. Il estime que « si l'école ne va pas au bordel, ce sera le bordel à l'école ». Les élèves vont discourir, alanguis, en buvant et admirant des femmes dénudées. Un programme théorique bousculé en pratique car les « professionnelles », pour une fois, ne vendront pas leur corps mais diront leur façon de penser.
Reine de Saba et canal du Midi
La faute à l'une des pensionnaires, Divine la Sublime, tombée un peu amoureuse de Botul, bourreau des cœurs qui a épinglé à son tableau de chasse Marthe Richard, la princesse Marie Bonaparte et même Simone de Beauvoir. Divine, « Quelle allure ! La finesse de sa taille, l'arrondi prestigieux de ses seins ne devaient pas troubler que les hommes. Cette peau d'ébène, ces grands anneaux argentés aux oreilles, ces bracelets d'or aux chevilles... Elle vient de la lointaine Afrique, c'est sûr. C'est la reine de Saba descendue du Nil vers le canal du Midi. » Divine meneuse d'hommes et de femmes, profitera du banquet pour sonner l'insurrection au sein de son régiment de filles faciles. Un sacré scandale qui coûtera sa place à Botul. Mais l'homme a de la ressource.
Toute la force de l’auteur est de rendre cette histoire crédible, en convoquant pour la défense de Botul quelques grands noms, de Simone Weil à Mgr Danielou en passant par un joueur de rugby narbonnais. Et finalement on se dit que l'idée iconoclaste du faux philosophe n'est pas si farfelue que cela.
« Botul au bordel », Frédéric Pagès, Buchet-Chastel, 10 €
BD - Sœurs de sang
Etrange
mélange des genres dans « Monika », série complète en
deux tomes. Monika, jeune artiste à la plastique parfaite, vit avec
un lourd secret. Enfant, sa mère et son compagnon sont morts dans
l'incendie de la maison familiale. Sa sœur, Erika, parvient in
extremis à la sauver des flammes. Monika est-elle responsable de
l'incendie ? Elle se pose la question sans cesse et vit avec
cette interrogation qui la taraude. Devenues adultes, les deux jeunes
femmes restent très proches. Monika mène sa carrière d'artiste,
inspirée par Erika. Mais cette dernière disparaît du jour au
lendemain. Une nouvelle énigme pour l'héroïne.
En parallèle à ce
récit familial compliqué, Monika tombe amoureuse d'un homme
politique brillant. De plus elle cache un ami chercheur, inventeur
d'une intelligence artificielle. Ces deux albums surfent entre
manigance politique, terrorisme, science-fiction et polar. Le
scénario de Thilde Barboni, par ailleurs romancière, est très
dense. Le tout est dessiné par Guillem March au trait fin et précis,
rehaussé de couleurs directes pastels du plus bel effet. Surtout les
scènes où Monika s'effeuille avec sensualité...
« Monika »
(tome 2), Dupuis, 64 pages, 14,50 euros
DE CHOSES ET D'AUTRES - En avoir dans la culotte
L'expression "en avoir dans la culotte" (ou dans le slip) est spécifiquement masculine. Pourtant, les femmes pourraient en dire autant qui chaque mois subissent une semaine "d'indisposition" peu agréable. Incontournable surtout. Une réalité assez abstraite chez les hommes. Pour preuve, le récent débat à l'assemblée nationale sur une histoire de TVA. Tampons et serviettes hygiéniques sont taxés à 20 %.
Une députée a déposé un amendement pour ramener ce taux à 5,5 %, celui des produits de première nécessité. Réponse du gouvernement, pas question, ils sont classés dans la catégorie luxe. D'ailleurs, argumente Christian Eckert, ministre du Budget, les mousses à raser pour les hommes sont aussi taxées à 20 %. Certaines ont failli s'étouffer en entendant cette comparaison peu judicieuse. Malgré une forte mobilisation sur le net, les 15 millions de femmes qui chaque mois sont obligées de se protéger continueront à payer le prix fort.
Le même débat a eu lieu en Angleterre. Mais pour ramener la taxe à 0 %. La bataille sémantique fut épique, les hommes s'obstinant à utiliser le mot "produits" en lieu et place de tampons et serviettes.
Le rejet de l'amendement par une assemblée française très largement masculine peut sembler logique. Mais il aurait été autre "si les hommes avaient des règles…" comme Twitter s'en est amusé. Alors, "les tampons seraient distribués gratuitement", "un congé maladie spécifique serait créé" et, le meilleur et aussi le plus juste "tous les mois, il faudrait les emmener aux urgences car ils seraient en train de mourir".
lundi 9 novembre 2015
BD - La bible ou l'épée, choix crucial pour "Le maître d'armes"
Toutes
les guerres ont pour origine la religion. Une évidence qu'il ne faut
cesser de rabâcher aux générations futures. En vain
malheureusement, les conflits se multipliant un peu partout dans le
monde. Actuellement les chiites et les sunnites se mènent un combat
à mort au Moyen Orient. Comme pour faire oublier le conflit entre
Juifs et Palestiniens à quelques centaines de kilomètres de là. En
Europe, nous sommes souvent enclins à donner des leçons mais notre
histoire prouve que ces querelles de paroisse ont également provoqué
des milliers de morts au fil des siècles. Prenez la fin du Moyen
Age. Le clergé catholique règne en maître absolu. Mais quelques
croyants ne se reconnaissent plus dans cette religion qui donne tout
à une petite minorité.
Ce sera la Réforme, début du
protestantisme. Dans « Le Maître d'armes », écrit par
Xavier Dorison et dessiné par Joël Parnotte, ont découvre les
prémices de cette sanglante répression. A la base, des érudits
veulent que la parole de Dieu soit directement accessible par tous.
Enlever l'intermédiaire des religieux. Pour cela il suffit de
traduire la Bible en « vulgaire », nom donné au français
compris par la majorité.
Rien de bien méchant à priori. Mais cette
volonté d'éclairer le peuple ne passe pas auprès de ceux qui ont
le pouvoir. Le véritable personnage principal de cette longue BD est
la traduction de la bible. Gauvin de Brême, médecin érudit,
réformiste, vient de finir son manuscrit. Il doit maintenant le
faire parvenir en Suisse où il sera imprimé et largement diffusé.
Mais les sbires du clergé le pourchassent.
Dans les montagnes du
Jura, il va demander l'aide de Hans Stalhoffer, ancien maître
d'armes du roi François 1er. Une course poursuite en plein hiver,
dans la nature implacable. Si le récit fait la part belle à la
prise de conscience de certains hommes et femmes, il montre aussi
dans toute son horreur (les dessins de Parnotte sont parfois d'une
extraordinaire violence) les exactions d'autres soldats, toujours
plus cruels et intransigeants, au nom d'un Dieu qui n'est plus du
tout miséricordieux. Une histoire qui se répète, sous d'autres
latitudes et pour d'autres raisons, mais à la base le problème est
le même : la volonté d'un petit nombre de contraindre la
majorité à ne pas penser par elle-même
« Le
maître d'armes », Dargaud, 98 pages, 16,45 euros
dimanche 8 novembre 2015
BD - Sillage face à un redoutable virus psy
Nävis, la dernière
humaine de la série de SF « Sillage », est de nouveau
mise à contribution pour sauver le convoi d'espèces extraterrestres
à la recherche de nouvelles planètes à coloniser. Alors qu'elle
tente de faire intégrer la jeune Juliette à Sillage, une entité
est libérée par mégarde. Il s'agit d'un virus qui s'attaque à
toute espèce qui a des pouvoirs psy. L'effet est immédiat :
dégradation physique et surtout, tels des zombies incontrôlables,
l'envie de tuer et détruire. Bref rien ne va plus dans Sillage.
Un
scénario bourré d'action signé Morvan, dessiné par Buchet,
toujours aussi pointilleux dans ses créations aliens. Bien que
publiées en grand format, ces planches bourrées de détail
mériteraient une exploitation encore plus grande. Alors si vous
voulez pleinement profiter de ce grand art, munissez-vous d'une loupe
et n'hésitez pas à détailler chaque case.
« Sillage »
(tome 18), Delcourt, 14,50 €
samedi 7 novembre 2015
BD - La France qui se bat
Encore une histoire
d'uchronie. Encore une réécriture de l'Histoire de la seconde
guerre mondiale. Souvent, les scénaristes partent du postulat que
les Nazis remportent la guerre. Cette fois Jean-Pierre Pécau
(scénario) préfère imaginer une France qui ne capitule pas. « Et
si la France avait continué la guerre » se déroule durant cet
été 40. Alors que les divisions nazis déferlent sur le pays, le
gouvernement de Paul Reynaud, replié dans un château de la Loire,
décide de respecter la parole donnée aux alliés britanniques.
Pétain, chef de file des tenants d'un armistice, est arrêté pour
haute trahison, De Gaulle est nommé chef des armées, la première
bataille est perdue mais la France ne capitule pas. Le tome
inaugural, dessiné par Ukropina, est essentiellement politique. Les
événements sont racontés par l'intermédiaire d'un aviateur et de
sa compagne, jeune franco-américaine qui n'a pas froid aux yeux. Aux
commandes de son avion peint en rose, elle va servir de messagère.
Le tome 2 la verra arriver à Toulouse pour tenter de coordonner la
contre-offensive tricolore. Passionnant.
« Et si la France
avait continué la guerre » (tome 1), Soleil, 14,95 €
vendredi 6 novembre 2015
DE CHOSES ET D'AUTRES - Malchance à tous les étages
On se dit parfois qu'on manque de chance, que le mauvais œil nous traque. Avant de vous plaindre, dites-vous qu'il y a pire. Une amie nous raconte sa semaine. Impossible d'enchaîner autant de contrariétés.
La série commence quand sa voiture tombe en panne près de Toulouse "avec les enfants, chargés à bloc, dans la nuit, etc. La totale !". Retour à Perpignan en taxi. Deux jours plus tard, cap sur Toulouse "pour récupérer titine remise à neuf." Sauf que ses mésaventures continuent, capot mal fermé, grosses vibrations et belle frayeur de la conductrice. Nouvel arrêt chez un garagiste. Il comprend le problème, mais avoue son incompétence. Direction un carrossier, la réparation nécessite un point de soudure. Désespoir de l'amie : "Le mécano a eu un problème avec son poste à souder pile à ce moment-là... » Deux heures supplémentaires de perdues.
Suite de l'histoire dans Perpignan, toujours en voiture. Pressée par le temps, elle se gare dans le premier parking souterrain venu pour ne pas rater la séance de cinéma. Sauf que le parking était privé, elle le retrouve fermé. Impossible d'y entrer. Encore moins d'en sortir. Elle devra batailler des heures avant de réussir à s'extraire de ce piège en se faufilant derrière une voiture, comme un vulgaire resquilleur au péage. Seule satisfaction, elle n'aura pas payé un centime.
Une série de déboires qu'elle pourrait, si elle était superstitieuse, mettre au crédit du chat noir qu'elle a écrasé la semaine d'avant sur la route. Pour conjurer le sort il ne lui reste qu'une solution : jouer à l'Euromillions...
La série commence quand sa voiture tombe en panne près de Toulouse "avec les enfants, chargés à bloc, dans la nuit, etc. La totale !". Retour à Perpignan en taxi. Deux jours plus tard, cap sur Toulouse "pour récupérer titine remise à neuf." Sauf que ses mésaventures continuent, capot mal fermé, grosses vibrations et belle frayeur de la conductrice. Nouvel arrêt chez un garagiste. Il comprend le problème, mais avoue son incompétence. Direction un carrossier, la réparation nécessite un point de soudure. Désespoir de l'amie : "Le mécano a eu un problème avec son poste à souder pile à ce moment-là... » Deux heures supplémentaires de perdues.
Suite de l'histoire dans Perpignan, toujours en voiture. Pressée par le temps, elle se gare dans le premier parking souterrain venu pour ne pas rater la séance de cinéma. Sauf que le parking était privé, elle le retrouve fermé. Impossible d'y entrer. Encore moins d'en sortir. Elle devra batailler des heures avant de réussir à s'extraire de ce piège en se faufilant derrière une voiture, comme un vulgaire resquilleur au péage. Seule satisfaction, elle n'aura pas payé un centime.
Une série de déboires qu'elle pourrait, si elle était superstitieuse, mettre au crédit du chat noir qu'elle a écrasé la semaine d'avant sur la route. Pour conjurer le sort il ne lui reste qu'une solution : jouer à l'Euromillions...
jeudi 5 novembre 2015
Cinéma - Quand l'univers de Tardi s'anime
Dans un Paris imaginaire ressemblant à la ville du XIXe siècle, « Avril et le monde truqué » est un formidable voyage dans l'imaginaire du dessinateur Jacques Tardi

Déjà auréolé par le Cristal du film d’animation au festival d’Annecy, « Avril et le monde truqué », long-métrage de Christian Desmares et Franck Ekinci, est la transposition de l’univers graphique de Jacques Tardi (Adèle Blanc-Sec, Brindavoine) sur grand écran. Mais au lieu de se contenter de l’adaptation d’une BD déjà existante, le scénariste, Benjamin Legrand, a pioché dans les ambiances, personnages et époques mises régulièrement en images par le dessinateur connu également pour son adaptation de Nestor Burma.
L’action se déroule à Paris, forcément, celui du début du siècle dans une version uchronique, tendance steampunk. Dans cette France toujours dirigée par la descendance de Napoléon III, le moteur à vapeur règne encore en maître absolu. Les savants n’ont pas encore découvert l’électricité ni mis au point le moteur à explosion. Logique, tout esprit un peu imaginatif est enlevé par une mystérieuse organisation. Comme si l'évolution était condamnée à faire du surplace. En fait tout a commencé en 1870, quand un savant présente à l’empereur un sérum de son invention capable de transformer les soldats en hommes invincibles.
Une explosion plus tard, la face du monde est changée. Pas de guerre entre la France et la Prusse, plus de développement technique et l’épuisement des ressources en charbon. La suite de l’histoire se déroule en 1941, sous le règne de Napoléon V, l’arrière petite-fille du savant cherche toujours à recréer la formule du vaccin alors que la police, dont l’inénarrable inspecteur Pizoni, est sur ses traces.
Matou bavard
Avril (Marion Cotillard à la voix), orpheline, vit seule avec son chat Darwin (Philippe Katerine), matou malin doté de la parole à la suite d’une autre expérience ratée, dans un appartement secret aménagé au sommet d'une statue équestre grandiloquente. Elle cherche ses parents et son grand-père, disparus après une descente de police. Le scénario, bourré de rebondissements, fait la part belle aux décors d’un Paris imaginaire, avec deux tours Eiffel, transformées en gare de départ d’immenses paquebot-téléphériques. Mais il y a également nombre d’autres inventions dans ce film qui surfe de Verne à Hergé en passant par Conan Doyle, la fin du film se déroulant dans ce fameux monde truqué, au plus profond des entrailles de la Terre.
L'histoire, pleine de rebondissements, bénéficie d'une animation à la limite de la perfection, tout en respectant le trait de Tardi. Même si le dessinateur s'est retiré du projet trop chronophage pour ses autres projets, l'équipe a rendu avec fidélité le style incomparable du créateur d'Adèle Blanc-Sec. La preuve que le film d'animation, loin d'être l'apanage des multinationales américaines, peut s'adresser à tous les publics sans trahir l'esprit de son créateur.
Ce projet, initié par Benjamin Legrand, a mis de longues années avant de voir le jour. La genèse est racontée dans une beau livre richement illustré par Tardi. A la base, celui qui a déjà été scénariste de Tardi (Tueurs de cafards), voulait utiliser l'univers du dessinateur pour lancer une série animée entre science-fiction et fantastique. Des savants fous, un chat qui parle, des lézards méchants, une petite fille débrouillarde et quantité d'inventions dans un univers steampunk. Tardi a commencé à mettre sur papier ces idées, premiers croquis repris dans le livre « L'histoire d'un monde truqué » paru chez Casterman. Finalement les aventures d'Avril sont devenues un long-métrage qui, dans un premier temps devait être réalisé par Jacques Tardi lui-même. Mais pressé par le temps, il n'a pas pu aller plus loin que l'élaboration d'un storyboard détaillé des premières scènes. Ce sont ces dessins qui composent l'essentiel du livre, une cinquantaine de pages où l'on retrouve toute la poésie et l'invetion du long-métrage.
« Histoire d'un monde truqué, Casterman, 136 pages, 25 euros.

Déjà auréolé par le Cristal du film d’animation au festival d’Annecy, « Avril et le monde truqué », long-métrage de Christian Desmares et Franck Ekinci, est la transposition de l’univers graphique de Jacques Tardi (Adèle Blanc-Sec, Brindavoine) sur grand écran. Mais au lieu de se contenter de l’adaptation d’une BD déjà existante, le scénariste, Benjamin Legrand, a pioché dans les ambiances, personnages et époques mises régulièrement en images par le dessinateur connu également pour son adaptation de Nestor Burma.
L’action se déroule à Paris, forcément, celui du début du siècle dans une version uchronique, tendance steampunk. Dans cette France toujours dirigée par la descendance de Napoléon III, le moteur à vapeur règne encore en maître absolu. Les savants n’ont pas encore découvert l’électricité ni mis au point le moteur à explosion. Logique, tout esprit un peu imaginatif est enlevé par une mystérieuse organisation. Comme si l'évolution était condamnée à faire du surplace. En fait tout a commencé en 1870, quand un savant présente à l’empereur un sérum de son invention capable de transformer les soldats en hommes invincibles.
Une explosion plus tard, la face du monde est changée. Pas de guerre entre la France et la Prusse, plus de développement technique et l’épuisement des ressources en charbon. La suite de l’histoire se déroule en 1941, sous le règne de Napoléon V, l’arrière petite-fille du savant cherche toujours à recréer la formule du vaccin alors que la police, dont l’inénarrable inspecteur Pizoni, est sur ses traces.
Matou bavard
Avril (Marion Cotillard à la voix), orpheline, vit seule avec son chat Darwin (Philippe Katerine), matou malin doté de la parole à la suite d’une autre expérience ratée, dans un appartement secret aménagé au sommet d'une statue équestre grandiloquente. Elle cherche ses parents et son grand-père, disparus après une descente de police. Le scénario, bourré de rebondissements, fait la part belle aux décors d’un Paris imaginaire, avec deux tours Eiffel, transformées en gare de départ d’immenses paquebot-téléphériques. Mais il y a également nombre d’autres inventions dans ce film qui surfe de Verne à Hergé en passant par Conan Doyle, la fin du film se déroulant dans ce fameux monde truqué, au plus profond des entrailles de la Terre.
L'histoire, pleine de rebondissements, bénéficie d'une animation à la limite de la perfection, tout en respectant le trait de Tardi. Même si le dessinateur s'est retiré du projet trop chronophage pour ses autres projets, l'équipe a rendu avec fidélité le style incomparable du créateur d'Adèle Blanc-Sec. La preuve que le film d'animation, loin d'être l'apanage des multinationales américaines, peut s'adresser à tous les publics sans trahir l'esprit de son créateur.
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