mercredi 7 mai 2025

Thriller - Dans les bois du Vallespir, l'ours menace Angèle

Clinique psychiatrique, meurtriers jugés déments, fête de l'ours et femme à la dérive : tel est le cocktail gagnant de ce thriller se déroulant dans le Vallespir et signé Alexandra Julhiet.


Plus un personnage est dans le doute, au bord de la dépression voire de la folie, plus le thriller est généralement réussi. Angèle, la narratrice de ce roman d'Alexandra Julhiet est au bord du gouffre. Pourtant c'est une femme forte. Installée à Paris depuis des années, elle est analyste pour une société renommée. Donnez-lui de tonnes de documents sur un sujet précis, elle lit l'ensemble et en tire des conclusions que son patron vend à prix d'or. Rationnelle, efficace sans la moindre faille. Jusqu'à la fin de son couple. Trompée par un mari qui l'abandonne dès qu'il est démasqué. Seule dans son grand appartement, elle déprime. Cauchemarde. C'est un suicide (un homme saute du dernier étage d'un immeuble devant ses yeux) qui l'achève. Et un message retrouvé écrit sur la glace de sa salle de bains, « Va crever !». 

Son boss l'oblige à prendre quelques jours de repos. Elle va chez son père, psychiatre à la retraite. Ce dernier, qui perd un peu la tête, décide de profiter de la présence d’Angèle pour aller dans le Vallespir, assister à la fête de l'ours à Saint-Martin-d'Inferm, village fictif, sorte de contraction des trois cités qui célèbrent le plantigrade à la fin de l'hiver. C'est dans ce village, où son père possède une vieille maison, que le drame se noue. 

L'autrice, connue comme scénariste à la télévision, signe son second roman et parvient rapidement à passionner ses lecteurs. Certes l'intrigue semble un peu cousue de fil blanc, mais on tremble quand même pour cette femme, prête à tout pour découvrir la vérité sur son passé, son enfance, ses origines. 

Et puis il y a la description de cette fête de l'ours, folklorique mais aussi triviale, excessive. Angèle ne cache pas son malaise dans la foule avinée : « L'atmosphère semblait joyeuse et bon enfant, moi je la trouvais lugubre, comme si un désastre était sur le point d'arriver. L'un des ours, une masse de plus de deux mètres, tanguait dans la foule à la recherche  d'une bagarre. Un autre profitait de son anonymat pour mettre des mains aux fesses des jeunes filles qui réagissaient en gloussant, inconscientes du danger. » Angèle va subir les assaut d'un ours dans les bois, pas loin d'une clinique psychiatrique. Dans cet établissement, des meurtriers, jugés non responsables de leurs crimes en raison de leur démence, vivent en semi liberté. Le père d'Angèle y a travaillé quand elle était enfant. Du moins c'est ce qu'elle croit se souvenir. Une histoire sur la mémoire, le mal, l'hérédité et la famille. Sans oublier Angèle, lumineuse héroïne qui va enfin sortir des limbes de l'oubli.  

« La nuit de l'ours » d'Alexandra Julhiet, Calmann-Lévy, 380 pages, 20,90 € 

Jeunesse - Jouer aux détectives et aux voleurs


John, 12 ans, sera détective. Ou voleur. Pour l'instant son choix n'est pas arrêté. Orphelin depuis quelques mois, il vit caché dans le faux plafond d'un grand musée de New York. Il espère encore que sa mère va revenir le chercher. Etrange personnage que ce jeune héros imaginé par Tom Phillips. 

Vivant à la marge de la société, il est avant tout un grand rêveur. La réalité va pourtant le rattraper quand on l'accuse d'avoir volé un rubis égyptien d'une grande valeur. Il ne devra son salut qu'à sa rencontre avec l'inspecteur Toadius McGee, plus grand détective du monde. Le choix est fait : il sera détective et arrêtera « La phalène mauve », célèbre voleur au nom inspiré par un papillon. 

Un récit enlevé, plein de rebondissements, aux personnages intrigants et étonnamment humains. Un petit bijou d'intelligence et d'humour, sans oublier un petit soupçon de leçon de vie.     

« L'étrange ligue des détectives et des voleurs », Tom Phillips, PKJ, 336 pages, 16,90 €

mardi 6 mai 2025

Polar – Les mensonges de l'Hydre


Au royaume des fake news, l'Hydre est la reine. Une sorte de secte, aux disciples persuadés de détenir la vérité. En réalité ils ne font que mentir, maquiller la réalité, tenter de faire peur pour que la société s'écroule face à des vagues de paranoïas de plus en plus fortes. Simon Lacroix, étudiant parisien, est persuadé avoir infiltré l'organisation. Il compte en faire son sujet de thèse. Mais il n'aura pas le temps de la finaliser. Il est retrouvé mort au pied de son immeuble. Suicide par défenestration ? Son père est sceptique et va mobiliser la brigade criminelle. 

Une enquête hors norme pour le commandant Sénéchal, héros récurrent de Sébastien Le Jean. 

Un flic en pleine déprime. Après une grosse bourde (lire Le grand effondrement), on veut le priver de terrain. Alors il va s'accrocher à cette affaire pour sauver sa carrière. Un polar réaliste qui fait froid dans le dos car au final, on a l'impression que tout le monde manipule... tout le monde.

« La conspiration de l'Hydre », Sébastien Le Jean, Folio Policier, 336 pages, 9,50 €

jeudi 1 mai 2025

BD - Cap vers Uranus, la grosse gazeuse gelée

Suite de l'exploration du système solaire avec le quatrième tome consacré à Uranus. Cette série concept, écrite par Bruno Lecigne allie fiction et pédagogie. Dans le premier tome, un vaisseau extraterrestre est découvert. Une délégation de scientifiques de plusieurs nationalités, monte à bord et grâce à l'aide du pilote extraterrestre, va pouvoir visiter toutes les planètes de notre système solaire sans les délais de voyage. 

Uranus étant assez peu accueillante (pas de surface, c'est une planète gazeuse, avec sous l'atmosphère un océan infini et en son centre un noyau solide), l'album dessiné par Alberto Foche se consacre surtout sur les relations, de plus en p)lus tendues, entres les Terriens et les aliens. Il sera beaucoup question d'émotions, de mort et de sacrifice. En gros, tout ce qui définit la vie chez nous. Pas chez eux...  L'intrigue avance assez vite avec cet album charnière. 

Système Solaire - Tome 04 - Uranus

Et si c'est essentiellement le côté scientifique qui vous intéresse, vous trouverez votre bonheur avec le cahier pédagogique en fin d'ouvrage, rédigé par les chercheurs de l'Observatoire de Paris PSL. Ainsi la formation d'Uranus n'aura plus de secret pour vous et vous pourrez égrener les noms des nombreux satellites de la planète découverte en 1781 par William Herschel.

"Uranus", Glénat, 64 pages, 15,50 €

mercredi 30 avril 2025

BD - Coup de foudre improbable dans le nouveau monde d'Ales Kot et Tradd Moore

La science-fiction n'empêche pas les sentiments. Dans un futur apocalyptique, Ales Kot et Tradd Moore racontent un coup de foudre aussi bizarre qu'improbable. Mais avant de faire connaissance avec les nouveaux Roméo et Juliette de la Nouvelle Californie, petit rappel de la situation. En 2037, plusieurs bombes atomiques ont pulvérisé simultanément les grandes agglomérations américaines. Le pays est en ruines. 

Une guerre civile se déclenche, les USA se partagent en plusieurs zones plus ou moins indépendantes et sûres. La Nouvelle Californie s'en tire le mieux. Grâce à un mur qui assure sa sécurité au Sud. Mais c'est au prix d'une politique implacable. Toute infraction est punie par les Gardiens, des flics surarmés qui officient en direct à la télévision. La nouvelle téléréalité qui se transforme en tribunal populaire, le coupable, une fois capturé, est au centre d'un dernier sondage où les téléspectateurs se transforment en juges. Deux choix : épargner ou supprimer. La mort en direct. 

Parmi les Gardiens, Stella Marris est la plus célèbre. Une jeune femme, petite fille du président, qui a la particularité de toujours épargner ses prisonniers, même si le public réclame la mort. Un état policier combattu par quelques idéalistes dont Kirby, fils d'un vétéran, hacker de génie. La flic et l'anarchiste. La rencontre est torride. Et comme Kirby est désigné ennemi public numéro 1, Stella doit choisir entre l'ordre et l'amour. 

Une incroyable cavale, dans ce pays qui a tout l'air d'être sorti de l'esprit tordu de Trump, alimente ce comics au dessin très original, tout en courbes et plein de couleurs, de Tradd Moore. Le côté fleur bleue est peut-être un peu trop présent, mais les amateurs de combats, duels et grosses bastons ainsi que les purs et durs en matière de science-fiction qui pousse à la réflexion en auront quand même pour leur argent.    

"The new world", Hi Graphics, 176 pages, 24,95 €

dimanche 27 avril 2025

BD - Duel au sommet dans le Clovd pour gagner Excalibur



Dessinateur génial, Florent Maudoux poursuit son bonhomme de chemin, loin des modes, avec constance et sérieux. Après l'exploration de Freaks' Squeele (sept albums), il a développé cet univers entre fantastique et science-fiction dans Rouge puis Funérailles. Des personnages et des décors (la terre ravagés après une extinction de masse due à la pollution, aux maladies et aux guerres...) que l'on retrouve dans sa nouvelle série intitulée "CLOVD". Le Clovd c'est ce monde d'après, où des monstres se cachent dans les ruines, où des maraudeurs cherchent à vous dévorer et où les rares survivants se sont scindés en clans. Rivaux souvent. Parfois alliés pour se défendre. 

Au début du second tome de cette saga avant-gardiste ambitieuse (le premier est sorti en novembre 2023), on découvre comment Katelyn s'échappe d'un bunker souterrain. A la surface, deux ans plus tard, elle croise la route de Funérailles et d'Isatis. Elle a aussi adopté deux enfants. Le petit groupe va rejoindre le grand regroupement annuel des clans dans un très bizarre parc d'attraction. Loin des dangers, c'est le défoulement maximum. Avec au final un combat entre clans pour savoir qui aura le droit de tenter de retirer Excalibur d'une solide enclume. 

Découvrir une série de Florent Maudoux c'est plusieurs "effets wahou" assurés. D'abord son dessin. Précis, lumineux, bourré de détails, aux décors fouillés et imaginatifs. Ce sont des ruines mais elles sont incroyablement belles sous son pinceau. Les femmes guerrières, souvent charnues comme la rousse et rayonnante Isatis, méritent aussi le détour. Elles sont les égales des hommes, avec souvent un petit plus côté empathie et volonté de trouver des arrangements avant d'en venir aux mains. Mais elles n'hésitent pas à plonger dans la mêlée quand il le faut. 

Et justement, la grande réunion des clans va être perturbée par l'attaque de Lucifer, le chef des Missionnaires, un clan agressif et expansionniste. On se laisse alors charmer aussi par cette histoire, où la violence, si elle est présente, n'est pas automatiquement mise en vedette, seule solution pour s'en sortir. C'est un futur imaginaire, mais on aurait bien besoin, de nos jours, de l'intelligence d'Isatis et de ses amis. 

"Clovd" (tome 2), Label 619 - Rue de Sèvres, 112 pages, 18,90 €

samedi 26 avril 2025

BD - Alix fait escale dans la supposée Atlantide

Héros méditerranéen par excellence, Alix quitte pour une fois les rivages de Mare Nostrum. Il passe les fameuses colonnes d'Hercule (Gibraltar) pour l'Atlantique, plein ouest. Pour comprendre comment le jeune Gaulois devenu Romain a décidé d'aller dans cette zone inconnue, Roger Seiter, le scénariste de cet album, raconte la fuite de d'Iphis. Cette jeune esclave est de sang royal. Avant d'âtre rachetée puis affranchie par Alix et Enak, elle était la fille du roi de Kamarès, un territoire composé d'îles, loin du continent et à l'abri de tout contact. L'Atlantide ? 

Un petit royaume coupé du monde volontairement mais à l'agonie, trop d'habitant, moins de ressources. Iphis devait aller demander de l'aide aux autres civilisations. Jetée à l'eau durant le trajet, elle se retrouve esclave de ses sauveteurs. La rencontre avec Alix va lui permettre de terminer sa mission. Elle revient donc à Kamarès mais son pays a bien changé en quelques années. 

Dessinée par Marc Jailloux, cette aventure est tout à fait dans la lignée des titres imaginés par Jacques Martin. Un dessin précis, notamment en ce qui concerne l'architecture, une intrigue bourrée de rebondissements, avec l'éternel affrontement entre le bien et le mal, la raison et la folie. Ce n'est pas du vintage-hommage, c'est de la nouveauté venue en droite ligne du passé.

"Alix" (tome 44), Casterman, 48 pages, 13,50 €

vendredi 25 avril 2025

BD - A la recherche de son totem


Ernesto ne sait pas grand chose de son passé. Ce gamin vit avec sa mère aux USA depuis qu'elle est mariée à un riche Blanc, aux affaires sulfureuses. Ernesto voudrait qu'elle lui raconte ses premières années en Haïti. Elle refuse, pour le protéger, le ménager. Son beau-père par contre a décidé de transformer cet enfant de 13 ans en homme. Il décide de l'amener avec lui à Cuba où il fait des affaires. Affaires louches avec le dictateur au pouvoir et la mafia. Alors Ernesto découvre La Havane la nuit, les petites frappes, la police corrompue, les rumeurs sur les Barbudos, ces révolutionnaires cachés dans la montagne. Un gamin abandonné dans une immense villa face à la mer, avec pour seule compagnie une petite tortue et une gouvernante. Cette femme est une activiste révolutionnaire. Elle profite de son poste pour voler des milliers de dollars au beau-père d'Ernesto. 

Cette BD, entre politique, histoire et fantastique, est écrite par Charlotte Girard et Jean-Marie Omont. Dessinée par Grégory Charlet, elle devient quasi mystique quand l'enfant rencontre une fillette farouche. C'est avec elle qu'il va aller dans des grottes pour trouver quel est son animal totem. Un récit puissant illustré par un trait de toute beauté.  

"L'île crocodile" (tome 1), Métamorphose, 88 pages, 18,50 €

jeudi 24 avril 2025

BD - Souvenirs d'un drame et d'un vieux moulin

Les vacances à la campagne. Cela peut-être de très bons souvenirs. Où des journées interminables. Pour Daniel, au début des années 60, les deux mois passés chez sa grand-mère dans le bocage normand alternent ennui et exaltation. C'est Rodolphe qui raconte ce récit d'apprentissage. Patrick Prugne, aquarelliste d'exception, se charge de la mise en images. Mise en tableaux plus exactement tant ses paysages décors et scènes sont de toute beauté. 

Daniel se sent bien seul en compagnie de sa vieille mamie. Il y a bien les illustrés (Blek, Kit Carson...), mais cela ne suffit pas à occuper ses journées, à rompre la solitude. Aussi quand il croise, près d'un joli petit moulin en activité au bord de la rivière, Paul, un jeune de son âge, ses journées changent du tout au tout. Encore plus quand il croise sa mère, Suzy. Jeune, belle... Un chouette été en perspective. 

Problème, Paul est souvent absent. Un jour, lassé de l'attendre, Daniel se rend au moulin. Il le découvre en ruines. Et découvre l'histoire de ce lieu-dit nommé "Ecoute s'il pleut" qui donne son titre à l'album. Un zeste de fantastique fait une brutale irruption dans cette BD sensible et envoûtante. 

"Ecoute s'il pleut", Editions Daniel Maghen, 72 pages, 18 €

BD - Se sentir vivre... au moins "Dix secondes"

Trouver sa place, avoir un but, se forger un avenir. Des actions essentielles pour tout être humain qui se respecte. Sauf peut-être pour Marco, grand adolescent belge traînant son ennui chronique dans la province wallonne. Marco n'est pourtant pas malheureux. Il a une famille, des amis, craque parfois pour une fille, n'est pas trop mauvais en classe. Mais il lui manque ce petit quelque chose qui nous pousse à nous lever le matin. Alors il tente des expériences. Aime ce qui est interdit. Fumer des joints, tester de nouvelles drogues, boire à tomber par terre... 

Max de Radiguès, auteur devenu incontournable dans la nouvelle BD belge indépendante, a proposé ce roman graphique sous forme de feuilleton dans un fanzine. Une fois bouclé, il est logiquement édité chez Casterman, sa maison d'édition grand public de prédilection. L’occasion pour l'auteur de raconter une partie de sa jeunesse : scooter, nuit dans les bois ou les champs, école buissonnière et autres petites bêtises. 


En lisant les non-aventures de Marco, on a parfois envie de le secouer. Lui dire entre quatre yeux d'arrêter ses dérives. Qu'il risque gros. Que la vie vaut le coup, même si elle n'est pas aussi palpitante qu'un jeu vidéo. Marco, tête à claques, qui semble totalement imperméable à tous ces avertissements. Venant de ses potes ou de la jolie Zoé. Et puis il trouve enfin un dérivatif qui lui donne l'impression d'être vivant. Le jeu des dix secondes... 

Ce roman graphique est une chronique authentique, un peu nostalgique, très amère.  

"Dix secondes", Casterman, 120 pages, 22 €