mardi 22 avril 2025

BD - L'enfance simple et enchantée du petit Nekomaki


Un chat, un canard, la passion des trains, un papa joueur, une maman attentionnée : l'enfance de Nekomaki dans la campagne japonaise dans les années 70 a tout du conte de fées. Même s'il n'y a rien de magique dans ce quotidien d'un gamin âgé de 7 ou 8  ans. Ce récit, constitué de petites histoires, plonge le lecteur dans un Japon insoupçonnable. Celui des années 70, quand tout était encore simple. 

Ken a le sommeil lourd. Il dort le plus possible sur son futon, en compagnie de Momo, son gros chat, tendre, câlin et farceur. Un gros matou qui le suit comme un petit chien quand Ken part se promener le long des canaux, pas loin des rizières. Là, il joue avec des grenouilles, des scarabées ou à marcher comme un géant sur ses échasses fabriquées par son père avec des boites de conserves vides. Il aime aussi regarder passer les trains au loin. Il les connait tous, nom, horaires, type de locomotive. Une BD qui va vous réconcilier avec la vie familiale. 

Papa rentre parfois pompette du travail, mais il a souvent des cadeaux pour son fils. Il revient une fois avec une petite boule jaune. Un caneton qui grandira très vite (couvé par Momo qui finalement est une chatte et vient de donner naissance à trois adorables chatons). Le canard très dégourdi répond au nom de Mimosa. 

Le trio est constitué. Place à de grandes aventures dans ces 160 pages dessinées avec douceur et colorées dans des tons pastels  lumineux. Bref, c'est un bijou à offrir à toute personne encore capable de s'émouvoir pour les choses simples de la vie.   

"Mimosa, Momo et moi", Le Renard Doré, 160 pages en couleur, 12,90 €

lundi 21 avril 2025

Thriller – Dante et son enfer reviennent

L'âme pèse-t-elle véritablement 21 grammes ? Et où se cache-t-elle dans notre cerveau ? Deux questions parmi des dizaines qui émaillent ce thriller scientifico-mystique signé d'un maître du genre : Fabrice Papillon. Après « Aliénés », on retrouve la commissaire Louise Vernay au centre de cette enquête internationale qui va de Paris à Londres en passant par le Portugal ou Rome. De nombreux retours dans le passé permettent aussi aux lecteurs les moins savants de réviser les vies (et morts surtout) de quelques génies comme Einstein, Descartes ou Dante, justement. 

L'écrivain italien tient une place particulière au cœur de ce tsunami de menaces. Dans cette tension allant crescendo, Louise Vernay tente d'avancer à sa façon : sans mettre de gants. Ce flic très individualiste, limite borderline, est en pleine dépression. Son grand amour vient de mourir dans l'espace (relire « Aliénés ») et son petit frère, dans le coma depuis des années, est sur le point d'être « débranché ». Alors quand la fin du monde menace, elle n'y va pas avec des pincettes. 

Un thriller mené tambour battant, l'héroïne multipliant les difficultés. Mais comment va-t-elle s'en tirer ? 

« La conjuration de Dante », Fabrice Papillon, Points, 528 pages, 9,90 €

dimanche 20 avril 2025

BD - Les futurs angoissants de Koren Shadmi


L'évolution actuelle de la société vous inquiète ? Il risque pourtant y avoir pire. Comme dans les romans graphiques de Koren Shadmi parus récemment chez Marabulles. Un titre déjà connu, "Le voyageur" et un plus récent, "La passe visage". Des thématiques inquiétantes et assez angoissantes sur la fin du monde ou la prépondérance de la technologie dans nos existences d'humains si imparfaits. 


Dans "Le voyageur" on suit le périple d'un homme dans l'Amérique du futur. Il fait de l'auto-stop, semble chercher quelque chose, un but, une finalité. Il se lie avec plusieurs conducteurs. Se désespère de leur peu d'intelligence. Parfois il fait des mauvaises rencontres. Y laisse la vie. Enfin reste simplement mort quelques minutes. Car ce voyageur est immortel. Le but du voyage risque de nous faire cauchemarder...

L'autre album de Koren Shadmi disponible dans les librairies est très récent. "La passe visage" est une jeune comédienne. Rose court les cachets. Sans grand succès.

Alors elle accepte des boulots alimentaires. Elle se glisse dans différentes personnalités à la demande de clients qui veulent des véritables rencontres. De l'improvisation facilitée par son aspect physique. Car Rose a subi une intervention médicale qui lui permet de modifier les traits de son visage. A partir d'une simple photo, elle peut devenir sa cible. Épouse partie, fille morte trop jeune, mère irremplaçable : elle dîne avec ses clients, voire passe une soirée avec eux. Mais ce petit jeu de caméléon a l'inconvénient de chambouler la psyché de Rose qui ne sait plus trop qui elle est. A-t-elle même une propre personnalité ? 

Une réflexion fine et intelligente sur notre côté unique par un auteur à découvrir. Le tout dessiné dans un style très ligne claire, avec décors futuristes, ville dantesque et solitude imposée.   

"Le voyageur", "La passe visage", Koren Shadmi, Marabulles, 176 et 192 pages, 25 € chaque volume

samedi 19 avril 2025

Science-fiction – Le destin d'Elia

Surtout connue pour des comédies sentimentales, Marie Vareille, autrice française, a voulu diversifier ses écrits. Elle s'est donc lancée dans la rédaction d'une trilogie de science-fiction qui bénéficie d'une réédition au format poche, en trois volumes copieux qui vous assureront des heures de dépaysement. Dans un futur proche, la terre est ravagée après une guerre de cent ans. 

Ne reste que quelques survivants dans une société où les castes sont prépondérantes. Une élite, dominée par les passeurs d'âmes, a tous les pouvoirs et exploite la majorité. Elia, jeune fille rousse, est passeuse d'âmes. Son rôle dans ce monde inégalitaire : tuer les vieux, les faibles, les récalcitrants. Les passeurs d'âmes n'ont pas de sentiments. Pas de remords. Alors pourquoi Elia épargne Sol, jeune révolutionnaire ? Elia et Sol, un couple en devenir, qui va s'aimer, se déchirer, lutter ensemble ou l'un contre l'autre. Une histoire d'amour compliquée qui ne prend pas trop de place dans cette longue marche vers plus de justice et d'égalité. Un beau récit sur le prix à payer pour vivre libre. 

De la SF assez sombre, mais qui fera forcément réfléchir les adolescents et jeunes adultes, public privilégié de cette saga.   

« Elia, la passeuse d'âmes » (intégrale en trois volumes), PKJ, 450 pages, 8,10 €

vendredi 18 avril 2025

BD - "Somna", récits de cauchemars sortis de l'enfer


Durant de longs siècles, le sort des femmes dans les sociétés dites "civilisées" était tout sauf enviable. En plus de donner du plaisir aux hommes, elles étaient les porteuses de leur descendance. Sans oublier les contraintes de la vie quotidienne. Mais à une époque, cela ne suffisait pas. Le clergé a donc inventé des faits de sorcellerie, bonne occasion de se débarrasser sans trop de difficulté des rares individualités qui ne se contentaient pas de cette vie de misère. Un procès vite expédié et direct au bûcher !

"Somna", long récit graphique de Becky Clooman et Tula Lotay est l'histoire d'une de ces épouses qui ont eu le tort d'espérer. Dans un village anglais du XVIIe siècle, Ingrid est mariée au bailli, juge et bourreau faisant office de chef des inquisiteurs. 


Ce matin-là, elle refuse de l'accompagner à son travail. Pas étonnant, il a pour mission de tuer en place publique Greta, la femme du charpentier. Ingrid ne pourra cependant pas rater le cadavre de la malheureuse laissé une semaine au centre du village. Une image qui vient s'immiscer dans les cauchemars de la jeune femme. Des rêves où un homme sombre fait aussi de régulières apparitions. Il l'incite à se rebeller. L'entraîne vers le plaisir, la jouissance. Solitaire. Rêves érotiques qu'elle attribue à Satan. De là se prendre pour une sorcière elle aussi... Ce que ses voisins vont rapidement croire. 

Une belle histoire sur le véritable esclavage subi par les femmes. Un récit d'horreur, dessiné dans deux styles différents. Très réaliste pour les rêves, plus comics pour la réalité. L'oeuvre de deux femmes qui ont clairement choisi leur camp. Seul bémol, c'est un peu long et bavard. En d'autres temps (les années 80 par exemple, riches en BD de sorcellerie), un auteur pressé aurait condensé l'ensemble de l'histoire en dix pages.     

"Somna", Delcourt, 180 pages, 23,50 €

jeudi 17 avril 2025

Biographie – Olympe de Gouges, visionnaire


Longtemps oubliée par les historiens, Olympe de Gouges est revenue sur le devant de la Révolution française ces dernières années quand un certain féminisme a de plus en plus eu l'occasion de se faire entendre. Cette année, la révolutionnaire, première à revendiquer l'égalité entre hommes et femmes, était doublement dans l'actualité. D'abord grâce au film de Julie Gayet, tourné en Occitanie et diffusé sur France Télévisions. 

Ensuite par cette biographie signée Florence Lotterie et Elise Pavy-Guilbert, deux historiennes qui ont tenté de raconter le combat et la vie (brève) de cette Montalbanaise devenue célèbre à Paris. On apprend notamment qu'Olympe ne se battait pas que pour les femmes. Elle était aussi du côté de tous les exclus, en raison de leur précarité ou de leur couleur. Elle tenait salon et placardait des journaux dans les rues de la capitale. 

Rapidement elle s'est retrouvée enfermée, victime des purges. Une fin de vie entre quatre murs, malade mais digne. Jusqu'à ce 3 novembre 1793 où elle est exécutée en place publique. 

Moins romantique que le film ou les célébrations féministes, la vie de cette lanceuse d'alerte avant l'heure prouve que les convictions payent. Même s'il faut attendre quelques siècles.

« Olympe de Gouges, une femme dans la Révolution », Flammarion, 176 pages, 22 €

mercredi 16 avril 2025

Littérature fantastique - Les Cartographes chassent les erreurs

Experts en cartes anciennes, les Cartographes découvrent un secret caché derrière une banale erreur : certains villages imaginaires peuvent parfois devenir réels.


Qui n'a pas rêvé en parcourant une simple carte routière ? Imaginer des vies en découvrant des noms de village dont on ne connaissait pas l'existence ? Une carte, c'est le début du voyage, vers de nouveaux paysages, l'inconnu, des aventures, des rencontres. Tout un monde contenu dans une feuille de papier plié et parfois oubliée depuis des années au fond de la boîte à gants d'une voiture.

Peng Shepherd, jeune romancière américaine, a passé de longues heures à sillonner des contrées inconnues à l'aide de cartes. Des pays réels, d'autres imaginaires. Et son roman Les Cartographes débute exactement à l'intersection des deux, quand un village fictif, ajouté dans une véritable carte de l'Etat de New York en 1930, devient réel pour les détenteurs de la carte erronée. Un postulat particulièrement troublant pour les professionnels. Car une carte doit reproduire, à la perfection, le monde mesuré, étalonné et répertorié par ces fameux cartographes.

Pour rajouter un peu de fantastique dans ce monde cartésien, l'autrice raconte la vie passionnée de la famille Young. D'abord Tamara et Daniel, deux étudiants, amoureux, mariés et parents de Nell. Le roman débute le jour où Nell, la trentaine, apprend la mort de son père. Retrouvé sans vie dans son bureau de la New York Public Library, immense bibliothèque, au milieu de son bureau sans dessus dessous. Nell était brouillée avec son père. Depuis plusieurs années. Elle raconte comment la découverte dans les dons à classer d'une simple carte de l'état de New York imprimée en 1930 a provoqué l'ire du paternel. Une carte qu'elle retrouve dans le tiroir secret du bureau de Daniel Young. Cachette qu'elle seule connait.

Avec son ancien petit ami, Felix, et quelques amis du père, Nell va étudier la carte et découvrir sa particularité : un village fictif, Agloe, a été ajouté. Et si Agloe, village chimère destiné à tromper les copieurs, existait réellement dans une autre dimension ? Le roman, de saga policière et familiale, devient variation fantastique permettant à tout le monde de rêver encore dix fois plus en parcourant une carte. A la recherche de son propre village d'Agloe.

« Les Cartographes », Peng Shepherd, Le Livre de Poche, 640 pages, 10,90 €

mardi 15 avril 2025

Roman graphique - La vie vaut-elle le coup d'être prolongée ?

Étrange roman graphique que ce "Prolongement" signé Gwendal Le Bec chez Casterman. Dans un futur proche, alors que dérèglement climatique a transformé la Bretagne en région méditerranéenne particulièrement agréable, Camille et Gloria sont sur le point de fêter chacun leurs 80 ans. Un couple heureux, vivant dans une grande maison, avec piscine, océan à proximité et jardin potager. Mais quand ils sont ensemble, on croirait plutôt à une jeune femme avec son grand-père. Dans ce futur où le cancer se guérit aussi facilement qu'une grippe, la médecine a mis au point un protocole de "prolongement". Une semaine dans une clinique spécialisée, et vous ne vieillirez plus durant les cinq prochaines années. Gloria est adepte de la méthode depuis des décennies. Camille a toujours refusé. 

Il a donc 80 ans, est barbu et bedonnant, elle en fait à peine plus de 35. Ils s'aiment pourtant dans cette société où les riches semblent exonérés de tout problème. Cependant la fortune de Gloria n'est pas immortelle elle. Pour assurer son prochain prolongement, elle doit vendre un restaurant. Et très vite. C'est Camille qui va se charger de régler l'affaire car les acheteurs sont toujours contents quand "un petit vieux peut les amadouer avec des souvenirs", dixit Gloria.

L'intrigue du roman graphique (comment payer le prochain prolongement de Gloria) n'est qu'un prétexte pour détailler les vies de ces deux habitants du futur. Camille est nostalgique d'une certaine époque. Il rejette les nouveautés, délaisse la technologie pour regarder, à la télévision linéaire, des feuilletons qataris en compagnie de sa voisine, elle aussi non prolongée et à ses yeux plus désirable que sa presque jeune femme. Gloria, elle, profite de ces progrès, même si souvent elle en devient l'esclave. 

Le dessin, très simple, aux couleurs pastels, essentiellement des bleus et des roses, donne un côté encore plus irréaliste à l'ensemble. La fin étonnera le lecteur, mais cela semble être une des caractéristique du style de Gwendal Le Bec : dire sans crier, conclure sans artifice.  

"Le prolongement", Casterman, 208 pages 25 €

lundi 14 avril 2025

BD - Spa 1906 : qui en veut à la princesse Clémentine ?


Du polar historique tendance chronique royale. Spa 1906, seconde enquête du commissaire Ansor, écrite par Patrick Weber et dessinée par Olivier Wozniak passionnera les Belges et intriguera les Français. En effet comment, Républicains purs et durs, s'intéresser et surtout saisir toutes les subtilités des petites intrigues de la cour belge ? Reste une BD délicieusement rétro, avec les dessins d'un artiste qui a longtemps été un pilier des éditions Dupuis et un scénariste qui a quelques Alix et Lefranc à son palmarès. 

Après une première aventure à Ostende, la ville où il officie officiellement, le commissaire Ansor quitte les rives de la mer du Nord pour les paysages vallonnés des Ardennes. Il se rend à Spa à la demande de la princesse Clémentine. 

Cette dernière est au centre de l'intrigue. Elle serait victime d'un chantage. Mais reste très discrète. Et le commissaire n'est pas curieux. Il est des cercles qu'il ne faut pas froisser... Par contre il enquête dans le milieu des notables de la célèbre station thermale. Et se retrouve face à une inquiétante épidémie de suicides. Un mystérieux "Pierre le Grand" réclame de jolies sommes d'argent. Qui est-il ? Pourquoi s'en prendre à la princesse et aux bourgeois de la ville ? 

Ansor, avec sa bonhomie habituelle (il passe beaucoup de temps à table et ne crache pas sur un petit flirt avec les gentilles demoiselles qui rentrent à Bruxelles en train), va lentement mais sûrement découvrir le pot-aux-roses. 

On est emballé par la reconstitution du Spa des grandes heures et par les portraits criants de vérité des personnages secondaires. Enfin, pour ne pas mourir idiot, le scénariste Patrick Weber, propose en fin d'album un dossier didactique sur la princesse Clémentine, Spa et, d'une façon plus générale, la royauté en Belgique.       

"Spa 1906", Editions Anspach, 64 pages, 16,95 €

dimanche 13 avril 2025

Roman – Elle est trop sensible

Pour son troisième roman paru aux éditions du Rouergue en mars dernier, Damien Ribeiro, grand barbu vivant depuis quelques années dans les Pyrénées-Orientales, change de camp. Il ose se pencher sur le sort des femmes dans notre société où, selon les prétendus oppressés par la sororité triomphante, « on ne peut plus rien dire ». Et ils rajoutent souvent à destination de ces femmes qui osent protester « Taisez-vous ! ». 

Sandrine Maurin née Stievenard, un jour, a décidé de se faire entendre. Cette fille du Nord, passée par l'Aude où habitait son mari (le fameux Maurin, expert-comptable au ras des pâquerettes), vient de crever les yeux de la femme représentée par Rembrandt dans un tableau star (et excessivement cher) du Louvre-Lens. Avant de l'inculper, le juge d’instruction a besoin de l'avis d'un expert en art. Ce sera Pascal Berthomeau, l'autre personnage principal du roman. 

Un petit professeur en arts plastiques, sans talent, blessé depuis que Lucie, celle qu'il considère être la femme de sa vie, l'a largué. Pour oublier Lucie et tenter de comprendre le geste de Sandrine Maurin née Stievenard, il va se rendre à Port-l'Annonciade, dans l'Aude, puis à Amélie-les-Eaux dans les Pyrénées. Les lecteurs de la région reconnaîtront sans problème la cimenterie et les quais balayés par la Tramontane de Port la-Nouvelle et les hordes de curistes d’Amélie-le-Bains. 

C'est à proximité de la fameuse station thermale, dans la forêt, loin de toute civilisation et de ces ondes omniprésentes qui colonisent les esprits, en compagnie d'un footballeur récemment sorti de prison, que Sandrine a imaginé et réalisé ses premiers « nids », sortes de constructions primitives en branches dans la terre creusée. 

Un roman ample, beau et sans illusion. De ces textes qui, comme un uppercut inattendu, vous sèche sur place.   

« Electrosensibles », Damien Ribeiro, Le Rouergue, 240 pages, 21,50 €