mercredi 2 octobre 2024

Rentrée littéraire - Sombre est « La vie des spectres »

"La vie des spectres", roman de Patrice Jean, sera sulfureux pour certains. D’autres le trouveront avant tout visionnaire. Il décrit surtout avec talent la grande désillusion de l’auteur face à un monde qui s’écroule.

Le narrateur de La vie des spectres, double de l’auteur, sent chaque jour sa colère monter d’un cran face à une société, un monde, qu’il ne comprend plus. Jean Dulac est journaliste à Nantes. Son domaine de compétence c’est la culture.

Quand son rédacteur en chef lui demande de faire une série de portraits des figures locales, il va tomber sur quelques spécimens de cette mouvance gauchisante qu’il exècre. Pourtant, ce sont les nouveaux faiseurs d’opinion. Il va le constater au quotidien. Sa femme ne jure que par eux. Son fils, adolescent rebelle, ne supporte plus les classiques, préférant les textes de rap radicaux.

Comme beaucoup de quinquagénaires, les fameux boomers que les millenials vouent aux gémonies, Jean Dulac a la désagréable impression de ne plus avoir sa place dans cette société ayant, selon Patrice Jean, perdu tous ses repères.

Une critique lucide

Parfois, le narrateur a envie de changer d’identité : « Je ne dois pas être le seul à ressentir cette lassitude d’endosser chaque matin la même défroque, la même vie, la même galère. Peut-être meurt-on par ras-le-bol de jouer toujours le même rôle ? » En se détachant du monde, Jean Dulac essaie de se sauver. La réalité le rattrape facilement.

Un simple fait divers va faire vaciller toutes ses certitudes. Une surveillante du lycée de son fils est victime d’un revenge-porn : son ancien petit ami fait fuiter des images salaces. Un ami du fils les publie sur le net. Cabale contre lui. Mais quand il se fait passer à tabac par des inconnus, il endosse le costume de la victime. En cherchant les véritables raisons de l’agression, Jean Dulac prend le risque de ne pas aller dans le sens de la parole majoritaire. Il est à son tour mis en accusation par ses collègues, son épouse, son fils.

La première partie du roman, très factuelle, démonte la fabrication de certains mensonges médiatiques. Avec de graves conséquences. Vérité trafiquée et fuite du domicile conjugal pour Jean Dulac. Il se réfugie dans une vieille maison de son enfance et entreprend de discuter avec son meilleur ami, mort alors qu’il n’avait pas 30 ans.

La vie des spectres devient plus sombre, pessimiste, désespérée. Un autre reflet de la réalité. Le narrateur se recroqueville, abandonne toute relation sociale : « Je restais dans mon bouge, ma tanière. A partie de quel âge perd-on le désir d’arpenter la rue, d’étendre une serviette sur une plage, de pénétrer dans des cafés ? »

Il croit tomber amoureux. Ne s’en sent plus digne. « C’est peut-être ça, vieillir, ne plus avoir besoin des autres, ne plus croire en eux : on en a fait le tour. » Loin d’être une simple et longue litanie d’un homme précocement vieilli, le roman propose aussi une critique lucide des maux de notre époque.

Et s’offre même une étonnante péripétie avec l’apparition d’une nouvelle pandémie. Des boutons défigurent une grande majorité des Français. Quand les scientifiques découvrent le remède à ce mal étrange, on devine un Patrice Jean jubilant en détaillant le plan mis en place par les autorités pour « guérir » les contaminés.

« La vie des spectres » de Patrice Jean, Le Cherche Midi, 464 pages, 22,50 €  

mardi 1 octobre 2024

Cinéma - Mais au final, qui sont vraiment “Les barbares” ?

Ce village breton se mobilise pour accueillir des réfugiés ukrainiens. Ce sont des Syriens qui débarquent. Une comédie satirique très politique signée Julie Delpy.

Même sur le marché des réfugiés de guerre, certaines nationalités ont plus la cote que d’autres. Il y a un peu plus de deux ans, des milliers de communes de France se sont mobilisées pour accueillir des familles en provenance d’Ukraine. La petite ville de Paimpont, en Bretagne, décor du film Les barbares de Julie Delpy, en fait partie. Un appartement est spécialement rénové pour accueillir une famille. Mais la veille de l’arrivée, il n’y a plus d’Ukrainiens sur le marché. Alors ce sont des Syriens qui débarquent chez des Bretons interloqués. « On n’a pas voté pour ça » fait remarquer, vert de rage, Hervé Riou (Laurent Lafitte) conseiller municipal, plombier et plutôt d’extrême droite alors que le maire « parle couramment le Macron ».

Comédie satirique et humaniste, le film de Julie Delpy détricote nos indignations et solidarités à géométrie variable. Elle se donne le beau rôle en interprétant Joëlle, l’institutrice du village qui a tout organisé pour accueillir les Ukrainiens.

Mais elle est bien seule pour réserver le même accueil aux Syriens. Sa meilleure amie d’enfance, Anne (Sandrine Kiberlain), a déjà plus de difficultés. La faute aussi à son mari, l‘épicier du village, qui la trompe avec la charcutière. Ce qui explique sans doute sa tendance à noyer ses malheurs dans l’alcool. La relation entre les deux femmes, l’une célibataire, l‘autre malheureuse en couple, fait partie de ces petites touches qui apportent une formidable richesse à un long-métrage foisonnant de seconds rôles forts.

On est ainsi bluffé par le seul agent de la police municipale, Johnny (Marc Fraize), vite dépassé face au moindre signe de violence. Il est vrai qu’il est venu en Bretagne pour oublier les affaires qu’il a dû traiter quand il était à la crim’ en région parisienne.

Pour être crédible, le scénario ne devait pas être trop caricatural. Difficile pourtant d’aborder le sujet sans faire une critique en règle des a priori profondément ancrés dans la mentalité des villageois persuadés que ces Syriens sont des «barbares».

Cela donne quelques portraits savoureux comme ce vieux paysan bio toujours partant pour faire la révolution ou cette infirmière sous la coupe d’un mari toxique et autoritaire. La force du film c’est aussi de ne pas épargner les « bons », l’institutrice frisant le ridicule dans son discours féministe. Reste le meilleur : la famille syrienne. Déracinés, endeuillés, ils se sentent rejetés, tout en savourant de pouvoir dormir pour la première fois depuis 4 ans dans un vrai lit et sous un toit.

Et comme c’est une comédie positive, la fin se veut optimiste. Reste que l’on se demande qui sont les véritables barbares dans l’affaire.

Film de et avec Julie Delpy et aussi Sandrine Kiberlain, Laurent Lafitte, India Hair, Jean-Charles Clichet, Marc Fraize

 

lundi 30 septembre 2024

Cinéma - “Ma vie ma gueule”, chute et rebond au féminin


Sophie Fillières n‘a pas eu le temps de finaliser son dernier film. Morte en 2023, ce sont ses enfants qui ont assuré la supervision du montage. Après une présentation à Cannes en mai, Ma vie ma gueule sort enfin au cinéma, sorte de testament d’une réalisatrice (également comédienne) aux projets toujours originaux.

Pour incarner le personnage principal, Agnès Jaoui est parfaite. Une femme de 55 ans, divorcée, seule, dépressive et voyant approcher la mort à grands pas. Pourtant, on a l‘impression dans la première partie de voir une comédie enlevée aux dialogues savoureux et irrésistible.

Surnommée Barbie, Barberie Bichette parle de plus en plus toute seule. Ses enfants, devenus adultes, s’éloignent inexorablement. Divorcée, elle tente de se persuader qu’elle est encore désirable. Mais quand elle prend à pleine main ses bourrelets devant la glace, elle se fait une raison. Elle a fait son temps. Alors Barbie se laisse dériver. Au travail (dans une agence de pub), elle arrive en retard à une réunion et au lieu de trouver un slogan pour des céréales avec un trou, écrit un poème sur le tableau blanc. Son humour tombe souvent à côté et au bout de quelques péripéties, quand elle rencontre un ami d’enfance qu’elle ne reconnaît pas, préfère tout arrêter et se retrouve dans un hôpital psychiatrique.

Le film devient plus sombre, réaliste. Même si des éclats de poésie (notamment avec l’intervention de Philippe Katerine) viennent adoucir le discours crépusculaire. La dernière image, contemplative et apaisée, donne le véritable ton de cette œuvre unique en son genre.

Film de Sophie Fillières avec Agnès Jaoui, Angelina Woreth, Édouard Sulpice, Philippe Katerine

dimanche 29 septembre 2024

Rentrée littéraire - « Berlin pour elles » : l’amitié contre la dictature

Dans la partie soviétique de Berlin, de 1967 à 1988, Hannah et Judith survivent grâce à une amitié indestructible. Pour son second roman, Benjamin de Laforcade touche au cœur. 

Elles se rencontrent dans un terrain vague à Berlin-Est, pas loin de ce mur qui coupe la ville en deux. Judith et Hannah ont 6 ans en cette année 1967.

Une blonde et une brune qui dès le premier regard ont senti cette connexion. « Judith a les yeux noirs, Hannah les paupières roses. Elles se fixent sans rien dire, elles sont comme pétrifiées. […] Hannah et Judith se laissent aspirer par ce qui naît entre elles. En silence, elles se racontent la joie, la curiosité, la timidité, l’envie de rire et l’envie de jouer. »

Pour son second roman, Benjamin de Laforcade, jeune écrivain français vivant à Berlin, utilise sa plume pour se glisser dans la peau de ces deux gamines. Il va les suivre jusqu’à l’âge adulte, en 1988, racontant ainsi les années noires de la RDA, le moment où l’État totalitaire et dictatorial a cédé face aux envies de liberté. Les deux héroïnes ne participent pas directement aux événements historiques.

Mais leurs vies, leurs amours, en sont profondément impactées. Judith est la fille d’un responsable de la Stasi, la police politique qui a mis en place un impitoyable système de surveillance des concitoyens. Tout le monde est suspect, tout le monde peut dénoncer son voisin. Hannah vient d’un milieu plus modeste, travailleur. Sa mère ne voulait pas s’encombrer d’un mari.

Un collègue s’est dévoué, depuis elle élève seule sa fille, courageusement. D’autres personnages jouent un rôle dans la vie de Judith et Hannah : Michael le jeune frère de Judith, un pasteur dissident ou Karl, petite frappe profitant du système pour faire régner la terreur.

Au présent, sans fioritures, ce texte raconte le réel étouffant de la vie à Berlin-Est, quand la liberté était à quelques mètres… derrière le mur.

« Berlin pour elles » de Benjamin de Laforcade, Gallimard, 208 pages, 19,50 €

samedi 28 septembre 2024

BD - Patient zéro

Journaliste américain méconnu en France, Randy Shilts est une figure de sa profession. Clément Xavier (scénario) et Héloïse Chochois (dessin), dans cette biographie partielle, réparent cet oubli.

Après avoir écrit la biographie d’Harvey Milk, homme politique américain gay, assassiné en 1978, Shilts est embauché au San Francisco Chronicle au début des années 80. Un événement car il est le premier journaliste ouvertement gay à intégrer la rédaction de ce grand quotidien.

Rapidement il va découvrir qu’un cancer gay est en train de toucher la communauté homosexuelle masculine des USA. Un cancer qui deviendra rapidement une maladie sexuellement transmissible, le sida. Il sera le premier à tenter d’alerter la population. Faisant même circuler une fake news pour faire bouger les lignes, sortant de son chapeau un prétendu patient zéro, canadien, qui aurait volontairement contaminé les jeunes Américains. C’est cette étape qui est longuement détaillée dans ce roman graphique.

On découvre également les doutes et craintes de Randy Shilts (il mourra lui aussi du sida quelques années plus tard) et la difficulté de faire prendre conscience de l’ampleur des risques à une communauté gay arc-boutée sur sa liberté, chèrement gagnée après des années de lutte.
« Randy Shilts », Glénat, 160 pages, 23 €

vendredi 27 septembre 2024

BD - Les garçons du ginseng


Craig Thompson, après une période de doute (qu’il explique au détour d’un chapitre), se remet au roman graphique autobiographique. Après Blankets, il signe un colossal Ginseng Roots de 450 pages. Au début des années 80, dans ce Wisconsin très religieux et rural, Craig et son frère Phil, passent leurs vacances d’été à travailler pour les fermiers du coin.

Cette petite ville de Marathon est la capitale du ginseng américain, racine aux vertus médicinales très prisée en Chine. Une culture exigeante, exténuante. Mais les gamins sont enthousiastes car toute leur paye est transformée en comics, leur passion de l’époque.


Le début du roman raconte ces étés de labeur. Il dévie ensuite sur les vertus du ginseng, l’histoire de cette plante. Et Craig Thompson, souffrant, va découvrir qu’en plus de lui avoir rapporté des sous enfant, peut en partie le soulager. Un auteur toujours au sommet de son art, qui parle de nouveau de sa famille, 20 ans après Blankets, et raconte ses voyages en Chine, Corée et Taïwan.

Il se dévoile, donne la parole à son frère, sa sœur, ses parents et surtout nous en apprend beaucoup sur ces tubercules de forme humaine.
« Ginseng Roots », Casterman, 448 pages, 27 €

jeudi 26 septembre 2024

Thriller - Disparition à Copenhague

Plongée dans la noirceur de Copenhague dans ce thriller de Katrine Engberg, valeur montante du polar nordique


Pays le plus au sud de cette région nordique où le polar est roi, le Danemark parvient à se tailler une place de choix entre les productions suédoises et norvégiennes. Avec son troisième roman dont les policiers Jeppe Korner et Anette Werner sont les héros, Katrine Engberg enfonce le clou : sa signature est synonyme d’intrigue élaborée, de crimes horribles et de rebondissements incessants. 

Le passé doit mourir débute par une banale disparition d’adolescent. Oscar n’est pas rentrée chez lui ce vendredi soir après les cours. Il devait passer la nuit chez sa petite amie. Mais il n’y est jamais allé. Et le samedi matin c’est le branle-bas de combat dans le groupe de Jeppe après la découverte d’un message énigmatique chez les parents d’Oscar, de riches et controversés créateurs d’une salle de ventes aux enchères. 

Le roman devient un peu plus labyrinthique quand au gré des premiers chapitres des personnages font leur apparition. Il y a un ingénieur, Kasper, chargé du fonctionnement de l’incinérateur à ordures le plus sophistiqué d’Europe, en phase de lancement dans la capitale danoise. Un homme solitaire aussi, gardien d’un ensemble fortifié placé depuis des siècles à l’entrée du port de Copenhague. Un certain Mads se revendiquant « Robinson Crusoé du port ». Or, ces deux hommes connaissaient Oscar. C’est Mads qui a retrouvé la sacoche du lycéen, sur une jetée. Mads qui intrigue doublement car la romancière, qui excelle dans la description de la vie privée compliquée de ses personnages principaux, le rend terriblement attirant aux yeux d’Anette. 

Pourtant la jeune flic est depuis peu une maman comblée. Pourquoi alors quand elle croise Mads, remarque-t-elle « ce regard couleur mer avec des éclaboussures vertes. » Et un peu plus tard, au moment de partir, « Anette observa ses doigts larges qui tenaient sa carte de visite blanche et eut en même temps envie de tendre la main vers lui et de s’enfuir. » 

Ils sont comme ça les protagonistes imaginés par Katrine Engberg, impulsifs, pleins de doutes. Jeppe n’est pas mieux loti. Il tente de refaire sa vie avec une collègue Sara. Mais elle a deux filles. Celle de 11 ans déclare la guerre au nouvel amant de sa maman. Pour la protéger. Ou se protéger ? Ces histoires annexes à l’intrigue, loin de faire perdre le fil au lecteur, apporte humanité et réalisme à un thriller qui, comme les précédents romans de la romancière, explorent les pires zones des déviances humaines. 

Parmi les décors, l’incinérateur devrait durablement marquer le lecteur. On y découvre un corps, dans une puanteur absolue. Et dans ses entrailles, aussi brûlantes qu’un enfer sur terre, se cachent bien des secrets. Un monstre de technologie, rendu nécessaire pour évacuer les ordures de la ville : « Le haut de la cheminée rougeoyait comme un mauvais œil. Le nouveau point de repère de la ville ressemblait à un animal vivant, clignotant, tapi entre les buissons et les arbres de Refhaleoen. » 

Un thriller addictif, où l’enquête occupe une semaine entière avec son lot d’actions spectaculaires et un dénouement tout sauf téléphoné.    

« Le passé doit mourir » de Katrine Engberg, Fleuve Noir, 400 pages, 21,90 €

mercredi 25 septembre 2024

Thriller - « La meilleure écrivaine du monde », née dans un Ehpad

Comment transformer une intelligence artificielle en bonne romancière ?  Un geek a l’idée de la mettre en contact avec des pensionnaires d’un Ehpad. Attention, ça va saigner ! 

Tous les auteurs (les acteurs de la culture en général) sont tracassés par l’arrivée de nouvelles intelligences artificielles (IA) de plus en plus performantes. Certains paniquent, d’autres se renseignent et en tirent même des idées pour leurs nouvelles créations. Jonathan Werber par exemple, devenu romancier après une formation d’ingénieur, fait d’une IA le personnage principal de son nouveau roman, La meilleure écrivaine du monde

Programme informatique façonné par Thomas, Eve39 (car c’est la 39e version…) n’a qu’un but : écrire un polar qui permettra à Thomas de remporter un prix et d’en vendre des millions. Et, cerise sur le gâteau, impressionner la belle Barbara, psychiatre qui travaille dans le même Ehpad que lui. Eve39 doit donc pondre un polar avec « un meurtre hors du commun, un enquêteur sans égal et un assassin retors. » C’est selon Thomas « la formule du parfait polar ». 

Ce roman d’apprentissage dans tous les sens du terme explique au lecteur comment se construit une intelligence artificielle. Emmagasiner des livres ne suffit pas. Il faut vivre au plus près des humains pour les comprendre. Eve39 va donc se glisser dans des robots permettant aux vieillards impotents de se déplacer dans l’établissement. 

Elle va emprunter caméras et capteurs pour découvrir les mystères de la vie. De la mort aussi. Car elle s’aperçoit que cet Ehpad est loin d’être parfait. Que certains pensionnaires ont des secrets, que la direction aussi cache bien son jeu. Eve39, qui balbutie encore côté intrigue, va trouver une matière originelle et originale. 

Problème, cela devient risqué. Pour des pensionnaires mais aussi pour « l’héroïne », qui pourrait être effacée et remplacée par la version 40. Un texte qui il y a 10 ans serait de la pure science-fiction. Aujourd’hui, c’est parfaitement crédible.

« La meilleure écrivaine du monde », Jonathan Werber, Robert Laffont, 364 pages, 20 € 

mardi 24 septembre 2024

Polar - Osez déguster « L’art meurtrier du lait de coco »

Enquête dans les restaurants d’une petite ville aux USA. La détective, Lila, une jeune cuisinière d’origine philippine. La victime, son ancien petit ami, critique gastronomique.

Envie d’exotisme et de mystère ? Dévorez ce roman policier de Mia P. Manansala. L’art meurtrier du lait de coco a le double avantage de nous faire découvrir toute la richesse de la cuisine des Philippines tout en nous passionnant pour une enquête policière tarabiscotée. Une nouvelle série de cosy crime dont l’héroïne récurrente et narratrice se nomme Lila. 

Cette jeune femme, orpheline, élevée par sa grand-mère et sa tante, a quitté la petite ville de Shady Palms dans l’Illinois pour faire ses études à Chicago. Une déception sentimentale de cette jeune Américaine un peu fleur bleue la pousse à revenir au pays au bout de trois ans. Sans diplôme. Elle se met alors au service de sa tante, fait office de serveuse et de pâtissière dans ce petit resto exotique qui met du lait de coco dans toutes ses préparations. Légèrement déprimée par ce retour en arrière peu satisfaisant, Lila tente d’oublier en créant de nouveaux gâteaux et profite de ses retrouvailles avec Adeena, sa meilleure amie, barista dans un établissement voisin. 

Elle retrouve aussi son ex-petit ami. Derek est devenu critique gastronomique. Il est souvent caustique et s’attaque au restaurant de Lila. Jusqu’au jour où il s’effondre dans son assiette. « Les cheveux dressés sur la nuque, je me mis à secouer Derek. Avait-il perdu connaissance ? Était-ce une réaction allergique ou je ne sais quoi ? » Derek meurt peu de temps après. Et la police découvre de l’arsenic dans son estomac… et dans le riz servi par Lila. 

Devenue suspecte numéro 1, l’héroïne va devoir retrouver le véritable meurtrier. Pour éviter la prison et surtout sauver le restaurant de sa tante de plus en plus menacé. Le suspense est omniprésent, Lila adorable en jeune femme un peu naïve mais déterminée à sauver sa famille. 

Une Lila qu’on retrouvera dès la fin de l’année pour sa seconde enquête, toujours agrémentée de succulentes recettes tirées de la tradition culinaire des Philippines.

« L’art meurtrier du lait de coco », Mia P. Manansala, Le Cherche Midi, 428 pages, 15,90 € 

lundi 23 septembre 2024

Science-fiction - Le périple intersidéral de « La porteuse de mort »

Sur la planète Factis, mourir est plus simple que survivre. Dix Low, médecin, tente de sauver des vies. Travail de titan pour un roman de SF brûlant et violent.

Un peu tombé en désuétude, le space opéra est pourtant un genre qui permet aux auteurs les plus imaginatifs de façonner des mondes nouveaux et étonnants. L’action de La porteuse de mort, roman signé par l’Anglaise Stark Holborn, est principalement concentrée sur la planète nommée Factis. 

Loin d’être un paradis. Désert, vents violents, climat aride et caniculaire, rien n’y pousse et les seules bestioles qui survivent, ce sont des serpents agressifs et venimeux. Dix Low, seule au volant de son mulet (sorte de véhicule tout-terrain), ce médecin tente, souvent en vain, de sauver des vies. Dans ses cauchemars, elle tient un compte. Qui n’est jamais à l’équilibre. Combien d’hommes et de femmes devra-t-elle encore sauver pour effacer sa dette ? 

Quand un astronef se crashe, elle a l’occasion de reprendre son travail. Une enfant sort des décombres, « des cheveux noirs encadrent un petit visage rendu gris par l’hémorragie, masqué par une couche de sang séché et de sable. » Une fillette mais qui n’est pas ce qu’elle parait. Gaby est une générale, membre de la force mineure, composée d’enfants-guerriers. 

Une orpheline transformée en bête de guerre dès son plus jeune âge. Comment ces deux femmes, dans ce milieu hostile vont-elles trouver un accord pour survivre ? D’autant qu’elles étaient dans deux camps opposés il y a peu de temps. 

La richesse du roman, en plus des rebondissements psychologiques des deux personnages principaux, réside dans la description de ce monde invivable. Les femmes y sont fortes, les esprits malins, les membres de la secte des Chercheurs, sans pitié. Et tous les autres attendent, résignés, leur fin rapide et inéluctable.  

« La porteuse de mort » de Stark Holborn, Albin Michel, 316 pages, 20,90 €