« Mais pourquoi sont-ils si méchants ? » Les enfants, en entendant pour la première fois les contes, vous posent parfois la question. Cet album écrit par Sébastien Pérez et illustré de dessins pleine page de Benjamin Lacombe, offre des explications. Dracula, par exemple, a découvert son attirance du sang en constatant que c’est moins fade que le lait de ses nourrices.
Baba Yaga a longtemps souffert de la faim jusqu’à sa rencontre avec un enfant dans la forêt. De même, le Croquemitaine ne digère que les enfants qui ont un goût particulier : celui de la désobéissance. Avec parfois des histoires qui justifient leur méchanceté, comme cette vengeance qui anime Shere Khan, le petit tigre orphelin du Livre de la Jungle.
« L’enfance des méchants des vilaines et des affreux », Margot, 19,90 €
Tolkien rejoint la collection Pocket Imaginaire en version collector avec la parution simultanée de deux de ses textes emblématiques. Le plus connu, Le Hobbit, nous permet de redécouvrir les aventures de Bilbo, hobbit paisible et sans histoire mais au grand destin après sa rencontre avec Gandalf le magicien. Autre titre proposé sous une couverture stylisée au titre doré tel de l’or fin, Le Silmarillion. On retrouve dans cette nouvelle traduction de Daniel Lauzon plusieurs récits allant des jours anciens de la Terre du Milieu à la fin de la guerre de l’Anneau en passant par le second âge et la montée en puissance de Sauron. Des classiques à glisser dans des emballages cadeaux sans le moindre doute.
« Le Hobbit » et « Le Silmarillion » de J.R.R. Tolkien, Pocket, 9,90 et 11 €
Quand un concept fonctionne, pourquoi ne pas le réutiliser sur une nouvelle variation ? Interrogation légitime qui a poussé David Sundin, écrivain, comédien et présentateur de télévision suédois, à proposer une troisième suite à son Livre qui ne voulait pas être lu. Un adulte tente de lire une histoire à son enfant le soir avant de s’endormir.
Mais le bouquin fait tout pour ne pas être lu. Lettres à l’envers, flou impétueux, poids excessif, inversion de lettres, décharges électriques : on rit de bon cœur aux tours pendables joués par ce terrible livre. L’enfant aussi, le parent un peu moins.
Une histoire toute simple, où l’interprétation devra être au niveau des trouvailles du livre qui ne voulait pas être lu.
« Le livre qui ne voulait vraiment mais alors vraiment pas être lu », David Sundin, Robert Lafont, 15,90 €
On en trouve parfois sur les vide-greniers ou chez les bouquinistes de ces exemplaires de la Série Noire des années 50 à 70, quand les bouquins étaient au format poche. Des classiques de nos jours, dont trois premiers titres viennent d’être réédités dans une présentation très fidèle à l’origine et à un prix abordable.
Un Joseph Bialot de 1978 avec une préface de Tonino Benacquista et deux Raymond Chandler (avec de nouvelles traductions) datant des années 40 et 60. Bref, du roman policier comme on n’en fait plus mais qui a baigné l’imagination de tous les auteurs de la fin du XXe siècle et même du début de ce XXIe.
Collection Série Noire Classique, « Le grand sommeil » et « La dame du lac », Raymond Chandler, 14 €, « Le salon du prêt-à-saigner », Joseph Bialot, 12 €
La reconstitution des derniers mois de la présence de la famille d’Alexandre Arcady à Alger, peu avant l’indépendance, raconte avec nostalgie le drame de tous les pieds-Noirs, notamment de la communauté juive.
Quand il reparle de l’immeuble de la rue du Lézard au cœur de la Casbah d’Alger, on sent une pointe d’émotion dans la voix d’Alexandre Arcady. Malgré le livre et le film, Le petit blond de la Casbah, qui raconte comment sa famille a fui face à la pression des attentats, une partie du gamin est restée dans l’appartement et les parties communes de ce bâtiment accueillant plusieurs familles de différentes origines. « Au 7 rue du Lézard, c’était la convivialité absolue, explique-t-il. Les portes étaient toujours ouvertes, on n’avait pas besoin d’invitation pour aller chez les uns ou chez les autres. Et les fêtes religieuses étaient les fêtes pour tout le monde. Mais ce n’était pas idyllique pour autant. Les communautés étaient cloisonnées, même si tous parlaient la même langue, l’arabe. »
Une entente cordiale racontée dans un film touchant, sensible et bourré de nostalgie. Antoine (Léo Campion), découvre le cinéma et décide à 10 ans qu’il en fera son métier. Il vit avec sa mère (Marie Gillain), sensible, attentive, parfois un peu trop protectrice, son père (Christian Berkel), ancien légionnaire, droit, rigide, désargenté et ses quatre frères. Il croise au quotidien Nicole (Iman Perez), jeune Algérienne adoptée par une cartomancienne, ses oncles et tantes plus ou moins fortunés et honnêtes (Pascal Elbé, Dany Brillant, Judith El Zein) et sa grand-mère Lisa, la mémoire algérienne de la famille, de l’immeuble, interprétée par un incroyable Jean Benguigui qui n’en est pas à son coup d’essai. Alexandre Arcady a pensé à lui en se souvenant d’un spectacle où il endossait les habits de sa mère et sa grand-mère pour raconter, déjà, l’Algérie d’antan.
Mais le véritable personnage principal du film reste la ville d’Alger. Reconstituée à l’identique des années 60, puis au début des années 2000, quand Alexandre Arcady est retourné de l’autre côté de la Grande Bleue pour présenter son film Là-bas mon pays, la ville bouillonne, resplendit, lumineuse et ensoleillée, culturelle et animée.
C’est ce Paradis perdu qu’Alexandre Arcady a voulu retrouver et offrir aux autres rapatriés, déracinés souvent inconsolables, en le reconstituant sur pellicule. Une nostalgie enfantine qui fait fi des décennies et de cette frontière de plus en plus infranchissable qu’est la Méditerranée.
Film d’Alexandre Arcady avec Léo Campion, Marie Gillain, Christian Berkel, Patrick Mille, Dany Brillant, Pascal Elbé, Jean Benguigui, Iman Perez
La BD de Matz et Jacamon est un des best-sellers de ces 20 dernières années. Logique donc que Le Tueur (chez Casterman) devienne un film au cinéma. Repérée par David Fincher, la série est sortie le week-end dernier en format long-métrage. Mais pas au cinéma. Directement sur Netflix, producteur et diffuseur.
Dommage car les péripéties de ce tueur à gage méthodique, interprété par Michael Fassbender, méritent le très grand écran. Mise en scène léchée, décors variés (Paris, Floride, République dominicaine), casting relevé (Tilda Swinton en « méchante » absolue) ; on apprécie surtout la fidélité à l’excellente BD, notamment dans la première partie, lors de l’attente, quand le Tueur développe en voix off sa philosophie de la vie. Enfin, surtout de la mort des autres…
Le duo Crisse - Paty se reforme et part explorer d'autres rivages. Après la verte Irlande, ils installent l'action de leur nouvel album, Uluru, dans l'Australie de la fin du XIXe siècle.
Un grand voilier, en provenance d'Angleterre, est pris dans une tempête au large des côtes australiennes. Le jeune propriétaire de quatre chiens, un couple et leurs deux chiots, préfère les sauver en les mettant dans une barrique qui dérive jusqu'au rivage. Les animaux se retrouvent seul dans ce monde inconnu et vont partir à la recherche de leur petit maître. Une aventure animalière, les canidés croisant des dingos, des kangourous, varans et autres animaux étranges et exotiques. Surtout, ils vont aussi découvrir le monde des rêves, celui qui donne cette spiritualité unique aux Aborigènes.
Sous couvert de saga, les deux auteurs sensibilisent les lecteurs à l'importance du monde des songes. Les dessins de Paty donnent une clarté et une beauté uniques à cet album très original dans la production habituelle.
Le nouveau film de Robert Guédiguian parle de misère sociale à Marseille, d’hôpitaux débordés, d’immeubles vétustes qui s’écroulent, de guerre en Arménie… Et pourtant, le titre transpire l’optimisme : Et la fête continue ! Explications du scénariste et réalisateur dans ses notes d’intention : « Le titre a existé tout de suite. Nous avions pris la décision irrévocable de faire un film qui se terminerait bien. » Un parti pris assumé avec un final digne d’une love story, avec belles promesses de partages et de découvertes. Mais ne vous effrayez pas, le réalisateur qui a fait de Marseille et de l’Arménie son terrain de prédilection ne s’est pas reconverti dans les sirupeux téléfilms de Noël. Au contraire, cette opposition permet de mieux faire ressentir la force de la mobilisation populaire après le drame du 5 novembre 2018.
Le film débute par les images des journaux télévisés montrant cette montagne de gravats. Deux immeubles vétustes viennent de s’écrouler, 8 personnes sont retrouvées mortes. Dans un grand méli-mélo de ses sujets d’inspiration, Robert Guédiguian filme la mobilisation des habitants du quartier, menée par Alice (Lola Naymark). Une intermittente du spectacle qui est amoureuse de Sarkis (Robinson Stévenin), patron d’un bar arménien et fils de Rosa (Ariane Ascaride), infirmière à l’hôpital, engagée à gauche avec les écolos et candidate aux municipales.
Des vies de lutte (contre l’insalubrité, le génocide arménien, l’abandon du secteur de la santé) qui n’empêchent pas l’amour de tout bousculer. Notamment quand Henri, le père d’Alice (Jean-Pierre Darroussin), jeune retraité, s’invite dans la vie de Rosa, veuve depuis trop longtemps. Un film revigorant, qui redonne foi en l’avenir, fait passer des messages avec intelligence et se termine bien dans cette ville de Marseille filmée avec amour.
Film de Robert Guédiguian avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Lola Naymark
Saluons enfin un dernier grand ancien de retour dans les bacs des librairies. Pas un héros, mais un auteur : Hermann. Celui que la profession surnomme « le sanglier des Ardennes » ne veut pas s’arrêter. A plus de 80 ans, il continue à donner vie à ses personnages préférés.
Lancé il y a plus de 40 ans sur les routes d’un monde postapocalyptique, Jeremiah a toujours été flanqué d’un compagnon électron libre : Kurdy. Ce dernier est omniprésent dans Ce qui manque. Et le manque, c’est justement Jeremiah. Kurdy, ivre, drogué, va dériver dans un monde brumeux et violent à la recherche de son ami disparu dans l’album précédent.
Le scénario, assez abscons, est plus une variation sur la survie en temps de crise qu’une aventure logique et censée. Kurdy est dans le brouillard. Avouons-le, le lecteur aussi parfois. Reste les dessins de Hermann et surtout son utilisation de la couleur directe.
Si Gaston a longtemps été un pilier des éditions Dupuis et du journal Spirou, Alix en a été de même pour les éditions Casterman et le journal Tintin. Mais pour le jeune Gaulois imaginé par Jacques Martin en 1948, pas d’éclipse. C’est de son vivant que le dessinateur a choisi ses repreneurs. Et cela continue avec plusieurs équipes pour animer cette BD historique passionnante.
Dans ce 42e titre de la série, on retrouve au scénario Roger Seiter et au dessin Marc Jailloux. Une aventure entre Égypte et Grèce. Alix quitte Alexandrie pour Rome. Mais en chemin, sur cette Méditerranée déjà très fréquentée, il est chargé par César d’une mission en Grèce. Il doit retrouver les vestiges d’Achille et tenter de juguler une révolte des provinces grecques contre l’empire romain. Beaucoup de mythologie dans ce récit, et d’ennemis pour Alix qui doit affronter les troupes de Pompée mais aussi l’avide Arbacès et les gardiens de la sépulture du célèbre Grec.
Comme toujours, un album d’Alix permet au lecteur d’en apprendre un peu sur l’histoire de Rome ou de la région. La reconstitution des décors, costumes et coutumes est toujours aussi minutieuse et les dessins de Jailloux dans la droite lignée de Jacques Martin quand il était au sommet de son art.