mercredi 15 décembre 2021

DVD - « Titane » vaut de l’or


Le second film de Julia Ducournau, « Titane », est revenu de Cannes avec la Palme d’Or. Certes cette variation sur la maternité est brillante et dérangeante, mais on est quand même loin du chef-d’œuvre qui restera dans les annales du cinéma mondial. Reste que « Titane » qui sort chez Diaphana Vidéo, avec ses scènes fortes et parfaitement maîtrisées, reste longtemps dans notre mémoire. 

Victime d’un accident de la route, une fillette est rafistolée avec une plaque de titane dans la tête. Devenue adulte, son rapport avec les voitures, symboles absolus de la virilité, n’est pas allé en s’arrangeant. Elle est danseuse topless dans des exhibitions de belles mécaniques. Et le soir, elle fait l’amour avec ces monstres vrombissants. La suite est plus étonnante, entre fantastique et apologie de l’esthétique « pompiers ». La prestation d’Agathe Rousselle, très physique, apporte beaucoup à l’ensemble.

mardi 14 décembre 2021

BD - La vie de Nobel


Chaque année, les lauréats des prix Nobel sont richement dotés, grâce à la fortune d’Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite


Cette biographie, très détaillée, écrite par Christine Oberlinkels et dessinée par Lukino, raconte pourquoi ce chimiste de génie a décidé, au final, de consacrer toute sa fortune à récompenser ceux qui font progresser la paix dans le monde. 

Derrière cette idée merveilleuse se trouve une femme, Bertha von Suttner, dont il était amoureux. Un dossier pédagogique termine l’album avec un chapitre sur l’explosion de l’usine de Paulilles, en 1882.

« Alfred Nobel, le prix de la paix », Dunod Graphic, 18,90 €

Livre de témoignages - Écoutez ces femmes


Longtemps, les femmes n’ont pas eu le droit à la parole dans nos sociétés. Depuis quelques siècles elles sont plusieurs à avoir osé dire tout haut ce qu’elles pensaient. Anna Russel, journaliste américaine, a sélectionné plusieurs discours de ces femmes « dont les discours résonnent » encore de nos jours. 

Il y a beaucoup de féministes en provenance des USA mais aussi quelques personnalités françaises comme Marie Curie ou Gisèle Halimi mais surtout Simone Veil dont le discours sur la loi sur l’avortement à l’assemblée nationale en 1974 est en partie repris.

« À voix haute ! », Hugo Images, 21,95 €

lundi 13 décembre 2021

BD - Le dilemme d’une mère


Desberg a écrit des centaines de scénario, mais jamais il n’a osé, à ce point, se livrer dans Aimer pour deux, roman graphique dessiné par Emilio van der Zuiten. Monique à 20 ans quand elle arrive à Paris occupé par les Allemands. Elle va découvrir les joies de la vie. 


Et tomber enceinte de Nicole, une petite fille qui hypothèque tous ses espoirs. Monique, c’est la mère de Desberg, Nicole, sa demi-sœur. Sur cette histoire familiale, le scénariste raconte Paris durant l’Occupation, l’ambiance des cabarets et la peur des uniformes nazis.   

« Aimer pour deux », Bamboo Grand Angle, 16,90 €

Beau livre - La géographie de Jane Austen


Romancière anglaise devenue culte au fil des siècles, Jane Austen personnifie une certaine Angleterre, immuable et sereine. Dans cet ouvrage richement illustré, les auteurs ont décidé de revisiter tous les lieux où se déroulent les intrigues de ses romans. 

Cette déambulation débute évidemment par Londres et ses environs comme le manoir de Dortney Court où a été tourné, en 2008, Raison et sentiments. On apprendra aussi au fil des pages tous les détails du rituel du tea time ainsi que les canons de la mode de l’époque géorgienne.

« Dans les pas de Jane », Les Presses de la Cité, 21 €

dimanche 12 décembre 2021

BD - Dernière cavalcade pour Cauvin et ses Tuniques Bleues


Ce 64e tome des aventures des Tuniques Bleus se termine, un peu, comme une aventure de Lucky Luke. Car c’est le dernier scénario de Cauvin (mort cette année) et peut-être le dernier de Lambil, remplacé avant l’heure par Munuera


Blutch est très en colère : les gradés ont donné à une autre compagnie son cheval, Arabesque. Il va donc partir à sa recherche en compagnie de son ennemi juré, Chesterfield qui, pour le coup, deviendra son meilleur ami. 

« Les Tuniques Bleues » (tome 64), Dupuis, 10,95 €

Beau livre - Clint, le géant


À 91 ans, il vient de sortir un nouveau film. Il le réalise mais interprète aussi le rôle principal. Clint Eastwood est devenu le dernier des géants d’Hollywood. Une carrière exceptionnelle retracée avec minutie et admiration par Guillaume Evin dans ce livre fourmillant d’illustrations, souvent devenues cultes. 

En couverture il a le poncho et le cigarillo qui l’a immortalisé dans les films de Sergio Leone, mais ensuite il a continué à jouer du flingue en devenant l’inspecteur Harry. Après une courte biographie assez fouillée cependant, tous ses films sont détaillés, du premier à Cry Macho, toujours à l’affiche.

« Clint Eastwood, le dernier des géants », Hugo Image, 24,95 € 

samedi 11 décembre 2021

BD - Adorables cambrioleurs


Pascal Rabaté revient avec bonheur à la bande dessinée dans ce roman graphique d’une incroyable beauté. En 1962, trois jeunes fils de notables, d’une ville côtière en Bretagne, croisent le chemin d’une jeune femme lumineuse. Odette, jolie, aguichante. Et surtout cambrioleuse professionnelle qui cherche des bras pour l’aider dans ses larcins. Elle va faire chanter le trio. 


Cette BD très politique sur les différences de classes sociales et l’envie de tout renverser, va dériver vers la belle histoire d’amour avant de presque finir tragiquement. Presque, car les cons et les bourgeois ne l’emportent jamais dans la France Rabaté. 

« Sous les galets la plage », Rue de Sèvres, 25 €

Beau livre - Soyez Carrément Méchant !


Ils nous manquent ces humoristes qui n’avaient pas de limites. Les Desproges, Jean Yanne et autres comiques qui signaient de fausses pubs dans Hara Kiri. Après le succès de Incorrect, l’an dernier, Le Cherche-Midi remet le couvert avec ce Carrément Méchant ! prouvant combien, dans le temps, on savait se moquer sans craindre offenser. Car ces humoristes partaient du principe que la dérision était la meilleure façon de reconnaître l’existence de certaines minorités. Le politiquement correct ne disait encore pas son nom, le wokisme une invention de pisse-froid en mal d’intégration dans la grande société si triste des bien-pensants. Cette irrévérence on la retrouve au détour de ces pages qui pour certaines ne pourraient plus paraître de nos jours. 

Après une préface de Richard Malka, plongez dans cette période bénie comprise entre 1960 et 1990, quand se moquer du petit Jésus n’était pas considéré comme un blasphème, quand les hommes politiques étaient passés à la moulinette par des humoristes d’une rare méchanceté, quand pauvres comme riches en prenaient plein les dents sans que des citoyens indignés ne lancent une pétition par l’intermédiaire de Facebook. Si cet esprit existait encore, les premières victimes auraient été ce candidat d’extrême droite qui révisionne l’histoire de France à tour de bras, ces prétendus « journalistes » se contentant de donner leur avis dans des émissions de débats ou ces féministes qui, en faisant pire que les machos dans leurs outrances, discréditent l’immense majorité des femmes.

Mais le livre va un peu plus loin que le simple humour destructeur. Il analyse aussi comment tout ce qui est méchant est finalement si sympathique pour le commun des mortels. Pourquoi le Joker, propulsé au rang de personnage principal, fait autant d’entrées que Batman. Pourquoi justement le candidat révisionniste, avec ses outrances et ses mensonges perpétuels reste aussi populaire auprès d’une population qu’il méprise ouvertement ? C’est la magie (ou la sorcellerie), des méchants.

« Carrément méchant ! », Le Cherche Midi, 35 €

vendredi 10 décembre 2021

Cinéma - « Tromperie » d’une muse trop inspirante

Du Philip Roth dans le texte, mais dit par Léa Seydoux et Denis Podalydès dans ce film très cérébral d’Arnaud Desplechin


Pionnier de l’autofiction, Philip Roth aime mêler sa vie à son œuvre. Ou baser une intrigue de fiction sur des personnages de ses connaissances. L’écrivain juif américain devient donc le personnage principal de Tromperie, film d’Arnaud Desplechin, tiré du roman du même nom sorti en 1990. Philip (Denis Podalydès), écrivain originaire de New York, vit en exil à Londres. Il quitte sa femme (Anouk Grinberg) tous les matins pour rejoindre un studio qui lui sert de bureau. Là, il écrit. Il passe surtout des heures en compagnie de sa maîtresse anglaise (Léa Seydoux). Ils font l’amour et parlent. Le film prend alors des airs de psychanalyse passionnelle entre une femme malheureuse et un romancier qui a besoin de se nourrir de la vie des autres pour en imaginer de nouvelles. En questionnant son amante sur son mari, si elle couche toujours avec lui, si son métier lui plaît, pourquoi elle vient tous les jours dans ce studio et au tres sujets divers et variés, le roman se façonne comme par enchantement.  

L’homme qui écoute les femmes 

 Voilà en fait comment Philip Roth, « l’écouteur » imagine ses romans. Au risque de blesser ces femmes qui ont jalonné les différentes périodes de sa vie. Rosalie (Emmanuelle Devos), une très ancienne amie, qui meurt d’un cancer dans un hôpital à New York, lui demande dans quel roman elle apparaît. Comme une évidence. Découpé en chapitres, ce film d’Arnaud Desplechin fait la part belle aux performances de comédiens. Denis Podalydès dans le rôle du romancier, clairvoyant mais plein de contradictions, transmet une puissance phénoménale quand il écoute sa maîtresse. Il fait passer dans son regard cet amour fou pour une femme dont il veut comprendre le fonctionnement, la passion, le désespoir. Léa Seydoux, lumineuse, d’une beauté incandescente dans les bras de son romancier qui sait si bien l’écouter, alterne moments de pur bonheur (quel sourire craquant), à des moments de tristesse infinie. Car Philip, tout en lui conseillant de divorcer, de quitter son mari qu’elle n’aime plus, ne peut rien lui offrir que ces moments de plaisirs charnels doublés de longues discussions. Un livre aussi, ce roman qui raconte leur relation et qui est parfaitement adapté par un Arnaud Desplechin visiblement grand amateur de l’écrivain.

➤Film d’Arnaud Desplechin avec Denis Podalydès, Léa Seydoux, Anouk Grinberg, Emmanuelle Devos.