jeudi 4 novembre 2021

BD - Hommage au far-west par les meilleurs dessinateurs du moment


Tiburce Oger ne cache pas sa fascination pour le western. Cet auteur complet de BD a voulu faire de la BD en lisant les titres phares du genre par Jijé, Giraud ou Blanc-Dumont. Il a donc imaginé une suite d’histoires courtes qu’il a confiées aux plus grands dessinateurs réalistes actuels.


 Avec un fil rouge : la possession d’une montre, de 1763 à 1938. On retrouve au générique de ce Go west, young man, Blanc-Dumont, Ralph Meyer, Marini, Rossi, Rouge, Boucq, Labiano, Meynet ou TaDuc

« Go west, young man », Bamboo, 19,90 € (il existe une version grand format à 29,90 €)


De choses et d’autres - La drague verte

En pleine COP26, l’écologie est partout. Même sur les sites de rencontres en ligne qui ont constaté qu’une des principales qualités recherchées par les célibataires est de trouver un partenaire écoresponsable, voire adepte du bio ou même vegan. Il en  existe carrément de spécialisés comme Amours Bio ou GreenLovers.

Étonnant comme les modes poussent les gens à accepter des pratiques qu’ils auraient réprouvées avec véhémence il y a trois ans à peine. Car mesdames, sortir avec un écolo, c’est prendre le risque de vous retrouver en tête à tête avec un homme qui n’utilise pas de déodorant (à part celui fabriqué maison à base de fécule de maïs et d’huile de coco) et ne se brosse les dents qu’avec un dentifrice composé de clou de girofle, de bicarbonate de soude et d’argile verte.

J’imagine le premier baiser après une chaude après-midi d’été passée à sauver des animaux de l’abattoir.

Vous me direz, la dame du rendez-vous pourrait faire mieux dans le genre « Je sauve la planète à moi toute seule ». Par exemple économiser l’eau devenue si précieuse en ne se lavant que tous les deux ou trois jours.

Je caricature un peu et grossis le trait, mais si ce sont de véritables amoureux de la nature qui veulent trouver chaussure à leur pied, ils ne devraient pas se contenter, comme à Glasgow, de vœux pieux mais d’actions concrètes.

Au risque d’être rapidement déçus et de voir, étrange paradoxe, la température dramatiquement chuter lors de leurs ébats enflammés.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le jeudi 4 novembre

mercredi 3 novembre 2021

BD - Faux juges pour Lefranc


Mais qui sont ces juges intègres en couverture de la 32e aventure du reporter Guy Lefranc

Il s’agit en réalité du titre d’une peinture des frères Van Eyck. Une toile datant de 1432 et exposée dans la cathédrale de Gand en Belgique.

Dans les premières pages de l’histoire, un homme dérobe cette peinture. Mais pourquoi ? C’est une simple copie ?


Écrite par François Corteggiani, cette BD nous en apprend beaucoup sur le marché de l’art, des trafics de toute sorte et les enjeux. 

Avec, cerise sur le gâteau, un méchant particulièrement réussi. Du Louvre à un sinistre château en bord de mer en passant par les monuments belges, Christophe Alvès le dessinateur, promène Lefranc dans ces décors des années 50 rigoureusement reconstitués.   

« Lefranc » (tome 32), Casterman, 11,95 €

BD - Trop de Pat dans ce Mickey signé Cornette et Thierry Martin


Nouvelle aventure de Mickey par deux auteurs qui s’approprient le personnage créé par Disney. Cornette au scénario et Thierry Martin au dessin plongent Mickey dans un monde de magie. 


La petite souris va croiser la route d’un sorcier débonnaire qui ne maîtrise pas toutes ses formules magiques. Pour preuve, une poudre permet de se démultiplier. Une aubaine pour Pat Hibulaire qui y voit la meilleure façon de tyranniser le village. Simple, merveilleusement dessinée, ce Mickey plaira aux petits comme aux grands.

« Mickey et les mille Pat », Glénat, 19 €

De choses et d’autres - Netflix sur grand écran

Quand Netflix n’était qu’une plateforme diffusant des séries, le pas encore géant de la culture mondiale était royalement dédaigné par les autres acteurs de la profession. Les grandes maisons de productions comme les chaînes de télé. Il a fallu attendre que Netflix ait plus de 100 millions d’abonnés et que tout le monde parle de ses « coups » à la machine à café (La casa de papel ou Lupin) pour que certains comprennent que le danger était là.


Tout a changé quand Netflix a décidé de produire et de diffuser en exclusivité des films de cinéma. Un paradoxe puisqu’une production audiovisuelle, pour être considérée comme cinématographique, doit être diffusée dans une salle, sur grand écran. Quelques dizaines de films plus tard, dont de remarquables comme Roma, The Irishman ou Marriage Story, Netflix négocie avec quelques salles la possibilité d’organiser un festival en décembre pour permettre de voir quelques-uns de ces films dans des conditions optimales. Et là, Netflix devient du jour au lendemain l’ennemi absolu, la pire peste qui risque de tuer le cinéma français, de la production la distribution.

Pourtant il est envisagé de sortir dans ce cadre The Power of the Dog de Jane Campion, film salué par tous les critiques. Œuvre qui, tiens c’est bizarre, a été présentée en avant-première sur grand écran, en présence de la réalisatrice, ovationnée au festival Lumière de Lyon.

En fait, les films de Netflix dans les salles de cinéma c’est mal, sauf quand ils sont réservés à une petite élite du milieu qui peut en profiter avant tout le monde.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mercredi 3 novembre

mardi 2 novembre 2021

Roman - Une famille anglaise dans la tourmente de l’industrie du kaolin

Écrivain britannique discret, Robert Goddard est pourtant à la tête d’une œuvre conséquente qui dresse depuis quelques années la cartographie de la bourgeoisie anglaise. Dans L’énigme des Foster, il creuse cette veine avec une intrigue digne d’un polar et une romance qui fera chavirer les cœurs les plus insensibles.

Le narrateur se nomme Jonathan. Fils d’un employé de banque, il va rejoindre une université londonienne à la rentrée. Nous sommes en 1968 et il a trouvé un petit boulot dans une entreprise de la petite ville de Cornouailles. Plusieurs sociétés y prospèrent en exploitant le kaolin de carrières recouvrant toute la campagne environnante de cette poussière blanche. Jonathan, lors de ses déplacements dans les différents sites, croise la route des enfants Foster, la famille à qui appartient la société qui l’emploie. Il y a Oliver et Vivien. Oliver « les mains enfoncées dans les poches, un air blasé, la paupière lourde. Son front haut le faisait paraître beaucoup plus âgé, et ce en dépit d’une masse de cheveux blonds en bataille ». Sa sœur aînée, Vivien, éblouit le jeune Jonathan : « Elle était très belle. La conscience que je pris de sa beauté m’ébranla de la tête aux pieds. Pas simplement jolie, sexy ou séduisante, mais bien plutôt tout cela ensemble. » Un été 68 dramatique. La complicité entre Jonathan et Vivien va être cassée par un drame. Le roman, une véritable saga, raconte ensuite par petites touches l’entrée de Jonathan dans la société, son éloignement de Vivien, comment il gravit les échelons et devient indispensable au patron, le beau-père de Vivien et redoutable homme d’affaires Greville Lashley.

Robert Goddart entraîne le lecteur alors dans un palpitant thriller se déroulant en grande partie à Capri dans les années 80, avec enlèvement et mort brutale, avant de conclure la saga des Foster en 2010, dans les ruines industrielles de l’exploitation du kaolin.

« L’énigme des Foster » de Robert Goddard, Sonatine, 23 €

BD - Tarpon au turbin


Cabanes continue son exploration de l’œuvre de Manchette. Il propose dans la collection Aire Libre l’adaptation de Morgue Pleine, roman paru dans les années 70. On retrouve le détective privé Tarpon


Cet ancien gendarme n’arrive pas à s’en sortir dans ce Paris déjà hostile aux provinciaux. Il envisage de rentrer sagement chez sa maman quand une certaine Memphis Charles débarque chez lui. Elle demande de l’aide : sa colocataire a été égorgée. Tarpon, telle une auto tamponneuse sans volant, va aller de choc en choc dans une affaire qui lui sera longtemps incompréhensible. 

« Morgue pleine », Dupuis, 22 € (il existe un tirage de tête numéroté et signé à 35 €)


De choses et d’autres - Cinq emplois… pour la frime

Si l’on en croit certains leaders politiques, les Français sont des fainéants qui ne travaillent pas assez. Non seulement il faut mettre fin à ces honteuses 35 heures, mais on doit aussi repousser l’âge de la retraite au-delà de 65 ans.

Un discours de droite qui doit dans doute plaire à ce jeune de 20 ans seulement qui s’est fait une sacrée réputation en diffusant un petit film résumant sa journée : « Boulangerie de 4 h à 8 h, agent laborantin de 9 h à 12 h, pizzeria de 12 h à 15 h, matelot sur un catamaran de luxe de 16 h à 21 h, agent d’entretien de 21 h à minuit. »

Cela représente selon lui 120 heures de travail par semaine. En voilà un de Français qui aime bosser. Sans doute qu’il est animé par un besoin impérieux de nourrir sa famille nombreuse ou de rembourser les dettes de ses parents. Mais en réalité, ce jeune se tue à la tâche (il n’y a pas d’autre mot) juste pour faire le beau à la fin de son clip et de se vanter de s’être acheté une Audi RS3 à 20 ans. Tout ça pour une voiture de sport. Pour la frime…

Avec en plus les risques de mélange de boulot : il analyse un croissant au labo puis garni sa pizza avec des souches de virus…

Finalement, en voyant ce montage, je me dis qu’à choisir entre travailler 120 heures par semaine ou me retrouver bénéficiaire du RSA, je choisis sans hésiter la seconde solution. Certes je ne pourrais jamais m’acheter de voiture de sport, mais au moins j’aurais du temps pour mes proches et profiter de la vie, la vraie. 

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mardi 2 novembre 2021
 

lundi 1 novembre 2021

Cinéma - “De son vivant”, filmer la maladie jusqu’au bout

Benoit Magimel. Laurent Champoussin/Les films du Kiosque

L’hôpital a pris une place prépondérante dans notre vie, depuis quelques années. Encore plus avec la crise sanitaire. Le cinéma, aussi, s’intéresse à ce lieu clos si particulier. Après La fracture, vision très réaliste (et peu optimiste) du système de santé hospitalier français, De son vivant, d’Emmanuelle Bercot, offre une vision moins clivante de ce monde. Pas de brancard dans les couloirs, d’infirmières à bout, de médecins épuisés et de proches énervés pour cause d’attente et de manque évident d’information. Là, tout est beau, simple, carré, évident. La réalisatrice assume ce parti pris, pour raconter une histoire de sentiment autour de la mort. Un mélo qui va faire pleurer le public. 

Quand Benjamin (Benoît Magimel), apprend qu’il est atteint d’un cancer, il espère s’en sortir. Il est encore jeune. Mais, la maladie, souvent, se moque des âges et frappe sans chercher la moindre logique. Alors que Benjamin se voit dépérir, sa mère, Crystal (Catherine Deneuve), doit faire face à cette douleur immense de voir son enfant mourir à petit feu. Entre les deux, le cancérologue doit composer. Un médecin interprété par un véritable chirurgien qui a soufflé l’idée du film à la réalisatrice. On est, donc, face à une forme très hybride du mélo à base de faits scientifiques avérés. Étonnant et parfois un peu dérangeant.

Film d’Emmanuelle Bercot avec Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Gabriel Sara



Poches - Folio enquête


La collection Folio Policier reprend essentiellement des thrillers ou romans noirs issus de la célèbre Série Noire. Mais avec ces trois titres parus mi-octobre le sombre laisse la place à un style plus lumineux, celui du « cosy mystery ». 

L’occasion de reprendre Meurtre à l’anglaise (7,50 €), exercice de style de Didier Decoin. Une morte, plusieurs suspects, un lieu clos (une île en Écosse) et un enquêteur, l’inspecteur John William Sheen. Plein de finesse et de chausse-trappes. 

Les deux autres titres sont de Georges Flipo et ont pour héroïne la commissaire Viviane Lancier. Une première enquête dans le milieu de la littérature (La commissaire n’aime point les vers, 8,10 €), la seconde (La commissaire n’a point l’esprit club, 8,10 €) se déroule sur l’île de Rhodes dans le cadre d’un village de vacances.