vendredi 29 mai 2020

De choses et d’autres - Café introuvable

Alors qu’Édouard Philippe confirmait hier soir la réouverture dès le début juin des cafés, bars et restaurants situés en zone verte, une nouvelle anodine pourrait avoir de graves conséquences sur cette annonce espérée par une grande majorité de Français. Car si les bars vont pouvoir de nouveau accueillir les clients, ils risquent de se trouver rapidement en rupture de stock du produit le plus consommé : le café. Cette plante n’est pas directement victime du virus, mais indirectement en raison du confinement toujours en vigueur dans le principal pays exportateur : la Colombie. 

Le prix de cette matière première a progressé sur le marché mondial, mais les producteurs se retrouvent dans l’impossibilité de ramasser le fruit de leurs cultures par manque de main-d’œuvre. Avouez que pouvoir enfin retourner au café après plus de deux mois de disette, mais sans pouvoir en boire un bien serré, serait la pire des aberrations. 

Pourtant, s’il est bien un produit qui nous a permis de tenir durant le confinement, c’était le café. Personnellement, j’en ai fait une consommation certainement excessive durant les deux mois de confinement et de télétravail. 

En plus de la machine à expresso, j’ai ressorti la cafetière à filtre pour alimenter ma perfusion du matin au soir. Reste que je me réveille encore avec l’envie d’un bon « petit noir serré » bu au comptoir en vitesse (ça, a priori, ce ne sera pas possible la semaine prochaine), ou d’un double, siroté en terrasse avec croissants et presse du jour. 

Alors, espérons que l’épidémie se calme aussi en Colombie et que nous ne serons pas contraints de nous réveiller avec une fade chicorée. 

Chronique parue le 29 mai en dernière page de l'Indépendant

Avec Guy Bedos, l’humour vache perd son maître


Il est de plaisanteries dont on se passerait. Ainsi la mort de Guy Bedos hier à 85 ans ne fait pas rire. Pourtant, celui qui a érigé la méchanceté ou l’humour vache au rang d’art absolu aura beaucoup fait rire les Français durant les plus de 50 ans où il se produisait sur scène, seul ou accompagné de Sophie Daumier à ses débuts. Un pur saltimbanque, à la parole libre, se revendiquant de gauche et pas tendre pour les hommes (ou femmes) politiques de droite. Sa mort a été annoncée hier par son fils Nicolas : « Il était beau, il était drôle, il était libre et courageux. Comme je suis fier de t’avoir eu pour père. Embrasse Desproges et Dabadie vu que vous êtes tous au Paradis. »

Guy Bedos, né le 15 juin 1934 à Alger, était Juif et Pied-Noir. Deux origines qu’il revendiquait ouvertement. Revenu en France avant l’indépendance, il a débuté comme comédien dans divers films, dès les années 50. Le succès et la célébrité, il la rencontre dans les années 60 quand il passe régulièrement dans les music-halls de la capitale. Il forme un duo avec Sophie Daumier et on les voit régulièrement dans les émissions de variétés. Se lançant dans une carrière solo, Guy Bedos fait rire toute la France dans ses caricatures de « beaufs » avant la lettre. Sa plume, acerbe, lui permet d’aborder tous les problèmes de notre société. Des sketches devenus des classiques qu’il présentait sur toutes les scènes du pays. 

Comique subversif

Dans les années 70, en plus du cinéma, il peaufine son image de trublion cathodique. Ses interventions en direct sont attendues par certains, redoutées par d’autres. Sur scène, il commence à commenter l’actualité dans des revues de presse où il donne libre cours à une méchanceté devenue sa marque de fabrique. Il fait sans doute partie de ces artistes qui ont permis à la France d’oser le vote Mitterrand en 1981. Cette vie politique qui lui a donné tant d’occasions de brocarder les pratiques de certains. Il avait ses têtes de Turc. Dernière en date Nadine Morano qu’il avait qualifiée de « conne » et de « salope » dans une de ses improvisations sur scène à Toul en 2013. Un procès très médiatique sur la liberté de parole des artistes s’achevant par une victoire nette et sans bavure de l’humoriste. Comme un dernier pied de nez à tous ceux qui l’ont redouté quand ce « comique subversif » comme aimait le désigner Pierre Desproges, leur dressait des portraits au vitriol. Franck Riester, ministre de la Culture a d’ailleurs mis en avant cette spécificité saluant dans un communiqué « la parole libre » de Guy Bedos. Libre, mordant, mais aussi humain. Bedos était tout cela à la fois, concentré d’intelligence critique qui va nous faire défaut à l’avenir.   

Au cinéma, il était célèbre pour avoir interprété Simon Messina, le médecin harcelé par sa mère, un des membres de la bande de copains d’Un éléphant ça trompe énormément, film d’Yves Robert. Par un étrange concours de circonstances, il est mort la veille des obsèques de son complice de toujours Jean-Loup Dabadie, celui-là même qui a signé le scénario du film d’Yves Robert et sa suite judicieusement intitulée On ira tous au paradis. Tous, pas sûr. Lui, sans doute.

jeudi 28 mai 2020

De choses et d’autres - Le monde d’après ne fait pas envie

Cela fait un peu plus de deux semaines que l’on est sorti du confinement, et donc qu’on se rapproche du fameux « monde d’après », celui qui serait meilleur, empathique et plus solidaire. Mais finalement, le monde d’après ne sera pas du tout comme on l’aura rêvé entre les quatre murs de notre salon, entre la sortie pipi du chien du matin et les courses « vitales » du soir. 

Le bruit médiatique fait de sorties outrageuses ou outrageantes, de petits scandales et de polémiques stériles est de nouveau omniprésent. Alors qu’on ne sait pas de quoi sera fait l’été, que le second tour des municipales n’a pas encore eu lieu (de toute manière il n’y aura pas de campagne…), tous les commentaires des éditorialistes et experts éclairés portent sur la… présidentielle. 

Une seule chose importe : savoir qui sera au sommet de l’État pour qu’on puisse, à la première crise venue, le crucifier au prétexte qu’il prend les mauvaises décisions. Notre système présidentiel a basculé dans une autre dimension. Avant il fallait choisir l’homme providentiel qui représenterait la grandeur du pays, le ferait rayonner par sa stature incontournable. Depuis Sarkozy, on a l’impression que le job a totalement changé. Le président n’est là que pour prendre des coups. 

Et Macron n’échappe pas à la règle. Son côté jeune premier le transforme de facto en tête à claques. Le pire reste encore à venir avec ce fameux monde d’après. Car dans les commentaires politiques, pour bousculer les deux favoris (le vainqueur et la battue de 2017), il ne resterait que, au choix, plusieurs profils de populistes divers et variés allant de Ruffin à Bigard en passant par Onfray et Raoult. Bref, la fonction présidentielle n’est pas près de redorer son blason.

Chronique parue le 28 mai en dernière page de l'Indépendant

mercredi 27 mai 2020

Les adultes aussi ont leur cahier de vacances

Pas sûr qu’on puisse partir en vacances cet été. Entre les incertitudes sanitaires et les restrictions économiques, juillet et août seront peut-être sacrifiés sur l’autel de la rentrée. Mais cela ne nous empêchera pas, comme les enfants, de réviser notre culture générale avec ce traditionnel Cahier de vacances pour adultes en vente dans toutes les maisons de la presse dès aujourd’hui. 

Ces exercices amusants permettent de retomber en enfance en révisant les bases. Le contenu allie humour et pédagogie.  Au sommaire plus de 200 exercices : français, littérature, maths, sciences, histoire, géographie, culture générale qui permettent à chacun de réviser ses classiques. 

Sans oublier 40 pages de jeux et de tests à la fois drôles et sérieux sur des thématiques plus ludiques comme  cinéma ou musique. Et bien évidemment, les solutions sont présentes à la fin de l’ouvrage, à ne consulter qu’après avoir fait les exercices car on ne triche pas !

"Cahier de vacances pour adultes", Chifflet et Cie

mardi 26 mai 2020

De choses et d’autres - Réouverture fatale



Si l’on a assisté à la réouverture des plages depuis le déconfinement, par contre les bars et restaurants eux n’ont pas rouvert. Et il n’y a pas que ce type d’établissement qui est dans l’impossibilité de rouvrir. Interdiction aux cinémas de rouvrir, les grands musées ne rouvrent pas non plus. Si vous trouvez que je fais beaucoup de répétitions dans le début de cette chronique c’est pour mieux faire comprendre à tout un chacun qu’il ne faut pas dire ni écrire « réouvrir » mais « rouvrir ». 

Cette faute de français, qui depuis quelques décennies écorche mes oreilles, est encore plus virulente et contagieuse que le covid-19 depuis le déconfinement. Car comme tout était fermé, depuis le 11 mai, tout rouvre. Exactement, si l’on en croit les déclarations d’éminents spécialistes des différents secteurs concernés, « tout réouvre ». 

Vous pensez que je pinaille ? Un peu, j’admets, mais ce « réouvre » ne passe plus depuis que jeune étudiant en journalisme, fier d’avoir décroché un stage d’été dans un grand quotidien régional de la région, j’avais titré un de mes premiers papiers : « Le centre aéré réouvre ses portes ». Fort heureusement, une correctrice a remis le verbe comme il fallait, mais le lendemain, le rédacteur en chef de service qui avait reçu l’original sur son bureau m’a passé un sacré savon, expliquant la différence entre réouverture et rouvrir. 

Donc depuis, à deux ou trois reprises chaque année, je relevais la faute dans la bouche d’un confrère ou d’un interviewé. Jusqu’au 11 mai. À partir de ce moment, j’avoue, la déferlante de « réouvre » a eu tendance à me mettre hors de moi. J’en serais presque à espérer un reconfinement pour bannir définitivement ce verbe de l’actualité. 

Chronique parue le 25 mai en dernière page de l'Indépendant. 

Cinéma - Arte, plateforme de VOD de grande qualité

Pourquoi aller chercher trop loin ce qui est à disposition simplement ? Arte, chaîne culturelle franco-allemande, a dans ses offres une plateforme de vidéo à la demande (Arte VOD) qui propose plus de 5 000 programmes : cinéma, documentaires, séries ou magazines. Viennent d’arriver au catalogue plusieurs films qui avaient dû être retirés des salles pour cause de confinement. 

Parmi ce choix de très grande qualité, ne manquez pas Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan. Un chef de gang en quête de rédemption et une prostituée prête à tout pour recouvrer sa liberté se retrouvent au cœur d’une chasse à l’homme. Film roumain étonnant : Les siffleurs. Cristi est un inspecteur de police de Bucarest corrompu. Pour libérer un mafieux de prison, il apprend une langue ancestrale à base de sifflements. 

Donnez enfin une seconde chance à Deux, film de Filippo Meneghetti tourné dans l’Hérault où Nina et Madeleine sont amoureuses l’une de l’autre. Un amour caché…

Tous les films sont disponibles en location à 4,99 € et à partir de 9,99 € à l’achat www.arteboutique.com

lundi 25 mai 2020

Thriller - Sombres secrets d’une star avec « L’affaire Clara Miller »



Olivier Bal doit pouvoir, sans le moindre problème, obtenir la nationalité américaine. Cet auteur, tout ce qu’il y a de plus Français, situe tous ses romans au pays de l’Oncle Sam. Comme s’il était évident pour cet amateur de littérature policière et de séries télé, qu’un bon thriller ne peut que se dérouler dans ce vaste pays propice à toutes les réussites. Aux pires fantasmes et dérives aussi. 

L’affaire Clara Miller a parfois des airs de Twin Peaks. Tout commence par la découverte d’un cadavre au bord d’un lac. La jeune femme, Clara Miller, se serait suicidée. Comme d’autres dans la région les mois et années précédents. Mais un de ses collègues, Paul, par ailleurs amoureux transi de la jolie reporter new-yorkaise, sait qu’elle était sur une affaire qui allait faire beaucoup de bruit car mettant en cause la star planétaire Mike Stilth. 

Triangle mortel

Alors Paul, en dépit de toute logique, va s’obstiner, creuser, recouper et se lancer sur la trace de celui que tout accuse. Chanteur et comédien, star absolue depuis plusieurs décennies, la personnalité de Mike est secrète et fascinante.  Clara, Paul et Mike : un triangle classique dans tout drame digne de ce nom. Mais ce qui aurait pu être une resucée d’une énième enquête sur les dépravations d’un privilégié dénoncé par un héros quelconque, par sa construction sophistiquée, se transforme en un de ces fameux « pageturner » si compliqué à lâcher. Cette histoire est racontée par les différents protagonistes. A la première personne et à trois époques différentes. En 1993, année de la mort de Clara. En 95, quand Paul accule Mike dans ses derniers retranchements et en 2006, par les rares rescapés de cette triste histoire. Ce ping-pong littéraire entre époques et acteurs pourrait décontenancer le lecteur, mais le brio d’Olivier Bal fait que tout coule de source. Alors plongez-vous dans L’affaire Clara Miller, exploration inquiétante des pires secrets d’une star mondiale.

Qui est véritablement Mike Stilth ? Cette interrogation la presse à scandale tente d’y réponde depuis que ce chanteur a acquis une réputation mondiale. Avec les millions de ses tubes, il a acheté un domaine impénétrable, Lost Lakes. Un manoir au cœur de 1 000 hectares de forêt. Là, il se ressource, élève son fils Noah et sa fille Eva qu’ils cachent à la presse, s’amuse avec quelques rares privilégiés sous la protection efficace de sa manager et agent Joan Harlow. Clara Miller était parvenue à s’introduire à Lost Lakes. Elle n’en est jamais ressortie vivante. Voilà pourquoi Paul veut lui aussi franchir la triple clôture et déjouer la surveillance de l’armée de gardes privés pour mettre Mike face à ses dérives. Le roman, sans une once de fantastique (Olivier Bal a débuté dans cette veine avec Les Limbes, Prix Méditerranée Polar du Premier Roman 2018), permet au lecteur de comprendre comment fonctionnent plusieurs mondes antagonistes et complémentaires. D’un côté les stars, adulées, puissantes mais privées de vie privée. De l’autre les journalistes, notamment les spécialistes people, cherchant toujours le croustillant, quitte à provoquer des situations compromettantes pour augmenter le tirage des journaux poubelles pour qui ils pigent. Et puis il y a tous ceux qui gravitent autour de cette perpétuelle guerre. Complices souvent, victimes parfois. Un thriller qui nous raconte l’Amérique dans toutes ses facettes, celles qui font rêver mais aussi celles moins affriolantes qui donnent l’occasion à des détraqués d’assumer leurs pires déviances. 

« L’affaire Clara Miller » d’Olivier Bal, XO Editions, 19,90 €

dimanche 24 mai 2020

Thriller - Un serial killer fidèle au « jamais deux sans trois »

 

Un homme, trois femmes. La distribution du roman policier Une deux trois de Dror Mishani fait dans le minimalisme. Son découpage aussi, trois parties nommées du prénom des trois femmes de la vie de Guil, avocat et quasi seul homme de cette histoire se déroulant de nos jours en Israël. Guil qui a beaucoup à cacher. Guil, serial killer de la pire espèce, de ceux qui agissent avec discrétion, passant toujours sous le radar des forces de l’ordre. 

La première femme, Orna, ancienne hôtesse de l’air, actuellement prof et récemment divorcée, est la maman d’un petit garçon. La seconde, Emilia, originaire de Lettonie, travaille comme aide familiale, pauvre, seule et un peu perdue. La troisième Ella, est beaucoup plus mystérieuse. Cette mère de trois filles a repris ses études et passe ses matinées à réviser dans un café. Elles ont en commun d’avoir croisé la route de Guil. 

La moitié du roman raconte comment s’est tissée la relation entre Orna et Guil. Lassée de passer ses soirées seules, elle décide de s’inscrire sur un site réservé aux divorcés, contacte Guil qui rapidement lui répond. Discussion virtuelle puis premières rencontres dans un bar. Il raconte être séparé de son épouse, a deux grandes filles, travaille beaucoup, va fréquemment à l’étranger et traîne sur ce site internet depuis deux ans sans trouver l’âme sœur. 

Trop de mensonges

Orna est attirée par cet homme si prévenant. Mais elle ne veut pas brusquer les choses. L’auteur, Dror Mishani, dans cette partie de son roman, s’écarte du roman policier. C’est à une description méthodique et circonstanciée des rencontres entre adultes trop seuls qu’il entreprend. Orna gagne en confiance. Accepte même de coucher avec Guil au bout d’un moment. Mais quand elle le surprend en plein shopping avec sa femme, dont il n’est pas finalement pas séparé, elle se sent trahie. Elle va alors le manipuler : « Il n’osait pas rompre de peur qu’elle ne révèle leur liaison à sa femme et à ses filles. À présent elle se servait de lui exactement comme il s’était servi d’elle, et pourtant elle ne s’aimait pas dans ce rôle. » On retrouve ensuite Guil dans l’histoire d’Emilia. La jeune femme originaire de l’Est s’occupe du père de l’avocat. Là, c’est une certaine misère de ces travailleurs expatriés qui est décrite avec minutie par l’auteur. Et puis arrive Ella. Guil l’aborde dans un café. Le lecteur tremble pour elle car il sait désormais que cet homme à l’aspect anodin est un serial killer méticuleux, qui prend du temps à chasser ses proies et ne fait pas d’erreur. On entre de plain-pied dans le polar, le final est époustouflant, une construction savante digne des meilleurs textes publiés dans la célèbre collection.

« Une deux trois » de Dror Mishani, Série Noire, 19 €

BD - L’autre affaire Dreyfus, aux USA



En 1915, aux USA, ce ne sont pas les combats en Europe qui faisaient réagir le peuple mais le procès Léo Frank. Cet industriel d’Atlanta était accusé d’avoir violé et tué une de ses jeunes employées, Mary Phagan. Il crie son innocence comme quelques années plus tôt le capitaine Dreyfus en France. Mais ses origines juives vont le desservir. 

Dans ce sud pas encore remis de la guerre de Sécession, les investisseurs du Nord, souvent juifs, sont considérés comme les profiteurs de la défaite. L’autre suspect du meurtre de Mary, 14 ans, est un balayeur noir, alcoolique et bagarreur. 



Mais il a compris que sa chance pour s’en sortir est de charger le patron. Juges, procureur et membres du jury populaire après un procès de plusieurs semaines condamnent Léo Frank à la peine de mort. Mais après de nombreux recours, la peine est commuée en réclusion criminelle à perpétuité. L’album de BD signé Xavier Bétaucourt (scénario) et Olivier Perret (dessin) débute dans la nuit du 17 août 1915. Un groupe de notables prend d’assaut la prison et emmènent Léo Frank. 

Au petit matin, après un second procès sommaire, il est pendu à un arbre dans une clairière. Léo Frank, certainement innocent après de nouvelles enquêtes dans les années 80, a d’abord été condamné à mort, puis gracié et finalement assassiné en toute impunité. 

Ce faits divers, qui a à peine un siècle, montre combien les USA sont parfois un pays où la violence, l’invective et le racisme ont encore de beaux jours devant eux. Redécouvrir l’histoire de Léo Frank c’est aussi comprendre comment aujourd’hui encore, certains jouent de ces antagonismes pour asseoir leur pouvoir.

« Ils ont tué Léo Frank », Steinkis, 18 € 

BD - Ce si difficile retour au bercail

 

Matteo, jeune Italien, revient dans la bourgade de son enfance après trois années passées à Milan, la grande ville. Au cœur de la Toscane, il retrouve sa grand-mère et ses tantes qui vient toutes dans la maison de son enfance. Brouillé avec son père, il refuse de le prévenir qu’il est de retour. Se posant beaucoup de questions sur son avenir, il se laisse aller, au point de ne plus sortir de la maison. 

Trois semaines de confinement choisi dans cette région d’Italie durement frappée par le Covid-19, « Les Générations », roman graphique en noir et blanc de Flavia Biondi aurait presque des airs d’actualité. Mais ce récit ne date pas de ce printemps. Il a été publié en Italie en 2015 et a remporté un important succès. Traduit en français, il permet de découvrir une autrice sensible, qui met la problématique des différences au cœur de ses histoires. Car Matteo ne parle plus à son père après qu’il lui ait annoncé » qu’il était gay.


A Milan il a vécu une belle histoire d’amour. Le cœur brisé, il revient dans sa famille, affronter des tantes qui ne lui passent rien. Mais comme pour payer sa dette, il accepte de s’occuper de sa grand-mère, grabataire et diabétique. 

Une vision très réaliste de l’Italie actuelle, écartelée entre la modernité de la jeune génération et les traditions très rétrogrades des plus vieux. Avec au final une jolie expérience de vie qui peut aider tout un chacun en cas de doute existentiel.

« Les générations », Glénat, 17,50 €