Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
jeudi 16 avril 2020
BD - Lya mène l’enquête
Cinéma - Sans salles, « Forte » va sur Amazon
De choses et d’autres - Survivre avec des haltères et un bidet
Si vous aviez des haltères, une machine à pain et des graines de tomates chez vous avant le début de la pandémie, vous n’êtes pas concerné par ces statistiques récemment dévoilées au niveau mondial.
Mais quel rapport entre ces trois objets pour le moins éloignés les uns des autres ? Ce sont tout simplement les biens qui, depuis le début du confinement un peu partout dans le monde, ont vu leurs ventes le plus progresser. Pas ceux qui se sont le plus vendus, mais ceux qui ont le plus bénéficié de cette situation exceptionnelle.
En tête, donc, les haltères affichant une hausse de 611 % Face à l’impossibilité de rejoindre sa salle de sport, ils sont nombreux les adeptes de la musculation qui ont fait l’emplette de ces ustensiles simples et efficaces.
A la seconde position, la machine à pain. Là je vois deux explications. Certains ont acheté cet engin pour éviter le déplacement quotidien pour la baguette fraîche. D’autres sont tout simplement pragmatiques. Faisant partie de milliers de Français qui ont dévalisé les rayons de la farine, ils se retrouvaient avec une quantité incroyable de ce produit à écouler. Le pain fabriqué maison devrait permettre de vider le stock d’ici deux ans.
Pour les graines de tomates, 3e sur le podium, c’est l’envie de devenir autosuffisant dans quelques mois. Pas de chance, non seulement vous n’avez pas la main verte mais en plus si vos plans produisent, ce sera pile au moment du déconfinement.
On trouve aussi parmi les objets les plus prisés, la piscine gonflable (pas chez ceux qui n’ont qu’un balcon), le microphone (pour les chanteurs de 20 heures) et, cela reste un mystère intégral : le bidet.
VOD - « Les éblouis », famille à la dérive
Normalement, le film « Les éblouis » de Sarah Suco devait sortir en DVD la semaine dernière. Corinavirus oblige, on devra se contenter de la version numérique accessible sur l’ensemble des services de VOD. Dommage car le DVD de chez Pyramide devait regorger de bonus dont le court-métrage « Nos enfants » de la jeune réalisatrice.
Film militant contre l’emprise des sectes sur les familles trop croyantes (ou crédules), « Les éblouis » se garde pourtant de juger ces moutons égarés. Par contre les bergers sont clairement dénoncés. Endoctrinée par le Berger (Jean-Pierre Darroussin) de cette communauté, toute la famille de Camille (Céleste Brunnquell) va se couper du monde pour tout donner au Saint-Esprit. La mère, dépressive (Camille Cottin), comptable sans emploi, se sentant inutile en dehors de son rôle de maman de quatre enfants, va être la première à chercher du réconfort auprès de cette congrégation, mélange de prêtres, de sœurs et de familles.
En novembre dernier, lors de sa sortie en salles, nous avions écrit : « Le film est plus qu’une charge contre ces sectes agissant presque à visage découvert. Il nous permet de comprendre comment ces experts en manipulation parviennent non seulement à s’approprier l’âme de ces hommes et femmes, mais aussi de tous leurs biens matériels. Car à la base, ce ne sont que des escrocs pour qui le bien de leurs disciples compte peu face à leur désir de domination et d’appropriation. » Vous voilà averti.
mercredi 15 avril 2020
De choses et d’autres - La sirène aux fesses poilues
Malheureusement pour les dirigeants actuels, les normes en ce qui concerne la pudeur ont légèrement été revues à la hausse ces dernières années. La preuve avec la version de Splash, film sorti en 1984, mise en ligne sur Disney+.
En début de diffusion, un message en petits caractères prévient : « Ce film a été modifié par rapport à sa version originale. Son contenu a été édité. » Seuls les grands fans de ce film (et de Daryl Hannah, l’interprète principale avec Tom Hanks), remarqueront les différences.
En fait, en 1984, il était tout à fait permis de montrer les fesses de la star à l’écran. Comme elle interprète le rôle d’une sirène, elle est presque tout le temps nue. De face ses longs cheveux cachent sa poitrine. De dos par contre, son popotin est régulièrement apparent. Lors d’une scène notamment, elle se précipite vers la mer et plonge dans les vagues.
Dans la version Disney+, ses cheveux, qu’elle porte déjà très longs, ont poussé de 15 cm. Juste ce qu’il faut pour cacher entièrement son anatomie rebondie. Mais comme le montage est réalisé à grands coups de palette graphique, on a l’impression que les fesses de la belle sont recouvertes d’une sorte de fourrure, vaguement de la même couleur que sa chevelure.
Conséquence, les deux scènes (la nue et la poilue) sont reprises sur les réseaux sociaux avec moult moqueries pour la pudibonderie de Disney+, justifiée en l’occurrence. L’arrière-train de Daryl Hannah ne mérite pas un tel traitement.
BD - Retour de guerre compliqué
Série Télé - « Undone » sur Amazon, plongée dans les limbes du temps
BD - Bienvenue dans l’atelier des auteurs Rue de Sèvres
Si dans certaines régions d’Italie, les librairies ont le droit de rouvrir leurs portes aux clients, il n’en va pas de même en France. Confinement strict renouvelé jusqu’au 11 mai, ces temples de la culture sont inaccessibles à leurs fidèles lettrés. Toutes les maisons d’éditions ont donc suspendu leur programme de parution. Pas une seule nouveauté en avril, excepté quelques livres uniquement en versions numériques. Mais cela n’empêche pas ces sociétés de maintenir le contact avec les lecteurs, habituels ou occasionnels. Le secteur de la bande dessinée, florissant et dynamique, multiplie les opérations pour distraire les confinés à petit prix. Cette fois ce sont les éditions Rue de Sèvres qui lancent une opération originale. Rue de Sèvres vous invite dans son atelier ! Comme si on pouvait s’affranchir de l’interdiction de se déplacer et de se réunir.
Sur son site internet, la branche BD des éditions de l’École des Loisirs, explique que « pour animer les prochaines semaines d’isolement et garder le lien avec l’actualité de la bande dessinée, les éditions Rue de Sèvres proposent un nouveau rendez-vous. Avec la complicité des auteurs, seront proposés deux fois par semaine : des previews des albums qui auraient dû paraître en avril ; des coulisses des albums en cours de création pour l’automne et chaque semaine la lecture d’un album entier du catalogue en streaming. »
Pour cette première semaine, l’atelier s’ouvre sur les previews du déjà remarqué album sans texte Beatrice de Joris Mertens (lire notre édition du 2 avril, l’album figure dans la liste de conseils de la librairie Torcatis de Perpignan), du réjouissant C’était mieux avant de Soledad Bravi et Hervé Éparvier, idéal pour partager des souvenirs en famille confinée. Et c’est Grégory Charlet qui dévoile son album en cours de dessin pour le mois d’août, Exfiltré.e.s, un haletant roman graphique au dessin gracieux.Et si quelques pages ne vous suffisent pas, vous aurez toute la semaine pour lire en version numérique le premier tome de la saga Bjorn le Morphir de Thomas Lavachery (scénario tiré de ses romans) et Thomas Gilbert (dessin). L’histoire d’un garçon timide obligé de se transformer en valeureux Viking pour protéger les siens.
L’atelier Rue de Sèvres est actualisé avec des previews et des bonus les mardis et vendredis et un nouvel album en intégralité est à découvrir tous les mardis. Jusqu’à la fin du confinement et la réouverture des librairies.
mardi 14 avril 2020
De choses et d’autres - Démasqué !
Hier dans l’Indépendant, vous avez pu retrouver sur une pleine page un patron pour fabriquer votre propre masque de protection. Moi qui vais toujours faire les courses le visage découvert, depuis quelques jours je me sens nu comme un ver face à toutes les ménagères qui arborent des masques maison.
Mon épouse, pleine de bonne volonté, se concentre. Reste à décrypter le patron. Pas gagné d’avance car il faut bien le reconnaître, elle et la couture cela fait deux. Face à son air circonspect, je jette un œil aussi sur la page. Et là, l’affaire se complique encore.
Si au début les explications semblent assez compréhensibles, mon cerveau bloque quand il faut « coudre suivant les axes de pliure (piqueuse plate, point droit) en pliant A1 sur A2 puis B1 sur B2 ».
J’ignorais que la couture exigeait un doctorat de physique quantique. Enfin c’est l’impression que j’ai en découvrant les directives.
Malgré l’impression de me trouver face à une tâche insurmontable, je décide d’aider. Dans un premier temps je cherche du tissu. À carreaux (me souffle mon épouse aussi manche que moi), quand même plus facile à découper pour quelqu’un qui a deux mains gauches.
Quant aux élastiques, introuvables dans le commerce actuellement selon notre voisine, reine de la machine à coudre personnifiée, celui d’un vieux slip fera l’affaire. Mais se balader avec un morceau de slip sur la tête ne va-t-il pas m’attirer d’ennuis ?
Finalement, le masque maison sera pour plus tard. Je me contenterai d’un grand mouchoir sur le visage. Comme les bandits dans les films de cowboys. J’ai toujours rêvé d’être un cowboy. Et pour épouse Calamity Jane.
Cinéma - « Guns Akimbo » sur Amazon, des flingues et de l’humour très noir
Sans doute lassé d’être associé au personnage d’Harry Potter, Daniel Radcliffe donne un tour assez étrange à sa carrière. Il aurait pu sélectionner soigneusement ses rôles, se contenter d’interpréter les jeunes premiers dont rêvent toutes les jeunes filles en fleur. Au contraire, il semble avoir décidé de régulièrement jouer des tordus de l’extrême, humiliés et demandeurs de performances physiques hors normes. Il débute ce genre de prestation dans Horns, tiré du roman d’horreur de Joe Hill.
Affublé de cornes durant toute l’histoire, il est le méchant qui essaie de se racheter. Le pire reste sa composition dans Swiss Army Man. Il joue le rôle d’un cadavre péteur. Compagnon de galère d’un naufragé, il se fait transporter comme un sac de pommes de terre dans une nature hostile. Tout en pétant…
Dans Guns Akimbo de Jason Lei Howden, sorti directement sur Amazon Prime, il incarne Miles, geek pleutre et effacé. Ce n’est que la nuit qu’il combat les trolls sur internet. Exactement, il essaie d’être pire qu’eux. Mais cela ne plaît pas à Riktor (Ned Dennehy) qui le piège. Il envoie ses sbires lui greffer deux pistolets aux deux mains et l’inscrit à un jeu de téléréalité extrême. Il a 24 heures pour tuer Nix (Samara Weaving). À moins que ce ne soit cette redoutable tueuse qui ne remporte la partie retransmise en direct sur le dark net et ne plombe le pauvre Miles. 90 minutes de bastons bien glauques, de combats et de dizaines de morts violentes et spectaculaires.
Ponctuées de scènes d’un humour noir absolu. C’est d’ailleurs dans ces dialogues, comiques par leur décalage, que réside l’intérêt du film, coproduction entre l’Allemagne et la Nouvelle-Zélande.









