Le jeune Adam a rendez-vous chez son Papy Pierre. Mais arrivé dans la maison du grand-père, à part le chat, il ne trouve personne. C’est au grenier qu’il trouve un mot de Papy Pierre. Une liste de courses à faire pour préparer des spaghettis. Le gamin de 6 ans va alors se lancer dans une grande quête dans un monde virtuel et dangereux. Il pourra compter sur son chat, malicieux et inventif. Pour au final enfin avoir ce qu’il faut pour confectionner le repas du soir. Dessinée par Stedho, cette jolie BD muette semble totalement décalée en ces jours compliqués. En effet hors de question qu’un enfant aille chez ses grands-parents. Quant à faire ses courses…
« Adam Quichotte » de Stedho, Jungle, 12,95 €. Disponible en version numérique.
Owen Marker a le corps recouvert de cicatrices. Sans compter les multiples fractures réduites avec des broches dans les jambes. Quant à son cerveau ce n’est guère plus brillant. « J’ai dû tout réapprendre. Même aujourd’hui je ne sais absolument pas d’où je viens, ni qui j’étais avant tout ça, comme si quelqu’un avait réinitialisé mon existence. » Cette confession, c’est à toute récente conquête féminine qu’il la fait. Jenna est policière. Célibataire à l’esprit ouvert, elle a dragué Owen. Pourtant ce dernier ne sort que très rarement. Vendeur auto dans une petite ville de l’État de Washington, son existence est un véritable enfer. Cela fait deux ans qu’il est divorcé de Sally mais vit toujours sous le même toit. Son ex-épouse affirme toujours l’aimer. Qu’elle ne peut pas vivre sans lui. Que s’il part, elle mettra fin à ses jours. Une menace qu’elle a déjà mise à exécution à plusieurs reprises. Si Owen ose aller au rendez-vous avec Jenna, c’est que Sally est toujours hospitalisée après l’ingestion d’une forte quantité de médicaments. Cette partie du roman de Claire Favan intitulé « Les Cicatrices » a tout du roman social contemporain. Mais entre chaque chapitre dévolu à Owen, la romancière insère des scènes ou confidences d’un tueur en série et de certaines de ses victimes. On ne sait pas au début quel est le rapport avec Owen, si ce n’est que les enlèvements se déroulent dans la même région des USA. La jeune Mary, enlevée et retenue prisonnière dans une cave par le tueur, vit un véritable calvaire dans des chapitres courts et parfois difficiles à supporter : « Quand elle le vit entrer pour la onzième ou douzième fois depuis son arrivée dans cette cage et surtout si rapidement après sa dernière visite, elle sut qu’il avait gagné. » Qui est le tueur ? D’où vient Owen ? Que sont devenues les jeunes prisonnières ? Les interrogations légitimes du lecteur sont en partie levées par l’enquête des policiers locaux et du FBI qui travaille sur l’affaire sur des dizaines d’années. Un thriller écrit par une Française mais qui a tout du roman américain de qualité.
Sur Netflix il n’y a pas que des séries américaines. La production espagnole est très bien représentée. Tout le monde connaît « La casa de Papel », mais « Le voisin » mérite lui aussi que l’on se penche sur son cas. Pas de scénario compliqué dans cette parodie d’histoire de superhéros. Ce qui prime, c’est la rigolade. Javier est en couple avec Lola. Enfin pas longtemps. Ce fainéant de première, menteur et profiteur, est incapable de tenir une promesse et de garder un boulot. Lola, journaliste qui tente de survivre en tenant un blog vidéo. Tout change pour Javier quand un voyageur de l’espace lui donne une combinaison de super héros et des pilules le rendant invincible. Il va devenir Titan. Mais un collant, une cape et le pouvoir de voler peuvent-ils rendre Javier meilleur ? On rit beaucoup de ces caricatures d’Espagnols contemporains, du couple qui se déchire au colocataire, provincial trop coincé au voisin dealer, complètement défoncé 24 heures sur 24. Les dix épisodes de 30 minutes ne tiendront pas la durée du confinement mais permettra de passer un bon moment, loin des soucis du quotidien.
Ceux qui pensaient que la vente à distance allait profiter du confinement se sont trompés. Il apparaît que la Poste et les points de retrait, souvent des petits commerces non alimentaires, sont plus que perturbés. Difficile donc de récupérer livres ou DVD achetés sur les plateformes. Une mauvaise nouvelle pour tous les indépendants qui triment comme des esclaves afin livrer chez vous ce que vous avez acheté 48 heures plus tôt.
Ces nouveaux boulots (de merde) sont décortiqués ou plutôt autopsiés par Ken Loach dans « Sorry we missed you », film disponible en DVD depuis trois semaines mais aussi visionnable immédiatement en VOD.
Ricky (Kris Hitchen) cherche du boulot. La quarantaine, il se sent trop vieux pour travailler en hiver sur les chantiers. Il aimerait être son propre boss. Justement il postule pour devenir livreur de colis indépendant. Le dernier adjectif n’est que virtuel. Il bosse pour une seule société qui ne paye que le colis livré, à l’heure et au bon endroit.
Habitué aux films à forte valeur sociale, Ken Loach s’attaque dans cette œuvre à l’ubérisation du travail en Grande-Bretagne. Nous écrivions lors de la sortie du film en salles « Si vous avez l’habitude de commander des produits sur internet de vous faire livrer à domicile, ce film risque de vous dégoûter d’une pratique finalement très insidieuse. Certes vous n’avez plus à vous déplacer, mais dans la chaîne, les quelques euros supplémentaires servent en réalité à maintenir dans la précarité, presque la servilité, des dizaines d’hommes et de femmes qui n’ont plus de vie. » Mais ça, c’était avant le confinement.
« Sorry we missed you », film de Ken Loach disponible en DVD et sur toutes les plateformes de VOD (vidéo à la demande).
Petit format, sous forme de strips de trois cases carrées (idéal pour lire sur smartphone), la série « Hey June » de Fabcaro et Evemarie apporte décontraction et humour dans le quotidien de cette jeune femme déjà pas très réjouissant alors qu’elle n’est pas en confinement, elle. June a 30 ans, est indépendante, un peu fainéante, irrévérencieuse et caustique.
Son prénom elle le doit peut-être de la chanson des Beatles. Alors chaque gag porte le titre d’un titre des quatre de Liverpool. Reste que si on n’est pas un spécialiste du groupe anglais, on peut aussi savourer l’humour de June. Que cela soit dans sa cuisine, en terrasse, dans un vernissage ou avec des potes en soirée, elle toujours la réflexion qui tue, le bon mot qui met mal à l’aise et la repartie qui tue. En confinement, elle doit sévèrement déprimer.
Au grand regret d’Olivier Van Hoofstadt, le film ne s’est jamais fait. « J’ai travaillé trois ans sur le scénario, ici, dans les Pyrénées-Orientales, mais il y a eu des complications avec les producteurs et le film ne s’est pas fait », se souvient le réalisateur belge avant l’avant-première de son troisième film, « Lucky », la semaine dernière au Méga Castillet de Perpignan. Le titre du film abandonné ? « Canet-Plage ». « Je voulais filmer ces grands bâtiments en bord de mer, notamment en octobre ou novembre quand la lumière est superbe ». Trois années et des regrets. Mais il a conservé le scénario et espère encore pouvoir relancer le projet si un autre producteur rachète les droits initiaux. Il pourra compter sur le soutien de Jacques Font, le M. Cinéma du département. « Pour Lucky je n’ai quasiment pas fait d’avant-première hormis à Bruxelles et Paris. Mais je voulais le montrer à Perpignan. Alors j’ai appelé Jacques et il a organisé l’avant-première. » Jacques Font qu’il a rencontré lors de son séjour catalan. Entre ces deux figures atypiques, l’amitié a été immédiate. Du département, Olivier Van Hoofstadt se souvient de la gentillesse des habitants. Et de la beauté des lieux. « On dirait la Californie. Je me croyais à Hollywood. » Il a écrit son film sur place et fait de nombreux repérages pour les décors. « On comptait filmer dans une maison à Torreilles, en bord de mer. On avait aussi repéré des paillotes. » Une grosse désillusion mais il a su rebondir. En continuant à tourner des publicités (très rémunérateur) et en se lançant sur un autre projet, cette comédie tournée en avril de l’an dernier dans la région de Rungis et qui sort ce mercredi 26 février partout en France.
On retrouve dans cette comédie deux acteurs qui devaient faire partie de la distribution de Canet-Plage. François Berléand devait en être de même que Corinne Masiero, la célèbre Capitaine Marleau. Dans Lucky, le réalisateur du culte Dikkenek l’utilise en total contre-emploi. Terminé l’accent chti et l’aspect populaire, elle devient une grande bourgeoise blasée et surtout totalement nymphomane. Non seulement elle collectionne les gigolos, mais elle se permet de draguer Florence Foresti et même d’envisager quelques galipettes avec un ado cambrioleur. Dans « Canet-Plage », elle devait interpréter une femme totalement immorale. Elle avait dit oui immédiatement… Alors souhaitons un beau succès à Lucky. Ainsi
Olivier Van Hoofstadt aura encore plus d’arguments pour relancer le projet « Canet-Plage ».
(Article paru dans l'Indépendant le 25 février 2020)
"Aujourd’hui, on assiste à une résurgence des mouvements fascistes, notamment en Europe. Dans ce sens, le film parle autant du présent que passé. » Le film d’Alejandro Amenábar Lettre à Franco est donc à voir à deux niveaux. Un plan historique donc, précis et détaillé sur la prise du pouvoir par Franco et l’aveuglement de certains intellectuels, mais aussi un éclairage sur ce qui se passe dans trop de pays européens depuis l’émergence des mouvements populistes. Comme s’il fallait ce rappel historique pour comprendre le risque de laisser accéder au pouvoir ces hommes ou femmes qui cachent trop bien leur jeu.
En ce sens, Lettre à Franco devient un film d’utilité publique, notamment dans les villes où les candidats du Rassemblement national, sous couvert de dédiabolisation ou de liste sans étiquette, sont parvenus à convaincre des personnalités, des intellectuels parfois, à les rejoindre.
L'Histoire se répète...
Ces “prises” se retrouvent de fait dans la situation de Miguel de Unamuno au début du film. Nous sommes en 1936. Une junte de généraux a décidé de reprendre le pouvoir en Espagne. Unamuno, recteur d’université de Salamanque, voit d’un bon œil cette volonté de promouvoir une grande Espagne. Ayant longtemps lutté contre la royauté, il est persuadé qu’il faut conserver Pays basque et Catalogne. En face, les Républicains sont caricaturés comme des supplétifs des Soviétiques, allant jusqu’à brûler des églises. Pourtant l’écrivain a parmi ses amis des hommes de gauche. Ils tentent de lui ouvrir les yeux sur les méthodes fascistes. Les épurations et exécutions sommaires. Dans cette bataille très binaire, il va longtemps rester dans le même camp. Jusqu’à la disparition, l’emprisonnement puis les exécutions de deux de ses meilleurs amis. Un pasteur, juste coupable d’être protestant et franc-maçon, un de ses anciens élèves, professeur à l’université, aux convictions gauchistes trop voyantes.
Le film décrit cette ambiance de suspicion montant dans Salamanque. En parallèle, on voit comment Franco, petit général venu d’Afrique, manœuvre habilement pour devenir le caudillo qui restera au pouvoir jusqu’à sa mort.
Quant à l’intellectuel, de plus en plus terrorisé, surtout pour sa famille, il fait le dos rond. Mais lors de la fête de la race espagnole en 1936, il décide de prendre la parole devant des centaines de militaires fascistes. Dans un discours devenu célèbre, il défend les Catalans et les Basques et attaque l’évêque, caution religieuse des nationalistes. Une sortie flamboyante, mais trop tardive. Le message du film est là : dénoncer, certes, mais suffisamment tôt. Après, il est trop tard.
Une romance au pays des yakusas. “First Love” de Takashi Miike est l’improbable mélange entre deux genres cinématographiques totalement opposés. D’un côté une histoire fleur bleue de coup de foudre entre un jeune boxeur et une paumée toxico. De l’autre deux gangs de truands (les Japonais contre les Chinois) se livrent à une guerre sans merci avec la police qui compte les coups ou tente de ramasser les pots cassés quand un ripou entre en scène.
Entre les balles et les coups de lames tranchantes, les tourtereaux vont tenter de sauver leur peau. Sans révéler la fin, sachez qu’elle est conforme à l’un des deux genres cinématographique utilisé, happy end pour la romance, massacre généralisé pour le polar nippon.
Léo (Masataka Kubota), orphelin, cuisinier dans une gargote, ne vit que pour la boxe. Il est doué. Gagne souvent. Mais au grand désespoir de son entraîneur, Léo ne manifeste jamais sa joie. Ni sur le ring une fois le combat terminé, ni dans les vestiaires. Léo est un tracassé, solitaire, limite asocial. Une fois que le spectateur sait à qui il a affaire, cap sur l’autre personnage de ce film d’amour : Yuri (Sakurato Konishi), jeune droguée maintenue en détention dans un appartement prison par ses dealers. Elle apure les dettes de son père en faisant des passes sous le nom de Monica. Complètement accro, elle a de nombreuses hallucinations, de son père justement, en slip, quand il la violait en toute impunité.
Scènes rigolotes
Si le réalisateur colore son œuvre au noir absolu, c’est pour mieux en rire finalement. Les deux jeunes ne se connaissent pas, mais vont se retrouver mêler à un trafic de drogue. Un Kase (Shôta Sometani) jeune yakusa désirant voler de ses propres ailes, met au point un plan complexe pour voler plusieurs kilos de drogue à son clan avec une coupable toute trouvée : Monica la droguée.
Une magouille très élaborée. Un peu trop sans doute. Rapidement tout par de travers et les cadavres se ramassent à la pelle. Kase, aidé d’un policier ripou, va tuer la moitié de ses anciens amis. Les autres seront victimes des Chinois, eux aussi à la recherche de la drogue. Léo va croiser la route de Monica. Il va l’aider, utilisant ses poings d’acier pour protéger la frêle jeune fille.
Le paradoxal du film c’est qu’il change dès lors de registre, plongeant dans le film de genre déconnant. Kase est hilarant, le père violeur désopilant et une des dealeuses, ivre de désir de vengeance, compose un personnage hystérique mémorable. Bref, du divertissement pur et dur, pour oublier le quotidien morne et sans saveur de nos vies « normales », sans amour ni baston.
Joli cadeau de Noël de Netflix à tous ses abonnés : la saison 2 de Perdus dans l’espace disponible depuis le 25 décembre sur la plateforme.
Remake du feuilleton délicieusement kitch des années 60, la production originale Netflix a tout du space opéra qui en met plein la vue. Dans la seconde saison composée de dix épisodes, la famille de naufragés affronte une tempête dans un vaisseau spatial transformé en voilier, puis découvre d’où vient le robot devenu l’ami de Will, le plus jeune des Robinson.
Si les situations sont parfois un peu tirées par les cheveux (les problèmes s’accumulant de façon exponentielle comme si les scénaristes étaient en compétition pour trouver le meilleur rebondissement), on apprécie quelques personnages secondaires comme la machiavélique Dr Smith (Parker Posey) ou Don West (Ignacio Serricchio), mécano contrebandier au grand cœur. Du grand spectacle qui n’a rien à envier à un long-métrage. La fin est bourrée d’interrogation. Reste maintenant à avoir si la série sera prolongée pour une saison 3, information qui n’a pas encore filtré chez Netflix.
Entre la Catalogne et Jean-Pierre Gibrat, la belle histoire se prolonge. Dans sa série historique Mattéo, il a propulsé son héros en pleine guerre civile. Le cinquième tome vient de paraître, couvrant la période entre septembre 1936 et janvier 1939. Dans la région, tout le monde sait ce qui s’est passé début 39. La Retirada a jeté sur les routes de l’exil des milliers de Républicains. Mattéo, à la fin de l’album, lui aussi devra fuir vers la France pour éviter le peloton d’exécution. Il arrivera à Collioure et découvrira « le fort, mais de l’intérieur. Pauvres perdants que nous étions ».
Avant cet épilogue qui marque en fait le début d’un nouveau cycle pour une 6e époque, Mattéo va vivre la guerre de l’intérieur. Avec ses camarades anarchistes il occupe un village de Catalogne sud.
Les phalangistes sont à quelques kilomètres. Une sorte de guerre de position marquée par des escarmouches et des nouvelles, bonnes ou mauvaises en provenance du véritable front. Mattéo qui habite dans la grande maison du curé, vieil homme impotent qui n’aime pas les révolutionnaires, sans pour autant approuver les Franquistes. Avec Mattéo ils vont longuement discuter, donnant à l’album un ton plus philosophique.
Amélie change
Reste que les fusils parlent souvent. Notamment lors de l’échange d’un jeune moine fasciste avec la belle Amélie. Amélie qui est en couverture de l’album, infirmière révolutionnaire qui décide d’apprendre à se servir d’un fusil.
Longtemps captive, elle ne dira jamais rien sur son séjour en prison. Mais elle a changé, décidée de rendre coup pour coup. Avec Mattéo la relation est toujours aussi compliquée. Ils s’apprécient, mais sans aller plus loin.
Mattéo préfère passer ses nuits dans les bras de la blonde et fougueuse Aneshka. Même si Amélie reste pour notre héros « la femme d’à côté de ma vie ».
Ce nouvel album de Gibrat était très attendu. Il clôt le cycle espagnol de son personnage écorché vif et donne l’occasion au dessinateur de croquer en couleurs directes cette montagne catalane, ensoleillée en été, froide et recouverte de neige en hiver. Autant d’ambiances pour un album qui confirme l’extraordinaire talent de ce dessinateur, amoureux de Collioure et de la région.